Tandis que la terre tourne/J’irai quand le matin

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J’IRAI QUAND LE MATIN…


J’irai quand le matin a pleuré sur les roses
Dans la campagne verte où flûtent les oiseaux ;
Le printemps larmoyeur aura, ses mains décloses
Laissé choir le muguet aux rives des ruisseaux ;

La lumière aura mis sur les feuilles dansantes
Cet émail argentin qui rit dans un bel œil
Et je verrai tourner sur les plaines en pente
La meule du soleil dans ses gerbes d’orgueil.


Le jour comme une force ingénue et contente
Fera son chemin d’or sur les champs ondulés,
La couleuvre luira dans sa fuite glissante,
Les ailes mêleront leurs plaisirs envolés.



*



J’irai, quand le soir tombe au-dessus des fontaines
Et verse les rayons de l’espace aux poissons,
M’asseoir pleine de nuit sous les ombres hautaines,
Attentive au parler silencieux des sons ;

Une étoile, quittant son siège de lumière,
Traversera le ciel d’un vol rapide et droit ;
J’entendrai le crapaud clapper dans la rivière
Et le croissant pincé fera son rire étroit.




*



J’irai devant la mer qui plisse sa surface
Et qui cabre ses flots au coup de fouet du vent ;
L’azur rose de l’heure enchantera sa face,
L’horreur se cachera sous le miroir mouvant.

J’irai sur les sommets grésillants de cigales ;
Sous mon pied comme un cri naîtra l’odeur du thym ;
Le chêne dans la feuille aura tourné la galle,
L’abeille attachera ses pattes au butin.

En bas je pourrai voir les villes et les plaines
Où les fleuves, couchant leurs bandes de clarté,
Unissent aux lointains leurs humides haleines :
L’infini croupira sur ce pays d’été.




*



Je marcherai longtemps, l’âme aveugle et penchée,
Toujours plus âprement éprise de savoir ;
Du beau flanc de l’azur la lumière arrachée
D’un geste régulier sur moi fera le soir.

Tenant entre mes mains le cœur chaud de la vie,
Je sentirai ce cœur palpiter et bondir
Et mon esprit cherchant l’empreinte du génie
Ne verra qu’un moignon contracté de désir.

Sur le cadavre froid de la mort violette,
Je laisserai mes doigt se raidir de terreur ;
Mais je n’entendrai rien que l’heure et la rainette
Qui rafraîchit sa voix dans un fossé de fleurs.