Trésor clérical

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Charles Démia, Lyon, Certe, 1682, 641 p. Approbations et Permission de septembre 1681 : https://books.google.fr/books?id=L8bScc3geH0C (=sans doute 1ère édition).

Jean Certe (p. Liminaires-640).

TRESOR CLERICAL

ou

CONDUITES

POUR ACQUERIR ET CONSERVER

la Sainteté Ecclesiastique,

RECUEILLI

Des Autheurs les plus considerables de ce temps,

qui ont traité de ces matieres.

Par un Officier de l'Archevéché de Lyon.

OUVRAGE EGALEMENT UTILE

Aux Pretendants aux Ordres, à ceux qui y sont engagez,

& à ceux qui ont charge d'Ames.

Genu posito lacrymis atque suspiriis ore, ut hunc Sacerdotii Thesaurum inspiciatis : Thesaurum inquam iis qui dignè & sanctè custodient. S.Ephr. Syri Diac. de Sac.

A LYON.
Chez JEAN CERTE, ruë Merciere, à l’Enseigne de la Trinité.

M. DC. LXXXII.
AVEC PRIVILEGE ET APPROBATION.
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A

IESUS-CHRIST

PARFAIT DIRECTEUR

DES PRESTRES.


SOuverain Prêtre du Dieu vivant, qui seul par vôtre autorité Divine avés êtabli les Clercs & les Ministres sacrés dans vôtre Eglise, & qui par vôtre Esprit adorable les dirigez dans les saintes voyes de leur êtat ; c’est vous que l’on reconnoit pour l’unique Autheur de ce
Trésor ; c’est aussi à vous seul à qui il doit être offert & consacré, puis que c’est vous qui est avez inspiré le dessein, qui en avez répandu les saintes lumieres dans l’esprit des Autheurs, dont on s’est servi pour la composition de cét ouvrage, qui êtes l’unique source d’où sont emanées toutes les verités qui y sont pour la sanctification du Clergė, qui êtes la seule fin pour laquelle on a travaillé à ce recueil, & qui enfin avez bien voulu l’achever & y mettre la derniere main. On espere aussi que ce sera vous seul qui le donnerez au public, qui le communiquerez aux Ecclesiastiques, & qui l’accompagnerez de beaucoup de graces particulieres pour en faire goûter les maximes & les verités à tous ceux qui le liront.

Il est vray Seigneur que vous n’avez pas dédaigné de vous servir d’un foible ouvrier pour rechercher un si pretieux Tresor. Mais vous sçavez assez que c’est vôtre bras qui l’a poussé, que c’est vôtre main qui l’a fait avancer, & que c’est vôtre doigt qui luy a indiqué les endroits où il l’a rencontré. Que ce soit donc ce même bras qui defende & protege cêt ouvrage, que cette même main le distribuë & que ce même doigt l’imprime dans l’esprit & dans le cœur de tous les Ecclesiastiques.

On sçait que l’Eminence & la Sainteté de leur état les oblige à pratiquer les ver- tus les plus sublimes & les plus heroïques ; que plus ils sont élevez, au-dessus du reste des hommes, plus ils ont d’obligation à se rendre des modeles achevez de tout ce qu’il y a de Saint & de parfait dans la Religion Chrétienne ; qu’ils doivent eviter avec un soin merveilleux les moindres défauts & les plus legeres imperfections ; & qu’il est tres important qu’ils fassent toutes leurs actions le plus saintement qu’il est possible. C’est pourquoy Vostre Providence, Seigneur, qui ne manque jamais de fournir à un châcun les moyens necessaires pour arriver à la fin & à la perfection de l’état où vous appellés les hommes, a bien voulu qu’on presentât cét ouvrage à tous les Ecclesiastiques pour leur servir de conduite asseurée dans les voyes de leur salut.

Il y a lieu d’esperer qu’en suivant ces routes Saintes que vous-même nous avez frayé, O Divin Iesus, vos Ministres eviteront tous les vices & les défauts qui pourroient deshonnorer la saințeté de leur Caractere ; qu’ils profiteront des abîmes de graces que vous avez renfermées dans ce Tresor Clerical ponens in Thesauris abyssos, & qu’aprés s’être sauctifiez eux-mêmes ils travailleront avec un zele tout particulier au salut des Ames & à l’avancement de vôtre gloire.

C’est la grace que l’on vous demande, Seigneur, en faveur de tous les Clercs, par les merites de vôtre Sainte Passion, par l’amour que vous avez pour l’Eglise, par l’intercession du grand Saint Charles Borromé que vous avez rempli du zele de vôtre Maison, & que tout le Clergé regarde comme son Protecteur, & moy en particulier comme mon bon Patron. Faites, ô mon Divin Maître, que les pechés de celuy dont vous vous êtes servi pour la composition de cét ouvrage, n’apportent point d’obstacles à vos desseins, qu’ils n’empêchent pas le fruit que sa lecture pourroit produire, & que sans avoir égard à ses fautes vôtre Bonté daigne couronner tout le bien de cét ouvrage, afin qu’êtant sorti uniquement de Vous il soit rapporté entierement à vôtre gloire.

AVIS

AU LECTEUR.


NE soyez pas surpris, mon cher Lecteur, de ce que peut être vous ne lirés en ce Livre, que ce que vous aurés déja veu traité bien au long dans plusieurs autres ; l’on vous avoüe de bonne foy, qu’il n’y a rien d’ajoûté, & qu’il n’est autre chose qu’un Pressis & qu’un abregé recueüilly des Autheurs les plus considerables, qui ont écrit de ce que tout Ecclesiastique doit faire, pour acquerir & pour conserver la sainteté qui est attachée à son êrat. Aussi n’avoit-on pas dessein de le proposer d’abord au public, & l’on se contentoit de le vouloir donner à une petite Communauté de Clercs naissante, pour en faire le sujet le plus ordinaire de leur étude, & le modele le plus assuré de leur conduite, esperant qu’il serviroit seulement à former parmy eux de bons Maîtres & Precepteurs des Escôles des Pauvres, & aussi de dignes Vicaires & Coadjuteurs des Curez de la campagne conformement à la fin de ce petit Seminaire.

Mais la Divine Providence, qui dispose toûjours avec plus de succez des bonnes œuvres qu’entreprennent les hommes, & qui les dirige à de meilleures fins qu’ils ne s’étoienț proposé, à voulu disposer de ce petit ouvrage autrement qu’on n’avoit pensé, & la dirigé elle-même à l’utilité publique de tous les Ecclesiastiques, lesquels y pourront trouver tout ce qui concerne leur devoir & leurs obligations, en quelque employ qu’ils se rencontrent dans l’étenduë des Exercices de leur Profession.

L’on s’est servi du Stile & de la Mèthode des Demandes & des Réponses, qu’à gardé M. Beuvelet dans la plus part de ses ouvrages, parce que l’on n’a pas trouvé d’Autheurs qui ayent traitté plus clairement, plus solidement, & même plus devotement que luy des matieres Ecclesiastiques : & à le dire ingenûment, ce Livre ne paroîtra peut-être qu’un petit Enfant des grandes œuvres de ce pieux & saint Prêtre de l’Eglise ; quoy que vous y remarquerez aussi plusieurs recueüils de quelques autres Autheurs, qui ont le mieux écrit de ces matieres.

On y a encore ajoûté plusieurs instructions non moins importantes pour la perfection de l’état Ecclesiastique, lesquelles on a recueüilli de la conduite de quelques bons Prêtres & pieux Pasteurs de nos jours, entre autres de celles de M. Vincent de Paul Superieur general de la Mission de S. Lazare, de défunt Monsieur Feret Curé de S. Nicolas du Chardonnet, & de Monsieur Hurtevent tres digne Supérieur du Séminaire de S. Irenée, dont la memoire est d’autant plus en benediction parmy le Clergé de ce Diocese de Lyon que plusieurs ont pû profiter de la bonne odeur de sa Conversation.

Que si quelqu’un pour cela vouloit rejetter cét ouvrage, l’on ne craindroit pas de luy dire, qu’encore que l’on estime beaucoup les ouvrages qui imitent l’araignée tirant la matière de sa propre substance, neanmoins l’on ne peut nier que le travail des Abeilles ne soit ordinairement plus agreable & plus utile, quoy qu’elles empruntent, ou pour mieux dire qu’elles dérobent innocemment cette beautê & cette bonté dans le champ d’autruy.

L’Ordre qu’on a observé dans les Titres de ce Livre, est tel, qu’on a crû devoir instruire les Pretendans aux Ordres, les Commençans & en suite tous ceux qui y sont engagés, & enfin ceux qui ont Charge d’ames.

L’on a divisé ce Livre en six Parties,

La premiere donne des Conduites pour un Pretendant aux Ordres.

La seconde, pour les Actions journalieres d’un Ecclesiastique.

La troisiême, pour ses Fonctions plus importantes.

La quatriême dirige l’Ecclesiastique à l’égard de diverses personnes, & de differens Emplois.

La cinquiême instruit un Curé touchant sa charge.

Enfin la sixiême & derniere partie donne les Moyens generaux pour querir & pour Conserver la sainteté Ecclesiastique.

L’on pourra voir à la fin de cét Ouvrage la Table des matieres contenuës dans châcune de ces Parties.

Quant à la Pureté du Langage, l’on confesse hautement qu’on ne s’y est pas attaché en plusieurs endroits : parce qu’on a mieux aimé appliquer l’esprit du Lecteur à l’utilité, & l’intelligence des matieres, qu’au plaisir du choix & de l’arrangement des paroles. C’est aussi pour une plus grande facilité qu’on a mis au commencement de plusieurs Demandes, & Articles, les Mots essentiels, en petites lettres Capitales, & qu’ils sont en quelques endroits du Texte en different caractere ; sans se mettre en peine de la douceur de la phrase : parce qu’on a voulu épargner la peine & les yeux du Lecteur en luy donnant moyen de trouver plûtôt ce qu’il cherche.

En lisant ce petit Livre, Mon cher Lecteur, vous épargnerés la peine d’en lire plusieurs autres, & la dépense d’en acheter de plus chers. Vous en pourrés lire veritablement de plus diffus, mais qui ne seront pas plus utiles, & plus faciles à concevoir, ni même plus étendus en ce qui regarde essentiellement les devoirs d’un Ecclesiastique. Vous pouvés du moins vous assurer qu’il n’y en a pas de plus briefs à ne traiter que la substance des matieres, laquelle êtant tirée comme une moüelle succulente des meilleurs Autheurs renferme tout ce qui est de plus important & de plus necessaire en leurs Ouvrages, sans rien y méler de ce qui semble y être de superflu.

Au reste, l’on vous conjure de deux choses : l’une d’excuser plusieurs fautes qui se sont glissées dans cette impression, dont quelques unes même sont considerables, desquelles on trouvera une Table à la fin de ce Livre : l’autre de ne pas lire ce Tresor Clerical comme font certaines personnes, qui ne voyent les Livres qu’avec un esprit de censure ou de curiosité, & qu’avec negligence, & sentimens de mépris : lisez-le plûtôt aprés une devote & briéve preparation de cœur, & avec l’attention & l’étude que peut meriter de vous l’importance de la matiere dont il traite.

L’on prie le Grand Prestre Jesus, qui est l’Autheur de ce Livre, & à l’honneur duquel il est entierement consacré ; de vouloir vous prevenir de ses benedictions ; afin que la Lecture que vous en ferez vous aide à devenir un digne Ministre de son Eglise. Priez-le aussi de donner à celuy duquel il s’est servi pour sa composition, les graces qui luy sont necessaires, tant pour se bien acquitter du Promotoriat, du soin des Ecôles, & des autres Employs dont il se trouve chargé, que pour conduire à la perfection les œuvres que l’Autheur de toute bonne œuvre a bien voulu commencer, & pourroit dans la suite ébaucher par son foible ministere ; afin que vivant & mourant en bon Prêtre, qui est son unique desir, il puisse un jour avec vous étre associé à la gloire du Sacerdoce eternel de Iesus-Christ. Ainsi soit-il.


Approbation de Monsieur Beauregard Docteur en Theologie de la faculté de Paris, Conseiller & Aumônier du Roy, Prevost & Chanoine de l’Eglise Nôtre-Dame de Bourg.


L’Eglise est le grand Ouvrage de Jesus-Christ, le prix de son Sang, le fruit de ses Divins travaux. Et comme la sainteté est son charactere essentiel, on ne peut assés loüer ceux qui employent leur zele & leurs lumieres pour en donner les veritables impressions. C’est le pieux dessein de Monsieur Demia Promoteur du Diocese de Lyon, &c. dans ce Tresor Clerical, ou, Conduites pour Acquerir & Conserver la sainteté Ecclesiastique, &c. L’autheur en donne une parfaite idée à ceux qui aspirent aux sacrées fonctions de l’Autel. Il en fournit les Maximes les plus canoniques à ceux que la Providence a daigné y appeller, pour s’acquiter fidellement de tous leurs devoirs, quelque employ qu’ils puissent exercer dans l’Eglise, principalement aux Pasteurs & Directeurs des ames, qui trouveront icy des regles asseurées pour répondre exactement à tout ce que demande un si saint & si redoutable Ministere. Et ces Conduites étant bien suivies peuvent former la plus pure, & la plus souhaitable de toutes les voyes pour une vie veritablement Ecclesiastiques, & conforme à l’excellence de ce sublime Estat. C’est pourquoy cét Ouvrage que j’ay leû avec beaucoup de satisfaction, & où il n’y a rien de contraire à la foy Catholique, Apostolique & Romaine, ni aux bonnes mœurs, est digne de paroître non seule-ment en ce Diocese, mais encore par tout où le Clergé refleurit si heureusement & reprend son premier esprit. Tel est mon sentiment.

A Bourg en Bresse, le 14. Septembre 1681.

BEAUREGARD.


AUTRE APPROBATION.


JE sousigné Docteur en Theologie de la faculté de Paris, certifier avoir leu avec bien de la satisfaction le Livre intitulé Tresor Clerical, ou Conduites Ecclesiastiques, que m’a remis entre les mains Monsieur Demia Sous-Promoteur de l’Officialité de Lyon & Directeur des petites Escôles du Diocese, Ouvrage vrayment digne de son zele & d’une utilité tres-grande à tous les Ecclesiastiques qui aiment leur estat, ne contenant qu’une Doctrine solide & les meilleurs principes de la Morale Chrêtienne, er foy dequoy j’ay signé.

Fait à Lyon ce 11. Septembre 1681.

DARESTE.


PERMISSION.


VEu les Approbations des Docteurs en Theologie, concernant le Livre intitulé le Tresor Clerical, ou Conduites pour Acquerir & Conserver la sainteté Ecclesiastique, &c. Je consens pour le Roy qu’il soit permis à sieur Jean Certe de faire Imprimer le dit Livre. A Lyon le 17. Septembre 1681.

VAGINAY.




CONSENTEMENT.


SOit fait suivant les conclusions du Procureur du Roy les an & jour cy-dessus.

DE SEVE.
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CONDUITES

POUR UN CURÉ

TOUCHANT SA CHARGE.

Cinquiéme Partie.

CHAPITRE PREMIER.

CONDUITES

Pour un Curé en son Etablissement dans une Parroisse.


Concil. Trident. Sess. 2. 3.
can. 6
S. Th.

La Charge d’un Curé est-elle de grande importance ?

On le peut connoître par les Qualités eminentes que la sainte Ecriture, les decrets de Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/348 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/349 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/350 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/351 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/352 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/353 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/354 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/355 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/356 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/357 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/358 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/359 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/360 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/361 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/362 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/363 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/364 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/365 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/366 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/367 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/368 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/369 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/370 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/371 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/372 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/373 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/374 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/375 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/376 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/377 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/378 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/379 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/380 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/381 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/382
CHAPITRE IV.
CONDUITES
D’un Curé touchant le soin des Jeunes gens, & le Gouvernement des Ecôles.


En quoy consiste l’un des principaux devoirs d’un Curé à l’égard de ses Parroissiens qui sont encore petits ?

C’est d’avoir un soin tout particulier de leur bonne Education dans les Ecôles Chrétiennes : parce que de là dépend ordinairement le bon-heur ou le mal-heur eternel de châcun, & pour le dire plus clairement le Paradis, ou l’Enfer ; ainsi que le fait voir M. Gobinet Docteur de Sorbonne dans l’Instruction de la jeunesse. Nous n’en mettrons ici que quelques preuves. L’Escriture Sainte dit : Prov. 22, 6.
Thren. 3. 27.
Adolescens juxta viam suam etiam cum senuerit non recedet ab tu… Bonum est vira cùm portaverit jugum ab adolescentia sua.

Binius tom. 5.
Concil.
pag. 361
Concil. gen. Later.
sub Alex. 4. c. 18.
Le cinquiême des neuf Canons attribués au 6. Concile general dit : Presbyteri per villas & vicos scholas habeant : & fidelium parvulos docere non renuant. Le Concile de Latran sous Alexandre 3. dit : Magistro qui clericos Ecclesiæ, & Scholares pauperes gratis doceat, competens aliquod beneficium assignetur. Un autre general sous Innocent 3. étend encore d’avantage cette ordonnance. Enfin laissant plusieurs autres preuves, le S. Concile de Trente l’ordonneConc. Lateran. sub Innoc. 3. cap. 11.
Concil. Trid. sess. 5.
Reform. cap.1.
encore plus fortement : Ecclesiæ verò quarum annui preventus tenues suerint… saltem Magistrum habeant qui clericos, aliosque scholares pauperes grammaticam gratis doceat. Voyez encore le même Concile en la Sess. 23. chap. 18. de la Reforme.

On voit par ces autorités que le S. Esprit a fait ordonner par la sainte Eglise l’établissement des Escôles Chrêtiennes & Ecclésiastiques. C’est pourquoy châque Curé doit avoir un soin particulier de cet établissement comme l’un des plus efficaces, & universels moyens pour la sanctification de la Parroisse : & il doit veiller soigneusement que dés lors que les enfans ont l’usage de raison, les parens les y envoyent.

La Nécessité, et utilité de ces Écôles, comment se prouve-t-elle encore ?

Parce que sans elles on ne peut communément être bien instruit de ses Devoirs envers Dieu, envers soy-méme, & envers le Prochain ; & partant il est tres-difficile, pour ne pas repeter moralement impossible, d’y satisfaire & consequemment de se sauver : & avec ces Ecôles, êtant bien réglées, l’on est instruit de ses Devoirs, & on y apprend les moyens d’y satisfaire : car outre que le Curé y doit faire apprendre à lire, & écrire aux enfans, il y doit encore faire enseigner à prier Dieu, à se bien confesser, & communier, sur tout la premiere fois : l’on instruit à pratiquer la vertu, fuir le vice, suivre les maximes Chrêtiennes, sanctifier son travail, &c. Et un Curé ne pouvant ordinairement gouverner comme il voudroit les vieilles gens, qui sont des arbres qui ont pris leur ply, il luy est plus facile d’imprimer sur ces cires moles les figures qu’il desire, ayant auprés de soy deux fois le jour dans ces Ecôles, ces enfans ; qui dans la suite, se mariants, sont des peres de famille, qui la sanctifient par leur bonne conduite.

Ces Ecôles sont comme des Academies publiques où les passions fougueuses de la jeunesse sont domptées & soumises à la raison ; ce sont des Pepinieres où la vertu est cultivée, & les vitieuses habitudes de la nature corrompuë sont rectifiées par les saintes instructions qui s’y font. Ce sont des Magasins ou se forment les bons ouvriers, les saints Magistrats, les bons peres de famille, &c. Enfin ces Ecôles sont des excellents Novitiats de Chrétiens pour la conservation du Thresor inestimable de la grace Baptismale : & pour le dire en un mot, c’est l’oeuvre des oeuvres.

C’est ce qui est prouvé bien au long dans les remontrances que nous avons cy-devant faites à Messieurs de la Ville de Lyon touchant ces Escôles.

Le Soin qu’un Curé doit avoir des Ecôles, En quoy consiste-t-il ?

1. A choisir deux personnes d’une probité, pieté, & capacité singuliere : l’une pour l’Ecôle des garçons & l'autre pour celle des filles. Le curé ou son vicaire se peut appliquer à celle des garçons, ou à son défaut quelque bon Ecclesiastique, ou à tout le moins un Laïque d’une grande probité qui soit au gré des habitans, s’il se peut : Et pour l’Ecôle des filles une honnête & sainte Matronne, qui ne doit point enseigner de garçons, non plus que le Maître des filles.

2. Procurer quelque appointement raisonnable pour le Maître, & la Maîtresse, tant de la part du public, que des particuliers ; y contribuant luy-méme autant que ses moyens luy permettront. Il y peut même employer les deniers de la fabrique avec la permission de l’Ordinaire.

3. Etablir de bons Reglemens.

4. Tenir la main à leur execution, & veiller tant sur le Maître & Maîtresse que sur les Ecôliers, afin que les uns & les autres fassent leur devoir.

5. Faire tout son possible pour porter les parens à y envoyer leurs enfans, & pour y faire recevoir les pauvres gratuitement.

Quels Reglemens peut êtablir un Curé dans ces Escôles ?

1. Que l’on y entre & sorte à heure réglée ; que la prière s’y fasse en commun, tant en entrant qu’en sortant, & qu’à chaque heure l’on fasse quelque acte de religion.

2. Que les vacances soient réglées. Qu’on y observe le temps ordonné pour les Confessions, Communions & Catechismes : que le Maître garde la methode qui luy aura êté donnée pour enseigner ces choses ; aussi bien que pour apprendre aux écoliers à lire, à écrire, l’ortographe, &c.

3. Que l’Escôle soit divisée par Classes & bandes, par rapport à la capacité des enfans.

4. Qu’on désigne aussi les premieres places, qu’on établisse certains Officiers, comme un Soûmaître, un Observateur, des Visiteurs, Portiers, Decurions pour les leçons & catechismes, un Aumônier, ou recitateur des prieres, & autres ; suivant le nombre des enfans, & leurs dispositions.

En un mot il doit prescrire au maître, & aux écoliers ce qu’ils sont obligés de fuïr, & de faire ; tenant la main, afin que les uns & les autres s’acquirent de leurs devoirs.

Quels sont les Devoirs du Maître d’Ecôle ?

Ils se reduisent à 5. chefs, sçavoir à ce qu’il doit 1. à Dieu. 2. à soy-méme. 3. à l’Eglise. 4. à ses Ecôliers. 5. à son Curé.

Quels sont les Devoirs du Maître d’Escôle envers Dieu & soy méme ?

Il doit être pieux, appliqué à l’oraison, frequenter les Sacremens, être modeste en son extérieur, sobre en son vivre, prudent en sa conduite, ennemy de l’oisiveté, du jeu, de la chasse, & autres divertissemens mondains, éloigné de la frequentation des filles, & femmes, & méme des personnes en qui la vertu ne reluit pas, observer fidelement le reglement qu’il s’est prescrit dans la retraite qu’il a dû faire avant que d’entrer en cet employ, être bien affectionné & affermi dans la Religion catholique, sçavant en l’Escriture, mais encore plus dans les verités de la foy & maximes Evangeliques, afin de les pouvoir plus facilement inculper dans l’esprit de ses Escôliers.

Envers l’Eglise, Quels sont les Devoirs du Maître d’Escôle ?

Il doit être attaché d’affection à la Parroisse, assister aux offices les Dimanches & festes principales, y conduire par fois ses Escôliers, les mener aux processions deux à deux, assister s’il se peut à l’administration des Sacremens quand ils les reçoivent, balayer & orner l’Eglise en certains jours, appliquant quelquefois à ces fonctions les plus sages de ses Escôliers, enfin il doit se regarder comme le valet de la maison de Dieu, s’estimant beaucoup honoré de ces emplois.

Envers ses Escôliers, Quels sont ses Devoirs ?

1. Il doit brûler d’un saint zele pour leur salut, n’avoir ni inclination, ni aversion particuliere, mais une égale charité pour tous, souffrir leurs imperfections avec patience & douceur sans rire, ni s’emporter, ni dire des injures, s’abstenir de toutes caresses sensuelles.

2. Avoir soin qu’ils fassent la prière en entrant & sortant de l’écôle, & quand l’heure sonne.

3. Leur faire entendre tous les jours la sainte Messe s’il se peut.

4. Faire confesser ceux qui sont en âge un peu avancé du moins 5. ou 6. fois l’année, l’avant-veille des bonnes festes : & ceux qui sont en plus bas âge deux fois l’an, sçavoir à Pasque & dans l’Avent ; les obligeant, ou avant, ou après la confession de demander pardon à genoux à leurs parens : & travailler soigneusement à disposer à la premiere Communion ceux qui ont atteint environ l’âge de douze ans.

5. Faire le Catéchisme un ou deux jours avant chaque grande feste, outre celuy qu’il doit faire deux fois la semaine, suivant l’ordre prescrit dans le Catéchisme des différentes classes du Diocese de Lyon. Il doit le leur faire d’une maniere qui leur insinuë un grand amour de Dieu, & une grande charité envers le prochain : & de faire à autruy ce qu’ils voudraient qu’il leur fût fait. C’est une maxime que le Maître doit beaucoup inculquer : aussi bien que cette vérité, que les Bons iront en Paradis, & les Méchans en Enfer ; expliquant ce que c’est, que l’un & l’autre de ces lieux, & ce qui y conduit ; imprimant toûjours une grande horreur du péché, & surtout du larcin, yvrognerie, impureté, desobeïssance, &c.

6. Le Maître doit prendre garde que ses Escôliers étudient, qu’ils soient modestes, qu’ils ne demeurent oisifs, qu’ils gardent le silence dans l’Escôle, qu’ils ne se baignent en lieux exposés à la vuë, & lors qu’il sera contraint de les châtier, qu’ils ne paroissent découverts en sorte que la pudeur en puisse être blessée.

7. Quand les enfans quittent l’Escôle, il leur doit recommander qu’ils prennent congé de luy, & s’il se peut de Monsieur le Curé : afin de leur donner des avis par rapport à leur naturel, & à la profession qu ils vont embrasser ; les exhortant à fuïr le Vin, l’impureté, le jeu, & les mauvaises compagnies ; à faire un peu de lecture spirituelle où d’oraison du moins certains jours de la semaine, frequenter les Sacremens, choisir un bon Directeur, être dévot à la S.Vierge, &c.

Envers son Curé, Quels sont les Devoirs du Maître d’Escôle ?

Dans le Gouvernement des Escôles.

Il doit avoir un grand amour & estime pour luy, le visiter aux jours qu’il luy aura designé, le consulter sur sa conduite particuliere, & celle de ses Escôliers, luy presenter le Catalogue des enfans qui ont absenté sans cause tous les trois mois, luy marquer aussi le nom de ceux qui ont bien ou mal fait, afin d’encourager les premiers par quelque recompense, & d’admonéter les autres avec prudence.

Les Devoirs du Curé envers le Maistre d’Escôle, quels sont-ils ?

Il doit avoir un grand amour & estime pour luy ; le considerer comme son frère, & son insigne bienfacteur ; l’instruire des reglemens de l’Escôle, de la méthode de catechiser, & de la manïere dont il se doit comporter pour se bien acquiter de ses devoirs, il faudroit par fois le visiter ; faire quelquefois l’Escôle luy-méme, & sur tout le Catechisme, afin de mieux stiler le Maître dans cét employ, & luy en donner d’avantage d’estime. Il peut aussi l’appeller à certains jours à sa table. Il doit de plus veiller à sa conduite, prendre garde aux personnes qu’il fréquente, & s’il s’acquitte de ses devoirs. Il doit l’encourager dans les dégouts, l’admonéter prudemment de ses defauts, & l’assister charitablement dans ses nécessités.

Les Devoirs du Curé envers les Escôliers, Quels sont-ils ?

Dés-lors qu’ils sont en âge de pouvoir parler, & apprendre la doctrine Chrétienne, il doit entrer dans une sainte apprehension, que par le mauvais exemple du siecle ces jeunes ames qui sont susceptibles de toutes impressions ne perdent la grace du saint bâtéme, & partant.

Il doit 1. recommander aux parens qu’ils prennent garde de ne leur donner mauvais exemple, ni souffrir qu’il leur en soit donné.

2. Les envoyer à l’Escôle.

3. Veiller au profit qu’ils y font : observer s’ils sont modestes par les ruës ; s’ils fuïent L’oisiveté ; s’ils repetent le Catéchisme à leurs parens.

4. Avoir soin qu’ils fréquentent les Sacremens.

5. Leur enseigner à bien servir la Messe, à porter un chandelier, l’encensoir, la Croix, & autres fonctions cléricales : apprendre à chanter le plain-chant à ceux qui ont quelques dispositions pour cela, & quelque semence de vocation pour l’Eglise : faire aussi balayer, & orner l’Eglise aux plus sages à certains jours, les exerçant parfois aux choses saintes, ausquelles ils auront le plus de disposition.

6. Il peut aussi employer les plus pauvres à porter l’eau bénite les Dimanches, & servir aux choses les plus basses, &c.

Quels sont les Moyens dont le Maître se peut servir pour bien s’acquitter de ses devoirs ?

1. Avoir une haute estime de ce saint employ.

2. S’offrir souvent à lesus enfant, attirant & caressant les enfans, Et advocans Jesus parvulum dixit, nifi efficimini sicut parvuli, &c. finite parvulos venire ad me : recommandant de leur étre semblable en innocence, & enseignant les ignorans.

3. Luy demander instamment les graces necessaires tant pour soy que pour ses Escôliers.

4. Faire une retraite annuellement, & se rendre fidèle aux reglement de la journée qu’il se sera prescrit, sur tout à l’oraison, ou du moins à la lecture spirituelle.

5. Frequenter les Sacremens.

6. Avoir grande devotion aux saints Apôtres, à S. Jean, S. Grégoire, S. Charles, & autres saints qui se sont appliqués à ce saint exercice dont on a dressé une petite Lytanie.

7. Penser souvent que la fin principale de ces Escôles est d’aider ces jeunes ames à conserver leur innocence baptismale, & la moins principale de les instruire aux bonnes lettres.

8. S’éloigner des conversations seculieres.

9. Avoir un grand amour pour Jésus pauvre, méprisé & souffrant ; le priant qu’il luy fasse bonne part de ce saint amour.

Enfin à l’égard des Ecôliers, il les doit gouverner plutôt par la douceur que par la crainte ; c’est pourquoy il doit rendre les recompenses un peu fréquentes, & les châtimens si rares que s’il se pouvoit il les leur fit recevoir de cœur ; les convainquant qu’ils les méritent. Cette maxime est d’une extreme consequence tant pour le Maître, que pour la perfection des Escôliers.

Pour Enseigner facilement a lire aux enfans, Que faut-il observer ?

Il faut diviser l’Ecôle en des classes differentes par rapport à la capacité des enfans ; mettant dans la premiere ceux qui apprennent à connoître les lettres, qu’on peut montrer dans une grande Table où elles seront marquées. On peut aussi les faire joüer l’un contre l’autre quelque prix, avec des Dez ou les lettres soient gravées en presence d’un autre Escôlier plus capable, qui soit comme l’Arbitre du jeu.

Dans la 2. Classe. Il faut mettre les enfans qui apprennent à épeler, c’est à dire à joindre les lettres pour en faire des Syllabes.

Dans la 3. ceux qui apprennent à joindre les Syllabes pour en faire des mots, ou autrement, ceux qui lisent par mots.

Dans la 4. ceux qui lisent par Phrases, ou par Articles, ou de Ponctuation en Ponctuation.

Dans la 5. ceux qui après avoir apris à lire passablement le Latin commancent à lire le François, ou bien ceux qui sont aux Manuscrits, &c.

Dans la 6. ceux qui sont les plus capables ou bien ceux qui apprennent le Latin, &c.

L’on range aussi en diverses Bandes ceux qui apprennent à écrire à proportion de leur capacité, separant ceux qui sont aux lettres d’avec ceux qui sont aux mots, à la ligne, & aux deux & trois lignes.

Le Maître ayant ainsi divisé son Escôle, Que doit-il observer ?

1. Que les Livres dont on se sert dans chacune de ses Classes soient uniformes, & d’une même impression.

2. De ne faire passer aucun enfant d’une classe inferieure à une superieure qu’il ne soit bien instruit & capable.

3. De ne faire lire tout de suite ce que les enfans sçavent par cœur, comme le Pater.

4. Qu’ils prononcent bien les finales des mots latins, sans se précipiter ou couper, corrigeant les mauvais accens & mauvaises prononciations qu’ils auroient.

5. Qu’ils ne soient mis à la lecture du françois qu’ils ne soient auparavant bien versés en celle du latin.

6. Qu’ils fassent un peu de pause aux virgules, plus aux deux points, & plus au point tout seul.

7. Que quand ils manquent le Maître baille du tems, & leur fasse connoître leur faute, afin qu’ils se reprennent d’eux mêmes s’il se peut, ou que ce soit quelque autre de la bande.

8. Quand l’Escôle est nombreuse il peut diviser chaque classe en diverses bandes ; au moyen dequoy un seul Maître peut enseigner à lire 200 enfans.

Quelle est la Méthode de faire lire par Bande ?

Le Maître ayant divisé chacune des susdites Classes en diverses Bandes, dont châcune sera d’environ huit ou dix écoliers, observera 1. Que les enfans d’une même bande soient à peu prés d’une méme capacité.

2. Qu’ils ayent un méme livre de la méme impression, & la méme leçon.

3. Que chacun regarde & tienne le doigt, ou la touche sur la lettre ou sur le mot qui se lit.

Les choses étant ainsi disposées, le Maître se tenant derriere les enfans touchera l’un des écôliers de la bande, lequel doit lire jusqu’à ce qu’il en touche un autre, & lors que l’enfant qui lit, manque, il ne le reprend pas d’abord, mais il luy baille du tems pour se reprendre, ou bien celuy qui suit le reprend tout haut, & les autres un peu plus bas. Le Maître peut par fois se servir du sousmaître ou de quelques autres écôIiers des plus capables, pour faire faire cette lecture publique en sa place, & en ce cas il faut que celuy qui est employé, ait devant les yeux la leçon qui se lit, pour prendre garde que les enfans ne manquent aux virgules, points, & mots qui se lisent.

De quels Livres le Maître se doit-il servir pour faire lire par Bandes ?

Pour la premiere & seconde Classe il pourroit se servir du premier & second livre du petit alphabet.

Pour la troisième & quatrième Classe il prendroit le troisième & quatrième livre du grand alphabet.

Pour la cinquième le Psautier imprimé chez Ollier, les pensées Chrétiennes, l’Imitation, l’Introduction & autres semblables qu’on trouvera chez ledit Ollier Libraire en ruë Tupin. Quant à la lecture des manuscrits, & les autres choses qui regardent la perfection des Escôles, l’on peut voir les Reglemens des Escôles de Lyon.

Pour l’Escriture, l’arithmétique, & l’Ortographe le Maître, que doit-il observer ?

Pour l’Escriture si le Maître ne sçavoit pas bien écrire, ou qu’il eût trop grand nombre d’enfans, il pourroit se servir d’Exemples imprimez ou de ceux des autres habiles Escrivains ; les exposer devant châcun à copier; & en suite corriger leurs fautes : mais il faut que le Maître soit du moins bien instruit des principes de la bonne Escriture ; qui consiste à sçavoir la formation des lettres, leurs liaisons, proportions, distances, situations, &c.

Pour l’Arithmétique le Maître la peut montrer en commun dans une Table.

Pour l’Ortographe, il peut faire disputer les enfans de quelques mots, ou faire copier quelques lignes de leur leçon.

Pour la perfection de ces Escôles, Que faut-il observer ?

La où elles seroient nombreuses l’on pourroit êtablir certains Officiers : comme seroit 1. un Soû-maître, qui supplée & fait la fonction du Maître.

2. Des Decurions, l’un des leçons, l’autre du Catéchisme.

3. Un Aumônier ou recitateur des prières.

4. Un Visiteur pour visiter les absens, s’informer de leurs déportemens. &c.

5. Un Intendant, qui a vuë sur les autres officiers, fait garder le silence, &c.

Il y a d’autres choses qui regardent cette perfection des Escôles qu’on peut voir dans le livre de l’Escôle parroissiale, & les Reglemens dressés en faveur des Escôles des pauvres de Lyon.

Quant à ce qui regarde les Escôles des filles, la Maîtresse peut observer à proportion envers ses Escôlieres les choses qui ont été dites touchant les Escôles des garçons, veillant à la conduite de ses filles avec d’autant plus de soin qu’elles sont plus legeres & difficiles à apprendre, & plus faciles à se dérégler.

CHAPITRE V.
CONDUITES
D’un Curé pour les Instructions
qu’il doit à ses Parroissiens.

Un Curé est-il obligé à l’instruction de son peuple ?

Oüy. S’il ne le faisoit pas, il manqueroit à son devoir entant que simple Chrétien, entant que Prêtre, & plus encore entant que Curé.

Comme Chrétien, la charité Chrétienne l’oblige, aussi bien que tous les autres, à secourir tous ses frères Chrétiens dans leurs nécessités spirituelles plus que dans les corporelles : mandavit illie (Deum) unicuique de proximo suo : necessitatibus sanctorum communicantes, dit S. Paul. Que châcun de vous, dit S. Pierre à tous les Chrétiens, fasse part aux autres du don particulier qu’il a reçu de Dieu, comme doivent faire de fidèles dispensateurs des différentes graces de Dieu : Vausquisque sicut accepit gratiam in alterurrum illam administrantes, sicut boni dispensatores multiformie gratia Dei.

Comme Prêtre, il faut qu’il enseigne, que sa Doctrine soit une Médecine spirituelle au peuple de Dieu, & que par sa predication, & son exemple, il édifie la maison, c’est à dire, la famille de Dieu : Sacerdotem enim oportet osserre, benedicere, praesse, pradicare, & baptizare... Sit Doctrina vestra spiritualis Medicina populo Dei... ut pradicatione, atque exemple adificetis domum id est familiam Dei. Et le S. Concile de Trente ne veut pas qu’on ordonne Prêtres que ceux qui peuvent enseigner au peuple les choses necessaires au salut, & qui ne soient si considerables par leur devotion que châcun puisse s’addresser à eux pour luy donner des Avis en la vie spirituelle : Qui..ad presbyteratus Ordinem assumuntur... ad populum docendum ca que scire omnibus necessarium est ad salutem, ac ad administranda Sacramenta, diligenti examine pracedente, idonei comprobentur... atque ut vita nunita ab eis possint expectari.

Comme Pasteur, nul ne peut douter qu’un Curé est obligé, sous peine de damnation, d’enseigner tout ce qui est nécessaire à ses parroissiens pour se sauver. La sainte Ecriture, les Conciles, & les Saints Peres n’inculquent rien tant que cette obligation indispensable ; qui est de droit divin, naturel, & Ecclésiastique, comme il seroit facile de le montrer par beaucoup d’Authorités.

Quelles sont les authoritez, de la sainte Ecriture qui preuvent cette Obligation ?

Entre plusieurs autres en voicy quelques-unes. Dieu dit par la bouche du Prophète Ezechiel : Fili hominis speculatorem dedi te Domni Israël. Si dicente me ad imprum, morte morieris, non annunciavoris ei ut avertatur a via sua impia & vivas... sanguinem ejus de mamu tua requiram. Dieu dit encore par le méme Prophete : Si non fueris locuius, ut se castodiat impius a viâ suâ, ipse in iniquitare sua morietur, sanguinem autem ejus de mamu requiram.

Dans un autre Chapitre Dieu dit encore : Fili hominis, propheta, & dices pastoribus : hec dicit Dominus Deus : Vae Pastoribus Israël, qui pascebant semetipsos : nonne greges à Pastoribus pascuntur ? Pacebant pastores semetipsos, & greges meos non pacebant : propterea pastores audite verbum Domini… Ecce ego ipse super pastores requiram gregem meum de manu eorum, & cessare faciam eos, ut ultra non pascant gregem, nec pascant amplius pastores semetipsos (Ezechiel c. 34. v.2 et 4). Dieu dit aussi dans le Prophete Malachie : Labia Sacerdotis custodient scientiam, & legem requirent ex ore ejus, quia Angelus Domini exercituum est (Malach. c.2.7). Et dans S. Mathieu le fils de Dieu dit luy-méme : Qui fecerit & docuerit hic magnus vocabitur in Regno cœlorum. Euntes docete omnes gentes… Docentes eos servare omnia quaecumque mandavi vobis (Matth.c. 5. v. 19. & c. 28. v. 19.20.).

Les pasteurs ne sont pas moins obligés à instruire leurs sujets que S. Paul, qui dit de luy-méme : Si Evangelizavero non est mihi gloria, necessitas enim mihi incumbit. Vae mihi si non Evangelizavero.

L’on peut voir encore Exod. c. 18. 20. Levit. c.10. 9. Jerem. c.3. 15. Act. des Apost. c.6. 2. l’Epit. de S. Paul aux Ephes. c. 4. 11. & la 1. à Timoth. c.4. 2. &c.

Mais le Prince des Apôtres en publie le Commandement exprés en ces paroles : pascite qui in vobis est gregem Dei.

Quels sont les Conciles, Qui obligent à cette instruction ?

Presque tous, dont le S. Concile de Trente a renouvellé les Decrets. Quicumque parrochiales Ecclesias vel alias curam animarum habentes, obtinent… diebus saltem Dominicis & festis solemnibus plebes sibi commissas, pro sua & earum capacitate pascant salutaribus verbis ; docendo qua scire omnnibus necessarium est ad salutem. Itaque ubi ab Episcopo moniti, trium mensium spatio muneri suo defuerint, per censuras Ecclesiasticas cogantur.

Ne oves Christi esuriant, neve parvuli panem petant, & non fit qui frangat eis, mandat S. Synodus pastoribus, & singulis animarum curam gerentibus, ut frequenter inter missarum celebrationem vel per se, vel per alios, ex iis qua in Missa leguntur, aliquid exponant, diebus praesertim Dominicis & festis.

Sacra eloquia, & salutis manita… vernacula linguâ singulis diebus festis vel solemnibus explanent, sedanque in omnium cordibus, postposuis inutilibus questionibus inserere, atque eos in lage Domini erudin studeant.

L’Empereur Charlemagne l’an 810. en fit cette Ordonnance : Vt ipsi Sacerdotes, unusquisque secundum Ordinem suum praedicare & docere studeat plebem sibi commissant.

Quels saints Peres ont parlé de cette Obligation ?

Il n’y en a guere qui n’en dise beaucoup de choses : contentés-vous de ce peu. Saint Jerôme : In Ecclesiis quisquam, licet sanctus fit, pastoris sibinumen assumere non debet, nisi passit docere quos pascit. S. Augustin en parle d’une façon qu’il semble dire que ceux qui n’instruisent pas leur peuple n’en sont pas les pasteurs : Pastores autem & Doctores eosdem puto esse... us non alios pastores, alios Doctores intelligamus. Il faudroit icy transcrire le pastoral de S. Gregoire le grand, particulierement la troisiéme partie. S. Bernard fera la conclusion disant : Soli non potestis perire, qui praeire debetis docendo & operando. Qui considerera les qualités d’un Curé, dont on a dit quelque chose au chap. 1. page 331, verra bien que de droit naturel il est dans une obligation indispensable d’instruire ses parroissiens.

De combien de sortes d’Instructions peut donner un Curé à ses parroissiens ?

De deux sortes : les unes sont d’obligation, les autres sont de perfection. Les Instructions d’Obligation sont celles dans lesquelles on enseigne les choses que châcun est obligé de sçavoir depuis qu’il a l’usage de raison. Celles de perfection sont à la liberté du pasteur & des parroissiens, & ont pour objet les choses de devotion.

Entre les parroissiens il y en a, méme de ceux qui sont arrivés à la fleur de leur âge, & avancés en la vieillesse, qui sont encore des enfans en la vie spirituelle, ausquels le Curé est étroitement obligé d’enseigner les Elemens de la Religion Chrétienne : c’est à dire, les premieres verités de la foy ; contenuës dans le Symbole des Apôtres : les choses que l’on doit faire & éviter pour être sauvé ; qui sont comprises dans les Commandemens de Dieu & de l’Eglise : les choses qu’il faut esperer & demander à Dieu ; que Jesus-Christ a enfermées dans le Pater : & les moyens d’augmenter & conserver en nous la grace & l’amitié de Dieu ; qui sont les Sacremens. Les petits, les grands, & les vieux sont obligés de les sçavoir : & afin qu’ils les apprennent plus facilement on les leur enseigne dans les petits Catechismes.

Il y en a d’autres, en petit nombre, qui sçavent ces choses, & sont sortis de la vie purgative : mais il leur reste à combattre des vices, des passions, & des tentations qui les attaquent, & ont à surmonter beaucoup de difficultés en leur état & condition ; ausquels il faut faire des fortes Exhortations, sur tout dans les Prônes, pour les encourager & faire avancer en la vie Illuminative.

Il y en a encore d’autres, qui sont aussi rares que les Planetes parmy les Estoiles, qui ont déja fait beaucoup de chemin en la pratique de la vertu : mais ils ont besoin de s’y avancer, perfectionner, & affermir ; & c’est ce qui se peut faire par des Conferences spirituelles & par les Predications.

Mais un Moyen general pour profiter aux parroissiens en tous ces états Intérieurs ; pour sortir du peché si par mal-heur on y étoit, en usant des remedes spirituels de la Vie Purgative ; pour entrer dans les voyes de la vie illuminative, en combattant les vices, & acquerant les vertus ; & pour se disposer à la perfection, & méme profiter en la Vie Vnitive, c’est les exercices de la Retraite. Dans les quatre Sections suivantes on donne les conduites que doit tenir un Curé en châcune de ces sortes d’Instructions.


SECTION I.
Des petits Catechismes.

Quelles Dispositions faut-il avoir pour les petits Catechismes ?

Il y en a de trois sortes : les unes qui regardent le Catechiste, les autres les Catechisez ou les auditeurs du catechisme, & d’autres les Manieres qui s’y traitent.

Pour le Catechiste, Quelles doivent être ses Dispositions ?

Il y en a aussi de trois sortes, les unes qui precedent le Catechisme, les autres qui l’accompagnent, & les autres qui le suivent.

Avant le Catechisme, Quelles doivent être les dispositions du Catechiste ?

1. Se convaincre de l’excellence, necessité, & utilité du Catechisme.

2. Concevoir une haute estime, & un grand amour pour ce saint employ.

3. Ne rechercher que la gloire de Dieu, & le salut de tous ceux qui viennent pour l’entendre.

4. S’unir d’esprit & d’intention à Jesus catechisant les ignorans, & luy demander les graces necessaires pour se bien acquiter de cette fonction, & pour obtenir fruit & benediction sur sa parole.

5. Preparer ce qu’il doit dire, & écrire les questions principales ; qu’il faut plutôt diviser en plusieurs, que les faire trop longues.

6. Estant à l’Eglise, se mettre à genoux devant la Majesté divine, au bas du maître Autel : adorer la Tres-sainte Trinité, & Jesus-Christ au tres-saint Sacrement de l’Eucharistie : faite un Acte de Contrition : s’offrir à Dieu pour faire cette Instruction pour sa gloire : demander pour soy la grace de s’en acquiter selon son plaisir, & pour les Auditeurs les dispositions pour en bien profiter ; implorant l’intercession de la tres-sainte Vierge, de l’Ange & du saint Patron de la Parroisse, & des Anges gardiens de toutes les personnes qui se doivent trouver à l’Instruction ; & enfin demandant à Jesus-Christ sa benediction par ces paroles : Jesu Sapientia æterna, munda labia mea, qui labia Isaïæ Prophetæ calculo mundasti ignito, ut sanctum Evangelium tuum dignè nuntiare valeam ad laudem & gloriam Nominis tui. Qui vivis & regnas, in sæcula sæculorurm. Amen.

7. Prendre un Surplis : & aller à cet employ dans un esprit d’humilité, de zele, & de charité ; entrant dans les Intentions, & saintes dispositions de Jesus, quand il catechisoit les pauvres & les riches, les ignorans & les Docteurs ; & ayant en vuë l’estime que Dieu fait des ames, sur tout des pauvres, & des enfans.

8. Entrer dans l’assemblée en la nef de l’Eglise avec modestie, joye, & gravité.

9. Separer les personnes de different sexe. Pour cela l’on pourroit faire placer en l’Aîle droite de l’Eglise qui est du côté de l’Epitre, les hommes en haut, du côte de l’Autel, & les femmes en bas vers la porte ; & à l’autre Aîle placer les garçons vis à vis des hommes, & les filles vis à vis des femmes ; ou le Catechiste se tient plus qu’en haut, allant & venant par le milieu, pour les contenir tous dans le respect & l’attention.

10. Faire mettre à genoux les Auditeurs, pour chanter avec les hommes & les garçons le Veni Creator. Il seroit bon de leur faire chanter à tous au commencement les Commandemens de Dieu, & à la fin les Commandemens de l’Eglise, pour que nul ne les ignore ; faisant chanter aux hommes & aux garçons le premier, le second aux femmes & filles ; & ainsi alternativement les autres ; nommant pour cét effet certains choristes qui ont les meilleures voix pour les entonner & parfois quelques Cantiques spirituels, comme seroit je crois, mais je crois fermement, &c.

Pendant le Catechisme, Qu’est-ce que le Catechiste doit faire ?

1. Tous les Auditeurs êtant de bout, leur faire faire avec luy le signe de la Croix en latin, avant que de commencer à rien dire. Et afin que chacun le fasse comme il faut, il est bon de le faire faire à chacun en particulier seulement la premiere fois qu’il est interrogé, comme le Messel le prescrit, portant la main droite êtenduë, les doits unis, du front au bas de la poitrine, & de l’épaule gauche à la droite, en disant Au nom, &c.

2. Repeter sommairement, & faire repeter à un des plus capables les 3. principales demandes du dernier catechisme.

3. Faire un petit preambule de six ou sept lignes du Catechisme qu’il commence : & en exposer briévement le sujet ; leur proposant deux ou trois des principales demandes qu’il va leur faire, avec les réponses qu’ils doivent donner.

4. Exciter leur attention ; leur promettant qu’il dira quelque chose de beau, & de bien important.

5. Leur faire esperer qu’il racontera quelque belle histoire, s’ils sont sages, & modestes.

6. Interroger s’il se peut un chacun ; faisant repeter en particulier les demandes & les réponses du Catechisme succintement, & clairement.

7. Prendre garde à ne faire aucune demande sans en donner la réponse.

8. Observer que les demandes soient briéves, & faciles à retenir.

9. Ne jamais interroger des personnes un peu âgées à moins qu’elles ne le desirent, ou sans leur avoir demandé auparavant, si elles voudroient répondre.

10. Prendre garde qu’aucun ne tombe en confusion. C’est pourquoy avant que d’interroger en particulier il demandera en general, qui est-ce qui veut répondre. Quand il voit que la personne qui est interrogée est en peine de répondre, ou en danger de donner une réponse ridicule, il changera en telle façon sa demande qu’il n’y ait qu’à répondre, oüy ou non.

11. Recommander beaucoup qu’on ne se rie point les uns des autres, quand ils répondent mal : & relever d’abord celuy qui tombe dans ce defaut, reprimant ceux qui s’en mocquent.

12. Faire parler haut les enfans ; leur faisant méme repeter quelquefois ce qu’ils ont dit, & qu’on a bien entendu. Pour cela le Catechiste changera de lieu, afin qu’un chacun entende plus facilement ce qui a êté bien dit.

13. Se tenir toujours debout, & se promener de tems en tems par le milieu, qui divise les filles d’avec les garçons, pour exciter leur attention, & les contenir dans leur devoir : il ne doit pourtant guere parler quand il marche.

14. Tenir en main une baguette qu’il remuera non pour en frapper mais pour indiquer ceux qu’il desire qui répondent, ou soient plus modestes.

15. Pour interroger les Auditeurs, il les appellera par leur nom, s’ils sont écrits dans son catalogue : ou s’il ne le sçait pas il usera de ces termes, petit garçon, petite fille, & si c’est des personnes âgées il les qualifiera des noms, mon frère, ma sœur, mon bon pere, ma bonne mere, selon la qualité du sexe, l’âge, & la condition.

16. Ne jamais arréter sa vuë sur les filles en les interrogeant, & ne les pas laisser long-tems debout.

17. Interroger les enfans à peu près également, & les faire parler d’un ton de voix, qui les fasse entendre de tous ceux qui sont au Catechisme ; tâchant de leur imprimer la devotion au cœur, en même tems qu’on tâche de remplir leur esprit de la connoissance des verités Chrétiennes.

18. Pour connoître si les enfans sçavent les demandes qu’on leur fait plutôt par jugement, que par mémoire, il doit changer quelque chose des demandes par exemple, quand il auroit demandé la premiere fois laquelle est-ce des trois personnes qui s’est fait homme, C’est la seconde qui est le fils ; on pourroit dire, est-ce le pere qui s’est fait homme ?

19. Supporter les enfans qui badinent usant envers eux d’une grande douceur, & patience, & tâchant de les contenir dans la modestie par un regard serieux, ou quelque parole amiable, & s’ils ne se corrigent, il doit les avertir en general, & en particulier, d’étre plus modestes & attentifs, & si encore ils continuent, les faire mettre à genoux en presence de leurs compagnons pendant quelque tems, les menacer de le dire à leurs parens, les priver des recompenses qu’on leur vouloit donner, & recompenser à l’heure méme quelqu’un de leurs compagnons avec loüange de leur modestie : & si enfin ils se rendent incorrigibles, les congedier du Catechisme, & ne leur permettre d’y revenir qu’ils ne l’ayent demandé, & qu’ils n’ayent promis d’étre plus modestes à l’avenir. Que si c’est des grandes personnes qui causent au Catechisme, il suffit de les exhorter en general de se rendre attentifs ou de les avertir doucement de leur devoir, addressant sa parole aux enfans sans leur faire confusion, pour ne pas les dégoûter d’y venir.

20. Il doit donner un prix à celuy ou celle, qui a le mieux repeté & répondu, faisant voir à tous le prix qu’il donne & la personne qui l’a merité.

21. Ne donner à chaque Catechisme des prix, mais il dira qu’il apportera un prix ou plusieurs au premier Catechisme, il les montrera au second, & il les donnera au troisiéme : il n’y aura point d’inconvenient d’en donner souvent aux plus considerés, qui ayent pourtant bien répondu, & qui soient capables par leur exemple d’inciter les autres à se rendre assidus aux Catechismes.

22. Ne rire jamais avec les enfans, ni leur donner trop de familiarité : & ne les pas tenir aussi en contrainte par une gravité excessive, & une austerité indiscrete. Il peut méme de tems en tems, lors qu’il craint qu’on ne s’ennuye, dire quelque petit mot divertissant pour éveiller leur attention.

23. Eviter certains Defauts considerables : comme sont 1. certaines postures & gestes messeans, plus dignes d’un acteur que d’un Ministre de Jesus-Christ. 2. une façon d’instruire molle & languissante, qui dégoûte, & endort les enfans, au lieu qu’il faut les échauffer par un discours animé, & un air de devotion qui s’exhale de la contenance, & de la voix, qui doit presque toujours être d’un ton de conversation & familier. 3. certaines incivilités, comme de porter la main à la barbe, au nez sans necessité, se joüer des mains, de sa ceinture, de son mouchoir, surplis, ou livre : d’envisager fixément les personnes sur tout les filles & femmes. 4. éviter aussi avec soin d’user de quelques termes, qui choquent la modestie, & qui peuvent laisser de mauvaises pensées dans l’esprit ; principalement lors qu’il traite du Mystère de l’Incarnation du fils de Dieu, & aussi quand il explique le sixième & neuvième Commandement, où il suffira de dire que toutes pensées, paroles, & gestes deshonnétes, ausquels on a donné consentement sont pechés mortels, sans particulariser davantage.

24. Il pourra faire par fois en interrogeant quelque digression morale sur un point de doctrine morale proposé, mais il faut que ce soit seulement en passant ; êtant plus à propos de reserver à la fin les principales moralités du Catechisme.

25. Quand il fera les Reflexions, & proposera les Affections morales sur le sujet qu’il explique il doit s’arréter en une place, pour être mieux entendu de tout le monde, & cela ne doit durer qu’un petit quart-d’heure : car il faut tenir pour maxime que le fruit des instructions familieres ne consiste pas à faire des longs discours, mais à faire beaucoup parler les Auditeurs, & leur bien inculquer avec un style simple & familier, & d’une maniere affective les choses dont on desire les instruire.

26. Pour tirer quelque Fruit de l’Instruction qu’il a faite, s’il a interrogé de quelque Mystere, il tachera de faire produire des actes de foy, d’adoration, d’offrande, de demande, &c. sur le sujet proposé. Si c’est de quelque Vertu, il fera faire des actes d’amour de cette vertu, & des resolutions de la pratiquer en telle & telle rencontre. Si c’est d’un Vice, il excitera la haine de ce vice, & il fera prendre des resolutions de l’eviter en telle & telle rencontre.

27. Faire en deux mots repeter par quelque enfant ce qu’on a dit en general.

Enfin il finira le tout par une briéve histoire qui ne soit point apocryphe, & qui ait rapport avec le sujet du Catechisme : ce que l’on peut neanmoins omettre quelquefois particulièrement si le temps qu’on s’êtoit prescrit est passé, lequel ordinairement doit être de trois quart-d’heures, ou d’une petite heure tout au plus afin de ne pas lasser & ennuyer les Auditeurs.

Apres le Catechisme, Que doit faire le Catechiste ?

Faire chanter les commandemens de l’Eglise, ou le salut ou quelque Cantique de devotion. Il seroit encore meilleur d’y ajouter le Pater, l’Ave Maria, & le Credo, qu’il feroit reciter à tous distinctement avec luy tout haut : parce que c’est l’unique moyen pour les leur apprendre parfaitement en peu de temps.

2. Faire l’examen de conscience public, si le temps le permet ; specifiant adroitement les pechés ausquels ceux qui y assistent, grands & petits, ou de differentes conditions peuvent être sujets : par exemple, il faut que châcun pense s’il n’a point juré, dit des mensonges, pris du bien d’autruy, beu par excez, &c.

3. Faire faire une acte de contrition.

4. Faire sortir les enfans doucement les uns après les autres ; ayant recommandé à tous ceux qui ont eu le bon-heur d’entendre le Catechisme de se retirer chez eux en silence & modestie, & de repeter aux autres de la maison tout ce qu’ils viennent d’apprendre.

5. Le Catechiste doit aussi se retirer & faire devant le S. Sacrement une courte priere, pour remercier Dieu des graces qu’il luy a faites, & le prier de faire porter du fruit à la divine semence de sa parole.

6. Faire aussi une petite revuë des manquemens qu’il a commis en cette fonction, en demander pardon à Dieu, & promettre de s’en corriger.

Les Dispositions des Catechisez ou des auditeurs du Catechisme, Quelles sont-elles ?

Il y en a de 3. sortes, les unes precedent, les autres accompagnent, & les autres suivent.

Avant le Catechisme, Qu’est-ce que doivent faire les Auditeurs ?

1. Avoir une grande estime & un grand amour pour le Catechisme.

2. Ne manquer jamais d’y venir ; faisant son possible pour y amener ses compagnons ; & priant Dieu pour ceux qui n’y veulent pas venir.

3 . Prendre de l’eau benite en entrant à l’Eglise : s’aller mettre à genoux en la place que l’on y doit tenir : adorer humblement Jesus-Christ au Tres-Saint Sacrement : & faire sa priere dans ce sens : „Mon Dieu faites moy la grace de bien profiter de vôtre sainte parole, je veux faire ce que l’on m’enseignera, & que vous désirés de moy.„

4. Les hommes doivent prendre place à l’Aisle droite de la Nef ou du côté de l’Epître, en bas du chœur, & les femmes ensuite : les garçons se placeront vis à vis des hommes, & les filles vis à vis les femmes, la coëffe baissée, du côté de l’Evangile ; afin que pendant la doctrine les garçons n’ayent devant leurs yeux que les hommes, & les filles que les femmes à leur opposite ; laissant une allée vuide depuis la porte de l’Eglise jusqu’au Maître Autel.

Pendant le Catechisme, que doivent faire les Auditeurs ?

1. Estre attentifs, & modestes, dans un respectueux silence, jusqu’à ce qu’on les interroge : & ne point causer ni rire avec leurs compagnons.

2. Attendre qu’on les interroge pour répondre : se lever d’abord qu’on les interroge : se tenir debout & découvert pendant qu’on leur parle & qu’ils doivent encore parler : & faire le signe de la Croix la premiere fois qu’ils sont interrogés dans un Catechisme avant qu’ils commencent à parler.

3. Ecouter bien ce qu’on leur demande, & répondre haut, d’une voix intelligible, sans se precipiter, ni branler la teste en répondant, ni regarder d’un côté & d’autre, ni parler entre ses dents.

4. Ne point suggerer les réponses à ceux que l’on interroge, bien moins se mocquer d’eux quand ils ne sçavent pas répondre.

5. Enfin prendre garde à ne jamais badiner ni changer de place, ni s’impatienter, & à tout le reste que l’on dit cy-dessus.

Apres le Catechisme, Que doivent-ils faire ?

1. Prier Dieu devant le S. Sacrement, pensant à ce qui a êté dit, & prenant resolution de le pratiquer.

2. Se retirer sans bruit à leur maison, sans s’arréter par les ruës, bien moins y joüer, se quereler, ni se battre ; mais en s’en allant s’entretenir du Catechisme par ensemble.

3. Repeter au logis devant leur pere, & mere & les domestiques ce qu’ils auront retenu du Catechisme.

4. Profiter de ce qu’ils auront appris, être plus obeïssans à leurs parens, fuïr la compagnie des autres enfans qui jurent, ou mentent, ou s’enyvrent, ou dérobent, ou font quelque autre mal : prier Dieu soir & matin à genoux : s’accoûtumer à lire de bons livres les dimanches & les festes ; comme sont la vie des Saints, le pedagogue Chrétien, mais sur tout quelqu’un qui traite du Catechisme, comme le Catechisme de Bellarmin, de Richelieu, de Cesar de Bus, de Gobinet, &c.

Quelles sont les Matieres qu’on enseigne aux petits Catechismes ?

1. A bien faire le signe de la Croix, son excellence, sa vertu, &c.

2. L’exercice du Chrêtien pendant la journée.

3. La priere du soir & du matin.

4. Les principaux mysteres de la foy.

5. L’explication du Symbole, de l’oraison dominicale, des Commandemens de Dieu.

6. L’usage des Sacremens, particulierement de la Penitence, & de la Très-Sainte Eucharistie : sur tout comme il se faut preparer à faire la Confession & la Communion.

7. L’horreur des vices, & la beauté des vertus. Ce que les enfans doivent à leurs pere, & mere, & le reste qui est designé dans le Catechisme pour les Escôles du Diocese de Lyon ; le tout familierement, briévement & clairement.

SECTION II.
Des Exhortations.

La seconde sorte d'Instruction qu’un Curé peut faire à ses Parroissiens, Quelle est-elle ?

Ce font les Exhortations, qui sont des discours familiers & patetiques sur les Mystères de la foy, les principaux fondemens de nôtre Religion, les vices qu’on est obligé de fuïr, & les vertus qu’il faut pratiquer, &c.

Ces Exhortations sont elles absolument necessaires ?

Non, parce qu’un Curé peut y suppleer en faisant souvent des petits Catéchismes. Elle sont néanmoins grandement utiles : & l’experience fait voir qu’elles servent souvent plus à toucher & à convertir les grands pécheurs que les plus sçavantes predications : c’est pourquoy un Curé doit avoir un grand zele & une grande affection pour les Exhortations.

Que faut-il observer four les Exhortations ?

1. Qu’elles sont semblables aux discours instructifs & enflamés que les Curés, qui ont du zele pour le salut de leurs parroissiens, sont dans leurs prônes ; après qu’ils ont recité intelligiblement le Symbole des Apôtres, pour apprendre ceux qui seroient dans l’ignorance ou la tiedeur les vérités de la foy ; les Conmmandemens de Dieu & de l’Eglise ; les choses que l’on doit espérer & demander en disent le Pater ou l’oraison Dominicale, l’Ave Maria ou la salutation Angelique ; & les prières pour les Tréspassés : Et après qu’ils ont annoncé les festes, jeunes, & autres choses qui se trouvent à faire dans la semaine ; les Mandemens de l’Evéque, les Mariages, Monitoires, & autres choses dont ils doivent avertir les Parroissiens. Quelques Curés font par fois ces exhortations après les Vespres.

2. Qu’elles ne sont pas des predications. Car elles n’ont pas un exorde si recherché, leurs parties si bien réglées, si pleines de Doctrine, & si bien suivies ; & ne doivent pas être des discours autant relevés que les Auditeurs pourroient porter, ni d’un style si poli, & eloquent ; & enfin l’Avant-propos n’est pas separé d’avec le corps du discours par l’Ave Maria, parce que l’on ne l’y dit point. Elles ont pourtant cela de commun avec les predications qu’elles se font en chaire, qui se pourroit mettre sur le degré de l’Autel au côté de l’Evangile, & non en se promenant : qu’on n’y fait point d’Interrogat, ni de Réponse : qu’elles ont un petit préambule, où l’on propose nettement & brièvement le sujet de l’Exhortation : qu’elles ont aussi leur division en deux ou trois points : & qu’elles se finissent par une peroraison ; où l’on recueüille & ranime plûtôt les mouvemens de l’exhortation, c’est à dire les choses qui y ont pu toucher le cœur, que les points de la Doctrine qu’on y a expliqué. Lucere vanum, ardere parum, lucere & ardere perfectum.

3. Qu’elles sont aussi différentes des Catechismes : où l’on travaille principalement à apprendre aux Auditeurs, par des Interrogats & des Réponses, & mémes par des repetitions agréables, les choses qu’ils doivent sçavoir, plus qu’à les émouvoir : parce que les Catéchismes ne sont que des instructions familieres des choses les plus necessaires à sçavoir , & à mettre en pratique.

En combien de façon un Curé peut-il parler d’un sujet dans une exhortation ?

En deux façons : ou en general ou en particulier.

Il en peut parler en general, quand le sujet de l’exhortation qu’il veut faire est une partie d’un Traité sur lequel il en a beaucoup à faire. Ainsi devant que de parler en une exhortation de l’un des articles du Symbole, en particulier, il est fort à propos & comme necessaire de Traiter en la premiere Exhortation du Symbole en general. De même faudroit-il prendre pour sujet d’une Exhortation, les Sacremens en general, les Commandemens de Dieu, &c.

Quelle Division peut-on faire en châque Exhortation ?

1. En l’Exhortation qui est sur un sujet general on doit faire la division différente de celle qui est sur un sujet particulier.

Sur le Symbole en general, le 1. point de l’Exhortation, sera du Nom & Origine du Symbole de sa Division, & des vérités qu’il contient. Le 2. de la nécessité de croire distinctement les verités qui y font proposées. Le 3. des Actes de foy de ces premieres vérités de nôtre Religion.

Sur les Sacremens en general, le 1. point sera ce que l’on entend par les Sacremens. Le 2. leur Institution, de leur efficace, & de leur necessité. Le 3. de l’estime, Amour, &c Dispositions qu’ils méritent.

Sur les Commandemens de Dieu en general, le 1. point sera des Raisons pour lesquelles Dieu les a donnés. Le 2. de la Necessité de les observer. Le 3. des Motifs & des moyens de les observer.

L’on doit faire par proportion, une différente division des Exhortations qu’on veut faire sur les autres sujets que l’on prend en general, selon l’exigence de la matière.

2. En l’Exhortation qui se fait sur un sujet particulier, on doit aussi faire la division comme la matière le requiert. Et ainsi

Sur les Articles du Credo le 1. point sera de la vérité de l’Article qui fait le sujet particulier de l’Exhortation : c’est à dire qu’il y faut donner au 1. point une claire explication de l’Article. Le 2. des Raisons & motifs de croire ce que l’Article nous enseigne. Le 3. des fruits qui en reviennent, & des Actes de foy qu’il en faut faire.

Dans les Exhortations suivantes sur le Credo on pourra garder la même division, & le même Ordre pour chaque Article. On gardera de méme une conduite uniforme pour châcun des Commandemens, des Sacremens, &c.

Sur les Commandemens de Dieu 1. point l’explication de ce que Dieu commande, ou deffend en un tel Commandement. 2. Les motifs, qui portent les Auditeurs à le mettre en pratique.

3. Les Moyens pour en venir à bout. On y pourra inserer quelque belle Histoire ou de l'Escriture, ou de l’antiquité.

Sur les sacremens. 1.Point. La grandeur d’un sacrement, son excellence, son institution, ses fruits, & ses effets, 2. Les motifs, qui obligent à le recevoir dignement. 3. Quelles sont les dispositions necessaires pour le recevoir. Ces dispositions se peuvent tirer ou de ce qu’en ont dit les Docteurs ; ou de ce qu’ont fait les Saints pour cela, ou des Ceremonies, que l’on pratique dans l’administration.

Sur la Sainte Messe 1.Point. Ce qu’elle est : à qui, & pourquoy on l’offre : ce que signifient en general les Ceremonies. 2. L’Excellence de ce Sacrifice, les grands mystères qui s’y operent, & les raisons qui obligent à y assister souvent & avec pieté. 3. Les fruits qu’en reçoivent ceux qui y assistent avec devotion, & les moyens d’y assister comme il faut. Ces moyens sont la modestie, la prière, l’humilité, la contrition, l’esprit de sacrifice, &c. Voyés cy-devant les conduites pour bien entendre la sainte Messe, page 110.

Sur l’Oraison Dominicale. 1. Point. L’explication de la demande. 2. Les raisons qui obligent à faire à Dieu cette demande. 3. Les pratiques de pieté qu’on peut faire pour obtenir l’effet de cette demande.

Sur les dernières fins. 1. Point. L’existence de la chose : par exemple qu’il y a un Jugement. 2. Ses propriétés, c’est à dire sa description. 3. Les fruits qu’on doit tirer de cette verité. Ou bien seulement deux points 1. qu’il faut craindre l’Enfer, ou espérer le Paradis. 2. Les moyens efficaces pour éviter l’un, & acquérir l’autre .

Sur la Mort. 1. Point. L’importance d’une bonne mort, & les malheurs d’une mauvaise. 2. En quoy l’une & l’autre consiste : quelles en sont les marques, & les préjugez. 3. Quels sont les moyens de bien mourir ?

Sur les vertus & les vices. 1. Point. La beauté de la vertu, ou la laideur du vice, & ce qui porte à aimer l’une, & haïr l’autre. 2. Point. En quoy consiste cette Vertu, ou ce vice. 3. Quels sont les exercices pour pratiquer l’une & fuïr l’autre.

Sur les Bien-faits de Dieu, tant generaux que particuliers, de nature ou de grace, comme la Création, Conservation, Rédemption, vocation à la foy, justification, predestination, &c. 1. Point. La necessité, utilité, & excellence de ce bien-fait. 2. Combien il est dangereux d’en abuser & de ne pas le reconnoître. 3. Quelle doit être cette reconnoissance & l’usage que l’on doit faire de ce bien-fait.

De quels Livres se peut servir un Ecclésiastique pour les Catéchismes, & les Exhortations ?

II peut avoir, & lire le Catéchisme du Concile de Trente, le Catéchisme de Turlot, le grand Pédagogue Chrétien, & celuy des familles Chrétiennes, les verités d’Abelli, les Instructions de Cesar de Bus, la Solide dévotion de M. Beuvelet, l’Escôle parroissiale pour l’instruction des enfans dans les petites escôles ou autres designés cy-dessus 2. part. chap. 3. page 65 & 363.

Qu’est-ce qu’un Curé pourroit faire en place des Exhortations ?

Il pourroit faire une autre sorte d’Instruction qu’on appelle grands Catechismes.

Qu’est-ce que Grand Catechisme ?

C’est une Instruction moins forte & plus familiere qu’une Exhortation, & aussi moins familiere, plus forte, & plus methodique qu’un petit Catechisme.

Sur quoy fait-on les Grands Catéchismes ?

Sur les mêmes sujets que les petits Catechismes & les Exhortations ; en observant trois choses. La 1. que l’on commence pour l’Ordinaire les grands Catechismes pour expliquer quelques sujets en general, comme le Symbole, les Sacremens, les Commandemens de Dieu ou de l’Eglise, ou l’Oraison Dominicale : aprés on en prend les Articles ou les parties en détail. La 2. que l’on se tient en chaire. La 3. que l’on interroge les Auditeurs sur le Catechisme precedent avant que de commencer le suivant.

Quelle est la Methode pour les grands Catechismes ?

Quand on les fait sur un sujet general, on y explique 1. la Nature, l’Origine, & l’Excellence de ce sujet. 2. Sa Necessité, ses Effects, & les Motifs qui portent à s’y appliquer. 3. Les fruits qu’il en faut tirer, & l’usage qu’il en faut faire.

Par exemple, traitant du Symbole en general il faudra montrer 1. Ce que c’est, son origine, & son excellence, en ce qu’il contient dans douze petits Articles les vérités fondamentales de la Religion Chrétienne. 2. Les raisons pour lesquelles il faut sçavoir le Symbole, & croire ce qu’il contient. 3. Declarer les fruits qui en reviennent, & donner la pratique des Actes de foy sur les vérités qui y sont explicitement ou implicitement.

Quand on les fait sur un sujet particulier ; par exemple , Je croy en Jesus-Christ Son fils &c. Il faut, après avoir interrogé sur le principal du dernier Catéchisme, faire une briéve recapitulation de ce que l’on y avoit dit, & de ce que l’on vient d’interroger. 2. Expliquer le plus clairement & simplement qu’il est possible, le sujet que l’on traite. 3. Donner les moyens d’en tirer les fruits, selon la portée des Auditeurs, & finir toujours par quelque exemple ou histoire qui fasse profiter du Catéchisme.

SECTION III.
Des Predications.

Que doit considérer un Curé pour bien prêcher la parole de Dieu à ses Parroissiens ?

Il y a des choses qui le regardent : d’autres qui regardent les matières qu’il doit traiter : & d’autres, la manière ou méthode de les traiter.

Pour le Prédicateur, Quelles sont les choses qui le regardent ?

1. Il ne doit entreprendre un si grand employ sans vocation : quomodo pradicabunt nisi mittantur ?

Ne point l’exercer par vanité ou par interest, mais par le pur motif de procurer la gloire de Dieu, & le salut des ames.

3. Ne s’y pas exposer temerairement, sans avoir le fond & la capacité requise.

4. Fuir toute ostentation & parade de science & d’éloquence.

5. Consulter Dieu dans l’oraison, apprenant de luy ce qu’il voudra enseigner aux autres.

6. Mesurer ce qu’il doit dire à la portée de ses auditeurs.

7. Ne pas regarder ce qui peut le mettre en estime, mais ce qui peut être profitable à ses auditeurs.

8. Eviter les pensées fines & delicates, les maximes dangereuses, les opinions suspectes, & trop libres.

9. Composer son exterieur, son geste, sa voix, son accent selon la modestie & la gravité que demande la parole de Dieu.

10. Implorer l’assistance divine avant que de commencer, remercier Dieu après avoir fini, & luy rapporter comme au premier principe & derniere fin tout le succès & toute la benediction qu’il luy plaira donner à sa parole.

Pour les Matieres, Qu’est-ce que le predicateur doit observer ?

1. Les choisir avec grande prudence.

2. Les proportionner à la capacité & intelligence de ses auditeurs ; sans se trop élever, ni abbaisser, de peur de ne pas être entendu des ignorans, & ne pas aussi rebuter les doctes.

3. Digerer ses matieres, & leur donner la meilleure forme qu’il pourra.

Quelles sont les matieres ordinaires sur quoy l’on préche ?

On les peut reduire à six chefs. 1. On préche sur quelque vice ou sur qualque vertu. 2. Sur quelque mystère de la foy. 3. Sur la vie de quelque Saint. 4. Sur quelque histoire ou quelques paroles de l’Evangile. 5. Sur quelque point de la doctrine Chrétienne comme sur le Symbole, les Sacremens, les Commandemens, l’Oraison dominicale, les dernieres fins. 6. Sur quelque point de controverse.

Quels sons les endroits d’où l’on peut tirer les matieres & les raisonnemens nécessaires pour composer une prédication ?

Ce sont les lieux d’où les Rheroriciens tirent leurs argumens : dont les principaux sont l’Etymologie, la definition de la chose qui est le sujet de la predication, ses causes, ses effets, ses contraires : les adjoins, antecedens, consequens, les comparaisons, la division du tout en ses parties, le genre, l’espece, les proprietés. Mais la veritable source d’où le predicateur doit tirer les pierres pretieuses dont il doit bâtir son discours sont les oracles de la sainte Escriture, les declarations des Conciles, les maximes des Saints Pères, & les sentimens des Docteurs approuvés de l’Eglise ; en un mot, c’est l’authorité.

Quels sont les Livres qu’un predicateur peut facilement avoir pour en tirer la matiere de ses discours ?

La sainte Bible, la somme des Conciles de Carranza, le Concile de Trente ; le Catechisme Romain, le grand, Catechisme de Canisius, la Somme de S. Thomas, les Opuscules de S. BoPage:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/425 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/426 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/427 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/428 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/429 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/430 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/431 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/432 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/433 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/434 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/435 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/436 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/437 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/438 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/439 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/440 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/441 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/442 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/443 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/444 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/445 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/446 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/447 Page:Démia - 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3. Dieu de Majesté ! devant qui les colonnes du Ciel tremblent, & les Anges bien-heureux s’aneantissent en l’Eglise, & craignent de ne pas avoir assez de modestie intérieure, faites-moy part du respect que vous donniez au grand Saint Martin, quand il entroit dans vôtre Temple. Je fais dessein d’observer cette modestie si convenable à mon état, & de la procurer en mon prochain autant qu’il me sera possible.

§. X.
Sur la Modestie dans les Recreations.

1. Ie vous adore mon Sauveur ! appellant vos Apôtres, pour leur donner un peu de repos : Venite & requiescite pusillum. Il veut leur donner quelque relâche après le travail, mais c’est afin d’y retourner en suite avec plus de ferveurs : il veut qu’ils reprennent de nouvelles forces, non pas pour perdre Dieu de vue, & pour se dissiper entierement, mais pour travailler avec plus de vigueur & de perfection.

2. Ay-je bien pratiqué les Reigles de la modestie dans la recreation ? N’ay-je point joüé à des jeux indecens & defendus par les Canons ? ne me suis-je point donné tout au divertissement, m’y appliquant avec excés, & faisant de la recreation une occupation messeante ? N’y ay-je point trop crié, fait éclater ma voix ; ou contesté avec chaleur ? N’y ay-je point fait des postures indecentes, Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/626 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/627 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/628 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/629 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/630 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/631 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/632 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/633 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/634 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/635 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/636 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/637 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/638 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/639 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/640 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/641 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/642 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/643 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/644 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/645 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/646 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/647 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/648 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/649 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/650 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/651 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/652 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/653 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/654 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/655 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/656 Page:Démia - Trésor clérical, 1682.pdf/657



 

Édition avec des corrections et additions préparées par Démia :[modifier]

Il s'agit de l’édition de 1694 (Lyon, Jean Certe) approuvée par Dareste et Terrasson les 11 et 20 septembre 1693, puis le 21 mai 1694 par Cohade. Le Privilège du Roy pour l'imprimeur est du 21 février 1689, et l’achevé d'imprimer du 30 mai 1694. Cette édition ne diffère de celle de 1685 que par des corrections et additions préparées par Démia, mais elles sont loin de figurer toutes dans le feuillet 72 du Journal portant comme titre : 1685, Trésor clérical, notes pour la dernière impression.

TRESOR CLERICAL

OU

CONDUITES

POUR AQUERIR ET CONSERVER

La Saintete Eclesiastique


[p. 359]

SECTION UNIQUE. De l'Ecole Dominicale

Quelle est la Necessite et Utilite de L'ECOLE DOMINICALE ?

1. Elle empeche beaucoup de desordres dans une Paroisse les sains jours de Dimanches et Fetes. 2. Elie y procure beaucoup de biens.

Les Desordres qu'elle empeche, sont les jeux, dances, debauches, et hantises de cabarets, querelles, frequentations dangereuses, et autres dissolutions soit publiques, soit particulieres, qui sont d'autant [p. 360] plus criminelles, que l'on devroit santifier ces memes jours par de saintes et pieuses actions.

Les Biens qu'elle procure, sont qu'elle retire de ces desordres, et qu'elle donne ocasion d'aprendre a prier et servir Dieu, a lire, a assister comme il faut les malades, a se bien comporter dans la famille, et elle instruit des autres Devoirs du Chretien. En quoi consiste l'Ecole Dominicale, et quels en sont les Exercices ? Premierement: L'Assemblee doit etre composee de personnes pieuses (soit qu'elle contiennent des Garcons ou Hommes seulement, soit qu'elle contienne des Filles ou Femmes seulement) lesquelles personnes s'unissent sous l'autorite de leur Pasteur les Dimanches et Fetes dans un lieu commode de la Paroisse, pour s'y ocuper saintement apres les heures du service public, et quelquefois auparavant. 2. On partagera le tems de l'Assemblee en trois ou quatre exercices. 1. En la lecture de quelque bon Livre design& par le Cure, sur laquelle on fera de tems en tems quelque pause, pour repeter ce qui a ete lu. 2. En la Priere qu'on fera en commun, laquelle sera la meme qu'on fait en se levant designee en la famille de 1'Exercice du Chretien, ou bien au Catechisme des Ecoles; et a la fin de l'Assemblee on dira la priere qu'on fait en se couchant. 3. On fera l'instruction du Catechisme par demandes et reponses, que la personne preposee de l'assemblee fera repeter prudemment a chaque ecolier ou ecoliere. 4. On aprendra a lire a ceux ou celles qui se presenteront. L'on change parfois cet ordre, suivant la prudence et les besoins, et l'on y mele des Cantiques Spirituels, que l'on chante. 3. On commencera l'assemblee par la Priere, elle se fera tout haut pour l'aprendre a tous, et aussi en [p. 361] commun, pour leur inspirer le desir de prier tous ensemble le matin et le soir en leur famille, et non separement. On dira toujours la meme priere, pour ne pas charger la memoire des foibles, et aux prieres on ajoutera de tems en tems quelque Himne ou Cantique Spirituel pour entretenir la devotion et ne pas s'ennuier en 1'ecole. On leur fera connoitre, que le principal dessein de l'assemblee est la santification des Dimanches et Fetes, que les Chretiens ne doivent pas passer ces sains jours dans un repos oisif et sterile, comme les Juifs, ni en des ocupations vaines et dangereuses, comme les gens du monde, mais dans un saint repos, et comme les premiers Chretiens dans la Priere, le chant des sains Cantiques, la lecture des bons Livres, la frequentation des Sacremens, la visite des malades, les pieuses instructions, et ]a pratique des bonnes oeuvres et des versus Chretiennes, et qu'ainsi on doit etre ravi de passer un peu de tems aux exercices de cette Assemblee. Quels sont LES MOIENS de profiter des Exercices de l'Ecole Dominicale? Il y en a de deux sortes. Les uns regardent les Personnes, qui doivent composer cette ecole, les autres regardent l'Ordre, qu'il faut observer pour cela. A l'egard des Personnes, il y en a de deux sortes, les uns qui sont Oficiers, les autres qui sont Ecoliers et Diciples : a l'egard des premiers, l'on prendra garde de ne choisir pour Maitre ou Maitresse, que des Garcons, Hommes, Filles, ou Veuves les plus exemplaires, les plus retenus et les plus spirituels de la Paroisse, qui soient un peu deja avancez en age, et qui soient principalement elus et agrees par le Cure : on leur pourra donner quelque Assistant [p. 362] ou Assistante, qui aient les memes qualitez, si faire se peut; on etablira aussi des Decurions ou Decurionnes, soit pour le Catechisme, soit pour les Lecons. A 1'egard des autres, a savoir des Ecoliers ou Ecolieres, on fera choix des meilleurs sujets, des plus modestes, et plus pieux de la Paroisse; pour ce qui est des autres, on les fera postuler quelque tems pour etre admis a l'Assemblee, leur disant avec douceur, que quand ils seront devenus plus reglez, on les recevra volontiers, pourvu que Mr. le Cure y consente. On etablira aussi des Repetiteurs des matieres de la derniere Assemblee, lesquels auront soin de repeter nettement et bien haut le principal de ce qui a ete dit la derniere fois. A l'egard de l'Ordre, on peut commencer l'Ecole deux heures apres la grand-Messe.

1. Environ Midi, la Lecture de la vie des Saints de Bonnefons,2 ou la vie des Peres du Desert, ou de Grenade,; ou de Rodriguez;' on l'entremele de Reflexions et de Repetitions, ou bien on fait les Reponses du Catechisme.

2. On lit la Lecon tout bas vers5 le Maître ou la Maîtresse.

3. On fait la Priere de l'heure toutes les fois que l'on tourne le sablier,t' ou qu'on entend l'horloge.

4. A une heure l'on chante un Cantique Spirituel.

5. On fait la Priere du Matin a genoux.

6. L'Oraison en commun, ou le Catechisme.

7. La Repetition, ou reflexion.

8. La Priere du soir a genoux.

9. L'on propose une Pratique spirituelle, ou Oraison jaculatoire, pour dire souvent pendant la journee. On la repete deux ou trois fois tous ensemble avant que de sortir.

10. Chaque Mois on presente un Saint, pour imiter et invoquer.

11. On se retire en recueillement.

On peut changer cet Ordre, et y ajouter ou diminuer suivant les circonstances des lieux, des personnes etc.



Éditions postérieures :

éd. Lyon, Certe, 1736, 675 p. : https://books.google.fr/books?id=OyCR8yDaVtkC

Privilège du roi : 9 décembre 1688.

Approbations de septembre 1693 et de mai 1694.

Achevé d'imprimer pour la première fois en vertu du présent privilège le 30 mai 1694.


éd. Lyon, Pierre Bruyset Ponthus, 1768, 675 p. : https://books.google.fr/books?id=luUfxeoouxEC



Prospectus du Séminaire Saint-Charles

[Bibl. Mazarine, A 10694, 98ème pièce]

Dans le Seminaire de S. Charles, on fait une Profession particuliere de travailler a la bonne Education des jeunes Clers, et de ceux qui aspirent a la Clericature, joignant a cet effet l'instruction des Lettres humaines qu'on y enseigne depuis la Sixieme iusqu'a la Rhetorique inclusivement, celle des bonnes mœurs et des Vertus Chrestiennes et Clericales, du Chant, des Ceremonies, et des autres Fonctions Ecclesiastiques : C'est pourquoy ceux qui y sont receus sont obligez de porter la Soutanne, les cheveux courts, le colet et les manchettes modestes, et tout 1'exterieur bien compose: Et s'ils sont Clercs, ils doivent aussi avoir un Surplis, et un bonnet quarre pour assister avec descence a I'Office divin qui s'y chante les Festes et les Dimanches. La Pension pour la nourriture, qui est la seule chose a quoy l'on s'oblige, est de trois cents livres, dont les Quartiers' se payent tousiours par avance. Les Parents fournissent tout le reste, comme les choses cy-dessous nommees, les Habits, les Linceulz,Ret autre linge suffisant pour tenir les Enfans proprement. Pour la Chambre, il faut un lict garny, une table, une chaize, un coffre, etc. Pour le Refectoir, une tasse, une cuillere, une fourchette, et un couteau.

Pour la Classe, les Livres, et toutes les autres choses dont les enfans ont besoin. La Maison fournit ordinairement la chandelle, le bois, le chauffage, l'encre, les plumes, le cotton, et les autres menues necessitez; et l'on fait blanchir le linge et les linceuls quand les parents le souhaittent. Et pour lors on s'accommode avec eux pour les menus frais. Ils ont coin de faire marquer ce qu'ils donnent a leurs enfans, surtout le linge et les choses du Refectoir.