Sur le meurtre d’Ératosthène

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Sur le meurtre d’Ératosthène
traduit par l’abbé Auger, 1783



[1] Tout ce que je demanderais, Athéniens, ce serait de vous voir user dans cette cause de la même sévérité que vous attendriez de vos juges, si l'outrage que j'ai essuyé vous était personnel. En effet, si l'honneur d'autrui vous intéressait aussi vivement que le vôtre, je suis assuré qu'il n'y aurait personne parmi vous qui ne fût révolté de l'injure qui m'a été faite, et qui ne trouvât légère la vengeance qu'on peut tirer de pareils attentats. [2] Et cette opinion ne vous serait point particulière, elle vous serait commune avec toute la Grèce. Car le délit dont je me plains est le seul pour lequel, dans l'oligarchie comme dans la démocratie, la même réparation ait été accordée aux plus faibles ainsi qu'aux plus puissants; en sorte qu'à cet égard le simple particulier n'est pas traité différemment du citoyen le plus considérable : tant cette injure a toujours paru infiniment grave aux yeux de tous les hommes !

[3] Vous pensez tous de même, sans doute, sur la peine que méritent de semblables délits, et je suis bien éloigné de croire qu'aucun de vous soit assez indifférent pour s'imaginer qu'on doive punir légèrement les coupables, et encore moins leur faire grâce. [4] J'ai maintenant à vous prouver qu'Ératosthène a eu une intrigue criminelle avec ma femme, qu'il l'a séduite, qu'il a couvert d'opprobre mes enfants, qu'il m'a fait à moi-même l'affront le plus cruel, et cela dans ma propre maison. Jusqu'alors il n'y avait eu entre lui et moi aucune inimitié ; ce n'est point l'intérêt qui a armé mon bras, et sans songer à m'enrichir, j'ai tiré d'un adultère la vengeance que me permettait la loi. [5] Je vais donc reprendre les faits dès le principe, et vous les raconter en détail, sans rien omettre de vrai, et sans rien avancer de faux : car ma seule ressource dans cette affaire est de vous exposer les choses comme elles se sont passées.

[6] Lorsque je me décidai pour le mariage ; sans trop gêner la femme que j'avais choisie, et sans lui laisser trop de liberté, je cherchais à la connaître, et j'observais attentivement ses mœurs et son caractère. Dès qu'elle m'eut donné un fils, je lui accordai toute ma confiance, et lui abandonnai le soin de ma maison, persuadé qu'un enfant était le bien le plus fort qui pût l'attacher à moi. [7] Sa conduite fut d'abord irréprochable ; prudente et active, elle gouvernait son ménage avec autant de zèle que d'intelligence. Mais lorsque ma mère vint à mourir, cet événement fut l'origine et l'occasion de tout le désordre. [8] Ma femme suivait les funérailles [1] ; Ératosthène l'aperçut, et par l'entremise d'une servante qui allait au marché, il lui fit faire des propositions, et vint enfin à bout de la séduire et de la perdre.

[9] Il vous faut observer, Athéniens, que ma maison a deux étages, dont les appartements sont également distribués : les femmes habitent le haut, et le bas est habité par les hommes. Comme la mère nourrissait son enfant, je craignais que, les soins maternels l'obligeant souvent de monter, elle ne se trouvât exposée à quelque accident ; je me transportai donc en haut, et je fis descendre les femmes. [10] J'étais accoutumé à voir mon épouse aller coucher en bas auprès de son fils, afin de prévenir ses besoins et d'empêcher ses pleurs.

Nous vécûmes ainsi pendant plusieurs mois : j'étais sans soupçon, assez simple pour croire que ma femme était la plus sage de toute la ville. [11] Quelque temps après, j'étais arrivé de la campagne sans être attendu, et j'avais soupé en haut avec elle. L'enfant pleurait et criait : la servante le tourmentait à dessein ; Ératosthène, je l'ai su depuis, était alors dans la maison. [12] Je disais à ma femme de descendre pour allaiter son fils, et le calmer. D'abord elle refusait, sous prétexte qu'elle me revoyait avec plaisir après une longue absence. Mais comme je me fâchais, et que je la pressais de descendre ; sans doute, me dit-elle, tu veux t'amuser avec une de nos esclaves, tu lui as déjà fait violence un jour que tu étais échauffé par le vin. Je riais de son reproche ; [13] elle se lève, et en se retirant elle tire sur elle la porte, la ferme par manière de plaisanterie, et prend la clef.

Je ne pensais à rien, je ne soupçonnais rien, je dormais profondément comme quelqu'un fatigué d'un voyage. [14] Dès que le jour parut, ma femme revint et ouvrit la porte. Je lui demandai pourquoi les portes avaient fait du bruit pendant la nuit ; la lumière, dit-elle, qui était auprès de l'enfant, s'est éteinte, et on a été l'allumer chez les voisins. Je me tus à cette réponse, et m'en contentai. Il me sembla qu'elle avait du fard, quoique son frère fût mort il n'y avait pas un mois[2]. Je ne lui en parlai pas même, et je partis de la maison fort tranquillement.

[15] Au bout de quelques jours (je ne soupçonnais guère mon malheur), une vieille servante m'aborde, elle était envoyée par une femme avec laquelle Ératosthène avait eu commerce, ainsi que je l'ai appris. Cette femme irritée, et se croyant offensée parce qu'il cessait de la voir, épiait toutes ses démarches jusqu'à ce qu'elle eût découvert la cause de son absence. [16] La servante ayant pris le moment où je sortais de ma maison : « Euphilète, me dit-elle en m'abordant, ce n'est par aucune envie de nous mêler de ce qui ne nous regarde pas que je suis venue vous trouver. L'homme qui vous déshonore, vous et votre femme, est notre ennemi. Prenez l'esclave qui va au marché et qui vous sert, menez-la à la torture, et elle vous instruira de ce qui se passe chez vous. C'est Ératosthène qui met le désordre dans votre ménage, il a déjà séduit bien d'autres femmes ; il se fait un art et un jeu de la séduction. »[17] Après avoir dit ces mots, elle se retire. Je fus aussitôt troublé ; tout me revenait à la fois dans l'esprit. On m'avait enfermé dans la chambre où je couchais ; pendant une nuit la porte de la cour et celle de la rue avaient fait du bruit, ce qui n'était jamais arrivé ; ma femme m'avait paru fardée. Je repassais sur toutes ces circonstances ; j'étais plein de soupçons.

[18] Revenu chez moi, j'ordonne à la servante de me suivre au marché, et la conduisant chez un de mes amis : « J'ai appris, lui dis-je, ce qui se passe dans ma maison : tu vas être chargée de coups, envoyée au moulin [3], accablée de continuels travaux ; ou si tu me dis la vérité, tu n'auras rien à souffrir, et je te pardonnerai ta faute : choisis. Ne me mens pas, dis-moi tout ce qui en est. » [19] Elle nie d'abord fermement, me disant que j'étais le maître de faire ce que je voudrais, mais qu'elle ne savait rien. Cependant, lorsque je lui nommai Ératosthène, comme celui qui rendait visite à ma femme, déconcertée alors, et me croyant instruit de tout, elle se jette à mes pieds, me fait promettre de ne lui faire aucun mal, et me détaille tout ce qui s'était passé. [20] Elle m'apprit comment d'abord Ératosthène l'avait jointe après les funérailles, comment elle avait été engagée à faire part à sa maîtresse des dispositions de cet homme, comment mon épouse enfin séduite avait indiqué au corrupteur les moyens de la voir ; comment aux Thesmophories[4], lorsque j'étais à ma campagne, elle s'était rendue dans le temple de Minerve avec la mère de son amant. Toutes les autres circonstances me furent détaillées avec exactitude. [21] Lorsqu'elle eut achevé : «  Garde-moi sur tout cela, lui dis-je, le plus profond secret, autrement, je ne tiendrai rien de ce que je t'ai promis. Je veux que tu me montres le coupable en flagrant délit : je n'ai pas besoin de discours, il faut que je voie la chose, et que je m'en assure par mes propres yeux. » Elle promit tout. [22] Il s'écoula ensuite quatre ou cinq jours, comme je me propose de l'établir par de fortes preuves [5]. Je vais d'abord raconter ce qui se passa le dernier jour.

Sostrate est un de mes amis intimes. L'ayant rencontré sur le soir lorsqu'il revenait de sa campagne, et sachant qu'à cette heure il ne trouvèrent rien de prêt chez lui, je l'invitai à venir chez moi partager mon souper. Nous nous rendîmes ensemble dans ma maison, et nous montâmes dans l'appartement d'en haut, où nous soupâmes. [23] Après le repas, il se retira ; moi, je me couchai.

Arrive Ératosthène, la servante me réveille aussitôt et me dit :« Il est entré. » Je la charge de garder la porte : je descends doucement, je sors, et je cours de tous côtés chercher mes amis. Je ne trouve pas les uns, les autres n'étaient pas même à Athènes. [24] J'amène avec moi tous ceux que j'avais pu trouver ; et prenant des flambeaux dans le cabaret le plus voisin, nous entrons par la porte qui était ouverte, et que gardait la servante. Nous enfonçons la porte de la chambre ; les premiers de nous qui entrèrent aperçurent Ératosthène encore couché auprès de ma femme, les autres le virent nu et debout sur le lit. [25] Après l'avoir frappé et renversé, je lui lie les mains derrière le dos, et lui demande de quel front il était venu chez moi pour me déshonorer. Il reconnaissait sa faute, il me suppliait de lui laisser la vie, et de me contenter d'un dédommagement pécuniaire. [26] « Ce n'est pas Euphilète, lui dis-je, qui te donnera la mort, mais la loi, cette loi que tu as violée, que tu as sacrifiée à tes débauches, aimant mieux couvrir d'un éternel affront ma femme et mes enfants, que d'obéir à nos ordonnances, et de régler ta conduite. »

[27] Ainsi, Athéniens, Ératosthène a subi la peine que les lois permettent de faire subir à tout homme surpris en pareil crime[6]. Il n'a pas été enlevé de la rue, il n'avait pas été se réfugier à l'autel des dieux Pénates, comme le prétendent nos adversaires. Et comment aurait-il pu sortir du lieu où je l'avais surpris ? Je l'ai frappé et renversé sur-le-champ ; je lui ai lié les mains derrière le dos. D'ailleurs, investi de toutes parts, il ne pouvait s'échapper ; il n'avait ni épée, ni bâton, ni aucune autre arme pour se défendre. [28] Mais, sans doute, vous le savez, les coupables n'ont garde de convenir que leurs ennemis disent la vérité ; ils ont recours aux mensonges et aux artifices pour animer les juges contre des adversaires qui n'ont rien fait que de légal. Greffier, lisez d'abord la loi.

On lit la loi.

[29] Il ne niait pas sa faute, Athéniens ; il me conjurait de lui laisser la vie, et m'offrait de l'argent. J'ai rejeté ses offres, et préférant d'user du privilège de la loi, je lui ai fait subir la juste peine que vous avez cru devoir établir contre de semblables attentats. Paraissez, témoins des faits.

On lit les dépositions.

[30] Greffier, lisez aussi la loi gravée sur la colonne, dans la salle de l'aréopage.

On lit la loi.

Vous l'entendez, Athéniens ; la loi défend au tribunal de l'Aréopage anciennement établi pour juger les meurtres, et qui a recouvré de notre temps le droit d'en connaître[7], la loi lui défend en termes formels de condamner pour meurtre quiconque aura tué un homme surpris en adultère auprès de sa femme. [31] Et le législateur a regardé cette punition comme si juste quand il s'agit d'épouses légitimes, qu'il a voulu même qu'elle eût lieu quand il n'est question que de concubines[8], qui méritent beaucoup moins d'attention. Cependant il est clair que s'il eût trouvé une peine plus rigoureuse, il l'eût décernée à l'égard des épouses légitimes : n'en trouvant pas, il a établi la même au sujet des simples concubines. Greffier, lisez-nous une autre loi.

On lit la loi.

[32] Vous l'entendez, Athéniens ; la loi porte que, si quelqu'un déshonore, avec violence, un homme ou un enfant libre, il sera condamné à une amende double de celle qu'il eût payée s'il n'eût déshonoré qu'un esclave. Il encourra la même peine s'il déshonore, avec violence, les femmes auprès desquelles il est permis de tuer un adultère qui les a séduites. [33] Ainsi le législateur a jugé la violence digne d'une moindre peine que la séduction, puisqu'il condamne pour l'une à la mort, et que pour l'autre il double seulement l'amende qu'on eût payée pour un esclave. Il pensait que ceux qui font violence sont odieux à ceux qui la souffrent ; mais que les séducteurs pervertissent les femmes qu'ils ont séduites, au point de les engager à se prostituer à des étrangers une affection qui n'était due qu'à leurs époux ; qu'en un mot ils se constituent les maîtres de toute la maison, et qu'on ne sait plus à qui appartiennent les enfants, si c'est à l'époux ou à l'adultère. Le législateur, en conséquence, a établi contre eux peine de mort.

[34] Non seulement donc les lois ont décidé que je n'étais pas coupable, mais encore elles m'ont prescrit le genre de réparation que je devais tirer. C'est à vous, Athéniens, de statuer si ces lois doivent être regardées comme milles, ou si elles doivent avoir leur plein effet. [35] N'est-ce pas un principe constant que les lois sont portées afin que, dans nos doutes et nos incertitudes, nous puissions recourir à leur décision pour déterminer notre conduite ? Or les lois, dans le cas où je me suis trouvé, autorisent à se venger des coupables comme je m'en suis vengé moi-même. [36] C'est sur elles que vous devez vous régler, autrement vous affinerez pour la suite aux adultères une telle impunité, que les voleurs s'en prévaudront, et s'accuseront eux-mêmes de ce crime quand ils se verront surpris pour vol dans nos maisons. On verra par votre sentence le peu de cas qu'on doit faire des lois touchant l'adultère ; et comme vous jugez souverainement toutes les affaires de la ville, les décisions des juges seront toises à la place des lois.

[37] Examinez, je vous prie, les imputations de mes adversaires. Ils m'accusent d'avoir chargé la servante de faire venir le jeune homme le jour même, où je me suis saisi de sa personne. Après tout, de quelque façon que j'eusse surpris le corrupteur de ma femme, on n'aurait rien à me reprocher ; [38] je ne serais coupable qu'autant que je l'aurais attiré chez moi sur de simples rapports, sans être assuré du fait : mais le crime étant consommé, et le séducteur s'étant rendu plusieurs sois dans ma maison, quelque stratagème que j'eusse employé pour me saisir de lui, on ne pourrait qu'approuver ma conduite. [39] Mais ce reproche-là même est une imposture, et l'on n'aura pas de peine à s'en convaincre. Sostrate , mon ami intime, que je rencontrai sur le soir revenant de sa campagne, comme je l'ai déjà dit, Sostrate soupa avec moi, et se retira après le repas. [40] Or, supposez que j'eusse formé le dessein de surprendre Ératosthène pendant la nuit, ne m'était-il pas plus avantageux de souper hors de chez moi, que d'amener quelqu'un pour souper avec moi, et par là d'éloigner le séducteur qui devait avoir moins de hardiesse pour entier ? [41] Ensuite, était-il naturel que j'eusse laissé partir l'ami avec lequel j'avais soupé, et que je fusse demeuré seul, plutôt que de l'engager à rester pour me seconder dans mon projet de vengeance ? Enfin, croit-on que j'eusse manqué de faire avertir mes amis pendant le jour, et de les réunir dans une maison voisine, plutôt que de courir précipitamment pendant la nuit, dès que je sus l'arrivée du jeune homme, aux risques de ne trouver personne ? J'allai chez Harmodius et chez un autre que je croyais à Athènes, je me transportai chez d'autres qui ne se trouvèrent pas non plus chez eux : j'amenai qui je pus. [42] Toutefois, si j'eusse prévu la chose, n'est-il pas clair que j'aurais disposé des esclaves et averti mes amis, afin d'entrer en force, supposé qu'Ératosthène fût armé, et de venger mon injure en présence d'un grand nombre de témoins ? Mais comme je ne pouvais rien prévoir de ce qui arriverait cette nuit-là, je pris ceux que m'offrit le hasard. Paraissez, témoins, pour certifier ce que j'avance.

Les témoins paraissent.

[43] Vous venez d'entendre les dépositions, ô Athéniens. Observez, je vous prie, qu'il n'y eut jamais entre Ératosthène et moi d'autre sujet d'inimitié. Non, il n'y en eut jamais.[44] Pourrait-on dire qu'il m'avait intenté quelque procès particulier, ou suscité une accusation publique ? avait-il entrepris de me faire bannir d'Athènes ? avais-je à me reprocher quelque crime secret dont il eût connaissance, et qui pût me faire délirer d'être défait de lui ? m'attendais-je, en lui dormant la mort, d'en être bien récompensé ? Tous motifs assez ordinaires, et de nature à faire attenter à la vie d'un homme. [45] On ne dira pas non plus qu'il y ait eu entre nous aucune querelle, ni aucun démêlé dans le vin ou autrement, puisque je n'ai vu Ératosthène que la nuit même où je l'ai surpris. A quel dessein, donc, si je n'en eusse pas reçu le plus sanglant des outrages, me serais-je exposé à courir d'aussi grands risques? [46] Enfin, aurais-je appelé des témoins pour commettre un meurtre illégitime, lorsque je pouvais éloigner les témoins si j'avais eu le projet d'assassiner un homme ?

[47] Au reste, j'estime que c'est moins pour mon intérêt propre que pour celui de toute la ville, que j'ai tiré vengeance d'une injure atroce. On sera plus circonspect désormais à outrager les maris, lorsqu'on verra quelles peines sont réservées à de pareils attentats, lorsqu'on verra que vous êtes aussi animés contre les coupables que les offensés mêmes. [48] Sinon, il ne reste qu'à abolir les lois reçues, et à en établir de nouvelles pour infliger une punition aux maris qui se montrent jaloux de l'honneur de leurs épouses, et pour assurer toute impunité à quiconque entreprend de les déshonorer. [49] Ne serait-il pas plus juste d'en user ainsi, que de tendre un piège aux maris outragés, par des lois impuissantes, qui dans le droit les autorisent à se venger d'un adultère, et dans le fait les exposent à de plus grands risques que les insolents mêmes qui corrompent les femmes d'autrui au mépris des lois ? [50] Vous le voyez, Athéniens, c'est pour m'être conformé aux lois d'Athènes, que je me trouve engagé dans une affaire où il s'agit de ma fortune, de mon honneur, et de ma vie.

  1. Les funérailles étaient une des cérémonies publiques auxquelles les femmes pouvaient assister. Nous voyons dans Thucydide que les sœurs, les mères et les veuves de ceux qui étaient morts à la guerre pouvaient suivre les funérailles que l'état célébrait pour eux, et assister à l'éloge funèbre qui était prononcé sur leur tombeau.
  2. Les anciens étaient plus expressifs et plus naturels que nous dans les témoignages de leur douleur. Ils ne se contentaient pas de prendre des habits de couleur noire ; ils choisissaient leurs vêtements les plus sales et les plus usés ; ils affectaient d'être négligés dans tout leur extérieur : nous voyons ici que les femmes interrompaient l'usage du fard. En effet, comment accorder l'état de deuil avec une attention marquée de plaire ?
  3. Chez les Grecs, comme chez les Romains, les esclaves dont on était mécontent étaient condamnés à tourner la meule dans un moulin.
  4. Thesmophories, fêtes en l'honneur de Cérès, célébrées à Athènes avec beaucoup d'appareil.
  5. Je n'ai vu nulle part, dans le cours du plaidoyer, les preuves qu'annonce ici l'orateur ; ce qui ferait croire que le discours n'est pas venu entier jusqu'à nous.
  6. C'est par une circonlocution à peu-près semblable que Cicéron termine son récit dans le Plaidoyer pour Milon. « Les esclaves de Milon, dit-il aux juges, ont fait ce que chacun de vous eut voulu que les siens eussent fait en pareille circonstance. »
  7. Nous voyons dans l'histoire, que Périclès avait beaucoup affaibli l'autorité du sénat de l'Aréopage. Après la mort de ce ministre, dans la vieillesse de Lysias, du temps d'Isocrate et de Démosthène, ce sénat avait recouvré au moins une partie de ses anciens privilèges. Je dis une partie, car, dans son Aréopagitique, Isocrate désire que l'Aréopage recouvre toute l'autorité dont il jouissait anciennement. Au reste, cet endroit du discours prouve que la cause fut plaidée quelques années après la mort de Périclès. Remarquons aussi que le tribunal de l'Aréopage, sans être le seul qui jugeât les causes pour meurtre, était un des principaux.
  8. Voici comme Démosthène, dans le plaidoyer contre Nééra, s'explique sur les courtisanes, les concubines et les épouses.« Nous avons, dit-il, des courtisanes pour le plaisir, des concubines pour avoir soin de nos personnes, et des épouses pour quelles nous donnent des enfants, et qu'elles règlent avec fidélité l'intérieur de nos maisons. »