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Traité élémentaire de chimie/Partie 1/Chapitre 7

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CHAPITRE VII.


De la décomposition du gaz oxygène par les métaux, & de la formation des oxides métalliques.


Lorsque les substances métalliques sont échauffées à un certain degré de température, l’oxygène a plus d’affinité avec elles qu’avec le calorique : en conséquence toutes les substances métalliques, si on en excepte l’or, l’argent & le platine, ont la propriété de décomposer le gaz oxygène, de s’emparer de sa base & d’en dégager le calorique. On a déjà vu plus haut comment s’opéroit cette décomposition de l’air par le mercure & par le fer ; on a observé que la première ne pouvoit être regardée que comme une combustion lente ; que la dernière au contraire étoit très-rapide & accompagnée d’une flamme brillante. S’il est nécessaire d’employer un certain degré de chaleur dans ces opérations, c’est pour écarter les unes des autres les molécules du métal, & diminuer leur affinité d’aggrégation, ou ce qui est la même chose, l’attraction qu’elles exercent les unes sur les autres.

Les substances métalliques, pendant leur calcination, augmentent de poids à proportion de l’oxygène qu’elles absorbent ; en même temps elles perdent leur éclat métallique & se réduisent en une poudre terreuse. Les métaux dans cet état ne doivent point être considérés comme entièrement saturés d’oxygène, par la raison que leur action sur ce principe est balancée par la force d’attraction qu’exerce sur lui le calorique. L’oxygène dans la calcination des métaux, obéit donc réellement à deux forces, à celle exercée par le calorique, à celle exercée par le métal ; il ne tend à s’unir à ce dernier qu’en raison de la différence de ces deux forces, de l’excès de l’une sur l’autre, & cet excès en général n’est pas fort considérable. Aussi les substances métalliques, en s’oxygénant dans l’air & dans le gaz oxygène, ne se convertissent-elles point en acides, comme le soufre, le phosphore & le charbon : il se forme des substances intermédiaires qui commencent à se rapprocher de l’état salin, mais qui n’ont pas encore acquis toutes les propriétés salines. Les anciens ont donné le nom de chaux, non seulement aux métaux amenés à cet état, mais encore à toute substance qui avoit été exposée long-temps à l’action du feu sans se fondre. Ils ont fait en conséquence du mot chaux un nom générique, & ils ont confondu sous ce nom, & la pierre calcaire, qui d’un sel neutre qu’elle étoit avant la calcination, se convertit au feu en un alcali terreux, en perdant moitié de son poids, & les métaux qui s’associent par la même opération une nouvelle substance dont la quantité excède quelquefois moitié de leur poids, & qui les rapproche de l’état d’acide. Il auroit été contraire à nos principes de classer sous un même nom des substances si différentes, & surtout de conserver aux métaux une dénomination si propre à faire naître des idées fausses. Nous avons en conséquence proscrit l’expression de chaux métalliques, & nous y avons substitué celui d’oxides, du grec ὀξύς.

On voit d’après cela combien le langage que nous avons adopté est fécond & expressif ; un premier degré d’oxygénation constitue les oxides ; un second degré constitue les acides terminés en eux, comme l’acide nitreux, l’acide sulfureux ; un troisième degré constitue les acides en ique, tels que l’acide nitrique, l’acide sulfurique ; enfin nous pouvons exprimer un quatrième degré d’oxygénation des substances, en ajoutant l’épithète d’oxygéné, comme nous l’avons admis pour l’acide muriatique oxygéné.

Nous ne nous sommes pas contentés de désigner sous le nom d’oxides la combinaison des métaux avec l’oxygène ; nous n’avons fait aucune difficulté de nous en servir pour exprimer le premier degré d’oxygénation de toutes les substances, celui qui, sans les constituer acides, les rapproche de l’état salin. Nous appellerons donc oxide de soufre, le soufre devenu mou par un commencement de combustion ; nous appellerons oxide de phosphore la substance jaune que laisse le phosphore quand il a brûlé.

Nous dirons de même que le gaz nitreux, qui est le premier degré d’oxygénation de l’azote, est un oxide d’azote. Enfin le règne végétal & le règne animal auront leurs oxides, & je ferai voir dans la suite combien ce nouveau langage jettera de lumières sur toutes les opérations de l’art & de la nature.

Les oxides métalliques ont, comme nous l’avons déjà fait observer, presque tous des couleurs qui leur sont propres, & ces couleurs varient non-seulement pour les différens métaux, mais encore suivant le degré d’oxygénation du même métal. Nous nous sommes donc trouvés obligés d’ajouter à chaque oxide deux épithètes, l’une qui indiquât le métal oxidé, l’autre sa couleur ; ainsi nous dirons oxide noir de fer, oxide rouge de fer, oxide jaune de fer ; & ces expressions répondront à celles d’éthiops martial, de colcothar, de rouille de fer ou d’ocre.

Nous dirons de même oxide gris de plomb, oxide jaune de plomb, oxide rouge de plomb ; & ces expressions désigneront la cendre de plomb, le massicot & le minium.

Ces dénominations seront quelquefois un peu longues, surtout quand on voudra exprimer si le métal a été oxidé à l’air, s’il l’a été par la détonation avec le nitre ou par l’action des acides ; mais au moins elles seront toujours justes, & feront naître l’idée précise de l’objet qui y correspond.

Les tables jointes à cet Ouvrage, rendront ceci plus sensible.