Traité de documentation/Synthèse bibliologique

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Editiones Mundaneum (pp. 421-431).

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Synthèse Bibliographique

De l’ensemble des données bibliologiques il faut pouvoir dégager quelques rapports ou lois générales ; et, posant les problèmes fondamentaux, esquissés des solutions, fussent-elles anticipées et d’un avenir lointain. C’est l’œuvre de la synthèse, après celle de l’analyse.

51 LES LOIS BIBLIOGRAPHIQUES.

Il y a lieu d’abord d’examiner s’il y a des lois bibliologiques et comment il faut les concevoir. Puis quelles sont ces lois. Les lois émises pour universelles s’appliquent-elles aux livres ? Les lois établies dans d’autres domaines par diverses sciences ont-elles leur prolongement dans les domaines du livre et du document ? Y a-t-il en outre des lois propres aux livres, des lois qui se superposent aux premières lois, qui les prolongent ou en sont indépendantes.

511 Des Lois en général.

a) Toute science se constitue en plusieurs étapes. Dans l’une on en amorce l’étude par la récolte des matériaux et la confrontation des résultats des faits. Dans l’autre on établit les rapports permanents entre les faits, c’est-à-dire les lois. En Bibliologie il faut entendre des faits généraux, communs à tous les livres considérés comme un tout organique dont chaque livre est une partie.

b) Devant la synthèse, les systèmes sont deux. Pour le premier système, la synthèse n’est que l’exposé du changement de l’univers et des causes immédiates qui président à ces changements ; elle ne pourra à tout jamais être que cela. Pour l’autre système la synthèse est possible, ou il sera tout au moins possible de connaître la raison première des choses.

Or, la synthèse du livre et du document, doit provisoirement se maintenir dans le cadre du premier système car leurs raisons ultimes nous échappent.

c) En Bibliologie, il semble que l’on n’a rien à expliquer puisque tout y est le fait de l’homme, le fait connu de l’homme. Il n’y aurait donc à étudier que les relations de but à moyens afin d’élargir la conception des buts et d’améliorer les moyens. Il en est bien ainsi pour la plus grande partie mais, de même qu’il ne suffit pas qu’un acte soit notre fait, même volontaire, pour en connaître les causes réelles et les répercussions, de même le livre, qui est bien notre fait, reste soumis aux mêmes questions fondamentales de la science que toutes autres choses. Peut-être même à raison de sa complexité est-il de nature à présenter ces questions avec plus de profondeur et d’amplitude.

d) La recherche des lois, de leur réalité, de leur coordination, de leur simplification est l’œuvre continue de la science. C’est déjà faire œuvre scientifique de poser les problèmes, d’indiquer des solutions provisoires.

L’on est d’accord, de nos jours, pour reconnaître le rôle nécessaire de l’hypothèse et pour reconnaître que, dans son élaboration, la science a besoin de revêtir la forme de théorie tout en admettant à mesure des progrès acquis, de voir une théorie nouvelle, plus adéquate à la réalité, prendre la place d’une théorie antérieure.

Les grandes lois, formulées même à l’état d’hypothèse, sont fécondes en découvertes ultimes et surtout en applications dans l’ordre des inventions.

e) Dans toutes les parties de ce traité, des faits généraux ont été présentés. On y renvoie. Ce qui est dit ici en est le complément et, en quelque sorte, la superstructure.

512 Les Lois universelles et celles des diverses sciences
000000prolongées dans la Bibliologie
.

Un exposé complet, science par science, objet de science par objet de science, devrait examiner leurs rapports réciproques avec le Livre et la Bibliologie. On se bornera ici aux rapports les plus importants. Le Livre est à comparer successivement à un mécanisme, à un organisme, à un psychisme, à un sociologisme (voire à un théologisme).

Le problème ultime de la science et de la philosophie est de savoir si chaque ordre de phénomène est sui generis, s’il constitue une espèce distincte fondée sur un principe irréductible au principe de l’ordre antérieur, ou si, au contraire, il existe une continuité grâce à laquelle l’explication de l’ordre le plus simple, l’ordre physico-chimique, est suffisant.

Les lois scientifiques en général sont des explications des choses. Transportées d’un domaine à un autre, ces lois aident à mieux comprendre. Mille et mille arguments, empruntés à tous les ordres de la connaissance peuvent s’appliquer à l’examen des faits du livre et en renouveler la conception. Et la réciproque est vraie.

512.1 Lois universelles.

Les lois qui sont tenues pour universelles se vérifient pour le Livre et le Document.

A) Loi du changement et de l’évolution est universelle. Toutes les choses de la nature sont dans un perpétuel changement et portent en elles un éternel avenir. Chaque chose se développe toujours en passant graduellement par une série d’états de complexité croissante se continuant par des transitions insensibles. Pour concevoir clairement leur état présent, il faut toujours les étudier dans la série de leurs états antérieurs en remontant à leurs origines et les suivre pas à pas dans leurs développements successifs. Cette loi, on a pu le constater, se vérifie dans le Livre.

B) Les lois d’adaptation, de répétition et d’opposition. On peut les ramener aux tableaux de corrélation suivants.

  1. Cercle
physique
2. Cercle vital 3. Cercle sociologique
A. adaptation Combinaison chimique ondulation choc
B. répétition fécondation génération meurtre
C. opposition invention imitation guerre

Le Livre prend sa place dans ce tableau. Il est adaptation, répétition, opposition.

C) La loi de répétition amplifiante. En physique toute onde, toute vibration, tout mouvement tend à rayonner dans tous les sens où il peut théoriquement se propager, sous forme de son, lumière, chaleur. En chimie, les forces consistent en une circulation de mouvements enchaînés. En biologie chaque cellule, chaque animal, chaque plante a tendance à se propager suivant une progression géométrique. En sociologie, étant donné un groupe d’esprits en contact mental, si l’un d’eux conçoit une idée, une action nouvelle ou paraissant telle, et que cette idée ou cette action se montre avec une apparence de vérité ou d’utilité supérieure, elle se communiquera autour de cet esprit à trois, quatre, dix personnes et chacune d’elles à son tour la répandra autour de soi et ainsi de suite. [1]

Il y a répétition, expansivité universelle selon une loi géométrique. L’action du Livre est similaire, et sa loi est géométrique.

512.2 Mathématiques.

Des mathématiques, il y a lieu de retenir surtout l’algorithme. Plusieurs aspects généraux de la réalité, la quantité, la forme, le mouvement, sont parvenus à s’exprimer sans mots, sans figures même, par une simple notation. La notation joue un rôle croissant dans les livres, dont on peut dire qu’ils sont des algorithmes. Ceci a été exposé antérieurement (nos 222.21 et 222.24) [2]

512.3 Mécanique.

a) Le mécanisme qui étudie ou qui produit l’application de la mécanique est une combinaison d’organes ou de parties disposées pour la production d’un fonctionnement d’ensemble. Le Livre est un mécanisme, un dynamisme et à lui aussi on est amené à appliquer le mot d’Archimède :

« Da mihi ubi consistans et terram loco dimovebo. »
« Donne-moi un point d’appui, et je ferai mouvoir la terre. »

b) La Bibliologie établit un rapport entre le temps et l’espace. Selon Einstein et Oupensky, le temps serait la quatrième dimension de l’espace. Le livre est avant tout une corporalisation de l’idée à l’aide d’une surface graphisée. La 3e dimension est quasi inexistante à raison de la faible épaisseur du papier. Or, tout l’effort qui consiste à améliorer les formes bibliologiques a pour but de réaliser un gain de temps il y aboutit. Ainsi, réduire matériellement les surfaces du livre, comme dans le livre microphotographique, c’est agir sur le temps en réduisant la durée des maniements ; réduire intellectuellement les difficultés de compréhension, c’est agir mêmement. Les données et les problèmes du continuum espace-temps sont implicitement inclus dans le Livre et c’est à la Bibliologie à les mettre en lumière.

512.4 Physico-Chimie.

La Physique, la Chimie, leur union en Physico-Chimie ont formulé entr’autres quatre grandes lois dont on trouve la vérification dans le livre.

A) La loi de la conservation de l’énergie, rien ne se perd, rien ne se crée, tout est transformation. Dans le livre aussi : les livres conservent l’énergie mentale, le contenu des livres passe à d’autres livres quand eux-mêmes ont été détruits ; et toute création bibliologique, si originale et si puissante soit-elle implique redistribution, combinaison et amalgames nouveaux des données antérieures.

B) La loi du moindre effort. Elle régit aussi l’évolution du livre.

C) La loi des cycles naturels, la nature offre de grands cycles fermés et sans cesse renouvelés, tel celui des eaux, fleuves et rivières se déversant dans les mers ; nuages formés par l’élévation des eaux sur les océans ; vents, arrêts de nuages par les montagnes, condensant pluie, alimentation des ruisseaux, rivières et fleuves. Dans le livre aussi On observe un tel cycle fermé et universel ; la chaîne des opérations de production, distribution, conservation, utilisation et destruction ; car en masse, journaux, périodiques, livres, vont au pilon et de là, à la papeterie, pour servir à d’autres publications.

D) La loi du comportement. Bien que fort contestée, cette loi se formule ainsi. Il n’y a dans les êtres vivants que des phénomènes d’ordre uniquement physico-chimique auxquels l’animal n’a pas de part volontaire et consciente. On ne saurait méconnaître qu’il n’y ait l’analogie d’un comportement. Bien que fort contestée celle-ci se formule ainsi. Il n’y a dans les êtres vivants que des phénomènes d’ordre uniquement physico-chimique auxquels l’animal n’a pas de part volontaire et consciente et on ne saurait méconnaître que dans le phénomène du Livre pris dans son ensemble, il n’y ait l’analogie d’une répétition quasi automatique : production des journaux, des revues, vente par la librairie, prêt par les bibliothèques.

512.5 Biologie.

Diverses lois de la biologie se retrouvent aussi être des lois de la Bibliologie. Et le Livre est un organisme.

E) La loi de phylogénie. Les individus constituent des espèces et ils s’enchaînent en longues lignées. Ainsi des livres.

F) La loi d’ontogénie ou loi de répétition abrégée et non amplifiée de la phylogénie. Elle se formule ainsi : « Dans son développement embryologique chaque individu revêt successivement les formes par lesquelles a passé son espèce ». Cette loi est modifiée par celle de la Tachygénèse. « Certains individus sautent des stades entiers de l’évolution » (récapitulation acquisitive et accélération dans la récapitulation). Dans l’élaboration du Livre on constate qu’avant d’acquérir la forme qu’il présente à sa naissance publique, le livre a, chez l’auteur, traversé les phases de l’entogénie bibliologique. Et dans certains cas d’élaboration ultra-rapide, directe il n’y a pas l’équivalent de la Tachygénèse. Les ouvrages fondamentaux (traités, premiers principes) vont d’édition en édition à se répéter et souvent en s’abrégeant. Le terme récapitulation lui-même est emprunté à la documentation,

D) Loi d’hérédité et de sélection. L’hérédité est le phénomène de la reproduction des êtres et de la formation, de la conservation ou de la disparition de leurs diverses fonctions vitales. [3]

A) Loi d’organisation. Tous les phénomènes de la vie forment une sorte de réseaux dont une seule maille ne peut se mouvoir sans que toutes les autres oscillent. Ainsi de tous les éléments d’un livre, de tous les livres entr’eux.

B) Loi d’adaptation. Effort des êtres vivants pour s’ajuster à leur milieu. Le monde de la pensée qui s’exprime dans les livres est aussi perpétuellement en mouvement. Et les moindres variations sur un point obligent l’esprit à des adaptations ; de là une mise au point perpétuelle des idées ; de là ces livres, ces écrits, qui pèsent à nouveau les questions qui les désétiquettent, les synthétisent différemment. Aussi quel corps de science pourrait se maintenir stable devant la nécessité de cette adaptation intellectuelle.

C) La loi de survivance du plus fort (struggle for life) ; cette loi est à interpréter très largement dans le sens d’une survivance des plus « intelligentes » assurée chez les êtres les plus évolués par l’intelligence avide de combat.

Parmi les livres aussi, il y a large lutte pour la vie, lutte pour se faire lire, triomphe et survivance du plus fort, la valeur intrinsèque étant qualité de force.

512.6 Psychologie. [4]

Le livre est un « Psychisme ». L’enregistrement qu’il réalise est comparable à la conscience humaine qui perçoit les rapports et relie les événements successifs, rapports dont l’ensemble et les interventions constituent aux yeux de beaucoup la conscience elle-même.

Le point a été traité sous le n° 155 Psychologie bibliologique. Il est simplement mentionné ici pour mémoire.

A) La loi d’équilibre. La psychologie la plus subtile conçoit l’intelligence comme une information du dehors, et la conscience comme une synthèse de ces informations. Posant en but de la vie, la liberté, elle tient celle-ci comme fonction à tout moment de l’équilibre le plus délicat entre le milieu interne et le milieu externe. Le Livre est une prolongation de l’information et celle-ci en s’amplifiant impose un effort accru de synthèse pour réaliser un état accru de conscience et de liberté.

B) La loi d’association. Le propre de l’esprit est de pouvoir associer le plus grand nombre d’idées ; de percevoir le plus nettement et le plus rapidement leurs rapports d’analogie et de différences ; de pouvoir les accumuler dans la mémoire. Le Livre et le document sont des instruments qui aident directement à l’exercice de ces fonctions.

512.7 Sociologie. [5]

a) La Sociologie a ramené à dix les lois du développement de l’organisation du travail social. [6]

On retrouve ces lois dans le Livre dont on peut dire qu’il est un « souslogisme ».

La loi des dimensions ou désir de s’étendre. Le Livre tend constamment à grandir ses dimensions en étendant les matières dont il traite.

La loi de la forme ou fonction de l’entrée continue de nouveaux éléments qui s’amalgament aux éléments antérieurs. Le Livre aussi voit entrer sans cesse dans sa structure de nouveaux éléments qui ne supplantent pas les premiers, mais donnent lieu à des formes synthétiques nouvelles, des structures franches, qui s’ajoutent aux structures anciennes.

La loi des groupes organoplastiques qui sont, en Sociologie, l’union familiale et l’union sociale, tous deux antagonismes durant toute l’histoire. En Bibliologie on constate la coexistence et l’opposition du Livre monographique et du livre d’ensemble (traité, encyclopédie).

Loi de coopération : La loi de coopération s’accroît aussi dans l’élaboration de toutes les parties et dans le fonctionnement de toutes les branches du Livre.

Loi de différenciation. Les Livres vont en se spécialisant et se différenciant de plus en plus.

Loi d’intégration. Parallèlement à la différenciation, les Livres vont en s’intégrant de plus en plus en un grand corps bibliographique qui s’étend à toute la matière (matière bibliologique) et en constitue une expression supérieure.

La loi de centralisation qui s’exprime par le désir d’uniformité dans la production. Le Livre tend aussi à s’unifier, sa production tend à s’amalgamer et à se trustifier

La loi de concentration. — En vertu de cette loi, tout organisme fait effort pour concentrer ace forces et rendre son travail plus efficient. Semblablement les organismes du livre économisent leurs forces en concentrant leurs opérations et dans les livres eux-mêmes il y a une plus grande concentration des matières par réunion de celles contenues dans les ouvrages antérieurs.

Loi d’imitation. — Dès qu’une forme de livres est créée, les auteurs s’empressent d’en faire des imitations.

10° La loi d’association. — Elle résume en une seule toutes les lois précédentes de développement et en vertu de laquelle il y a tendance croissante à accroître la « socialité », la « socialisation ». Dans le livre la même tendance est à l’œuvre. Tout ce qui originairement était individuel, isolé, dispersé, se rapproche et entre en rapport d’association.

b) La société est un tissu d’action « interspirituelle », d’états mentaux agissant les uns sur les autres. [7] Elle est un accord intermental, une connexion mentale, un groupe de jugements et de desseins qui se contredisent ou se contrarient le moins possible, qui se confirment ou s’entr’aident le plus possible. La société ainsi est un système qui diffère d’un système philosophique, en ce que les états mentaux dont il se compose sont dispersés entre un grand nombre de cerveaux distincts au lieu d’être ramassés dans le même cerveau. Le livre est le moyen de régulariser, de généraliser, d’amplifier ces actions interspirituelles. [8] (G. Tarde, Psychologie économique, p. 1.)

c) La Sociologie a mis en lumière le caractère général de la notion de valeur. La valeur embrasse tout ce qui est humain et social. Elle est une qualité que noue attribuons aux choses comme la couleur, mais qui en réalité, n’existe qu’en nous, d’une vie toute objective. La valeur consiste dans l’accord des jugements collectifs que nous portons sur l’attitude des objets à être, plus ou moins, et par un plus ou moins grand nombre de personnes, cru, désiré ou goûté. La valeur se divise en trois grandes catégories qui sont les notions originales et capitales de la vie en commun : la valeur-vérité, la valeur-utilité et la valeur-beauté.

Le livre participe à ces trois ordres de valeurs par le vrai de ce qu’il présente, l’information utile qu’il apporte, l’élément de beauté qu’il matérialise.

512.8 Métaphysique. Métapsychique. Théologie.

a) Le Livre peut aussi être dit un « Théologisme ». Comme enregistrement, il est comparable à la Conscience Universelle que définissent les spiritualistes de l’ancienne et de la nouvelle École ; à la Conscience divine définie par la Théologie ou la Conscience collective définie par la métapsychique (conscience collective, pensée sans temps et sans espace où toute réalité est représentée ; Dr. Osty).

b) Toujours plus d’analyse est la loi de l’esprit. Et par là on a vu la physique globale d’Aristote dissoudre son propre objet en se heurtant à la physique mathématique des modernes. Et par là on voit de nos jours la Sociologie dissoudre l’hypostase transcendant à la foule de ses membres au contact de la science statistique. À peine constituée avec sa conception et son objet propre, le Livre et le Document, la Bibliologie, science de même lignée que la physique, la psychologie et la sociologie voit cet objet s’atomiser lui même sous l’action de la même analyse.

c) La Bibliologie, selon qu’on la prend, aboutit à un absolu ou s’en détourne. Pour elle également se pose la question de ses rapporte avec la métaphysique. Par le biblion, représentation plus ou moins adéquate de la réalité, c’est au delà du langage que se pose le problème du nominalisme et du réalisme. « L’esprit, la science, le verbe, le document qu’il exprime, peuvent-ils saisir d’une étreinte intellectuelle l’absolu », ou bien, « les efforts du savant ne vont-ils qu’à donner de toutes choses, non pas une représentation adéquate, mais seulement une expression de plus en plus une et toujours commuable d’un esprit à un autre, sur laquelle l’accord universel des esprits puisse en fin de compte se réaliser ? » [9] Voir, dans le livre, l’intelligence aux prises avec elle-même, avec ses doubles, apporter bien des clartés aux plus anciens problèmes de la métaphysique.

d) La notion métaphysique et théologique de la béatitude (fin suprême, bien divin) distingue entre la béatitude objective de Dieu et la béatitude subjective ou autre par laquelle l’homme atteint cette fin suprême. La vision faciale, dans l’éternité, est affirmée ne pas devoir abolir les conditions individuelles qui lui sont compatibles. Car alors rien ne serait moins monotone, moins divers que l’amour de Dieu, qui en réalité s’épanche et fait retour à soi à travers les élus. [10] De ce même point de vue ne serait pas vain tout l’effort des littératures, favorisées dès qu’elles deviennent écrites, pour créer les formes, les espèces et les types représentés dans les lires et saisissables par eux. En conséquence, tout ce qui aura été créé d’individuel par le truchement ou Biblion n’aurait pas à disparaître quelque jour, résorbé dans l’infini.

Au contraire, la littérature aurait aidé à façonner la diversité des âmes et à s’opposer à la dénivellation ontologique qui existe entre l’objet supérieur et la possession de cet objet. Ainsi trouverait un fondement l’immortalité rêvée par les poètes pour leurs œuvres.

513. Les Lois propres aux Livres.

1. Le Livre, réalité nouvelle. — Le livre, le document, ont apporté une réalité nouvelle distincte de toutes les autres : la matérialisation de la pensée. Comme la pensée est une image des choses, le livre est venu donner une reproduction, une copie du monde, celui-ci étant tenu comme le modèle. En effet, trois grands résultats ou lois bibliologiques, dominent l’immense accroissement de documents de notre temps : a) Il se constitue par les livres un véritable dédoublement des esprits, le « double de l’humanité ». b) Ce « double documentaire va en s’affranchissant de plus en plus de ses générateurs les écrivains, se détachent d’eux, il agit ensuite sans eux, et produit un effet en largeur par l’accumulation des données écrites et en profondeur par le processus toujours plus développé de l’abstraction et de la généralisation des idées que rend possible le document. c) Partout, la condition humaine, en est toute modifiée.

L’homme primitif n’avait même pas le langage à sa disposition. Plus tard, sachant parler, il vécut néanmoins dans un silence relatif puisqu’il ne pouvait le rompre qu’en présence de ses semblables. Maintenant l’homme vit dans l’ambiance d’une conversation continue ; des voix lui parlent directement, voix des documents, voix de la radio.

2. Le Livre instrument de l’abstraction. — Dans ce mécanisme, il est une force intellectuelle condensée qui, à la manière de la vapeur, l’électricité, la poudre, sous un faible volume matériel, après déflagration et déclenchement, produit dans le cerveau une expansion de force considérable. Le mécanisme du livre réalise le moyen de former les réserves de forces intellectuelles : c’est un accumulateur. Extériorisation du cerveau lui-même, il se développe au détriment du cerveau, comme l’outillage se développe au détriment du corps. Dans son développement l’homme, au lieu d’acquérir de nouveaux sens, de nouveaux organes (par ex. trois yeux, six oreilles, quatre nez), a développé son cerveau par l’abstraction, celle-ci par le signe et le signe par le livre. [11]

L’histoire de l’humanité montre sa marche progressive pour matérialiser et objectiver les idées. Les étapes sont celles-ci : 1. intelligence qui conçoit ; 2. langage ; 3. écriture ; 4. livre ; 5. modèle ; 6. transformation technique par laquelle les choses deviennent ménagées et déterminées selon une fin humaine, elles aussi deviennent des expressions de l’abstrait.

Le livre-signe a ceci de spécifique qu’il est le moyen d’enregistrement intégral de la pensée en vue de sa transmission ; au delà il est une notation ou inscription intégrale de la réalité.

Et comme instrument intellectuel le livre sert non seulement à énoncer des théories, mais à les construire ; non seulement à traduire la pensée, mais à la former. Et il voit s’ouvrir maintenant devant lui toute la brillante destinée de la transcription mécanique.

3. Le Livre, œuvre intellectuelle. — Il est trois points de vue différents sous lesquels peut être appréciée l’œuvre intellectuelle. 1° L’artiste peut voir dans le livre la diversité des œuvres, « la source et la fin, pour ainsi dire divine, des choses : l’alpha et l’omega de l’univers ». 2°· Le savant peut être surtout préoccupé de construction intellectuelle cohérente et logique, d’élaboration des principes et des méthodes. 3° Le sociologue peut s’intéresser surtout à la manière dont les œuvres contribuent à constituer l’équilibre mental de la société, à assurer à tous les esprits une même hiérarchie des connaissances, un enchaînement de problèmes systématisés auxquels il aura été répondu par un certain nombre de livres capitaux. Deux fois dans le passé l’humanité a connu semblable équilibre mental : avec le polythéisme homérique, dans la Grèce antique ; avec le système catholique dans la Chrétienneté du moyen âge. De nos jours la production des livres tend peut-être à reconstituer sous des formes nouvelles le bel équilibre que tant de facteurs étudiés conduisent à qualifier de toujours temporaire. [12]

4. Le Livre, instrument d’illusion. — L’homme vit largement d’illusion : elle joue un trop grand rôle dans les mobiles de ses actions pour qu’il lui soit possible d’exister sans elle. « Une humanité à laquelle on enlèverait toutes ses croyances, dont on briserait tout idéal et qui verrait nettement la réalité des choses serait bientôt condamnée à périr. » (Gustave Lebon.) Le Livre, celui de la littérature, est largement un instrument générateur d’illusions. Le Livre ainsi répond à un besoin profond de l’être humain.

5. Le Livre, instrument d’unité, de liberté, d’égalité sociales. — L’homme peut être ramené à trois éléments : pensée, sentiment, action. Ces trois éléments coexistent et fonctionnent simultanément. Par suite, la vie psychique — le moi intérieur ou mental de chaque individu — est essentiellement représentation ou tendance. D’autre part, diverses entités humaines semblables coexistent : elles ont des rapports entr’elles, soit à l’occasion des choses utiles qui sont en nombre limité, soit à l’occasion des personnes susceptibles également d’utilité, et en nombre réduit. La société est fondée sur le mutualisme ou le parasitisme, mais, dans les deux cas, avec au centre des buts, des organes et des moyens mis a leur disposition. C’est dans ce situs et ce processus que prend place le Livre-Document. C’est essentiellement une machine à produire des paroles et des images, et par conséquent une machine à reproduire la réalité. Son rôle se précise lorsqu’on l’intègre dans le cycle des opérations sociales qui se développe de la manière suivante :

D’abord apparaissent les choses seules (la Réalité). Puis, à leur égard, et pour obtenir ce qu’ils se proposent, les hommes y ajoutent l’extériorisation d’eux-mêmes et de leur intention, d’une part l’indication ou geste et la démonstration par l’exemple, d’autre part les exposée et les injonctions exprimées par la parole. Ensuite intervient le document, écrit et image qui dédouble les choses et dédouble les intentions des hommes à leur égard. Finalement des objets matériels se créent et des institutions sont établies, qui, les unes et les autres vont agir comme de nouvelles causes. Or, voici que notre temps donne au social un rang et une place qu’il n’a jamais connu dans les états de civilisation intérieures. Notre temps est celui de la guerre, de la révolution, de la crise, trois grands maux qui atteignent chaque individu et sur lesquels, isolément celui-ci ne peut rien. Et la guerre a réalisé une concentration de forces extraordinaires à base de plan unique et d’unité, tandis qu’en ce moment s’affirme une volonté de plan et de subordination de l’individu à la société.

C’est dans semblable milieu que se trouvent placés maintenant le Livre et le Document. De fait, et de par leur seule existence, ils aident ou ils entravent, ne pouvant être choses socialement indifférentes. D’intention et de finalité organisées, ils peuvent être utilisés dans un sens ou dans un autre :

A) Ou bien être les instruments d’un plan obligatoire, avec tout ce que cela implique, soit de création et de diffusion de documents favorables, soit d’élimination de documentation considérée comme contraire au but (jeu des influences, des censures, des destructions).

B) Ou bien être les instruments de la liberté intellectuelle aidant à dégager les individus de toute soumission mentale et de tout type de vie imposé.

Le Livre-Document est donc au cœur même de la bataille sociale ; il est un auxiliaire de première importance pour la gagner ou la perdre, la faire gagner ou la faire perdre.

Mais ne pourrait-il être davantage encore et faire que par lui le problème social lui-même soit posé en d’autres termes, évitant l’antinomie désespérante ou d’un plan producteur d’ordre, de sécurité, de grands avantages matériels, mais sacrifiant la liberté intellectuelle, ou de cette liberté mais en privant les individus de grands résultats à attendre du plan ?

Il est permis de voir la conciliation et la synthèse dans une mise en œuvre plus profonde des caractères propres aux deux éléments qui sont en présence, la Personne humaine et le Livre-Document. En effet : Tandis que les biens matériels sont en nombres limités, les biens intellectuels sont illimités. Or, ces biens, le Livre-Document permettant de leur donner existence corporelle, forme d’accessibilité et multiplication à l’infini. Il aide ainsi à modifier les conditions de l’existence individuelle et celle du lien social entre les individus. Quant à la personne humaine, la nature même de l’esprit, pourvu qu’il ait reçu son plein développement, l’incline vers le Vrai, le Beau et le Bien. Telle inclination est naturelle : elle s’opère irrésistiblement de par la seule force psychique et intérieure, sans intervention aucune de la force matérielle extérieure. L’unité de plan et de conduite nécessaires aux grandes œuvres communes peut donc être attendue du seul jeu de la Science (le Vrai), de l’Art (le Beau), de la Moralité (le Bien). Et tous trois ont leur puissant auxiliaire dans le Livre.

6. Le Livre instrument de bonheur. — Ce point ultime des considérations est particulièrement prenant à une heure de l’Histoire humaine où les maux soufferts, et plus encore l’angoisse des maux possibles, contraignent à une interrogation sur les fondements de la vie, sur ses fins, sur la valeur du processus individuel et social où les hommes sont engagés.

Or, ici se rencontrent sur un même terrain les hautes sciences, les hautes philosophies, les hautes croyances, comme conclusions pratiques au moins, sinon comme méthodes, faits et démonstrations.

En effet, si l’homme est un ange déchu, il doit regagner son état pristine par un effort de perfectionnement et s’appliquer les promesses du salut. Et si l’homme au contraire, est un prolongement de la lignée naturelle des êtres, c’est vers un degré de progrès supérieur qu’il doit tendre en trouvant dans son ascension passée l’assurance de ses possibilités futures. Perfectionnement, dans les deux cas est le catégorique impératif.

Dans le second cas, c’est une évolution en deux temps. D’abord l’Humanité par de longs détours, par des luttes sans fin d’un état où elle n’avait ni la connaissance, ni la volonté, arrive à ses formes d’organisation actuelle.

Au cours des centaines de mille années de cette période, l’espèce humaine sut trouver, pour perdurer, un processus, l’intelligence et la conscience, la technique et la discipline sociale. Mais si par là l’espèce a été sauvée sa vie assurée, ce fut au prix du bonheur de l’individu. Arrive maintenant une ère nouvelle où la culture, si péniblement acquise, va pieusement devoir servir à l’amélioration du bien-être individuel.

Mais dans les deux cas, bonheur éventuel au delà, bonheur éventuel en deçà, de toutes manières il y a, pour y arriver, lutte méthodique et consciente. Dans les deux cas il y a confiance, il y a aussi satisfaction organique et psychique dans le fait de l’effort lui-même en voie de s’accomplir, indépendamment de la valeur du but auquel s’attache l’effort.

Telles étant les données de la destinée humaine, la grandeur du Livre apparaît dans l’une et l’autre des alternatives ; il contribue à résoudre le problème du bonheur pour chacun, soit qu’il apporte plus de moyens pour mener la lutte, — soit qu’il distribue la consolation, — soit qu’il permette à l’homme, quand il a une fois payé son tribut aux tâches sociales et acquis son droit aux loisirs sans autres compensations, de s’évader de la société, de la planète, de lui même, à travers les chemins innombrables de la Fiction et de la Fantaisie. [13]

52 LES PROBLÈMES DE LA DOCUMENTATION.

1. PROBLÈMES PROCHES.

Il y a les problèmes anciens et les problèmes nouveaux. Les problèmes des Bibliothèques et des Collections, celui de la Bibliographie et de la Catalographie, sont théoriquement résolus. Méthodes et organisation ont été arrêtées ; seule l’application est en retard. Les nouveaux problèmes qui retiennent l’attention sont trois : 1° Comment publier des livres et documents répondant aux desiderata d’une documentation optimum. 2° Comment, de livres parus, faire la matière de livres plus généraux, traités et encyclopédies en élargissant la conception de ceux-ci jusqu’à concevoir un livre universel pour chaque science, encyclopédie à tableaux synthétiques et analytiques permanents, réalisée en dossiers-classeurs, et confié pour chaque branche à un organisme spécial dépendant de son association ou congrès international. 3° Comment organiser la lecture ou utilisation systématique et généralisée des livres et documents.

2. PROBLÈME ULTIME. SOLUTIONS HYPOTHÉTIQUES OPTIMA.

Pour mieux apprécier la valeur des solutions proposées, supposons un instant le problème résolu dans les conditions optima. Voici trois hypothèses :

A. Le cas limite serait évidemment celui où il ne serait plus nécessaire d’avoir recours au livre et à la documentation. Ceci adviendrait dans l’hypothèse d’un pur esprit ayant à tout moment la connaissance intuitive et complète de toutes choses, telles qu’elles sont, ont été et seront. C’est l’hypothèse théologique de ln Divinité et de tous les esprits qui participent à sa nature omnisciente, omniprésente et éternelle. Pour Dieu, pour les anges et pour les élus, point nécessaire l’écrit et la documentation. (Il est vrai que la Bible, écrite pour les Hommes, révèle qu’il est dans le Ciel un grand livre sur lequel les anges vigilants inscrivent continuellement les mérites et démérites de chacun afin de faciliter l’œuvre du Jugement dernier.) Cette première hypothèse deviendrait peut-être partiellement réalisable par l’Humanité si arrivaient à s’affirmer et à se perfectionner les découvertes de l’ordre dit aujourd’hui « métapsychique ». Un état de clairvoyance et de prémonition généralisé enlèverait toute raison d’être au document.

B. Une hypothèse moins absolue, mais très radicale encore, supposerait que toutes les connaissances, toutes les informations pourraient être rendues assez compactes pour être contenues en un certain nombre d’ouvrages disposés sur la table de Travail même, donc à distance de la main, et indexés de manière à rendre la consultation aisée au maximum. Dans ce cas le Monde décrit dans l’ensemble des Livres serait réellement à portée de chacun. Le Livre Universel formé de tous les Livres, serait devenu très approximativement une annexe du Cerveau, substratum lui-même de la mémoire, mécanisme et instrument extérieur à l’esprit, mais si près de lui et si apte à son usage que ce serait vraiment une sorte d’organe annexe, appendice exodermique. (Ne repoussons pas ici l’image que nous fournit la structure de l’hectoplasme.) Cet organe aurait fonction de rendre notre être « ubique et éternel ».

C. De là une troisième hypothèse, réaliste et concrète celle-là, qui pourrait, avec le temps, devenir fort réalisable. Ici la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention, avec tout l’appareil de ses catalogues, bibliographies et index, avec toute la redistribution des données sur fiches, feuilles et en dossiers, avec le choix et la combinaison opérés par un personnel permanent bien qualifié. Le lieu d’emmagasinement et de classement devient aussi un lieu de distribution, à distance avec ou sans fil, télévision ou télétaugraphie. De là on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la réponse aux questions posées par téléphone, avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut parleur si la vue devrait être aidée par une donnée ouïe, si la vision devrait être complétée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait bien devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. Et ce perfectionnement pourrait aller peut-être jusqu’à rendre automatique l’appel des documents sur l’écran (simples numéros de classification, de livres, de pages) ; automatique aussi la projection consécutive, pourvu que toutes les données aient été réduites en leurs éléments analytiques et disposées pour être mises en œuvre par les machines à sélection.

De telles hypothèses, toutes imaginatives qu’elles soient, la Bibliologie — science systématique et raisonnée du livre — doit leur faire une place. Toute science de nos jours n’arrive-t-elle pas à être guidée par quelque hypothèse limite qui apparaît comme une finalité synthétique, protégeant contre la dispersion et l’égarement dans le dédale infini des petits progrès analytiques. Si la chimie est devenue une science formidable, l’hypothèse, gratuite au début, de l’unité de la matière y est bien pour beaucoup de choses. Et les progrès de l’aviation ont été déterminés par l’hypothèse mythologique d’Icare le Volant.

53. AVENIR ET ANTICIPATION DU LIVRE.

1. — Phases du développement.

L’évolution de la Documentation se développe en six étapes. Au premier stade, l’Homme voit la Réalité de l’Univers par ses propres sens. Connaissance immédiate, intuitive, spontanée et irréfléchie. Au deuxième stade, il raisonne la Réalité et cumulant son expérience la généralisant, l’interprétant, il s’en fait une nouvelle représentation. Au troisième stade, il introduit le Document qui enregistre ce que ses sens ont perçu et ce qu’a construit sa pensée. Au quatrième stade, il crée l’instrument scientifique et la Réalité paraît alors grandie, détaillée, précisée, un autre Univers décèle successivement toutes ses dimensions. Au cinquième stade, le Document intervient à nouveau et c’est pour enregistrer directement la perception procurée par les instruments. Documents et instruments sont alors à ce point associés qu’il n’y a plus deux choses distinctes, mais une seule : le Document-Instrument. Au sixième stade, un stade de plus et tous les sens ayant donné lieu à un développement propre, une instrumentation enregistreuse ayant été établie pour chacun, de nouveaux sens étant sortie de l’homogénéité primitive et s’étant spécifiés, tandis que l’esprit perfectionne sa conception, s’entrevoit dans ces conditions l’Hyper-Intelligence. « Sens-Perception-Document » sont choses, notions soudées. Les documents visuels et les documents sonores se complètent d’autres documents, les tactiles, les gustatifs, les odorants et d’autres encore. À ce stade aussi l’ « insensible », l’imperceptible, deviendront sensible et perceptible par l’intermédiaire concret de l’instrument-document. L’irrationnel à son tour, tout ce qui est intransmissible et fut négligé, et qui à cause de cela se révolte et se soulève comme il advient en ces jours, l’irrationnel trouvera son « expression » par des voies encore insoupçonnées. Et ce sera vraiment alors le stade de l’Hyper-Documentation.

2. — Le Livre universel.

a) Le livre futur (livre de demain, livre de l’avenir) est celui que par la pensée nous pouvons envisager comme devant succéder au livre d’aujourd’hui.

Il faut distinguer le livre futur, produit naturel et spontané des forces existantes non contrôlées ni dirigées, et le livre futur, produit rationnel de l’observation, de l’induction, de la déduction, de l’imagination, de la création.

La recherche concernant le livre à naître doit procéder comme celle du livre existant en envisageant successivement chacune des parties matérielles constitutives, chacune des structures, chacune de ses fonctions, chacun de ses aspects.

Les transformations portent sur tous ces éléments à la fois et tous réagissent réciproquement sur tous.

Le document type de l’avenir devra donc comporter en lui toutes les possibilités héritées, jointes à celles qu’il lui sera possible d’acquérir encore ; il sera une synthèse de caractéristiques acquises les plus efficientes, jointes aux finalités qui doivent lui être assignées.

b) La Bibliologie qui déjà considère tous les Livres comme un Livre qui s’accroît sans cesse, se doit de donner à cette expression une réalisation plus complète.

Ce qu’il nous faut c’est la « Somme des Sommes » « Summa Summarum », « le Livre Universel ». Tout le savoir dans ce qu’il a d’essentiel, concentré, exposé une fois, ordonné suivant les possibilités maximum pour la recherche analytique et synthétique, dans ce qu’il y a d’essentiel pour l’utilisation de toute la Documentation qui contient ce savoir dispersé, répété, inordonné.

c) Supposons tous les progrès actuels du livre, ceux proposés et ceux possibles, supposons-les réalisés simultanément, dans les mêmes documents ou ensembles de documents et cela sur une large échelle, nous aurons ainsi à la fois un état d’intégration et un état d’optimum qu’il importe de toutes ses forces d’atteindre. Ce sera, pour lui donner une courte appellation, le Livre universel (ou par d’autres qualificatifs le livre idéal, pur, synthétique, intégral, optimum, futur, anticipé). Son élaboration théorique et pratique, constamment développée, revisée, renouvelée, devrait devenir une œuvre commune, centrale, proposée constamment à tous les efforts. Elle implique que, selon la formule hypothèse, l’on puisse dire : « Le livre universel étant actuellement A (énoncé ici de toutes les caractéristiques), lorsque de ce livre seront réalisés aussi les éléments X ou Y. alors l’élément Z que nous proposons ici sera rendu possible. Exemple : « quand on aura le cinéma en couleur, on pourra établir des bandes de papier en couleur et par conséquent des livres cintiques coloriés à bon marché.

d) Le progrès du livre se fait dans quatre directions : 1° les petits progrès inhérents au développement propre de chaque livre ; 2° le progrès résultant de travaux de liaison avec l’ensemble des livres ; 3° le progrès dans les substituts du livre ; 4° le progrès à résulter d’une conscience de tous les autres progrès et du principe selon lequel l’évolution doit se poursuivre.

e) Sous sa forme nouvelle, le livre sera : 1° en croissance continue (fiches, feuilles, dossiers) ; 2° en redistribution des éléments ; 3° en coopération ; 4° en analyse-synthèse (tableaux-schémas) ; 5° en abrégé-développement ; 6° en contrôle autorisé exercé par les grandes associations ; 7° en théorie et en application internationale ; 8° en un Livre-Institut ou Institut-Livre consacré à chaque science et joint à un Institut central.

f) Comment parviendrons-nous à condenser, abréger, simplifier, rendre assimilable la science de notre temps ? Elle est devenue si vaste qu’elle menace de dominer le cerveau de l’homme alors que celui-ci devrait dominer la science. Descartes, Leibnitz encore connaissent toute la science. Le plus grand savant de nos jours, Poincaré, connaissait toute la mathématique, la physique et une partie des sciences naturelles. Et c’était tout. De grands moyens sont devenus nécessaires et l’on doit noter les suivants : 1° la division plus grande du travail ; 2° le travail en coopération ; 3° l’établissement de centres d’informations spéciales où l’on aura le droit de s’adresser pour toutes questions spéciales ; 4° la systématisation ou synthèse qui remplace les millions de détails par quelques centaines de lois ou propositions générales ; 5° la mathématique qui fournit avec ses formules des moyens de condensation puissants ; 6° la visualisation par le développement des moyens instructifs de représentation et notamment schématiques ; 7° le développement des machines intellectuelles ; 8° le livre irradié fait pour la lecture par tous, soit par la lecture individuelle et l’audition d’un livre désiré, soit par la demande radiophonique de renseignements individuels ; 9° la télévision : le livre, le document que sur demande on présentera à la lecture sur le téléviseur, soit pour tous, soit pour chacun. On peut imaginer, en attendant la télévision, des livres transcrits sur plaque phonographique à mettre en débit constant : chaque livre aurait sa longueur d’onde et serait rendu audible. [14]

g) Le progrès intellectuel général dépendra aussi des conditions suivantes qui toutes se rattachent à la Documentation ;

1° Une langue plus simple, plus puissante, plus générale.

2° Une classification plus logique, plus universelle et d’une notation plus intégrale.

3° Une écriture plus unifiée, plus rapide, plus lisible.

4° Une illustration et une figuration plus générale.

5° Une mécanisation plus complète : pouvoir parler devant un appareil qui produise immédiatement la transcription écrite de la parole ; inversement pouvoir présenter un texte écrit à une machine qui le lira à haute et intelligible voix.

6° Un exposé à la fois plus analytique et plus synthétique.

7° Une science plus comparable et mieux structurée.

3. — La Classification, clé de voûte de la Pensée et du Document.

a) L’Humanité est a un tournant de son histoire. La masse des données acquises est formidable. Il faut de nouveaux instruments pour les simplifier, les condenser ou jamais l’intelligence ne saura ni surmonter les difficultés qui l’accablent, ni réaliser les progrès qu’elle entrevoit et auxquels elle aspire.

b) La Connaissance primitive, l’Activité primitive, la Sensibilité primitive, étaient fort simples, et elles étaient étroitement liées. La Langue créée alors fut un moyen d’exprimer les unes et les autres. Elles ouvrent à l’homme l’horizon nouveau et la possibilité de vaincre les premières difficultés. La langue en effet, lui donna un moyen de perfectionner la Pensée intérieure et la mémoire. Elle mit en sa possession un instrument grâce auquel il put déterminer en quelque sorte toutes les choses à sa portée, les évoquer, les analyser, les combiner. L’Écriture fut inventée, autre moyen de s’exprimer, idéographiquement d’abord, alphabétiquement ensuite. La Logique se constitua parallèlement à la Grammaire et à la Littérature écrite. Il advint que les mots se formèrent séparément, mais tous s’interfluençant et constituant le système de la langue. Après un long temps, l’examen seul de son langage amena l’homme à constituer sa Science et sa Philosophie. Un jour vint où la Méthode s’affirma et par elle le moyen régulier d’examiner les choses en elles-mêmes, d’en découvrir de nouvelles, de refouler le langage au deuxième plan. La Systématisation des connaissances en fut accrue. La Terminologie scientifique fit ses premiers progrès et l’écriture alphabétique apparut insuffisante au point de faire place à la Notation et à la Figuration, au Systématique. La Mesure, c’est-à-dire la comparaison précise et exprimée en nombre fit son entrée et par elle les sciences se modelèrent peu à peu sur le type des Mathématiques, faisant place au calcul et revêtant la forme déductive. Cependant s’affirma la Technique, terme qui dans son sens large signifie les applications des sciences aux problèmes de la vie. L’Activité pure en fut entièrement transformée. Elle se fit raisonnée, englobant des ensembles de plus en plus larges. Par l’Organisation, la Standardisation et la production en séries elle accrut son Efficience.

c) Telle est à larges traits, l’esquisse de l’évolution accomplie, véritable déterminisme des faits, liés les uns aux autres et s’engendrant les uns les autres.

Le moment actuel est caractérisé par l’existence simultanée de tous les éléments successivement acquis. Il est marqué aussi par la nécessité de les faire dominer par quelque idée ou formule d’ordre supérieur. Si cette idée n’intervient, le risque est grand, de voir ces éléments dispersés, opposés, contradictoires, l’impossibilité apparaît aussi si on laisse les choses aller d’elles-mêmes, de pouvoir réaliser les grands progrès entrevus. C’est dire que notre époque veut ardemment la Synthèse. Elle est convaincue de l’unité fondamentale des choses et de l’inter-dépendance de tout ce qui les compose. Elle sait que, quelle que soit la structure et la consistance de la réalité, elle ne peut saisir ni concevoir celle-ci qu’à travers son propre esprit dont la loi suprême est l’unité. À priorité, sa doctrine est donc l’Universalisme, c’est-à-dire un système qui embrasserait toute chose. Universalisme pour la Pensée (synthèse ou Philosophie générale de la science), pour l’Activité (économie générale ou organisation), pour l’Émotion (coordination de la sensibilité, et union des arts) pour l’Expression (système général pour traduire pensée, action et émotion en termes intelligibles ; pour en représenter avec un maximum de maniabilité, toutes les parties et leurs ensembles).

d) C’est dans un tel milieu qu’est placée la Classification. On ne saurait plus la concevoir détachée de lui. Une Science bien faite, c’est un Système, et un système c’est la classification. Une Activité ample, normale, régulière c’est de l’ordre qui se réalise et l’ordre c’est la classification. Une sensibilité épanouie c’est une Harmonie d’impressions et de sentiments et l’harmonie c’est la classification.

Ainsi dans la classification doivent se retrouver, comme dans l’instrument intellectuel de la synthèse suprême, et les systèmes de la pensée et l’ordre de l’action, et l’harmonie de la sensibilité. Mais pour exister dans le domaine des réalités communicables, la classification doit s’exprimer. Cette expression elle-même ne saurait être que synthétique et par conséquent elle doit réaliser à son tour les progrès ainsi que ne peuvent plus prétendre nos pauvres langues et notre vieille écriture. Elle doit combiner à la fois le meilleur de ce qu’ont apporté la Terminologie scientifique, la Notation, la Figuration schématique, la Mesure et la Standardisation, la Mathématique (algorithme, formule, calcul).

e) La forme du langage exerce une influence prépondérante sur la forme de l’esprit. Le langage dirige inconsciemment notre mentalité, car il est l’élément essentiel de la pensée. Créer une Classification synthétique avec notation concise des idées, c’est doter l’esprit d’une véritable longue écrite universelle capable d’agir puissamment sur la forme elle-même de la Pensée

f) L’idéal ainsi entrevu est-il possible à atteindre ? C’est déjà s’en rapprocher que de l’avoir clairement défini. Cet idéal permet de préciser les désidérata, condition première.

4. La structure des connaissances.

Cependant quand elle sera devenue vraiment active, la Documentation franchira une nouvelle étape ; elle envisagera la structure même des divers systèmes de nos connaissances qu’on dénomme les Sciences. Combien peu l’on s’en préoccupe en ce moment, et dans quelle trop large mesure les résultats y sont attendus du hasard, de la simple juxtaposition des données, du groupement des matières d’après l’ordre empirique des programmes d’enseignement, lesquels déterminent à leur tour la publication des cours et fixent le moule traditionnel et classique dans lesquels viendront à être coulées trop empiriquement toutes les données.

Si le dépouillement des publications conduit à imaginer une véritable métallurgie bibliographique, si par elle on tendra à extraire le métal précieux de sa gangue inutilisable, il est un problème parallèle plus important encore : établir au jour le jour le cadre de la synthèse des faits et des idées. Ici, on touche presque aux derniers éléments de la pensée. Car la comparaison se faisant entre toutes les sciences, entre toutes leurs méthodes, tous leurs résultats, ce sont les grandes simplifications qui s’entrevoient, à la manière dont Mach à décrit le processus de la Pensée en quête d’économie, grâce aux lois qu’elle veut de plus en plus compréhensives, aux explications qu’elle échafaude valables de plus en plus de faits. C’est là un travail qu’on pourrait dire de « méta-bibliographie », tant il s’avance vers les régions transcendantes.

5. — Le Livre, moyen d’universalité, d’ubiquité, d’éternité.

Ciné, phono, radio, télé : ces instruments tenus pour les substituts du livre sont devenus en fait le livre nouveau, les œuvres au degré le plus puissant pour la diffusion de la pensée humaine.

Par radio, on ne pourra pas seulement entendre partout, mais on pourra parler de partout. Par télévision, on pourra non seulement voir ce qui se passe partout, mais chacun pourra faire voir ce qu’il voudra du point où il est. Ainsi, discours, musique, théâtre, musée, spectacle, manifestation, de son fauteuil chacun les entendra, les verra, y assistera et même pourra applaudir, ovationner, chanter en chœur, clamer ses cris de participation, ensemble, avec tous les autres.

Être partout, tout voir, tout entendre et tout connaître, mais cela n’est-ce pas la perfection et la plénitude que l’homme, en souverain hommage et souverain bien, attribua à son Dieu lui-même. Par ces instruments d’ubiquité, d’universalité et d’éternité, l’homme se sera donc rapproché de l’état de divinité, de l’état présumé être celui des élus devant Dieu, c’est-à-dire la contemplation radieuse de la Réalité Totale.

Tout cela, rien moins, plus peut-être, se trouve en puissance dans le Livre !

  1. G. Tarde. — Psychologie économique, 1902. p. 5.
  2. Voir notamment : 131 Généralité de la méthode. 132. Analyse et synthèse. 133 Pluralité des systèmes bibliologiques. 15 Rapports de la Bibliologie avec les autres connaissances. 154 Science générale comparée.
    xxxChez le musicien la notation musicale est l’aide presque indispensable de sa conception musicale. Il ne pourrait retenir ni avoir conscience de toute la musique avant d’écrire. Il fut un temps où l’on se préoccupa exclusivement de la notation, où la musique était devenue une sorte de mathématique. Sans doute le sentiment, l’inspiration faisaient défaut. Mais cette phase a préparé les possibilités de la musique ultérieure qui y a trouvé des modes d’expression nouveaux.
  3. Johanssen : Exakte Vererbungslehte. (Science exacte de l’hérédité).
  4. Remarques complémentaires. 1. Il faut s’occuper du livre dans ses résultats psychologiques sur le lecteur. À quoi doit servir le livre ? comment atteint-il le résultat cherché et aussi d’autres résultats ? 2. Il existe des types intellectuels que l’on peut dégager par l’observation. 3. Ces types constituent des types sociaux variables d’après les races, les milieux et les temps et que l’enquête aux fins bibliologiques, complétée par une statistique des grands nombres permet de déterminer (psycho-sociologie bibliologique). 4. Les livres sont les équivalents des textes ou moyens imaginés par les psychologues pour déceler, mesurer et classer les caractéristiques mentales des individus. 5. Les résultats de la réaction de la lecture sur les individus permet d’établir une appréciation de la valeur d’un livre au point de vue de son assimilation. Il est des ouvrages, plus ou moins assimilables par tel ou tel type de lecteurs. 6. En conséquence on peut déduire des règles scientifiques auxquelles, en se plaçant au seul point de vue de cette assimilation, devraient obéir les auteurs afin d’obtenir le maximum de « lisibilité ». Ces règles devraient constituer comme un développement des règles de l’ancienne rhétorique ; elles devraient synthétiser, en un seul corps de doctrine, outre ces règles, celles que l’on a commencé à élaborer, les unes empiriquement, les autres scientifiquement, pour capter et retenir l’attention, produire des émotions, détourner des volontés et des résolutions, faire comprendre des notions et celà qu’il s’agisse d’individu, de groupe ou de masse. C’est la pédagogie ou manière de s’adresser à l’enfant ; l’art du propagandiste religieux, politique, du moraliste ou éthicien ; l’art du conférencier, de l’orateur, et de tous ceux qui parlent en public ; l’art du directeur et du conseiller religieux ; l’art qui intervient dans la critique scientifique.
  5. La Sociologie Bibliologique, dont il a été traité sous le N° 153, a pour objet de considérer, dans l’explication sociologique totale les faits se rapportant au facteur « livre » ; et réciproquement de chercher à expliquer les phénomènes du livre par des explications d’ordre sociologique.
  6. Müller-Lyer, History of social development, p. 255.
  7. Les sociologues ont d’abord cherché à la science des sociétés un fondement de l’ordre mécanique. Pour Quetelet (Le système social), le monde social est une sorte de système solaire. Comte emprunte les divisions de la sociologie, à la mécanique (partie statique, partie dynamique) et il parle de physique sociale. Carey imagine une chimie sociale. Spencer fait de la société un organisme et en retrouve chez elle toutes les fonctions. Tarde voit dans la société une fonction psychique.
  8. Ibidem, chapitre II : La valeur et les sciences sociales, p. 63.
  9. E. Dupreel. — Traité de Morale. 1932. Voir aussi critique de cet ouvrage par Marcel Decort, Revue catholique des idées et des faits. 4 août 1933.
  10. J. Bellarmin. « Éternelle félicité des saints », (Le Royaume de Dieu, la Cité de Dieu, la Maison du Seigneur, le Paradis).
  11. Signe et figure. — Le signe (mot abstrait, ou symbole abstrait) a sur la figure (représentation concrète) trois avantages marqués : 1° Le signe est plus compréhensif. Ainsi le mot triangle, (ou son signe quand il existera par convention) représentera toutes les espèces de triangles, tandis que la figure ne peut représenter qu’un triangle d’une espèce déterminée, équilatéral, isocèle ou scalène. 2° Le signe est plus flexible. Ainsi les mots couleur ou grandeur permettent de séparer ces qualités de tous objets. 3° Le signe est plus précis. Ainsi placer trois cent douze figures l’une à côté de l’autre est plus confus que d’écrire leurs chiffres abstraits le nombre 312.
  12. G. Tarde. — Psychologie économique, p. 95.
  13. Le tableau du bonheur a été décrit au cours de l’Humanité : Hésiode dans Les Travaux et les Jours ; Fiduzi, dans le Livre des Rois. Platon parlait du royaume bienheureux de Kronos (Politique 169, Les Lois, liv. IV. où il est question de la cité future ; Aristote parlait de la vie parfaite ou de la félicité (eudaimonia) : (Ethique, liv. I, ch. IV, Rhétorique, liv. I et V). St-Augustin attesta le progrès (De Civitate Dei XXII, 24).
  14. Sur les transformations du livre et son avenir, voir la mémoire Paul Otlet dans le Festchrift du Musée Gutenberg, Mayence 1925.