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Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne/Discours préliminaire

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Discours préliminaire

Discours préliminaire.

Conſtitues eos principes ſuper omnem terram.


Vous les établirez pour commander à toute la terre.
Pſeaume 44. v. 17.

Toute peine vaut ſalaire. Les loix de l’équité demandent que dans une nation les citoyens ſoient récompenſés ou punis à proportion des avantages qu’ils procurent ou des maux qu’ils font à leurs concitoyens. L’intérêt général exige que les hommes les plus utiles ſoyent les plus conſidérés ; que ceux qui ſont inutiles ſoyent honnis & mépriſés, que ceux qui ſont dangereux ſoyent déteſtés & châtiés. C’eſt ſur ces principes évidens que nous devons régler nos jugemens. Les rangs, les prérogatives, les honneurs, les richeſſes sont des récompenſes que la Société, ou ceux qui la repréſentent, décernent aux perſonnes qui lui rendent les plus importants ſervices, ou dont elle a le plus de beſoin : ſi la Société ſe trompoit là-deſſus, ſi elle accumuloit les marques de ſa reconnoiſſance ſur des perſonnes indignes, inutiles ou dangereuſes, elle ſe nuiroit à elle-même, & ſa conduite extravagante viendroit infailliblement de quelqu’opinion fauſſe ou de quelque préjugé.

Ces principes ſont de nature à n’être conteſtés par perſonne. Ils ſont ſuivis dans toutes les nations, qui par les avantages qu’elles accordent ſemblent reconnoître toujours les avantages qu’elles recoivent elles-mêmes, ou du moins qu’elles attendent. Elles rendent leurs hommages aux Souverains, elles leur confient un pouvoir plus ou moins étendu, elles leur accordent des revenus & des ſubſides, parce qu’elles les regardent comme les ſources du bonheur national, parce qu’elles veulent les dédommager des ſoins pénibles du gouvernement. Elles honorent les nobles & les grands parce qu’elles les regardent comme les défenſeurs de l’Etat, comme des citoyens plus éclairés que les autres & capables de les guider en aidant le Souverain dans les travaux de l’adminiſtration. Enfin ces nations montrent la vénération la plus profonde aux Prêtres, parce qu’elles les regardent, avec raiſon, comme un ordre d’hommes choiſis par la Divinité même pour guider les autres dans la voye du ſalut, qui doit être l’objet des plus ardents deſirs des peuples, lorſqu’ils ſont aſſez ſages pour ſentir la préférence que méritent les biens éternels & durables ſur les biens temporels & périſſables de ce monde, qui n’eſt qu’un paſſage pour arriver à une vie beaucoup meilleure.

La Religion eſt un des plus grands mobiles des hommes. Les fauſſes Religions, qui ſont l’ouvrage de l’impoſture, partagent avec la vraye, qui eſt l’ouvrage de la Divinité, le droit de faire des impreſſions vives & profondes ſur l’eſprit des nations. Pénétrés de reſpect pour une Divinité toujours incompréhenſible, agités de craintes & d’eſpérances, en un mot religieux, tous les peuples de la terre ont regardé les Prêtres comme les plus utiles des hommes, comme ceux dont les lumières & les ſecours leur étoient les plus néceſſaires ; en conſéquence dans tout pays le Clergé conſtitua toujours le premier ordre de l’Etat ; il fut en droit de commander à tous les autres, il jouit des plus grands honneurs, il fut comblé de richeſſes, il eut un pouvoir ſupérieur même à celui des Souverains, qui furent en tout tems obligés de fléchir le genou devant les Miniſtres des Puiſſances inconnues qui recevoient les adorations des peuples.

Preſqu’en tout tems & par-tout les Prêtres ont été les maîtres des Rois ; loin que le pouvoir ſouverain s’étendît ſur les Miniſtres du Ciel, il fut obligé de lui céder ; les Prêtres jouîrent de la grandeur, de la conſidération, de l’impunité. Souvent ils juſtifierent leurs excès par les volontés des Dieux, qui furent eux-mêmes à leurs ordres ; en un mot le Ciel & la Terre furent forcés de leur obéir, & les Souverains ne trouverent d’autre moyen d’exercer l’autorité qui leur avoit été confiée, qu’en ſe ſoumettant eux-mêmes à l’autorité plus redoutable des Miniſtres des Dieux.

Les Prêtres des Religions fauſſes que nous voyons répandues ſur la terre jouiſſent donc, ainſi que les Prêtres de la vraye Religion, du pouvoir le plus illimité. Tout eſt bien reçu par les peuples, quand il eſt merveilleux ou lorſqu’il vient de la Divinité ; ils n’examinent jamais rien d’après leurs Prêtres, qui ſont partout accoutumés à commander à leur raiſon & à ſubjuguer leur entendement. Ne ſoyons donc point ſurpris ſi nous voyons par-tout le Sacerdoce jouir de privileges immenses, de richeſſes inépuiſables, d’une autorité toujours reſpectée, enfin du pouvoir même de mal faire ſans en être puni. Nous le voyons en tout pays préſcrire des rites, des uſages, des cérémonies quelquefois bizarres, inhumaines, déraiſonnables : nous le voyons tirer parti d’une foule d’inventions que ſur ſa parole l’on regarde toujours comme divines. Les Prêtres ont ſacrifié des hommes preſqu’en tout pays. Il falloit rendre les Dieux terribles pour que leurs Miniſtres fuſſent & plus reſpectés & mieux récompenſés. Ils ont introduit des uſages religieux utiles à leurs plaiſirs, à leur avarice & à leurs passions ; enfin ils ont commis des crimes aux yeux des peuples, qui ſous le charme où ils étaient, bien loin de les punir, leur ont ſû gré de leur excès & ſe ſont imaginé que le ciel leur deviendroit plus propice à meſure que leurs Prêtres ſeroient plus criminels.

Chez les Phéniciens Moloch demandoi qu’on lui ſacrifiât des enfans. On lui faiſoit des ſacrifices ſemblables chez les Carthaginois ; la Déeſſe de la Tauride vouloit qu’on lui immolât les étrangers ; le Dieu des Mexicains exigeoit des milliers de victimes humaines ; les Druïdes chez les Celtes ſacrifioient les priſonniers de guerre. Le Dieu de Mahomet vouloit qu’on étendît ſa Religion par le fer & par le feu, & par conſéquent exigeoit qu’on lui ſacrifiât des nations entieres. Enfin les Prêtres du Dieu vivant ont, comme de raiſon, plus fait périr d’hommes pour l’appaiſer, que les Prêtres de toutes les nations enſemble n’en ont jamais immolé.

En effet, ce qui eſt abus & crime dans les fauſſes Religions devient légitime & ſaint dans la vraye Religion. Le Dieu que nous adorons eſt, ſans doute, plus grand & ne doit pas être moins redoutable que les faux Dieux des Payens ; ſes Prêtres ne doivent être ni moins reſpectés ni moins récompenſés que les leurs. En conſéquence nous voyons que les Ministres de Jéhovah, ſans s’amuſer à fouiller dans les entrailles de quelques victimes, ſoit d’hommes ſoit d’animaux, ont tout d’un coup fait égorger des villes, des Armées, des nations, en l’honneur de la vraye Divinité ; ce fut, ſans doute, pour prouver ſa ſupériorité & pour nous pénétrer du ſaint reſpect qui eſt dû à ſes Ministres. Ainſi loin de leur faire un crime de ces ſacrifices nombreux qu’ils ont faits ou cauſés ſur la terre, ils doivent nous inſpirer de hautes idées de notre Dieu : loin de les blâmer de ces ſaintes perſécutions, de ces ſaintes boucheries, de ces ſupplices inouis, qui paroiſſent des atrocités & des crimes à des yeux prévenus, nous devons leur en ſavoir gré, nous devons admirer les notions merveilleuſes & ſublimes qu’ils nous donnent de notre Dieu ; nous devons redoubler de ſoumiſſion pour ſes Ministres qui nous apprennent ſa grandeur & qui font de ſi grandes choſes pour lui plaire. Il eſt vrai que l’humanité rebelle peut quelquefois ſe révolter contre des pratiques que la nature & la raison déſapprouvent, mais nous ſavons que la nature eſt corrompue & que la raiſon nous trompe ; la foi ſeule nous ſuffit, & avec de la foi nos Prêtres n’ont jamais tort.

C’eſt donc par les yeux de la foi que nous devons conſidérer les actions de nos Prêtres & alors nous trouverons toujours que leur conduite eſt juſte, & que celle qui paroît criminelle ou déraiſonnable eſt ſouvent l’effet d’une ſageſſe profonde, d’une politique prudente, & doit être approuvée par la Divinité, qui ne juge point des choſes comme les foibles mortels. En un mot avec beaucoup de foi nous ne verrons jamais dans les actions du Clergé rien qui puiſſe nous ſcandaliser. Celà poſé, il nous ſera facile de juſtifier nos Prêtres & nos Evêques des prétendus excès que leur reprochent des hommes profanes & ſuperficiels, ou des impies qui manquent de foi. On les accuſe ſouvent d’une ambition, démeſurée ; on parle avec indignation des entrepriſes du Sacerdoce contre la puiſſance civile ; on eſt révolté de l’orgueil de ces Pontifes qui s’arrogent le droit de commander aux Souverains eux-mêmes, de les dépoſer, de les priver de la Couronne. Mais au fond eſt-il rien de plus légitime ? Les Princes ainſi que leurs Sujets ne ſont-ils pas ſoumis à l’Egliſe ? Les repréſentans des nations ne doivent-ils point céder aux repréſentans de la divinité ? Est-il quelqu’un ſur la terre qui puiſſe le diſputer à ceux qui ſont les dépoſitaires de la puiſſance du Très-Haut ?

Rien n’eſt donc mieux fondé aux yeux d’un Chrétien rempli de foi que les prétentions du Sacerdoce. Rien n’eſt plus criminel que de réſiſter aux ministres du Seigneur ; rien n’eſt plus préſomptueux que de vouloir ſe placer ſur la même ligne qu’eux ; rien de plus téméraire que de prétendre les juger ou ſoumettre des hommes tout divins à des loix humaines. Les Prêtres ſont ſous la juriſdiction de Dieu, & comme ce ſont eux qui ſont chargés de l’exercer, il s’enſuit que les Prêtres ne peuvent être ſoumis qu’aux Prêtres.

Les relations de quelques voyageurs nous apprennent que ſur la Côte de Guinée les Rois ſont obligés de ſubir une cérémonie ſacerdotale néceſſaire à leur inauguration, & ſans laquelle les peuples ne reconnoîtroient pas leur autorité. Le Prince ſe met à terre, tandis que le Pontife lui marche ſur le ventre & lui met le pied ſur la gorge, en lui faiſant jurer qu’il ſera toujours obéiſſant au Clergé.

Si le Pontife d’un miſérable Fétiche exerce un droit ſi honorable, à plus forte raiſon quel doit être le pouvoir du Souverain Pontife des Chrétiens, qui eſt le Vicaire de Jéſus-Chriſt en terre, le repréſentant du Dieu de l’univers, le Vice-gérent du Roi des Rois.

Tout homme bien pénétré de la grandeur de ſon Dieu, doit être pénétré de la grandeur de ſes Prêtres ; autant vaudroit-il nier l’exiſtence de ce Dieu que de refuſer les hommages qui ſont dus à ſes Miniſtres ; celui qui déſobéit aux Miniſtres, chargés par un Monarque d’exercer ſon autorité, eſt, ſans doute, un rebelle qui réſiſte au Monarque lui-même. L’on voit donc que rien ne doit être plus grand ſur la terre qu’un Prêtre, qu’un Moine, qu’un Capucin, & que les Princes des Prêtres ſont les plus grands des mortels. Le Curé eſt toujours le premier homme de ſon village, & le Pape eſt, ſans contredit, le premier homme du monde.

Le ſalut eſt la ſeule choſe nécéſſaire ; nous ne ſommes en ce monde que pour l’opérer avec crainte & tremblement, nous devons craindre Dieu & trembler devant ſes Prêtres ; ils ſont les maîtres du Ciel, ils en poſſèdent les clefs, ils ſavent ſeuls le chemin qui y mene ; d’où il ſuit évidemment que nous devons leur obéir préférablement à ces Rois de la terre, dont le pouvoir ne s’étend que ſur les corps, tandis que celui des Prêtres s’étend bien au-delà des bornes de cette vie. Que dis-je ! Si les Rois eux-mêmes ont, comme ils doivent, le deſir de ſe ſauver, il faut qu’ils ſe laiſſent aveuglément conduire par les guides & les Pilotes ſpirituels, qui ſeuls ſont en état de procurer le bonheur éternel à ceux qui ſe montrent dociles à leurs leçons. Il ſuit de là que les Princes qui manquent de docilité à leurs Prêtres manquent indubitablement de foi, & peuvent par leur exemple anéantir la foi dans l’eſprit de leurs ſujets. Mais comme ſans foi il eſt impoſſible de ſe ſauver, & comme la plus importante des choſes eſt de ſe ſauver, on doit en conclure que c’eſt au Clergé à voir ce qu’il faut faire des Princes qui ſont indociles ou ſans foi ; ſouvent il trouve qu’oportet unum mori pro populo, doctrine très-déplaiſante pour les Rois, très-nuiſible à la Société, mais dont les Jéſuites aſſûrent que l’Egliſe doit très-bien ſe trouver, & que le très-Saint Pere n’a jamais eu le courage de condamner.

On voit donc que les Princes ſont en conſcience & par intérêt obligés d’être toujours ſoumis au Clergé ; les Souverains n’ont de l’autorité dans ce monde que pour que l’Egliſe proſpere : l’Etat ne pourroit être heureux ſi les Prêtres n’étoient contens ; c’eſt, comme on ſait, de ces Prêtres que dépend le bonheur éternel, qui doit bien plus intéreſſer les Princes eux-mêmes que celui d’ici bas. Ainſi leur autorité doit être ſubordonnée à celle des Prêtres qui ſavent ſeuls ce qu’il faut faire pour arriver à la gloire. Le Souverain ne doit donc être que l’exécuteur des volontés du Clergé, qui n’eſt lui-même que l’organe des volontés divines. Cela poſé, le Prince ne remplit ſon devoir & ne doit être obéi que quand il obéit à Dieu, c’eſt-à-dire, à ſes Prêtres ; dès que ceux-ci le jugent néceſſaire au bien de la Religion il eſt de ſon devoir de tourmenter, de perſécuter, de bannir, de brûler ceux de ſes ſujets qui ne travaillent point à leur ſalut, qui ſont hors du chemin qui y conduit, ou qui peuvent contribuer à égarer les autres.

En effet tout eſt permis pour le ſalut des hommes ; rien de plus légitime que de faire périr le corps pour rendre l’ame heureuſe ; rien de plus avantageux à la politique Chrétienne que d’exterminer de vils mortels qui mettent obſtacle aux ſaintes vues des Prêtres. Ainſi loin de reprocher à ceux-ci les cruautés ſalutaires qu’ils ont ſouvent employées pour ramener les eſprits, on auroit dû leur permettre de redoubler, s’il eſt poſſible, ou du moins de rendre plus durables les rigueurs qu’ils font éprouver aux Mécréants ; cela leur rendroit, ſans doute, plus aimable la Religion qu’on veut leur faire embraſſer. Celui qui découvriroit un moyen de rendre les ſupplices des hérétiques plus longs & plus douloureux, ferait, ſans doute un grand bien à leurs ames, & mériteroit très-bien de l’Egliſe & de ſes Miniſtres. Ainſi loin de blâmer la ſévérité que les Miniſtres de la Religion exercent ou font exercer par le bras ſéculier, c’eſt-à-dire, par les Princes, les Magiſtrats & les Bourreaux ſur ceux qu’ils ont deſſein de ramener au giron de l’Egliſe, un bon Chrétien devroit ſeconder leur zêle charitable & imaginer de nouveaux moyens, plus efficaces que les anciens, pour déraciner les erreurs & pour ſauver les ames.

Que l’on ceſſe donc de reprocher à l’Egliſe ſes perſécutions, ſes exils, ſes priſons, ſes Lettres de cachet, ſes tortures, ſes bûchers. Plaignons-nous au contraire en voyant que toutes ces ſaintes rigueurs, employées dans tous les ſiecles, n’ont point eu l’effet deſiré. Tâchons de découvrir quelques moyens plus ſûrs d’extirper les héréſies, & ſur-tout ne recourons jamais à la douceur ni à une lâche Tolérance, qui, ſi elle eſt conforme à l’humanité, ſeroit incompatible avec l’eſprit de l’Egliſe ou avec le zêle dont un Chrétien doit brûler ; avec l’humeur d’un Dieu terrible ; avec le caractere de ſes Prêtres, qui pour obtenir nos reſpects & nos hommages doivent être encore plus terribles & plus inexorables que lui.

C’eſt avec auſſi peu de fondement que les impies reprochent aux Miniſtres du Seigneur ces querelles auſſi intéreſſantes que ſacrées, qui ſont les cauſes les plus fréquentes des troubles, des diviſions, des perſécutions, des guerres de religion, des révolutions que l’on voit arriver ici bas. Ces aveugles ne voyent-ils pas qu’il eſt de l’eſſence d’une Egliſe militante de combattre toujours ? S’ils avoient de la foi ils verroient, ſans doute, que la Providence pleine de bonté pour ſes créatures, veut les ſauver ; que les ſouffrances & les malheurs ſont les vrayes routes du ſalut ; que le bonheur & la tranquillité engourdiroient les nations dans une indifférence dangereuſe pour l’Egliſe & ſes Miniſtres ; qu’il eſt de l’intérêt des Chrétiens de vivre dans la miſere, l’indigence & les larmes ; qu’il eſt de l’intérêt de la Religion que ſes Prêtres ſe diſputent, que leurs ſectateurs ſe battent, que les peuples ſoient malheureux en ce monde pour être heureux dans l’autre. Toutes ces vues importantes ſe découvrent à ceux qui ont le bonheur d’avoir une foi bien vive ; rien n’eſt plus propre à remplir ces mêmes vues que les diſputes opiniâtres des Théologiens, qui, pour accomplir les projets favorables de la Providence, nous donnent lieu d’eſpérer qu’ils ſe querelleront & qu’ils mettront leurs ſectateurs aux priſes juſqu’à ma conſommation des ſiecles.

Loin de reprocher, comme on fait, l’avarice & la cupidité aux Miniſtres de l’Egliſe, ne devroit-on pas montrer la reconnaiſſance la plus ſincere à des hommes qui ſe dévouent pour nous, qui ſe chargent de nos poſſeſſions, ſouvent acquiſes par des voyes iniques, qui nous débaraſſent des richeſſes qui mettroient des obſtacles infinis à notre ſalut ? C’eſt pour que les nations ſe ſauvent que le Clergé les dépouille ; il ne les plonge dans la pauvreté que pour les détacher de la Terre & de ſes biens périſſables, afin de s’attacher uniquement aux biens durables qui les attendent en Paradis, s’ils ſont bien dociles à leurs Prêtres & bien généreux à leur égard.

Quant à l’inimitié pour la ſcience dont on fait un crime au Clergé, elle eſt formellement preſcrite par l’Ecriture Sainte ; la ſcience enfleroit les laïques, c’eſt-à-dire, les rendroit inſolents & peu dociles à leurs guides ſpirituels ; les Chrétiens doivent demeurer dans une enfance perpétuelle ; ils doivent reſter toute leur vie ſous la tutelle de leurs Prêtres, qui ne voudront jamais que leur bien. La ſcience du ſalut eſt la ſeule qui ſoit vraiment néceſſaire ; pour l’apprendre il ſuffit de ſe laiſſer mener. Que deviendroit l’Egliſe ſi les hommes s’aviſoient de raiſonner ?

Que dirons-nous des avantages ineſtimables qui réſultent pour les hommes de la Théologie ! De ſaints Prêtres ſont perpétuellement occupés à méditer pour les autres les éternelles vérités. A force de rêver & de ſe creuſer le cerveau, ils parviennent à découvrir les idées ſans leſquelles les nations vivroient dans les ténebres de l’erreur. A force de ſyllogiſmes ils viennent à bout d’éteindre pour toujours l’affreux bon ſens, de dérouter la logique mondaine, de fermer la bouche à la raiſon, qui jamais ne doit ſe mêler des affaires de l’Egliſe. A l’aide de cette Théologie les femmes mêmes ſont à portée d’entrer dans les querelles de Religion, & le peuple eſt au fait des vérités néceſſaires au ſalut.

A l’égard de la morale qu’on accuſe les Prêtres de pervertir, de changer en pratiques & en cérémonies, de mépriſer eux-mêmes ou de ne point enſeigner aux hommes ; ceux-ci n’ont aucunement beſoin d’une morale humaine, qui ſeroit trop ſouvent incompatible avec la morale divine & ſurnaturelle. Les vertus Chrétiennes que nos Prêtres nous enſeignent ſont-elles donc faites pour être comparées avec ces vertus chétives & mépriſables qui n’ont pour objet que le bonheur de la Société ? Cette Société eſt-elle donc deſtinée à être heureuſe ici bas ? Ne lui vaut-il pas mieux d’avoir la foi qui la ſoumet aux Prêtres, l’eſpérance qui la ſoutient dans les maux qu’on lui fait, la charité ſi utile au Clergé ? N’eſt-ce donc pas aſſez pour ſe ſauver d’être humble, c’eſt-à-dire, bien ſoumis ; d’être dévôt, c’eſt-à-dire, bien dévoué à tous les ſaints caprices de l’Egliſe, de ſe conformer aux pratiques qu’elle ordonne ; enfin d’être, ſans y rien comprendre, bien zêlé pour ſes déciſions ? Les vertus ſociales ne ſont bonnes que pour des payens, elles deviendroient inutiles ou même nuiſibles à des Chrétiens ; pour ſe ſauver ils n’ont beſoin que de la morale de leurs Prêtres ou de leurs caſuiſtes, qui bien mieux que des Philoſophes ſavent ce qu’il faut faire pour cela. Les vertus Chrétiennes, la morale Evangélique, les pratiques de dévotion, les cérémonies ſont d’un grand produit pour l’Egliſe ; les vertus humaines ou profanes ne lui donnent aucun profit & ſont ſouvent très-contraires à ſes vues.

Cela poſé, quel eſt l’homme aſſez ingrat ou aſſez aveugle pour refuſer de reconnoître les fruits que la Société retire de ces prédications continuelles, de ces inſtructions réitérées que nous font des Docteurs zêlés, dont la fonction pénible eſt de nous répéter ſans ceſſe les mêmes vérités Evangéliques, que le peu de foi des hommes les empêche de comprendre ? Depuis près de dix huit ſiecles les nations ſont prêchées & nous avons lieu de croire qu’elles le ſeront encore longtems. Si l’on nous dit que malgré les efforts incroyables de nos Prêtres & de nos ſaints Moines on ne voit gueres d’amendement, nous dirons que c’eſt un effet ſenſible de la Providence qui veille toujours ſur ſes Prêtres, & qui ſent bien que ſi les hommes ſe corrigeaient, s’ils avoient des loix plus ſenſées, une éducation plus honnête, une morale plus intelligible, une politique plus ſage, les Prêtres ne nous ſeroient plus bons à rien. Il eſt, ſans doute, entré dans les vues de la Providence, que les hommes fuſſent toujours méchans pour que leurs guides ſpirituels euſſent toujours le plaiſir de les prêcher & d’être éternellement payés de leurs inſtructions éternelles.

La politique mondaine & la morale profane ſont, graces à notre ſainte Religion, entièrement négligées : la première conſiſte à s’entendre avec les Prêtres, la ſeconde à ſe conformer exactement aux pratiques qu’ils ordonnent ; c’en eſt, ſans doute, aſſez pour que la Religion fleuriſſe & que l’Egliſe proſpere. Aujourd’hui toute la politique conſiſte à ſe lier d’intérêts avec le Clergé, & toute la morale conſiſte à l’écouter.

Si les hommes s’aviſoient un jour de ſonger ſérieuſement à la politique ou à la morale humaine, ils pourroient bien ſe paſſer de la Religion & de ſes Miniſtres. Mais ſans Religion & ſans Prêtres que deviendroient les nations ? Elles ſeroient aſſurément damnées ; il n’y auroit plus chez elles ni ſacrifices, ni couvents, ni expiations, ni pénitences, ni confeſſions, ni Sacrements, ni aucunes de ces pratiques importantes ou de ces cérémonies intéreſſantes, dont depuis tant de ſiecles nous éprouvons les bons effets, ou qui font que les Sociétés humaines ſont ſi ſoumiſes au ſacerdoce. Si les hommes alloient ſe perſuader qu’il faut être doux, humains, indulgents, équitables, on ne verroit plus de diſcordes, d’intolérance, de haines Religieuſes, de perſécutions, de criailleries, ſi néceſſaires au ſoutien du pouvoir de l’Egliſe. Si les Princes ſentoient qu’il eſt utile que leurs ſujets vivent dans l’union, que le bon ſens & la juſtice exigent que l’on ſouffre que chacun penſe comme il voudra pourvû qu’il agiſſe en honnête homme & en bon citoyen ; ſi ces Princes au lieu du Catéchiſme alloient faire enſeigner une morale intelligible, que ſeroit-il beſoin de diſputes Théologiques, de Conciles, de Canons, de formulaires, de profeſſion de foi, de Bulles, &c. qui ſont pourtant ſi néceſſaires au bien de la Religion, & ſi propres à exciter de ſaints tumultes dans les Etats ? Enfin ſi des êtres raiſonnables s’aviſoient jamais de conſulter leur raiſon, que le Sacerdoce a ſi ſagement proſcrite, que deviendrait la foi, ſans laquelle nous ſavons que l’on ne peut être ſauvé ?

Tout cela nous prouve évidemment que l’Egliſe n’a nul beſoin de cette morale humaine & raiſonnable que l’on a la témérité d’oppoſer à la morale divine Evangélique, & qui pourroit cauſer à la fois la ruine de la Religion & du Sacerdoce, dont on ne peut point ſe paſſer. Si les Souverains conſultaient la raiſon, l’équité, les intérêts futiles d’une politique terreſtre, ils veilleroient à l’inſtruction des peuples, ils feroient des loix ſages, ils rendroient leurs ſujets raiſonnables, ils ſeroient adorés chez eux : ſur le pied où ſont les choſes, les Princes, ennemis de l’idolâtrie, n’ont pas tant de peines à prendre ; il leur ſuffit d’être dévôts ou bien ſoumis aux Prêtres, qui ſeuls doivent être adorés, pour que tout aille le mieux du monde ; l’autorité temporelle n’eſt en danger que quand l’Egliſe eſt mécontente, & dès lors, comme on ſait, cette autorité ne peut plus être légitime.

Quant aux mœurs religieuſes des ſujets, les ſeules qui ſoient néceſſaires à l’Egliſe, les Prêtres y pourvoiront toujours ; ils les confeſſeront, ils les abſolveront, ils leur diront des meſſes, ils leur adminiſtreront des Sacrements, & quand ils ſeront à la mort ils leur remettront facilement tous les crimes de leur vie, pourvu qu’ils ſoient bien généreux à l’endroit du Clergé. Que peut-on deſirer de plus que d’aller en Paradis ? Les Prêtres en ont les clefs, ainſi la morale des Prêtres ſuffit, toute autre morale eſt inutile ou dangereuſe ; elle anéantiroit les abſolutions, les indulgences, les expiations, les ſcrupules, les donations à l’Egliſe, en un mot toutes les choſes qui contribuent à la puiſſance du Sacerdoce, & à la gloire du Dieu.

On nous dira peut-être, que les Prêtres montrent ſouvent beaucoup de mépris pour les vertus mêmes qu ils prêchent aux autres ; que l’on voit quelquefois des Pontifes, des Eccléſiaſtiques, des Moines vivre dans le libertinage, & ſe livrer ouvertement à des vices que la morale Chrétienne condamne ; en un mot tenir une conduite oppoſée à leurs leçons. Je réponds 1°. que ce n’eſt point aux laïques à juger leurs Prêtres, qui ne ſont comptables de leurs actions qu’à eux-mêmes. Je réponds 2°. que la charité veut que lorſqu’un Prêtre commet le mal nous ne nous en apercevions jamais. Je réponds 3°. qu’un Prêtre en commettant quelque action qui nous paroît criminelle peut ſouvent faire du bien, & nous le ſentirions ſi nous avions plus de foi. Si, par exemple, un Moine laiſſe ſes ſandales à la porte d’une femme, (comme il arrive en Eſpagne) ſon mari doit ſuppoſer qu’il travaille au ſalut de ſa femme ; s’il les ſurprend en flagrant délit, il doit remercier Dieu qui veut ainſi l’éprouver ou l’affliger par l’entremiſe de l’un de ſes Serviteurs, qui ſe trouve par là lui rendre un très-grand ſervice à lui-même. D’ailleurs, ſi, par impoſſible, des Prêtres manquoient de mœurs, il faut toujours ſe ſouvenir de faire ce qu’ils diſent & non pas de qu’ils font. Il faut avoir de l’indulgence pour des hommes qui ſont de chair & d’os comme les autres ; Dieu leur permet de tomber quelquefois pour apprendre aux laïques à ſe défier de leurs propres forces, puiſque les Prêtres eux-mêmes ſont ſujets à tomber[1].

En un mot le bandeau de la foi doit toujours nous empêcher d’apercevoir les dérèglements du Clergé ; le manteau de la charité eſt fait pour les couvrir. Tout Chrétien qui ſera pourvu de ces deux pièces importantes ne trouvera rien de choquant, ou qu’on ne puiſſe juſtifier, dans la conduite des Miniſtres de l’Egliſe. Celui qui n’a pas bonne opinion des Prêtres du Seigneur devient bientôt un impie ; mépriſer le Clergé, c’eſt mépriſer l’Egliſe ; mépriſer l’Egliſe, c’eſt mépriſer la Religion ; mépriſer la Religion, c’eſt mépriſer le Dieu qui en eſt l’Auteur. D’où je conclus que mépriſer les Prêtres c’eſt être un incrédule, un Athée, ou, ce qui eſt encore pis, c’eſt être un Philoſophe.

Il eſt évident qu’un homme qui penſe ainſi ſur le compte du Clergé ne peut avoir ni foi, ni loi, ne peut être vertueux, ne peut être bon citoyen, bon Pere, bon Mari, bon ami, bon Soldat, bon Magiſtrat, bon Médecin &c. en un mot il n’eſt bon qu’à brûler, afin d’empêcher les autres d’imiter ſa façon de penſer.

Ces réflexions ſommaires doivent ſuffire pour nous faire ſentir les obligations immenſes que nous avons au Clergé ; je les récapitule en peu de mots. C’eſt à l’ambition ſi légitime des Prêtres que nous devons les combats continuels du Sacerdoce & de l’Empire, qui, pour le bien de nos ames, ont depuis tant de ſiecles déſolé les Etats, dérouté la politique humaine, & rendu les gouvernements foibles & chancelans. C’eſt à la ligue du Sacerdoce & de l’Empire que les peuples en pluſieurs pays ſont redevables du deſpotiſme, des perſécutions, des ſaintes tyrannies qui ont dévaſté pour la plus grande gloire de Dieu les plus floriſſantes contrées. C’eſt aux ſaintes querelles des Prêtres entre eux que nous devons les héréſies & les perſécutions des hérétiques ; c’eſt aux héréſies que nous devons la très-ſainte Inquiſition, ſes bûchers & ſes tortures, ainſi que les exils, les empriſonnemens, les formulaires, les Bulles &c. qui, comme on ſait, remédient parfaitement aux erreurs & les empêchent de s’étendre. C’eſt au zêle du Sacerdoce que nous devons les révolutions, les ſéditions, les guerres de Religion, les régicides & les autres ſpectacles édifiants que la Religion depuis dix-huit ſiecles procure à ſes enfans chéris. C’eſt à la ſainte avidité du Sacerdoce que les peuples ſont redevables de l’indigence heureuſe, de ce découragement ſalutaire, qui étouffent l’induſtrie par-tout où les Prêtres ſont puiſſans. C’eſt à leur louable inimitié pour la ſcience que nous devons le peu de progrès des eſprits dans les connoiſſances mondaines & leurs progrès immenſes dans la Théologie. C’eſt à leur morale toute divine que nous devons l’heureuſe ignorance où nous ſommes de la morale humaine, qu’il ſeroit bon d’oublier : c’eſt à leurs Caſuiſtes que nous devons cette morale merveilleuſe & calculée qui nous rend à peu de fraix les amis de Dieu : enfin c’eſt à leurs vices mêmes, à leurs ſaintes tracaſſeries que nous devons les épreuves qui nous conduiront au ſalut.

Joignez à tout cela les prières ferventes, les inſtructions charitables, l’éducation merveilleuſe dont depuis tant de ſiecles les nations recueillent viſiblement les fruits, & vous reconnoîtrez, mes freres, que vous ne ſauriez trop faire pour des hommes qui ſe dévouent pour notre bien en ce monde & à qui, ſuivant toute apparence, nous devrons un jour le bonheur éternel en échange de celui dont ils nous privent ici bas.

Ainſi que tout bon Chrétien ſe pénètre d’un reſpect profond pour les Prêtres du Seigneur ; qu’il ſente les obligations immenſes qu’il leur a ; que les Princes les placent ſur le trône à leurs côtés, ou plutôt qu’ils leur cedent une place qui ne peut être plus dignement occupée ; qu’ils commandent également aux Souverains & aux ſujets ; que revêtus d’un pouvoir illimité, toutes leurs volontés ſoient reçues ſans murmure par les nations dociles ; ils ne peuvent jamais abuſer de leur puiſſance ; elle tendra toujours néceſſairement au bien-être de l’Egliſe, qui ne ſera jamais qu’une ſeule & même choſe avec le Clergé.

En effet ne nous y trompons pas, mes chers freres, l’Egliſe, la Religion, la Divinité même ſont des mots qui ne déſignent que le Sacerdoce, enviſagé ſous différens points de vue. L’Egliſe eſt un nom collectif pour déſigner le corps de nos guides ſpirituels ; la Religion eſt le Syſtème d’opinions & de conduite imaginé par ces guides pour vous mener plus ſûrement. A force de Théologie la Divinité s’eſt elle-même identifiée avec vos Prêtres, elle ne réſide plus que dans leur cerveau, elle ne parle que par leur bouche, elle les inſpire ſans ceſſe, elle ne les dément jamais.

D’où vous voyez que vos Prêtres ſont ce que vous connoiſſez de plus ſacré dans l’univers. Ces Prêtres forment l’Egliſe ; l’Egliſe décide du culte & de la Religion ; la Religion eſt l’ouvrage de l’Egliſe dans laquelle Dieu ou l’eſprit de Dieu ne peut ſe diſpenſer de réſider. D’après ces vérités ſi frappantes, auxquelles l’incrédulité la plus audacieuſe ne peut point ſe refuſer, vous voyez que les droits du Clergé ſont vraiment des droits divins puiſqu’ils ne ſont que les droits de la Divinité même. Les intérêts du Clergé ſont les intérêts de Dieu lui-même. Les droits, les intérêts, la cauſe du Clergé ne peuvent ſe ſéparer de ceux de la Divinité, qui réſide en eux, de même que l’ame réſide dans le corps, & s’affecte de tout ce qui fait impreſſion ſur ce corps. En un mot Dieu, la Religion, l’Egliſe ſont la même choſe que les Prêtres. C’eſt de cette Trinité que réſulte l’être unique que l’on nomme le Clergé.

En fixant ou ſimplifiant ainſi vos idées, mes très-chers Freres, tout le Syſtême de la Religion ſe découvrira ſans nuages à vos yeux. Vous comprendrez que le Culte divin eſt l’hommage que le Clergé juge néceſſaire d’impoſer aux nations ; vous ſentirez que nos dogmes ſont les opinions de ce même Clergé ; vous verrez que la Théologie eſt l’enchaînement de ces mêmes opinions ; vous concevrez que les diſputes du Clergé ſur les dogmes viennent du peu d’harmonie qui ſubſiſte quelquefois entre Dieu, qui eſt l’ame de l’Egliſe, & les Prêtres qui en ſont le corps. Vous reconnoîtrez que Dieu, la Religion & l’Egliſe doivent changer d’avis quelquefois puiſque le Clergé eſt forcé d’en changer. Vous comprendrez qu’obéir à Dieu, à la Religion, à l’Egliſe, c’eſt obéir au Clergé, & par conſéquent que regimber contre le Clergé c’eſt ſe révolter contre le Ciel ; en médire c’eſt blaſphémer : le mépriſer c’eſt être impie ; l’attaquer c’eſt s’en prendre à Dieu lui-même ; toucher à ce qui lui appartient c’eſt commettre un ſacrilège ; enfin vous ſentirez que ne point croire au Clergé c’eſt être Athée, c’eſt ne point croire en Dieu lui-même.

Monarques ! Grands de la terre ! Nations ! Tombez donc en tremblant dans la pouſſière aux pieds de vos Prêtres divins ; baiſez les traces de leurs pas ; pénétrez-vous d’une ſainte frayeur. Profanes ! qui que vous ſoyez, rampez comme des inſectes devant les Miniſtres du Très-Haut ; ne levez jamais un front audacieux devant les maîtres de votre ſort ; ne portez jamais un œil curieux dans le ſanctuaire redoutable, ni ſur les importants myſteres de vos guides ſacrés ; tout ce qu’ils diſent eſt vérité ; tout ce qu’ils ordonnent eſt utile & ſage ; tout ce qu’ils exigent eſt juſte, tout ce qu’ils enſeignent ſont des arrêts du ciel, ce ſeroit un crime affreux de les examiner. Souverains ! montrez l’exemple de l’obéiſſance, de la crainte, du reſpect le plus ſervile : Sujets ! quand vos prêtres l’exigent, forcez vos Souverains à plier ſous le joug. Princes de la Terre, votre pouvoir dépend de votre ſoumiſſion aux Miniſtres du Ciel ; tirez donc l’épée pour eux, exterminez pour eux, appauvriſſez vos peuples pour les faire vivre dans la ſplendeur & l’abondance. Nations ! dépouillez-vous vous-mêmes pour accumuler vos richeſſes périſſables ſur des hommes tout divins, à qui ſeuls la Terre appartient ; ſinon, redoutez la vengeance des Miniſtres courroucés du Dieu de la vengeance ; ſongez qu’il eſt en colere contre la race humaine ; ſongez que ſes bienfaits ne ſont dûs qu’aux prieres de ſes favoris, devant leſquels jamais vous ne pouvez trop vous abaiſſer. Enfin ſouvenez-vous toujours que ce n’eſt que par leurs recommandations & leur crédit que vous pourrez entrer dans le ſéjour de la gloire, & mériter l’éternelle félicité, qui ſeule eſt digne d’occuper vos penſées ; vous ne l’obtiendrez qu’en vous rendant malheureux ici-bas, qu’en y rendant vos Prêtres heureux, qu’en vous ſoumettant ſans examen à toutes leurs volontés : voilà le chemin du bonheur, que je vous ſouhaite, au nom du Pere, du Fils & du Saint Eſprit.

Ainſi ſoit-il.
  1. De tout tems & en tout pays les Prêtres ont joui, de droit divin & de droit naturel, du droit d’être paillard. Les Prêtres chrétiens l’exercent très-ouvertement en Eſpagne, en Portugal, en Italie & par-tout où l’Egliſe eſt duement reſpectée, c’eſt-à-dire, où l’on a beaucoup de foi. Ce droit leur eſt, ſans doute, bien plus acquis qu’aux Prêtres idolâtres, qui en ont ſouvent joui. Les femmes de Babylone étoient forcées de venir une fois dans la vie ſe proſtituer dans le temple de la Vénus Aſſyrienne. Le grand Prêtre de Calicut a les prémices de la femme de ſon Souverain. Pour ſanctifier le mariage nos Prêtres devroient avoir les prémices des femmes les Laïques, ou du moins les Curés devroient avoir la dixme des filles de leurs paroiſſiens.