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Sur le mariage du roi et de la reine

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XXX
sur

LE MARIAGE DU ROY ET DE LA REINE
[Louis xiii et Anne d’Autriche]

1615


Mopse, entre les devins, l’Apollon de cet âge,
Avait toujours fait espérer
Qu’un soleil qui naîtrait sur les rives du Tage
En la terre du lis nous viendrait éclairer.

Cette prédiction semblait une aventure
Contre le sens et le discours,
N’étant pas convenable aux règles de nature
Qu’un soleil se levât où se couchent les jours.

Anne qui de Madrid fut l’unique miracle,
Maintenant l’aise de nos yeux,
Au sein de notre Mars satisfait à l’oracle,
Et dégage envers nous la promesse des cieux.


Bien est-elle un soleil : et ses yeux adorables,
Déjà vus de tout l’horizon,
Font croire que nos maux seront maux incurables
Si d’un si beau remède ils n’ont leur guérison.

Quoi que l’esprit y cherche, il n’y voit que des chaînes
Qui le captivent à ses lois.
Certes c’est à l’Espagne à produire des reines,
Comme c’est à la France à produire des rois.

Heureux couple d’amants, notre grande Marie
A pour vous combattu le sort ;
Elle a forcé les vents, et dompté leur furie :
C’est à vous de goûter les délices du port.

Goûtez-le, beaux esprits, et donnez connaissance,
En l’excès de votre plaisir,
Qu’à des cœurs bien touchés tarder la jouissance,
C’est infailliblement leur croître le désir.

Les fleurs de votre amour, dignes de la racine,
Montrent un grand commencement :
Mais il faut passer outre, et des fruits de Lucine
Faire voir à nos vœux leur accomplissement.

Réservez le repos à ces vieilles années
Par qui le sang est refroidi.
Tout le plaisir des jours est en leurs matinées :
La nuit est déjà proche à qui passe midi.