Symphonie héroïque/Hérode

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Œuvres de Albert SamainMercure de FranceLe Chariot d’or. La Symphonie héroïque. Aux flancs du vase (p. 189-190).
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Hérode


 
Mortelle à voir, avec ses yeux diamantins,
Aux pourpres d’un couchant cruel, sous les portiques,
Hérodiade, au lent vertige des cantiques,
Ondule, monotone, en roulis serpentins.

Les colliers ruisselants bruissent, argentins.
Dans l’air ivre, gorgé d’encens asiatiques
Sa robe a des éclairs de gemmes frénétiques ;
Et voici s’écarter ses voiles clandestins.


Et le roi sent, frisson d’or en ses chairs funèbres,
La vipère luxure enlacer ses vertèbres ;
Et, tendant ses vieux bras de métaux oppressés,

D’une bouche repue, incurablement triste,
Pendant qu’à terre gît le chef de Jean-Baptiste,
Il boit le sang qui brûle au bout des seins dressés,

Et l’irritante horreur des grands yeux révulsés.