Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/C

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C

Calamités. Toutes celles dont la Providence permet que le genre humain ſoit affligé n’ont pour objet que l’avantage du Sacerdoce. Jamais les peuples ne ſont plus dévots que quand ils ont bien peur ou quand ils ſont bien malheureux. Pour que le Clergé eût lieu d’être content il faudroit que les calamités, & ſur-tout les contagions & les peſtes, fuſſent un peu plus fréquentes ; les Prêtres pourroient alors recueillir des héritages ou du moins ils auraient le plaiſir d’enterrer bien du monde.

Calomnie. Moyen très-légitimement & très-ſaintement employé par les Prêtres, par les dévots, & ſur-tout par les dévotes, contre les ennemis de leurs confeſſeurs & de l’Egliſe ; le tout pour la plus grande gloire du Dieu de vérité.

Calendes Grecques. Époque ſûre à laquelle les Prêtres renvoyent les fideles pour vérifier l’efficacité de leur bréviaire, l’authenticité de leurs droits & l’utilité de leurs leçons. Voyez avenir & Paradis.

Canoniques (livres). On nomme ainſi les livres de l’Écriture Sainte contenus dans la Bible, avoués par l’Egliſe & que ſes Prêtres ont vû de leurs propres yeux écrire & compoſer au Saint-Eſprit lui-même.

Canoniſation. Cérémonie ſolemnelle par laquelle le très-Saint Pere, forcé par les miracles d’un ſaint homme trépaſſé depuis cent ans, ou par l’argent de ceux qui s’intéreſſent à ſa réputation, notifie que cet homme eſt en Paradis, qu’on peut en ſûreté de conſcience brûler des cierges en ſon honneur, & donner pour boire aux moines ſes confreres.

Canons. Regles & déciſions par lesquelles des Évêques aſſemblés en Concile fixent, juſqu’à nouvel ordre, les dogmes invariables de la foi, la Diſcipline de l’Egliſe, expliquent & corrigent la parole de Dieu, ſe font des titres & des droits inconteſtables, anathématiſent tous ceux qui oſeroient en douter, & ſe font obéir avec ſuccès quand les Canons des Princes viennent à l’appui des Canons de l’Egliſe.

Cantique des Cantiques. Livre ſaintement graveleux qui contient les amours de Dieu avec ſon Egliſe. Ils ſont décrits ſi décemment que les Juifs n’oſoient le lire avant trente ans ; les Chrétiens, à force de foi, y trouvent de quoi s’édifier & s’inſtruire.

Capuchon. Morceau d’étoffe de laine, deſtiné à couvrir la nuque & la ſcience renfermée dans une caboche monacale. La forme de ce ſaint chiffon a cauſé, comme on ſait, de grands débats dans l’Egliſe, & a fait brûler pluſieurs centaines de moines encapuchonnés.

Capucin. C’eſt un bouc à deux pieds, chargé de craſſe, d’ignorance & de poux, qui chante du nez dans ſon couvent, & qui ſe montre dans les rues pour édifier les bonnes femmes & faire peur aux petits enfants.

Carcasse. voyez Sorbonne.

Cardinal. C’eſt un Prêtre tout rouge qui, en vertu d’un Bref du Pape, devient égal aux Rois, & ſe ſouſtrait de leur obéiſſance, hors le cas où il s’agit d’en recevoir des graces, qu’il a la bonté d’accepter par complaiſance pure. Les Cardinaux ſont vêtus de rouge ou de couleur de feu pour qu’ils ne perdent jamais de vue le ſang qu’il faut répandre pour le bien de l’Egliſe, & les fagots qu’il faut allumer pour ſoutenir la foi.

Carême. Tems de mortifications & de jeûne par lequel les Chrétiens plus dévots que les autres préparent leur eſtomac à manger l’agneau Paſcal, dont la chair ſeroit très-indigeſte ſi l’on ne faiſoit diète & ſi l’on ne ſe purgeoit comme il faut avant de la manger.

Carmes. Moines, qui par une grace ſpéciale attachée à leur Ordre, ont des talents cachés, qu’ils mettroient plus ſouvent en évidence ſi la foi n’étoit pas diminuée ſur la terre.

Caſuiſtes. Algébriſtes ſpirituels, qui ont ſû calculer & réduire en équations les ſotiſes qu’un bon Chrétien peut faire ſans trop fâcher la Divinité.

Catéchiſme. Recueil d’inſtructions pieuſes, inintelligibles & néceſſaires que les Prêtres ont ſoin d’inculquer aux petits Chrétiens pour les accoutumer de bonne heure à déraiſonner toute leur vie.

Catholique. Signifie univerſel. L’Egliſe Catholique ou univerſelle eſt celle dont les trois quarts & demi du genre humain n’ont jamais entendu parler, & dont les Prêtres par une faveur ſpéciale ne ſont preſque jamais d’accord entre eux ; ce qui prouve clairement que les vérités qu’ils annoncent ne ſont point concertées.

Cauſe de Dieu. C’eſt la cauſe des Prêtres, qui comme on ſait, ſont ſes Avocats, ſes Intendans, ſes Procureurs, mais qui ont rarement reçu de lui des pleins pouvoirs pour accommoder ſes affaires par la voye de la douceur.

Cauſes finales. Les Théologiens ſont les confidens de la Divinité ; ils connoisſent les motifs ſecrets de toutes ſes actions, & trouvent que c’eſt pour le plus grand bien de l’eſpece humaine qu’il y a des pestes, des guerres, des famines, des punaiſes, des couſins & des querelles Théologiques ſur la Terre. Il eſt au moins certain que tout ce qui arrive dans le monde tourne toujours au profit du Sacerdoce ; la Divinité n’a jamais que ſon Clergé en vue dans tout ce qu’elle fait ici-bas.

Célibat. Correction ſagement faite par l’Egliſe Romaine à l’ordre de ſe multiplier que Dieu lui-même avoit donné dans la Bible. Un bon chrétien ne devroit point ſe marier ; quant aux Prêtres, ils n’ont pas beſoin de femmes, les laïques en ont aſſez pour eux ; un Prêtre marié courroit riſque de s’unir d’intérêts à ſes concitoyens, ce qui ne convient nullement aux vues ſaintes & profondes de l’Egliſe Catholique Apoſtolique & Romaine.

Cénobites. Moines qui ne vivent en commun, afin d’être à portée de ſe faire plus efficacement enrager les uns les autres, & par là de mériter le Ciel, qui ne s’obtient que par ceux qui enragent ici-bas.

Cenſures. Qualifications infamantes données par les Théologiens à des perſonnes ou à des Livres qui n’ont pas le bonheur de leur plaire ou de s’accorder avec leurs infaillibles idées. Nous ne préſumons point que notre petit dictionnaire ſoit ſuſceptible de cenſure.

Cérémonies. Ce ſont des mouvemens du corps ſagement ordonnés par les Prêtres dans la vue de plaire à Dieu ; elles ſont d’une telle importance qu’il vaudroit mieux qu’une nation pérît par le fer & par le feu que d’en omettre ou d’en changer une ſeule. Voyez Rites.

Certitude. Dans la Religion elle conſiſte dans l’évidence que les oints du Seigneur ne peuvent jamais ni ſe tromper eux-mêmes ni nous tromper. D’où l’on voit que la certitude Théologique eſt mieux fondée que la certitude Phyſique, qui n’a pour garans que nos ſens, qui ſont ſujets à nous tromper.

Cervelle. Pour être bon Chrétien il eſt très-important de n’avoir point de cervelle, ou de l’avoir bien rétrécie. On peut à l’aide d’un confeſſeur, d’un précépteur ou d’un Couvent la rendre telle à ſes Enfants. Voyez Éducation. Catéchiſme. Couvent. Univerſités.

Chair (la). Elle eſt toujours oppoſée à l’eſprit ; il faut la mortifier, c’eſt une recette infaillible pour tenir l’eſprit en gayeté. L’œuvre de la chair c’eſt comme qui diroit la fornication. L’aiguillon de la chair.   .   .   .   .   .   .  c’eſt .   .   .   .   .    Voyez, Carmes.

Chaîre. C’eſt la boëte à Pandore des Chrétiens ; c’eſt la Tribune aux harangues d’où les Orateurs ſacrés débitent leurs utiles leçons ; il en ſort quelquefois des héréſies, des révoltes, des ligues, des guerres très-néceſſaires pour égayer les peuples & ranimer la foi.

Chaiſe Stercoraire. Chaiſe percée, ſur laquelle le Pape nouvellement élu place ſon derriere ſacré, afin que l’on ſoit à portée de vérifier ſon ſexe, pour ne plus tomber dans l’inconvénient d’une Papeſſe.

Chanoines. Ce ſont des Prêtres communément plus changés de cuiſine que de ſcience ; ils ſe rendent très-utiles à l’Etat pour le bien duquel ils chantent ſouvent en dormant un beau Latin qu’ils n’entendroient pas même s’ils étoient éveillés.

Chant. La Divinité a un goût décidé pour le chant, pourvû qu’il ſoit bien lugubre & bien triſte. Voilà pourquoi les Chrétiens dépenſent tant d’argent pour lui faire brailler nuit & jour des pſalmodies ennuyeuſes pour les oreilles ſans foi.

Charité. C’eſt la plus importante de toutes les vertus ; elle conſiſte à aimer par deſſus toutes choſes un Dieu que nous ne connoiſſons gueres, ou ſes Prêtres que nous connoiſſons très-bien. De plus elle veut que nous aimions comme nous-mêmes notre prochain, pourvû néanmoins qu’il aime Dieu ou ſes Prêtres & qu’il en ſoit aimé ; ſans cela il eſt convenable de le tuer par charité. Mais la vraie charité & la plus eſſentielle conſiſte à graiſſer la patte aux Prêtres ; cette vertu ſeule ſuffit pour couvrir tous les péchés.

Charlatans. Ce ſont des amis ſinceres du genre humain, qui ne cherchent jamais que ſon bien. Il y en a de ſacrés & de profanes ; ceux-ci ſont des coquins. Les autres ſont d’honnêtes gens, qui débitent avec privilége du Roi & du premier Médecin des ames, l’Orviétan ſpirituel ; ils ont communément l’attention de nous rendre bien malades, afin de nous prouver la bonté de leur remede. Voyez Prêtres.

Charnel. C’eſt ce qui n’eſt point ſpirituel : les hommes Charnels ſont ceux qui n’ont point aſſez d’eſprit pour ſentir le mérite des biens ſpirituels, pour leſquels on leur dit de renoncer au bonheur. En général les hommes charnels ſont ceux qui ont le malheur d’être compoſés de chair & d’os, ou d’avoir du bon ſens.

Chaſteté. Vertu religieuſement obſervée par les Prêtres, les Moines & les Moineſſes d’Italie, de Portugal & d’Eſpagne, en qui leurs vœux éteignent pour toujours les démangeaiſons auxquelles les profanes ſont ſujets.

Chrême (Saint). Mélange de baume & d’huile, enchanté par un Évêque ; il devient propre à faire deſcendre les graces d’en-haut & à graiſſer les Chrétiens dont la peau eſt trop aride.

Chrétien. C’eſt un bon homme, une brebis du bon Dieu, qui dans la ſimplicité de ſon cœur ſe perſuade qu’il croit fermement des choſes incroyables, que ſes Prêtres lui ont dit de croire, ſur-tout quand il n’y a jamais rêvé : en conſéquence il eſt perſuadé que trois ne font qu’un, que Dieu s’eſt fait homme, qu’il a été pendu, qu’il eſt reſſuſcité, que les Prêtres ne peuvent jamais mentir, & que ceux qui ne croyent point aux Prêtres ſeront damnés ſans rémiſſion.

Chriſtianiſme. Syſtême religieux attribué à Jéſus-Chriſt mais réellement inventé par Platon & par St. Paul, perfectionné par les Peres, les Conciles, les interprêtes, & ſuivant les occaſions corrigé par l’Egliſe pour le ſalut des hommes. Depuis la fondation de cette Religion ſublime, les peuples ſont devenus bien plus ſages, plus éclairés, plus heureux qu’auparavant ; à compter de cette heureuſe époque on n’a vu ni diſſenſions, ni troubles, ni maſſacres, ni déréglemens, ni vices : ce qui prouve invinciblement que le Chriſtianiſme eſt divin, qu’il faut avoir le diable au corps pour oſer le combattre, & qu’il faut être fou pour oſer en douter.

Chronologie. L’Eſprit-Saint a fixé dans la Bible l’époque préciſe de la création du monde ; mais l’Eſprit-Saint n’eſt pas d’accord avec lui-même ſur cette époque quand il parle en Hébreu, en Grec ou en Latin ; il l’a fait tout exprès pour exercer notre foi & pour amuſer Meſſieurs Souciet & Newton.

Ciboire (Saint). Vaſe ſacré, dans lequel, pour les garantir des rats, les Prêtres Catholiques renferment pour le beſoin un magaſin de petits Dieux, qu’ils font manger aux Chrétiens quand ils ont été bien ſages.

Ciel. Pays fort éloigné, où réſide le Dieu qui remplit l’univers de ſon immenſité. C’eſt de ce Pays que nos Prêtres font venir à peu de fraix, les dogmes, les arguments & les autres denrées ſpirituelles & aëriennes qu’ils débitent aux Chrétiens ; c’eſt là, qu’aſſiſe ſur les nuées la Divinité par leurs ordres, répand ſur nos climats les roſées ou les déluges, les pluyes douces ou les orages, les calamités ou les proſpérités, & ſurtout les querelles Religieuſes, ſi utiles au maintien de la foi. Il y a trois ciels, comme chacun ſait ; St. Paul a vu le troiſieme, mais il ne nous a point donné la carte du pays, ce qui embarraſſe beaucoup les Géographes de l’Académie.

Cimetieres. Terrains bénits & découvers, où juſqu’à la réſurrection des morts, l’Egliſe permet à ſes enfants trépaſſés de pourrir en plein air, quand ils n’ont point aſſez d’argent pour acquérir le droit de pourrir dans un temple & d’infecter les vivans. Comme les riches n’entrent gueres en Paradis, il eſt honnête de les bien loger pour leur argent en attendant le jugement.

Circonciſion. Le Pere éternel, qui, comme on ſait, a par fois des fantaiſies, vouloit jadis que ſes amis ſe rognaſſent le prépuce ; ſon fils lui-même s’eſt ſoumis à cette belle cérémonie ; mais depuis ſon Papa s’eſt radouci ; il n’en veut plus aux prépuces de ſes amis, il eſt content pourvû que jamais ils n’en faſſent uſage. V. Amour.

Clefs (pouvoir des). Ce ſont les paſſe-par-touts du ciel : Jéſus-Chriſt les a lui-même remis à ſon Egliſe ; elle ſeule a droit d’ouvrir & de fermer le Paradis ; le Pape eſt ſon Suiſſe ; ſans argent point de Suiſſe.

Clerc. Nom générique ſous lequel on déſigne tout Chrétien qui s’eſt conſacré au ſervice divin, ou qui ſe ſent appellé à vivre ſans travailler, aux dépens des coquins qui travaillent pour vivre.

Clergé. C’eſt le premier des corps dans tout État bien policé ; Dieu le deſtina lui-même à remplir les plus nobles & les plus importantes fonctions ; elles conſiſtent à chanter, à débiter des chanſons, & à ſe faire bien payer de la céleſte muſique. Clergé ſignifie héritage ou portion. Le Clergé n’eſt ſi riche que par ce qu’il poſſede l’héritage de Jéſus-Chriſt qui, comme on ſait, a laiſſé une très-bonne ſucceſſion.

Cloches. Inſtrumens Théologiques ou bruyans, deſtinés, comme les Prêtres, à étourdir les vivants, & à inviter les morts à bien payer l’Egliſe. Les cloches ſont très-Chrétiennes vû qu’elles ſont baptisées ; nous devons même préſumer qu’elles conſervent toujours l’innocence baptiſmale, avantage que n’ont point la plûpart des Chrétiens.

Coactif. Se dit d’un pouvoir qui a le droit de contraindre ; l’Egliſe n’a point ce droit, elle le laiſſe aux Souverains à condition qu’ils ne manqueront point de s’en ſervir toutes les fois que le Clergé leur donnera ſes ordres.

Coadjuteurs. Quand un Évêque, qui paroît aux mécréants n’avoir pas de très-grandes affaires, ne peut plus remplir les fonctions pénibles de ſon ſaint miniſtère, on lui donne un coadjuteur pour l’aider, & alors le troupeau poſſede deux bergers au-lieu d’un, ce qui fait qu’il eſt très-bien gardé ; le diable n’oſe plus alors roder autour du bercail.

Colere. Péché capital pour tout Chrétien laïque, qui ne doit ſe fâcher que lorſque l’Egliſe ſe fâche, par ce qu’alors c’eſt Dieu qui ſe met en colere : en effet le Dieu de la bonté eſt très-colere ; ſes enfants bien-aimés ſont nés dans ſa colere ; il eſt donc à propos de ſe mettre en colere quand il eſt lui-même en colere. Car il ſe fâcheroit à coup ſûr ſi l’on étoit moins colere que lui. Les Prêtres ont le vrai Thermometre de la colere divine.

Comédiens. Gens qui exercent une profeſſion abominable & qui déplaiſent très-juſtement aux Miniſtres du Seigneur ; ils ſont proſcrits & excommuniés en France, qui eſt un Royaume très-Chrétien, où l’on ſait que les Prêtres poſſedent de droit divin le privilège excluſif de jouer la Comédie.

Commentateurs. Savans Docteurs, qui à force de ſe mettre l’eſprit à la torture parviennent quelquefois à mettre la parole de Dieu d’accord avec le bon ſens, ou à rencontrer des tournures pour alléger le fardeau de la foi.

Commerce. Le commerce eſt interdit aux Prêtres & aux Moines ; ils peuvent néanmoins très-légitimement faire quelques petits profits ſur les marchandiſes rares qu’ils font venir de l’autre monde ; ils n’y gagnent gueres en France que cent millions pour zéro. C’eſt aſſez bien placer ſon argent. Jéſus-Chriſt, comme on ſait, chaſſa les vendeurs du Temple, c’étoient ſelon toute apparence des marauts de laïques, à qui il voulut apprendre qu’il ne convient qu’aux Prêtres de faire une boutique de la maiſon du Seigneur.

Communion. Banquet ſpirituel où l’on ſert une viande aſſez légere, qui eſt propre à nourrir les ames des bons Chrétiens, mais très-indigeſte pour ceux qui n’ont point aſſez de foi.

Compagnie de Jéſus. C’eſt une Compagnie de grenadiers ſpirituels dont Jéſus-Chriſt eſt le Capitaine. Elle fait rage par-tout où on la met en quartier ; cependant communément elle n’en veut point aux femmes, les petits garçons ne s’en tirent pas à ſi bon marché.

Compulſions. Politeſſes très-preſſantes que le Chriſtianiſme a miſes à la mode pour inviter à la foi ceux qui peuvent en manquer. Elles conſiſtent à faire entrer ou rentrer dans la voye du ſalut à force de Lettres de cachet, de priſons, de tortures ou même à coups de canon, quand on a de l’Artillerie à ſes ordres.

Conciles. Aſſemblées ſolemnelles d’Évêques, réunis pour ſe concerter avec le St. Eſprit (qui eſt toujours de l’avis du plus fort) ſur les dogmes & les arrangemens néceſſaires à l’Egliſe. Les Conciles ſont utiles pour corriger, expliquer, altérer la parole divine & la doctrine reçue, & pour fixer juſqu’à nouvel ordre les articles de la foi ſans laquelle le genre humain ne peut être ſauvé.

Conclave. Lieux où s’aſſemblent les Cardinaux de la très-Sainte Egliſe Romaine, quand il s’agit d’élire un vicaire infaillible à Jéſus-Chriſt. Le St. Eſprit ne manque jamais d’aſſiſter à ces ſortes d’Aſſemblées, voilà pourquoi le conclave ne fait jamais un choix douteux.

Concordat. Convention faite entre un Pape & un Roi très-Chrétien, par laquelle l’un & l’autre ont diſposé de choſes ſur leſquelles ils n’avoient aucuns droits.

Concorde. Elle regne toujours parmi les Chrétiens & ſur-tout entre leurs Théologiens ; la preuve la plus indubitable de la Divinité du Chriſtianiſme ſe tire de la concorde inaltérable qui ſubſiſte entre ſes Diſciples. C’eſt un miracle perpétué qui confond la raiſon humaine !

Concupiſcence. Ce mot, qui peut paroître mal ſonnant & déſhonnête à des oreilles délicates, eſt Théologique & partant n’a rien d’indécent. Il ſignifie le penchant maudit que les hommes, depuis le péché d’Adam, ont pour tout ce qui eſt capable de leur donner du plaiſir.

Confeſſeur. Prêtre qui a reçu des pouvoirs de ſon Évêque ; c’eſt-à-dire, à qui Dieu lui-même a paſſé procuration en bonne forme pour écouter les ſotiſes que malgré ſon omni-ſcience Dieu a beſoin qu’on lui découvre, ſans cela il ne pourroit ſavoir à quoi s’en tenir ſur la conſcience de celui qui ſe confeſſe à ſon Prêtre.

Confeſſion auriculaire. Invention très utile aux fideles & ſur-tout très-commode aux Prêtres de l’Egliſe Romaine ; par ſon moyen ils ſont au fait des ſecrets des familles, à portée de ſoutirer l’argent des poltrons, de brouiller les ménages, d’exciter au beſoin de ſaintes révolutions. L’Egliſe eſt privée d’une partie de ces avantages dans les pays où l’on ne veut point ſe confeſſer.

Confirmation. Sacrement ou cérémonie ſacrée, qui conſiſte à graiſſer le front & appliquer un ſoufflet ſur la joue d’un poliſſon, ce qui le rend pour toujours inébranlable dans ſa foi.

Conſcience. C’eſt le jugement que nous portons au dedans de nous-mêmes ſur nos actions ; dans les profanes il eſt guidé par la raiſon, dans les Chrétiens il eſt réglé par la foi, par le zêle, par la ſoumiſſion que nous devons à nos ſaints Prêtres. En conſéquence la conſcience d’un dévot l’oblige ſouvent d’être méchant, & même de bouleverſer la Société par un motif de conſcience.

Conſécration. Paroles magiques, à l’aide deſquelles un Prêtre de l’Egliſe Romaine a le pouvoir de forcer le Dieu de l’univers à quitter ſon déjeuner pour venir ſe changer en pain & ſe faire croquer lui-même.

Conſolations. La Religion Chrétienne fournit des conſolations infinies aux dévots : elle les conſole des maux & des tribulations de cette vie en leur apprenant qu’ils ont affaire à un Dieu bon, qui les châtie pour leur bien dans ce monde périſſable, & qui, par un effet de ſa tendreſſe divine, pourroit avoir la fantaiſie de les cuire éternellement, ce qui eſt très-conſolant pour les frileux.

Contemplation. Occupation très-utile ſur-tout quand on n’a pas de grandes affaires. On ſent que rien ne peut être plus agréable à Dieu que de s’occuper du ſoin de rêver à la Suiſſe ; la Société d’ailleurs retire de très-grands fruits de ces rêves ſacrés.

Controverſes. Importantes diſputes ſur les objets conteſtés entre des Théologiens de ſectes différentes. Aux yeux des hommes charnels ce ſont des vétilles, indignes d’occuper des animaux raiſonnables, mais au fond ces diſputes ſont très-utiles à l’Egliſe militante, qui par là ſe tient en haleine, & nourrit dans les eſprits de ſaintes animoſités très-avantageuſes au Clergé.

Converſions. Changemens miraculeux & rares, qui ſont dus à la grace du Très-Haut, & dont la Société recueille communément les plus grands fruits. Ils font qu’une coquette ſurannée quitte le rouge ; qu’une femme aimable ſe change en piegrièche ; qu’un homme du monde devient un chat-huant ; enfin qu’un financier en mourant, déſeſpéré de ne pouvoir emporter avec lui le fruit de ſes rapines, laiſſe ſon bien à l’Egliſe ou à des hôpitaux pour l’acquit de ſa conſcience, pour le repos de ſon âme, & pour le ſalut de ceux qu’il a dépouillés.

Convulſionnaires. Prophéteſſes Janſéniſtes qui prophétiſent, qui font des ſauts, qui ſe font crucifier, échiner, tourmenter pour prouver que les Jéſuites ſont des coquins, que M l’Archevêque a tort, que le Pere Queſnel a raiſon, que la grace efficace par elle-même fait faire de belles gambades quand elle a de quoi payer. Voyez Secours.

Cordeliers. Moines mendiants, qui depuis cinq cens ans édifient l’Egliſe de Dieu par leur tempérance, leur chaſteté & leurs beaux arguments. Ils ne poſſedent rien en propre, leur ſoupe, comme on ſait, appartient au Saint Pere.

Correction fraternelle. Dans la Religion Chrétienne chacun doit ſe mêler de la conſcience de ſon voiſin & s’intéreſſer vivement à ſon ſalut. Il faut le reprendre de ſes fautes & ſur-tout tâcher de le faire revenir de ſes erreurs. Quand il n eſt point docile il faut le fuir & le haïr, ou bien le tourmenter & le tuer quand on eſt le plus fort.

Cour. Sans la cour l’Egliſe ne peut gueres proſpérer, le St. Eſprit ne bat que d’une aîle : c’eſt là que l’Orthodoxie ſe décide en dernier reſſort ; les hérétiques ſont toujours ceux qui ne penſent pas comme la cour. Les Divinités d’ici-bas reglent communément le ſort des Divinités de là-haut. Sans Conſtantin Jéſus-Chriſt n’eût jamais fait une grande figure ſur la terre.

Couvent. Lieu ſaint où l’on renferme ſous la clef une couvée de Moines ou de Moineſſes, afin de les ſéqueſtrer de la Société. On les lâche néanmoins dans le public quand il s’agit de lever ſur les peuples les impôts ſpirituels qui ſe payent argent comptant. Les Couvens de filles ſont très-utiles pour débaraſſer les Familles, & ſur-tout les Fils aînés, des ſœurs qui les incommodent. Ces ſaintes maiſons ſervent d’ailleurs à l éducation du Beau-ſexe, c’eſt-à-dire à former des Citoyennes bien crédules, bien peureuſes, bien ignorantes, bien dévotes, en un mot de ſaintes Bégueules très-utiles au Clergé.

Crainte. C’eſt le commencement de la ſageſſe ; jamais on ne raiſonne mieux que quand on a bien peur ; les poltrons ſont les gens les plus utiles à l’Egliſe ; ſi jamais les hommes reprenoient du courage les Prêtres ſeroient infailliblement découragés.

Création. Acte incompréhenſible de la toute-puiſſance divine qui de rien a fait tout ce que nous voyons. Les Athées nient la poſſibilité du fait, mais ils manquent de foi ; les Théologiens leur prouveront que des riens ſuffiſent pour mettre l’univers en combuſtion ; l’Egliſe leur fera voir qu’avec rien on peut faire de l’or & de l’argent. D’où l’on voit que les Prêtres du Très-Haut partagent avec lui le pouvoir de créer ; perſonne n’ignore que le Prêtre Needham ſait créer des Anguilles.

Crédibilité. L’on appelle motifs de crédibilité les raiſons convaincantes ou les preuves évidentes qui nous forcent à croire une choſe. Dans la Religion les motifs qui nous font croire, c’eſt la parole de Monſieur le Curé, c’eſt l’ignorance, c’eſt l’habitude, & ſur-tout c’eſt la crainte de ſe faire des affaires.

Crédulité. Tout bon Chrétien doit être dans cette heureuſe ſimplicité qui diſpoſe à croire ſans examen les choſes les moins croyables ſur la parole de ſes guides ſpirituels ; ceux-ci ſont évidemment incapables de ſe tromper eux-mêmes & encore moins de tromper les autres, ce qui ne ſeroit pas bien.

Crimes. Dans la Religion ce ne ſont point les actions les plus nuiſibles à la Société, ce ſont celles qui ſont les plus nuiſibles au Clergé ; le plus grand de tous les crimes eſt de manquer de foi, ou de confiance en lui, c’eſt d’examiner ſes opinions ; c’eſt de voler une Sacriſtie, c’eſt de montrer du mépris pour les choſes ſacrées ; tous ces crimes ſont punis par le feu, ſoit dans ce monde ſoit dans l’autre.

Croire. C’eſt avoir une confiance ſans bornes dans les Prêtres. Un bon Chrétien ne peut ſe diſpenſer de croire tout ce qu’on lui dit de croire, ſans cela il n’eſt bon qu’à brûler ; s’il nous dit que la grace lui manque, qu’on le brûle toujours ; la Divinité en lui refuſant ſa grace annonce qu’elle ne le juge bon qu’à brûler, pour réchauffer la foi de ſes élus.

Cruauté. Diſpoſition fâcheuſe dans le commerce de la vie ordinaire, mais très-néceſſaire au ſoutien de la Religion. L’humanité n’eſt point de ſaiſon quand il s’agit de la Divinité, ou de ſes divins Miniſtres.

Croiſades. Expéditions ſaintes, ordonnées par les Papes, pour débaraſſer l’Europe d’une foule de Vauriens dévots, qui pour obtenir du ciel la rémiſſion des crimes qu’ils avoient commis chez eux, en allaient bravement commettre de nouveaux chez les autres.

Croix. C’eſt le ſigne & l’étendard du ſalut. Ce ſont des bâtons croiſés, qui repréſentent la potence à laquelle la Divinité fut pendue. Les Miniſtres du Seigneur, comme frere Jean Des Antomures, s’en ſervent avec ſuccès pour aſſommer les coquins qui viennent piller leur clos. Porter ſa croix c’eſt ſe chagriner ſaintement, ſe tourmenter ſoi-même ; quand on ne peut mieux faire, il eſt bon de tourmenter les autres, afin de les aider à gagner le Paradis.

Croſſe. C’eſt le Lituus, le bâton augural des Romains, que dans les cérémonies de l’Egliſe portent les Évêques ou les Abbés croſſés. Il eſt fait pour annoncer aux Chrétiens qu’ils ſont de vrayes Brébis, qui n’ont rien de mieux à faire que de ſe laiſſer bien tondre par leurs ſacrés Bergers.

Culte. Suite de cérémonies ou de mouvements du corps & des lévres, qui ſont d’une néceſſité abſolue pour plaire au ſouverain de l’univers ; il n’a beſoin de perſonne, mais il prendrait en mauvaiſe part ſi l’on négligeoit l’étiquette imaginée par ſes gens, & ſi l’on omettait les compliments qui flattent ſa vanité ou celle de ſes Prêtres. Le vrai culte eſt toujours celui dont le cérémonial eſt réglé par ceux qui ont le droit de nous faire griller ſi nous refuſions de nous y conformer.

Curé. Prêtre établi dans chaque paroiſſe pour répéter du Latin & de la Théologie à des manans, pour les faire enrager afin d’en tirer la dixme, & pour intenter des procés à ſon Seigneur.

Curioſité. C’eſt un très-grand péché. Dieu condamna jadis le genre humain à la mort pour la curioſité d’une femme qui voulut connoître & le bien & le mal ; ce qui prouve qu’on riſque de lui déplaire ſouverainement quand on a le bon ſens, ou quand on veut en ſavoir plus que nos Prêtres ne veulent que nous en ſachions.