Sur la voie glorieuse/Pour la nouvelle année

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Librairie ancienne Édouard Champion (p. 35-37).


POUR LA NOUVELLE ANNÉE


1er janvier 1915.


Mon cher Gustave Hervé,

J’envoie par l’intermédiaire de la Guerre sociale, mes souhaits pour la nouvelle année à nos amis. Et nos amis, à cette heure, ce sont tous nos compatriotes et tous nos alliés. Car je suis comme vous, Hervé, je n’ai d’ennemis que ceux de mon pays.

Mes vœux d’abord pour nos soldats exposés aux obus et à ces longs ennuis de la tranchée, plus cruels pour eux que la mitraille. Depuis le grand chef jusqu’au plus petit pousse-cailloux, je les embrasse tous et les unis dans un même amour et dans une même reconnaissance. Épions, saisissons toutes les occasions de les aider ; employons tous les moyens de leur éviter des fatigues, des privations, des souffrances. Honorons-les comme des héros, aimons-les comme des enfants. Grâce à eux, la patrie n’est plus en danger.

Pourtant leur tâche n’est pas encore tout entière accomplie. Ils ont porté à l’Allemand des coups dont il périra ; mais l’ennemi, blessé à mort, est encore redoutable. Tout n’est pas fini. Que les braves se réjouissent ! Il y aura encore des périls à courir, des victoires à remporter. Songez que le colosse allemand qui chancelle, il s’agit maintenant de l’abattre ; il s’agit de détruire la formidable machine militaire construite par les Barbares en quarante années d’une paix traîtresse.

Pour obtenir un si grand résultat et si nécessaire, il faut que la France donne de toutes ses forces, forces militaires, forces financières, forces industrielles, forces matérielles et forces morales. Cette guerre n’est pas seulement une guerre d’armées, c’est une guerre de nations. Il faut que notre nation s’y jette toute !

De notre courage et de notre persévérance dépendent notre sort et le sort du monde. Que tous les Français rivalisent de zèle, que tous fassent leur devoir, et le devoir en ces circonstances est sans bornes. Que tous se sacrifient, que tous se dévouent, corps et biens, tous, administrateurs civils, fonctionnaires de tout ordre, particuliers, enfants, vieillards ! Je ne parle pas des femmes, elles ont déjà fait tous les sacrifices, accompli tous les dévouements.

Les temps le veulent. Nous, malheureux civils, soyons soldats à notre manière, servons avec le même zèle et la même discipline que ceux qui sont sur le front.

La victoire est certaine. Sachons la vouloir d’un cœur unanime et combattons chacun avec nos armes, afin que cette victoire soit celle de la patrie tout entière.

Patriotiquement à vous.