Traité de la production et de la destruction des choses

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De la génération et de la corruption
Traduction par Jules Barthélemy-Saint-Hilaire.
De la génération et de la corruptionLadrange (p. 1-188).

CHAPITRE PREMIER.[1]

Objet général de ce traité. Examen des systèmes antérieurs ; opinions diverses ; examen des théories d’Anaxagore, de Leucippe et de Démocrite ; réfutation particulière d’Empédocle ; citation de quelques-uns de ses vers. Idées différentes qu’on se fait de la production des choses, selon qu’on admet un seul ou plusieurs principes élémentaires.


§ 1.[2] Pour nous rendre compte de la production et de la destruction des choses qui naissent et qui meurent naturellement, il nous faut, comme pour tout le reste, considérer à part leurs causes et leurs rapports. Nous aurons aussi, en traitant de l’accroissement et de l’altération, à voir ce qu’est chacun de ces phénomènes, et à examiner si la nature de la production et celle de l’altération sont les mêmes, ou si elles sont distinctes en réalité, comme elles le sont par les noms qui les désignent.

§ 2.[3] Parmi les anciens, les uns ont pensé que ce qu’on appelle production absolue n’est qu’une altération ; les autres ont pensé que la production des choses et l’altération sont des phénomènes différents. Ceux qui prétendent que l’univers est un tout uniforme, et qui font sortir toutes les choses d’un seul et même principe, ceux-là doivent nécessairement regarder la production comme une simple altération, et supposer que ce qui naît, à proprement parler, ne fait qu’être altéré. Au contraire, ceux qui admettent que la matière se compose de plus d’un principe, tels qu’Empédocle, Anaxagore et Leucippe, ceux-là doivent avoir une opinion tout opposée.

§ 3.[4] Anaxagore cependant a méconnu en ceci l’expression propre ; et souvent, dans son langage, il confond naître et mourir avec changer. Du reste, il reconnaît la pluralité des éléments, comme le font d’autres philosophes. Ainsi, Empédocle a dit que les éléments des corps étaient au nombre de quatre, et qu’avec les principes moteurs tous les éléments étaient au nombre de six. Quant à Anaxagore, il les a crus en nombre infini, ainsi que le croyaient Leucippe et Démocrite. En effet, Anaxagore reconnaît pour éléments les corps composés de parties similaires, les Homoeoméries, tels que l’os, la chair et la moelle, et toutes les autres substances, dont chaque partie est synonyme du tout.

§ 4.[5] Démocrite et Leucippe prétendent que tous les corps sont composés primitivement d’indivisibles ou d’atomes, lesquels sont infinis, et par le nombre et par leurs formes, et que les corps ne diffèrent essentiellement entre eux que par les éléments dont ils sont formés, et par la position et par l’ordre de ces éléments.

§ 5.[6] Anaxagore semble ici d’une opinion opposée à celle d’Empédocle ; car ce dernier dit que le feu, l’eau, l’air et la terre, sont les quatre éléments, et qu’ils sont plus simples que la chair ou l’os, ou telles autres des Homoeoméries, ou corps à parties similaires. Anaxagore, au contraire, prétend que les corps similaires sont simples, et qu’ils sont les vrais éléments, tandis que la terre, le feu et l’air, sont des composés, et que les germes des éléments sont répandus partout.

§ 6.[7] Ainsi donc, quand on prétend faire sortir toutes les choses d’un élément unique, il faut nécessairement considérer la production et la destruction des choses comme une simple altération. Alors, le sujet des phénomènes demeure toujours un, et toujours le même ; et c’est précisément d’un sujet de ce genre qu’on peut dire qu’il subit une altération. Mais quand on reconnaît plusieurs espèces de substances, on doit trouver aussi que l’altération diffère de la production ; car alors la production et la destruction des choses ont lieu par suite de la combinaison et de la séparation des éléments. C’est en ce sens qu’Empédocle a pu dire :

«…. II n’est pour rien de nature constante,
« Et tout n’est que mélange et séparation. »

7.[8] C’est là, comme on le voit, un langage qui convient parfaitement à l’hypothèse de ces philosophes ; et c’est bien aussi la manière dont ils s’expriment. Ainsi, ces philosophes eux-mêmes sont forcés de reconnaître que l’altération est quelque chose de différent de la production ; et cependant il est impossible qu’il y ait altération réelle, d’après les principes qu’ils énoncent. Du reste, il est assez facile de se convaincre de l’exactitude de l’opinion que nous émettons ici. En effet, de même que la substance restant en repos, nous voyons qu’elle éprouve en elle-même un changement de grandeur que l’on appelle accroissement et diminution, de même aussi nous pouvons y observer l’altération.

§ 8.[9] Mais d’autre part, il n’est pas moins impossible d’expliquer l’altération d’après ce que disent ceux qui admettent plus d’un principe ; car les affections qui nous font dire qu’il y a altération sont des différences des éléments, je veux dire, le chaud et le froid, le blanc et le noir, le sec et l’humide, le mou et le dur, et toutes les autres propriétés analogues, ainsi que le dit encore Empédocle :

« Le soleil est partout blanc et plein de chaleur ;
« Partout la pluie étend son voile et sa froideur. »

Il fait les mêmes distinctions pour tout le reste des choses ; et par conséquent, si l’eau ne peut venir du feu, ni la terre venir de l’eau, il s’ensuit que le noir ne peut pas davantage venir du blanc, ni le dur venir du mou : et le même raisonnement s’appliquerait à tous les autres changements. Or, c’était là précisément ce qu’on entendait par altération.

§ 9.[10] Mais n’est-il pas évident qu’il faut toujours supposer l’existence d’une seule et unique matière pour les contraires, soit qu’elle change en se déplaçant dans l’espace, soit qu’elle change par accroissement ou diminution, soit qu’elle change par altération ? Il faut qu’il n’y ait qu’un seul élément, et une seule et même matière, pour toutes les qualités qui changent les unes dans les autres ; et si l’élément est unique, il y a aussi altération.

§ 10.[11] Ainsi, Empédocle nous paraît contredire les faits les plus réels, et tout ensemble se contredire lui-même ; car il prétend à la fois que les éléments ne peuvent venir les uns des autres, mais qu’au contraire tout le reste vient d’eux ; et en même temps, après avoir ramené à l’unité la nature toute entière, la Discorde exceptée, il tire ensuite chaque chose de l’unité qu’il a imaginée. A l’entendre, les choses se séparant de cette unité élémentaire par certaines différences et par certaines modifications, telle chose est devenue de l’eau, et telle autre, du feu. C’est ainsi qu’il appelle le soleil blanc et chaud, et la terre lourde et dure. Mais ces différences étant supprimées, et elles peuvent l’être, puisqu’elles sont nées à un certain moment, il est évident que la terre alors peut venir de l’eau, tout aussi bien que l’eau venait de la terre. De même encore pour toutes les autres choses qui ont dû se modifier et changer, non pas seulement à l’époque dont il parle, mais qui changent également aujourd’hui.

§ 11.[12] Ajoutez que, dans le système d’Empédocle, il y a des principes d’où les choses peuvent naître et se séparer de nouveau, d’autant plus aisément que, à l’en croire, il y a un combat perpétuel et réciproque entre la Discorde et l’Amour. Voilà comment tous les choses semblent naître alors d’un seul principe ; car le feu, l’eau et la terre, étant encore unis, ne formaient pas tout l’univers. Mais avec cette théorie, on ne sait pas s’il faut leur reconnaître un seul principe ou plusieurs, je veux dire à la terre, au feu, et aux éléments de cet ordre. C’est qu’en effet, en tant qu’on suppose, comme matière, un principe d’où sortent la terre et le feu changeant par le mouvement qui se produit, il n’y a bien alors qu’un seul et unique élément. Mais en tant que cet élément lui-même est produit par la réunion de ces substances, qui se combinent, il s’ensuit que ces substances, avant leur réunion, sont elles-mêmes plus élémentaires, et antérieures par leur nature. § 12.[13] Mais il nous faut, à notre tour, parler d’une manière générale de la production et de la destruction des choses, entendues au sens absolu. Nous rechercherons si elle est ou n’est pas, et nous dirons comment elle est. On parlera aussi des autres mouvements simples, tels que l’accroissement et l’altération.



CHAPITRE II

Insuffisance de la théorie de Platon ; retour sur la théorie de Démocrite et de Leucippe. — Théorie nouvelle sur la production et l’altération des choses ; méthode à suivre ; importance de la question des atomes ; opinion de Démocrite et de Leucippe ; opinion du Timée ; erreur des uns et des autres. C’est surtout à l’observation des faits qu’on doit s’appliquer ; mérite de Démocrite à cet égard. Idées de la divisibilité des choses ; on peut la supposer infinie. Difficultés de cette théorie ; difficultés non moins grandes de la théorie des atomes ; réfutation de cette théorie. Idée générale qu’Il faut se faire de la production des choses.

§ 1.[14] Platon n’a donc étudié la production et la destruction qu’en considérant la manière dont elles sont dans les choses, et encore n’a-t-il pas étudié la production dans toute sa généralité, mais seulement celle des éléments. Il n’a rien dit sur la formation de tous les corps du genre de la chair, des os et autres corps analogues ; il n’a pas parlé non plus, ni de l’altération ni de l’accroissement, et il n’a pas montré comment il les conçoit dans les êtres.

§ 2.[15] Du reste, on peut affirmer que personne, si l’on en excepte Démocrite, n’a parlé d’aucun de ces sujets autrement que d’une façon toute superficielle. Quant à lui, il semble bien avoir songé à toutes les questions ; mais il diffère de nous en expliquant la manière dont les choses se passent. Personne, comme nous venons de le dire, n’a pensé à expliquer l’accroissement, si ce n’est peut-être dans le sens où tout le monde comprend ce phénomène, c’est-à-dire en disant que les corps s’accroissent, parce que le semblable vient se joindre au semblable. Mais comment ce phénomène a lieu, c’est ce qu’on n’a point encore expliqué.

§ 3.[16]D’ailleurs, on n’a pas étudié non plus davantage la question du mélange, ni aucune des questions de ce genre, et par exemple, la question de savoir comment les choses peuvent agir ou souffrir, et comment telle chose produit et telle autre souffre les actions naturelles.

§ 4.[17] Démocrite et Leucippe, en ne s’attachant qu’aux formes des éléments, en font sortir l’altération et la production des choses. Ainsi, c’est de la division et de la combinaison des atomes que viennent la production et la destruction ; c’est de leur ordre et de leur position que vient l’altération. Mais comme ces philosophes trouvent la vérité dans la simple apparence, et que les phénomènes sont à la fois contraires et en nombre infini, ils ont dû faire les formes des atomes infinies aussi, de telle sorte que, selon les changements de la disposition, la même chose peut sembler contraire à tel ou tel observateur. Elle semble transformée, pour peu que la moindre parcelle étrangère vienne s’y mêler et s’y ajouter, et elle semble totalement différente par le déplacement d’une seule de ses parties. C’est ainsi qu’avec les mêmes lettres on peut faire à son choix une tragédie et une comédie.

§ 5.[18] Mais, comme tout le monde, presque sans exception, croit en général que la production et l’altération des choses sont des phénomènes très différents, et que les choses, pour se produire ou se détruire, doivent se combiner ou se séparer, tandis qu’elles s’altèrent par les changements de leurs propriétés, il faut nous arrêter à ces questions, qui offrent, en effet, de nombreuses et réelles difficultés. Si l’on ne fait de la production des choses, par exemple, qu’une combinaison, cette théorie a une foule de conséquences insoutenables. Mais il y a d’autres arguments en sens contraire non moins décisifs, et qu’il est très difficile de réfuter, démontrant que la production ne peut pas être autre chose qu’une simple combinaison, et que, si la production n’est pas une combinaison, dès lors il n’y a plus du tout de production, et qu’elle n’est qu’une altération. Il n’en faut pas moins essayer de résoudre ces difficultés, toutes graves qu’elles sont.

§ 6.[19] Le point essentiel, au début de toute cette discussion, c’est de savoir si les choses se produisent, s’altèrent, et s’accroissent, ou souffrent les phénomènes contraires à ceux-là, parce qu’il y a des atomes, c’est-à-dire des grandeurs primitives indivisibles ; ou bien s’il n’y a pas du tout de grandeurs indivisibles. Ce problème est de la plus haute importance. D’autre part, en supposant qu’il y ait des atomes, on peut se demander encore si, comme le veulent Démocrite et Leucippe, ces grandeurs indivisibles sont des corps, ou si ce sont de simples surfaces, comme on le dit dans le Timée.

§ 7.[20] Mais il est absurde, ainsi que nous l’avons démontré ailleurs, de pousser l’analyse des corps jusqu’à les réduire en surfaces ; et par conséquent, il serait plus raisonnable de croire que les atomes sont des corps. J’avoue du reste que cette opinion offre aussi bien peu d’apparence de raison. On peut néanmoins, dans ce système, ainsi qu’on l’a dit, expliquer l’altération et la production des choses, en métamorphosant le même corps selon sa rotation, selon son contact, ou selon les différences de ses formes. C’est là ce que fait Démocrite, et voilà ce qui l’amène à nier la réalité de la couleur, attendu que, selon lui, c’est la rotation seule des corps qui la produit. Mais ceux qui admettent la division des corps en surfaces ne peuvent plus rendre compte de la couleur ; car en accumulant des surfaces qui ont de la largeur les unes avec les autres, on arrive uniquement à produire des solides ; mais l’on ne saurait jamais réussir à en tirer aucune qualité corporelle.

§ 8.[21] La cause qui a fait que ces philosophes ont aperçu moins bien que d’autres les phénomènes sur lesquels tout le monde est d’accord, c’est le défaut d’observation. Au contraire, ceux qui ont donné davantage à l’examen de la nature sont mieux en état de découvrir ces principes, qui peuvent s’étendre ensuite à un si grand nombre de faits. Mais ceux qui, se perdant dans des théories compliquées, n’observent pas les faits réels, n’ont les yeux fixés que sur un petit nombre de phénomènes ; et ils se prononcent plus aisément.

§ 9.[22] C’est encore ici qu’on-peut bien voir toute la différence qui sépare l’étude véritable de la nature et une étude purement logique ; car pour démontrer, par exemple, qu’il y a des atomes ou grandeurs indivisibles, ces philosophes prétendent que, s’il n’y en avait pas, le triangle même, le triangle idéal, serait multiple, tandis que, sur cette question, Démocrite paraît ne s’en être rapporté qu’à des études spéciales et toutes physiques. Du reste, la suite de cette discussion fera mieux voir ce que nous voulons dire.

§ 10.[23] C’est une grande difficulté de supposer que le corps existe, qu’il est une grandeur divisible à l’infini, et qu’il est possible de réaliser cette division. Que restera-t-il, en effet, dans le corps qui puisse échapper à une division pareille ? Si l’on suppose qu’une chose est divisible absolument, et qu’on puisse réellement la diviser ainsi, il n’y aurait rien d’impossible à ce qu’elle pût être absolument divisée, bien qu’elle ne le fût pas en réalité, ni à ce qu’elle le fût effectivement. Il en est donc de même si l’on divise la chose par moitié ; et, d’une manière toute générale, si une chose naturellement divisible à l’infini, vient à être divisée, il n’y aura point là d’impossibilité, pas plus qu’il n’y a rien d’impossible à supposer qu’elle puisse être divisée en dix mille fois dix mille, bien que personne ne puisse pousser la division jusque-là.

§ 11.[24] Puisque le corps est censé doué de cette propriété, admettons qu’il soit absolument ainsi divisé. Mais alors que restera-t-il donc après toutes ces divisions ? Sera-ce une grandeur ? Mais cela n’est pas possible ; car alors il y aurait quelque chose qui aurait échappé à la division ; et l’on supposait, au contraire, que le corps était divisible sans aucune limite et absolument. Mais s’il ne reste plus ni corps ni grandeur, et qu’il y ait cependant encore division, ou bien cette division ne portera que sur des points, et alors les éléments qui composeront le corps seront sans aucune grandeur ; ou bien, il n’y aura plus rien du tout.

§ 12.[25] Par conséquent, soit que le corps vienne de rien, soit qu’il soit composé, c’est toujours réduire le tout à n’être qu’une apparence. Même en admettant que le corps puisse venir de points, il n’y aura pas là encore de quantité. En effet, quand tous ces points se touchaient pour former une seule grandeur, que la grandeur était bien une, et que tous y étaient, tous ces points réunis ne faisaient pas que le tout fût plus grand ; car divisé en deux ou plusieurs points, le tout n’est ni plus grand ni plus petit qu’auparavant ; de telle sorte qu’on aurait beau réunir tous ces points, on n’arriverait jamais à en composer une vraie grandeur.

§ 13.[26] Si l’on dit que, par la division, on arrive à ne plus avoir qu’une sorte de sciure du corps, même dans cette hypothèse c’est toujours d’une certaine grandeur que le corps provient, et il reste la même question : à savoir, comment ce dernier corps est divisible à son tour. Si l’on dit que ce qui s’est détaché n’est pas un corps, mais que c’est quelque forme séparable, ou quelque propriété, il en résulte que la grandeur se réduit à des points et à des contacts modifiés de cette façon. Alors il est absurde de croire que la grandeur puisse jamais venir de choses qui ne sont pas des grandeurs.

§ 14.[27] Mais de plus, dans quel lieu seront ces points, soit qu’on les suppose sans mouvement, soit qu’on les suppose mobiles ? Il n’y a bien toujours qu’un seul contact pour deux choses ; mais il faut aussi supposer qu’il existe quelque chose qui n’est ni le contact, ni la division, ni le point. Si donc l’on admet que tout corps quelconque, quelque dimension qu’il ait, peut être toujours divisible absolument, voilà les conséquences auxquelles on arrive.

§ 15.[28] D’autre part, si, après la division, je puis recomposer le bois que j’ai scié, ou telle autre matière, en lui rendant sa première unité et en la refaisant toute pareille à ce qu’elle était, il est clair que je puis toujours faire la même chose, en quelque point que je coupe le bois. Donc, en puissance le corps est toujours divisible absolument et sans limite. Qu’y a-t-il donc ici en dehors et à part de la division, si l’on dit que c’est une propriété du corps ? On peut toujours demander comment le corps se résout en des propriétés de ce genre, comment il peut en être formé, et comment ces propriétés peuvent être séparées du corps.

§ 16.[29] Si donc il est impossible que les grandeurs se composent de simples contacts, ou de points, il faut nécessairement qu’il y ait des corps et des grandeurs indivisibles. Mais cette supposition même des atomes crée une impossibilité non moins insurmontable. Bien qu’on ait examiné cette question ailleurs, on n’en doit pas moins essayer de la résoudre encore ici ; et pour y parvenir, il faut la reprendre tout entière dès le principe.

§ 17.[30]Nous dirons donc d’abord qu’il n’y a rien d’absurde à soutenir que tout corps sensible est à la fois divisible et indivisible en un point quelconque, attendu qu’il se peut qu’il soit divisible en simple puissance, et indivisible en réalité. Mais ce qui paraît tout à fait impossible, c’est qu’un corps soit ensemble l’un et l’autre en puissance ; car si cela était possible, ce ne pourrait jamais être de cette façon que le corps eût tout ensemble les deux propriétés d’être indivisible et divisible en réalité, mais seulement de pouvoir être réellement divisible en un point quelconque. Il n’en restera donc absolument rien, et le corps se sera perdu dans quelque chose d’incorporel. En admettant qu’il pût renaître, soit en venant de points, soit même en ne venant absolument de rien du tout, comment cette reproduction du corps serait-elle possible ?

§ 18.[31] Ce qui est évident, c’est que le corps se divise réellement en parties distinctes et séparées, et en grandeurs toujours de plus en plus petites, qui s’éloignent les unes des autres, et qui s’isolent. Mais ce qui n’est pas moins certain, c’est que ce morcellement partiel ne peut être poussé à l’infini, et qu’il n’est pas non plus possible de diviser le corps en un point quelconque ; car cette division indéfinie n’est pas praticable, et elle ne peut aller que jusqu’à une certaine limite.

§ 19.[32] Il faut donc qu’il y ait des atomes ou grandeurs invisibles, surtout si l’on admet que la production et la destruction des choses se font, l’une par désunion, l’autre par réunion. Tel est le raisonnement qui semblerait démontrer qu’il y a nécessairement des grandeurs indivisibles, des atomes. Mais nous nous faisons fort de prouver que ce raisonnement repose, sans le savoir, sur un paralogisme caché, que nous allons dévoiler.

§ 20.[33] Comme le point ne tient pas au point, la divisibilité absolue peut, en un sens, appartenir aux grandeurs, et en un autre sens, ne peut pas leur appartenir. En admettant cette thé orie, on semble admettre aussi qu’il n’y a plus que le point, qui est partout et en tous sens. Par une conséquence nécessaire, la grandeur en se divisant se réduit à rien ; car le point étant partout, le corps ne peut se composer que de contacts ou de points.

§ 21.[34] Or cela revient à dire que le corps est absolument divisible, puisqu’il y a partout un point quelconque, que tous ensemble sont comme chacun en particulier, et qu’effectivement il n’y en a pas plus d’un seul ; car les points ne sont pas à la suite les uns des autres. Par conséquent non plus, le corps n’est pas absolument divisible ; car si le corps est divisible à son milieu, il le sera également dans le point qui tient à celui-là. Mais l’instant ne continue pas l’instant, non plus que le point ne continue le point. Or, c’est en cela précisément que consistent la division et la composition des corps, de telle sorte qu’il y ait aussi union et désunion de parties. Mais le corps néanmoins ne se réduit pas en atomes, et il ne provient pas d’atomes, théorie qui renferme bien des difficultés insolubles. Le corps ne peut pas être formé non plus de manière à ce que la division y soit possible sans aucune limite. Si le point suivait en effet le point, il en serait ainsi ; mais le corps se résout en parties de plus en plus petites, et la combinaison a lieu entre les plus petites parties.

§ 22.[35] La production absolue et parfaite des choses ne se borne pas, comme on le prétend, à l’union des éléments et à leur désunion, pas plus que l’altération n’est un simple changement dans le continu. Mais c’est là une erreur complète, que tout le monde commet. Encore une fois, il n’y a pas de production et de destruction absolues des choses, par union et désunion d’éléments ; il y en a seulement, quand une chose tout entière change, en venant de telle autre.

§ 23.[36] Parfois aussi, l’on pense que l’altération est un changement quelconque du même genre ; mais il y a ici une différence considérable. Dans le sujet, une partie se rapporte à l’essence, et l’autre à la matière. C’est seulement quand il y a changement dans ces deux choses qu’il y a vraiment production et destruction ; il n’y a que simple altération, quand il y a changement dans les propriétés et les qualités accidentelles de la chose.

§ 24.[37] C’est en se désunissant et en s’unissant que les choses deviennent facilement destructibles ; par exemple, quand les eaux se divisent en petites gouttelettes, elles deviennent plus vite de l’air, tandis que, si elles restent en masse, elles le deviennent plus lentement.

§ 25.[38] Ceci, du reste, sera plus clair dans ce qui va suivre. Mais ici nous avons voulu seulement prouver qu’il est impossible que la production des choses soit une simple combinaison, comme l’ont prétendu quelques philosophes.[39]

CHAPITRE III

De la production absolue et de la destruction des choses ; difficulté de cette question ; de la production et de la destruction relatives. Méthode à suivre dans cette recherche ; citation du Traité du mouvement. De la perpétuité des êtres et de leur constante succession ; réciprocité de production et de destruction. Distinctions verbales importantes à faire ; citation de Parménide. Différence de la production absolue et relative ; différences de la destruction considérée sous ces deux rapports. Opinion vulgaire sur ce sujet ; on donne trop en général au témoignage des sens. Explications diverses ; manière de comprendre la perpétuité des phénomènes.


§ 1.[40] Ceci fixé, il faut rechercher d’abord s’il y a bien réellement quelque chose qui naisse et qui meure d’une manière absolue, ou s’il n’y a rien qui naisse et meure, à proprement parler. Dans ce cas, il faut rechercher si une chose quelconque ne vient pas toujours d’une autre chose d’où elle sort : comme, par exemple, du malade vient le bien portant, et du bien portant vient le malade, ou comme le petit vient du grand, et le grand vient du petit, toutes les autres choses sans exception se produisant de cette même manière. Que si l’on admet une production absolue, alors il faudra que l’être vienne absolument du non-être, du néant, de telle sorte qu’il serait vrai d’affirmer que le néant appartient à certains êtres. Une production relative peut bien venir d’un non-être relatif ; et par exemple, le blanc peut venir du non-blanc, ou le beau vient du non-beau ; mais la production absolue doit venir de l’absolu non-être.

§ 2.[41] Or, l’Absolu en ceci exprime, ou le primitif dans chaque catégorie de l’être, ou l’universel, c’est-à-dire, ce qui renferme et contient tout. Si c’est le primitif que signifie l’absolu, il y aura production de substance, venant de ce qui n’est pas substance. Mais ce qui n’a pas de substance, et ce qui n’est point telle chose déterminée ne peut évidemment être non plus à aucune autre des catégories, telles que la qualité, la quantité, le lieu, etc. ; car alors ce serait admettre que les qualités des substances en peuvent être séparées. Si c’est le non-être d’une façon générale que signifie l’absolu, c’est alors la négation universelle de toutes choses ; et par conséquent, ce qui naît et se produit doit nécessairement naître de rien.

§ 3.[42] Du reste, nous avons parlé ailleurs de ce sujet, et nous en avons traité déjà plus au long. Mais nous résumerons ici notre pensée, et nous dirons en peu de mots qu’en un sens il peut y avoir absolue production de quelque chose venant du néant, du non-être, et qu’en un autre sens, rien ne peut jamais venir que de ce qui est. C’est qu’en effet ce qui est en simple puissance et n’est pas en réalité, doit être préalablement et nécessairement des deux façons que nous venons d’indiquer. Mais il n’en reste pas moins à examiner, avec le plus grand soin, cette question, dont la difficulté peut encore nous étonner même après les développements qui précèdent, à savoir comment la production absolue peut avoir lieu, soit qu’elle vienne de ce qui est en puissance, soit qu’elle ait lieu de toute autre façon.

§ 4.[43] On peut rechercher, en effet, s’il y a uniquement production de la substance et de telle chose déterminée et réelle, ou s’il n’y a pas aussi production de la qualité, de la quantité, du lieu etc. Mêmes questions également pour la destruction. Que si réellement quelque chose vient à se produire et à naître, il est évident qu’il doit y avoir une certaine substance qui est au moins en puissance, si elle n’est pas en réalité, et en entéléchie, d’où sortira la production de la chose, et dans la quelle la chose devra se changer de toute nécessité, quand elle est détruite.

§ 5.[44] Se peut-il qu’une des autres catégories qui sont en toute réalité, en entéléchie, appartienne à cet être en puissance ? En d’autres termes, peut-on appliquer les idées de quantité, de qualité, de lieu, à ce qui n’est telle chose qu’en puissance, et est en puissance uniquement, sans être telle chose d’une manière absolue, ni même sans être absolument du tout ? Car si cet être n’est aucune chose en réalité, mais qu’il soit toutes choses en puissance, le non-être ainsi compris peut avoir une existence séparée ; et alors on en arrive à cette conséquence, qu’ont encore redoutée par dessus tout les premiers philosophes, de faire naître les choses du pur néant. Mais si l’on n’admet pas que ce soit un être véritable ou une substance, et que ce soit quelque autre des catégories indiquées, alors on suppose, ainsi que nous l’avons déjà dit, que les qualités et les affections peuvent être séparées des substances.

§ 6.[45] Tels sont les problèmes qu’il faut discuter ici, dans la mesure qui convient, de même qu’il nous faut rechercher quelle est la cause qui rend la production des êtres éternelle, soit la production absolue, soit la production partielle. Or, comme il n’y a, selon nous, qu’une seule et unique cause d’où part le principe du mouvement, et comme il n’y a également qu’une seule et unique matière, il faut expliquer ce que c’est que cette cause.

§ 7.[46] Mais déjà nous en avons parlé dans notre Traité du mouvement, quand nous y avons établi qu’il y a, d’une part, quelque chose d’immobile durant toute l’éternité, et d’autre part, quelque chose qui est mis au contraire dans un éternel mouvement. L’étude du principe immobile des choses relève d’une philosophie différente et plus haute ; mais quant au moteur qui meut tout le reste, parce qu’il est mis lui-même dans un mouvement continu, nous en parlerons plus tard, en expliquant quelle est la cause de chacun des phénomènes particuliers. Ici nous nous bornerons à traiter de cette cause qui se présente sous forme de matière, et qui fait que la production des choses et leur destruction ne font jamais défaut dans la nature. Mais cette discussion éclaircira peut-être, du même coup, le doute que nous venons d’élever tout à l’heure, et l’on verra comment il faut entendre aussi la destruction absolue et l’absolue production des choses.

§8.[47] D’ailleurs, c’est déjà une question bien assez embarrassante que de savoir quelle peut-être la cause qui entretient et enchaîne la génération des choses, si l’on suppose que ce qui est détruit s’en retourne dans le néant, et que le non-être n’est rien ; ce qui n’est pas, n’étant ni substance, ni qualité, ni quantité, ni lieu, etc. Car alors, puisque à tout instant quelqu’un des êtres disparaît et s’éteint, comment se fait-il que le monde entier n’ait pas été déjà depuis si longtemps épuisé mille fois, si la source d’où vient chacun de ces êtres est limitée et finie ? Certes si cette perpétuelle succession ne cesse jamais, ce n’est pas que la source d’où proviennent les êtres soit infinie ; car cela est tout à fait impossible, puisqu’en réalité rien n’est infini, et que c’est même seulement en puissance que quelque chose peut être infini dans la division. Or nous avons démontré que la division était seule à être incessante et à ne jamais manquer, parce qu’on peut toujours prendre une quantité de plus en plus faible. Mais ici nous ne voyons rien de pareil. La perpétuité de la succession ne devient- elle pas nécessaire par cela seul que la destruction d’une chose est la production d’une autre, et que, réciproquement, la production de celle-ci est la mort et la destruction de celle-là ?

§ 9.[48] Par là, on aura une cause qui pourra suffire à tout expliquer pour la production et la destruction des choses : ici, dans leur généralité, et là, dans chacun des êtres particuliers. Mais il n’en faut pas moins rechercher pourquoi, en parlant de certaines choses, on dit d’une manière absolue qu’elles se produisent et qu’elles se détruisent, tandis qu’en parlant de telles autres choses, on ne le dit pas absolument, s’il est bien vrai que la production de tel être soit la même chose que la destruction de tel autre, et si à l’inverse la destruction de celui-ci est bien la production de celui-là.

§ 10.[49] Cette différence d’expression demande aussi à être expliquée, puisque nous disons d’un être qu’il est, dans tel cas, absolument détruit, et non pas qu’il l’est seulement sous tel rapport ; et puisque nous prenons la production dans un sens absolu, aussi bien que la destruction. Ainsi telle chose devient telle autre chose ; mais elle ne devient pas absolument. Voilà, par exemple, comment nous disons de quelqu’un qui apprend, qu’il devient savant, mais nous ne disons pas pour cela qu’il devient et se produit absolument. En se rappelant ce que nous avons dit bien souvent, à savoir que tels noms expriment une substance réelle et que tels autres ne l’expriment pas, on peut voir d’où vient la question ici posée ; car il importe beaucoup de déterminer ce en quoi se change l’objet qui change. Par exemple, la transition d’un objet qui devient du feu peut être une production absolue ; mais c’est aussi la destruction de quelque chose, par exemple, de la terre. De même, la production de la terre est bien sans doute aussi une production ; mais ce n’est pas une production absolue, bien que ce soit une destruction absolue, et par exemple, la destruction du feu.

§ 11.[50] C’est en ce sens que Parménide ne reconnaît que deux choses au monde : l’être et le non-être, qui sont pour lui le feu et la terre. Peu importe, du reste, de faire l’hypothèse de ces éléments, ou d’autres éléments pareils ; car nous ne recherchons que la manière dont les phénomènes se passent, et non leur sujet. Ainsi, la modification qui mène les choses à l’absolu non-être, c’est une destruction absolue ; et au contraire, ce qui les mène absolument à l’être, c’est une absolue production. Mais quelles que soient les substances où l’on considère la production et la destruction, soit le feu, soit la-terre, soit tout autre élément analogue, la production et la destruction n’en sont pas moins toujours, l’une de l’être, et l’autre du non-être.

§ 12.[51] Telle est donc une première différence d’expression, qu’on peut établir entre la production et la destruction absolues, et entre la production et la destruction qui ne sont pas absolues. Une autre différence qui peut les distinguer, c’est la matière où elles ont lieu, quelle que soit cette matière. Celle dont les différences expriment davantage telle ou telle réalité, est aussi davantage de la substance ; et celle dont les différences expriment davantage la privation est davantage du non-être. Ainsi, la chaleur est une certaine catégorie et une espèce réelle ; au contraire, le froid n’est qu’une privation ; et c’est par ces mêmes différences que la terre et le feu se distinguent.

§ 13.[52] Pour le vulgaire, ce qui constitue surtout la différence de la production et de la destruction, c’est que l’une est perceptible aux sens, et que l’autre ne l’est pas. Quand il y a changement en une matière sensible, le vulgaire dit que l’objet naît et se produit, et qu’il meurt et se détruit quand il change en une matière invisible. C’est que les hommes définissent en général l’être et le non-être, selon qu’ils sentent la chose ou ne la sentent pas ; de même qu’ils prennent pour l’être ce qu’on connaît, et pour le non-être, ce qu’on ignore. Mais alors c’est la sensibilité qui remplit la fonction de la science. De même donc que les hommes ne conçoivent leur propre vie et leur être que par ce qu’il sentent ou peuvent sentir, de même aussi conçoivent-ils l’existence des choses, cherchant bien à connaître la vérité, mais ne la trouvant pas dans ce qu’ils disent.

§ 14.[53] C’est que la production et la destruction absolues des choses sont tout autres, selon qu’on les considère d’après l’opinion commune, ou dans leur réalité véritable. C’est ainsi que l’air et le vent existent moins, comme corps, si l’on s’en rapporte au simple témoignage des sens ; et voilà pourquoi l’on croit que les choses qui sont détruites absolument, se détruisent en se changeant en ces éléments, tandis que l’on croit que les choses naissent et se produisent, quand elles se changent en quelque élément qu’on puisse toucher ; et par exemple, en terre. Mais dans la vérité, ces deux éléments sont substance et espèce, bien plus que la terre elle-même.

§ 15.[54] On a donc expliqué ce qui fait qu’il y a la production absolue, en tant que destruction de quelque chose, et la destruction absolue, en tant que production de quelque chose aussi. Cela tient en effet à ce que la matière est différente, soit parce que l’une est substance, tandis que l’autre ne l’est pas, soit parce que l’une est davantage, et que l’autre est moins, ou bien enfin que la matière d’où vient la chose, et celle où elle va, est plus ou moins sensible. On dit des choses, tantôt qu’elles naissent et deviennent absolument, et tantôt on dit limitativement qu’elles deviennent telle ou telle chose, sans qu’elles viennent l’une de l’autre réciproquement, à la manière dont nous l’entendons ici. Nous nous bornons en effet maintenant à expliquer pourquoi, toute production étant la destruction de quelque autre chose, et toute destruction étant la production d’une autre chose aussi, nous n’attribuons pas dans le même sens la production et la destruction aux choses qui changent les unes dans les autres.

§ 16.[55] Ceci du reste ne résout pas la question que nous nous posions en dernier lieu. Mais cela nous explique pourquoi de quelqu’un qui apprend, on dit qu’il devient savant, et non pas qu’il devient absolument ; tandis que d’une chose qui pousse naturellement, on dit d’une manière absolue qu’elle naît et devient. Ce sont là les déterminations, les différentes catégories, dont les unes expriment l’être réel et particulier, les autres la qualité, les autres la quantité. Par suite, de toutes les choses qui n’expriment pas une substance, on ne dit point d’une manière absolue qu’elles deviennent, mais qu’elles deviennent telle ou telle chose. Cependant, pour tous les cas également, la production ne s’applique expressément qu’aux objets placés dans une des deux séries. Par exemple ; dans la catégorie de la substance, on dit que la chose devient, si c’est du feu qui se produit ; on ne le dit pas, si c’est de la terre ; dans la catégorie de la qualité, on dit que la chose devient, si l’être devient savant, et non pas s’il devient ignorant.

§ 17.[56] Ainsi donc, voilà comment nous expliquons pourquoi certaines choses se produisent d’une manière absolue, et comment d’autres ne se produisent, ni d’une manière absolue, ni du tout, jusque dans les substances elles-mêmes. Nous avons dit aussi pourquoi le sujet, en tant que matière, est la cause de la production continue et éternelle des choses, attendu qu’il peut indifféremment se changer dans les contraires, et que, pour les substances, la production d’un phénomène est toujours la destruction d’un autre ; et réciproquement, que la destruction de celui-ci est la production de celui-là.

§ 18.[57] Du reste, il n’y a pas non plus à se demander pourquoi c’est cette destruction éternelle des êtres qui fait que quelque chose peut se produire ; car de même qu’on dit qu’une chose est détruite absolument, quand elle passe à l’insensible et au non-être, de même on peut dire qu’elle se produit et vient du non-être, quand elle vient de l’insensible. Par conséquent, soit qu’il y ait, soit qu’il n’y ait pas préalablement un sujet, la chose vient toujours du néant ; de telle sorte que, tout à la fois, la chose, en se produisant vient du non-être, et qu’en se détruisant, elle retourne au non-être encore. C’est bien là ce qui fait qu’il n’y a ni cessation ni lacune ; car la production est la destruction du non-être, et la destruction est la production du néant.

§ 19.[58] Mais on pourrait se demander si ce non-être absolu est le second des deux contraires ; et par exemple, la terre et tout ce qui est lourd étant le non-être, si c’est le feu et tout ce qui est léger qui est, ou qui n’est pas l’être. Mais on peut dire encore que la terre est l’être, et que le non-être est la matière de la terre, comme il l’est également du feu. Mais la matière de l’un et de l’autre de ces éléments est-elle donc différente ? Et est-il impossible qu’ils viennent l’un de l’autre, non plus que des contraires ? Car le feu, la terre, l’eau et l’air ont des contraires ; ou bien, leur matière est-elle la même en un sens, et n’est-elle différente qu’en un autre sens ? Car ce qui est le sujet de part et d’autre est identique, et c’est le mode seul d’existence qui ne l’est pas. Mais arrêtons-nous à ce que nous venons de dire sur ce sujet.

CHAPITRE IV

Différences de la production et de l’altération ; distinction du sujet et de l’attribut du sujet ; définition de l’altération, exemples divers ; définition de la production absolue, et, exemples divers. Fin de la comparaison entre la production et l’altération.


§ 1.[59] Il faut maintenant expliquer en quoi diffèrent la production et l’altération ; car nous pensons que ces changements des choses sont tout à fait distincts l’un de l’autre, attendu que le sujet qui est un être réel, et la modification, qui, naturellement, est attribuée au sujet, sont quelque chose de tout différent, et qu’il peut y avoir changement de l’un et de l’autre.

§ 2.[60] Il y a altération quand le sujet demeurant le même et étant toujours sensible, il subit un changement dans ses propriétés spéciales, qui peuvent être d’ailleurs ou contraires ou intermédiaires. Ainsi par exemple, le corps est bien portant ; et ensuite il est malade, tout en restant le même. C’est encore ainsi que l’airain est tantôt arrondi, et tantôt anguleux, tout en restant le même substantiellement.

§ 3.[61] Mais lorsque l’être vient à changer tout entier, sans qu’il reste rien de sensible, en tant que seul et même sujet, et que, par exemple, le sang se forme en venant de toute la semence, que l’air vient de toute l’eau, ou réciproquement, l’eau de tout l’air ; alors il y a, dans ce cas, production de l’un, et destruction de l’autre. C’est surtout vrai, lorsque le changement passe de l’insensible au sensible, soit pour le sens du toucher, soit pour tous les autres sens ; par exemple, lorsqu’il y a production d’eau, ou lorsqu’il y a dissolution de l’eau en air ; car l’air est comparativement à peu près insensible.

§ 4.[62] Mais si dans ces choses, il subsiste quelque qualité identique pour les deux termes de l’opposition, dans l’être qui naît, et dans celui qui est détruit ; et si par exemple, lorsque l’eau se forme en venant de l’air, ces deux éléments sont également diaphanes et froids, alors il ne faut plus que l’une de ces deux propriétés seulement appartienne au corps dans lequel se fait le changement. Quand il n’en est pas ainsi, ce n’est qu’une simple altération ; par exemple, dans le cas où l’homme musicien est venu à disparaître, et l’homme non-musicien s’est produit et a paru. Mais l’homme n’en demeure pas moins toujours le même. Si donc ce n’était pas essentiellement une propriété ou affection de cet être que l’habileté ; ou l’ignorance, en fait d’art musical, alors il y aurait production de l’un des phénomènes et destruction de l’autre. Aussi voilà pourquoi ce ne sont là que des modifications de l’homme, tandis que c’est production et destruction de l’homme qui est musicien, et de l’homme qui ne sait pas la musique. Il n’y a là qu’une affection du sujet qui subsiste, et c’est là précisément ce qu’on appelle une altération.

§ 5.[63] Lors donc que le changement d’un terme contraire à l’autre se fait en quantité, c’est augmentation et diminution ; quand c’est dans le lieu, c’est translation ; quand c’est en propriété spéciale et en qualité, c’est altération proprement dite. Mais lorsque rien ne demeure absolument du sujet, dont l’un des contraires est une affection ou un accident, c’est qu’il y a production, d’une part, et destruction, d’autre part.

§ 6.[64] Or c’est la matière qui est, éminemment et par excellence, le sujet susceptible de la production et de la destruction ; et en un certain sens, elle est aussi ce qui subit les autres espèces de changements, parce que tous les sujets, quels qu’ils soient, sont susceptibles de certaines oppositions par contraires. Du reste, nous nous arrêtons ici, dans ce que nous avions à dire sur la production et la destruction, et aussi sur l’altération, pour expliquer si elles sont ou ne sont pas, et comment elles sont.

CHAPITRE V


Théorie de l’accroissement ; ses différences avec la production et l’altération, soit dans le sujet de l’accroissement, soit dans la manière dont l’accroissement se produit ; déplacement insensible de l’objet accru. Difficulté de comprendre d’où vient l’accroissement dans les corps ; toutes les parties du corps s’accroissent à la fois. Conditions essentielles de l’accroissement, au nombre de trois. Comparaison de l’accroissement et de l’altération. — Théorie nouvelle de l’accroissement ; distinction de l’acte et de la puissance ; il faut que la puissance se réalise pour qu’il y ait accroissement ; rapport de l’élément nouveau qui fait croître le corps, au corps qui est accru.


§ 1.[65] Nous avons encore à parler de l’accroissement, et à dire en quoi l’accroissement diffère de la production et de l’altération, et comment les choses qui s’accroissent peuvent croître, et les choses qui diminuent, diminuer.

§ 2.[66] Il faut donc examiner d’abord si la différence de ces phénomènes, les uns aux autres, consiste uniquement dans le sujet auquel ils se rapportent. Un changement qui se fait de tel être à tel autre être, et par exemple, de la substance en simple puissance à la substance en réalité, en entéléchie, est-il une production, une génération ? Le changement qui a lieu en grandeur, est-il accroissement et diminution ? Ou enfin, celui qui a lieu en qualité est-il une altération ? Mais les deux derniers phénomènes dont on vient de parler, ne sont-ils pas toujours des changements de choses qui, de la puissance, passent à la réalité, à l’entéléchie ? Ou bien aussi, n’est-ce pas le mode du changement qui diffère ? Ainsi l’objet qui est altéré, non plus que l’objet qui naît et devient ne paraissent pas nécessairement devoir changer de lieu. Mais ce qui croit, et ce qui décroît ; doit en changer, tout en en changeant autrement que l’objet qui se meut dans l’espace.

§ 3.[67] Car l’objet mu dans l’espace change tout entier de place, tandis que ce qui s’accroît ne change que comme une chose qui glisse et s’étend ; le sujet demeurant en place, ses parties seules changent de lieu. Mais ce n’est pas comme celles de la sphère, tournant sur elle même ; car celles-là changent de place le corps tout entier ; la sphère demeurant dans le même lieu. Au contraire, les parties de l’objet qui s’accroît tiennent toujours de plus en plus de place, de même que celles de l’objet qui décroît en tiennent de moins en moins.

§ 4.[68] On le voit donc : le changement dans un objet qui naît, dans celui qui s’altère et dans celui qui s’accroît, diffère non pas seulement par l’objet qui subit le changement, mais aussi par la manière dont le changement se fait. Mais quant à l’objet propre auquel s’applique le changement de l’accroissement et du décroissement, croître et décroître paraissant ne s’appliquer qu’à une grandeur, comment doit-on concevoir qu’il s’accroît ? Doit-on comprendre qu’il se forme, dans ce cas, corps et grandeur réelle de ce qui n’est corps et grandeur qu’en simple puissance, et qui en réalité, en entéléchie, n’a ni corps ni grandeur véritable ? Mais cette explication même peut se prendre en un double sens ; et l’on peut, encore se demander de laquelle des deux façons l’accroissement doit avoir lieu. Vient-il de la matière qui serait isolée et séparée en elle-même ? Ou vient-il de la matière qui serait dans un autre corps ? Mais ces deux manières de comprendre l’accroissement, ne sont-elles pas également impossibles ? Si en effet la matière de l’accroissement est isolée, ou elle n’occupera aucune portion de l’espace, ou elle sera comme un point, ou bien elle ne sera que du vide ; et ce sera un corps non-perceptible à nos sens. Dans l’une de ces deux suppositions, elle ne peut pas être ; et dans l’autre, elle doit exister nécessairement dans un lieu ; car ce qui en provient doit toujours être quelque part, de telle sorte que ce corps y est aussi, ou par lui-même, ou indirectement.

§ 5.[69] Mais si l’on suppose que la matière est dans un corps, et qu’elle y soit séparée, de manière qu’elle ne fasse point partie de ce corps, ni par elle-même, ni par accident, il résultera de cette hypothèse une foule d’impossibilités manifestes. Je m’explique : par exemple, s’il se forme de l’air, venant de l’eau, ce ne sera pas parce que l’eau change, mais parce que la matière de l’air sera renfermée dans l’eau, qui le produit, comme dans une espèce de vase ; car rien n’empêche que les matières ne soient en nombre infini, de façon qu’elles puissent aussi se produire en réalité et en entéléchie. Il faut ajouter de plus que ce n’est pas même ainsi que l’air paraît venir de l’eau, comme s’il sortait d’un corps qui resterait toujours ce qu’il était. Il vaut donc mieux supposer que la matière est inséparable dans tous les corps, une et identique, numériquement parlant, bien qu’elle ne soit pas une et identique au point de vue de la raison.

§ 6.[70] C’est par les mêmes motifs qu’il ne faut pas supposer que la matière du corps n’est que des points ou des lignes ; car la matière est précisément ce dont les points et les lignes sont les extrémités ; elle ne peut jamais exister sans quelque propriété, ni sans forme. Ainsi donc, une chose vient toujours d’une autre chose absolument, ainsi qu’on l’a déjà dit ailleurs ; et elle vient d’une chose qui existe en réalité, en entéléchie, soit de même genre, soit de même forme. Par exemple, le feu est produit par le feu ; l’homme est produit par l’homme ; c’est-à-dire par une réalité, une entéléchie ; car le dur ne peut venir de la simple qualité de dur ; la matière est la matière d’une substance corporelle, c’est-à-dire d’un corps spécial et déterminé, puisque le corps ne peut jamais être quelque chose de commun. Elle est la même, soit pour la grandeur, soit pour la propriété de cette grandeur, séparable aux yeux de la raison, mais non séparable dans l’espace, à moins qu’on ne suppose que les propriétés puissent être séparées des corps qui les possèdent.

§ 7.[71] Il est donc évident, d’après cette discussion, que l’accroissement dans les choses n’est pas un changement qui viendrait d’une grandeur en simple puissance, mais sans aucune dimension en réalité, en entéléchie ; car alors la qualité commune serait séparable ; et l’on a dit, anté rieurement ailleurs, que c’était là une chose impossible. De plus, un changement de ce genre s’applique spécialement, non pas à l’accroissement, mais à la production ; car l’accroissement n’est que le développement d’une grandeur préexistante, de même que la diminution n’est que son amoindrissement. Voilà pourquoi il faut que l’objet qui s’accroît ait d’abord une certaine grandeur. Par conséquent, il ne se peut pas que l’accroissement, qui passe à l’entéléchie de la grandeur, vienne d’une matière dénuée de toute grandeur ; car ce serait là bien plutôt une production, et ce ne serait pas un véritable accroissement.

§ 8.[72] Il est donc préférable de reprendre cette étude entière, comme si nous en étions tout à fait au début, et de rechercher quelles peuvent être les causes de l’accroissement et de la diminution des choses, après avoir constaté ce qu’on entend par s’accroître ou diminuer. Dans un objet qui croit, il semble donc que toutes les parties, sans exception, s’accroissent. De même, dans la diminution, toutes les parties de l’objet semblent devenir de plus en plus petites. De plus, l’accroissement paraît avoir lieu, parce que quelque chose se joint au corps ; et le décroissement, parce que quelque chose en sort. Mais l’accroissement ne peut se faire nécessairement que par quelque chose qui est incorporel ou corporel. Si c’est par l’incorporel, alors la partie commune serait séparable ; or il est impossible qu’il y ait une matière séparée de toute grandeur, ainsi qu’on vient de le dire. Si c’est par quelque chose de corporel que l’accroissement a lieu, il en résulte alors qu’il y aura deux corps dans un seul et même lieu, à savoir celui qui s’accroît et celui qui fait croître. Or c’est là encore une impossibilité.

§ 9.[73] On ne peut pas même dire que l’accroissement et la diminution des choses puissent avoir lieu de la même façon que quand, par exemple, l’air vient de l’eau, puisque alors le volume de l’air est devenu plus considérable. Ce n’est donc plus là un simple accroissement de l’eau ; c’est la production d’un corps nouveau, dans lequel le premier corps a changé ; et c’est la destruction de son contraire. Ce n’est là l’accroissement ni de l’un ni de l’autre. Mais, ou ce n’est même l’accroissement de rien, ou bien c’est l’accroissement de ce qui est commun aux deux objets, celui qui est produit, aussi bien que celui qui est détruit ; et cette partie commune est un corps aussi. L’eau non plus que l’air ne s’est pas accrue ; seulement l’un a disparu et péri, tandis que l’autre s’est produit ; et il faut qu’il y ait un corps, puis qu’il y a eu accroissement.

§ 10.[74] Mais il y a là encore une impossibilité nouvelle ; car il faut rationnellement conserver les conditions indispensables sans lesquelles on ne peut concevoir le corps qui s’accroît, ou celui qui diminue. Or, il y en a trois : l’une, c’est que toute partie quelconque devient plus grande dais une grandeur qui s’accroît : par exemple, si c’est de la chair, une partie quelconque de la chair s’accroît. La seconde condition, c’est que l’accroissement a lieu par une certaine adjonction au corps ; et troisièmement enfin, il faut tout à la fois que l’objet s’accroisse et qu’il persiste. En effet, lorsqu’une chose se produit ou disparaît absolument, elle ne persiste point ; mais quand elle subit une altération, ou un accroissement, ou une réduction, cette chose, tout en étant accrue ou altérée, demeure et subsiste la même. Ici, c’est la qualité de la chose qui seule cesse d’être la même ; là, c’est la grandeur même qui ne reste pas identique. Si donc l’accroissement était bien ce qu’on a prétendu, la chose accrue pourrait alors s’accroître sans que rien vînt s’y adjoindre, ni que cette chose persistât, de même qu’elle pourrait dépérir, sans que rien en sortît, et sans que la chose accrue subsistât davantage. Mais il faut absolument conserver ces conditions, puisqu’on a supposé que c’était là, en effet, l’accroissement.

§ 11.[75] On pourrait encore demander : Qu’est-ce qui s’accroît précisément ? Est-ce le corps auquel vient s’ajouter quelque chose ? Par exemple, lorsque telle cause fait accroître la cuisse dans le corps d’un homme, est-ce bien la cuisse elle-même qui devient plus grosse ? Et pourquoi ce qui fait grossir la cuisse, c’est-à-dire la nourriture, ne s’accroit-il pas aussi ? Pourquoi donc, en effet, les deux ne s’accroissent-ils pas à la fois ? Car ce qui s’accroît et ce qui accroît sont plus grands ; comme en mêlant de l’eau et du vin, la quantité de l’un et de l’autre devient plus grande également. Ne peut-on pas dire que cela tient à ce que, dans un cas, la substance demeure et subsiste, tandis que la substance, et c’est ici la substance de la nourriture, disparaît dans l’autre cas ? Ici encore c’est l’élément dominant, qui donne son nom au mélange, comme quand on dit que le mélange est du vin, parce que le mélange entier fera l’effet de vin et non pas d’eau.

§ 12.[76] Il en est de même aussi pour l’altération. Si, par exemple, la chair subsiste et reste toujours ce qu’elle est, et s’il survient à la chair une qualité essentielle qui n’y était pas antérieurement, la chair alors a été simplement altérée. Mais parfois, ce qui altère la chose, ou ne souffre rien lui-même dans sa propre substance, qui n’a pas été altérée ; ou quelquefois il est altéré aussi. Mais ce qui altère, ainsi que le principe du mouvement, est dans l’objet accru et dans l’objet altéré ; car c’est en eux que se trouve le principe moteur. Or il se peut aussi que ce qui entre dans le corps y devienne plus grand, en même temps que le corps qui le reçoit et en profite ; par exemple, si l’élément qui entre y devient de l’air. Mais en souffrant cette transformation, il est détruit ; et le principe moteur n’est plus en lui.

§ 13.[77] Après avoir suffisamment exposé ces difficultés, il faut essayer de découvrir la solution de ce problème, en admettant toujours les conditions suivantes : que l’accroissement n’est possible qu’autant que le corps accru demeure. et persiste, et que rien ne peut s’accroître sans que quelque chose ne vienne s’y ajouter, ni diminuer sans que quelque chose n’en sorte ; que de plus tout point sensible quelconque du corps accru ou diminué est devenu ou plus grand ou plus petit ; que le corps n’est pas vide ; que deux corps ne peuvent jamais être dans le même lieu ; et enfin que le corps où l’accroissement se produit, ne peut pas s’accroître par de l’incorporel.

§ 14.[78] Nous arriverons à la solution cherchée, en admettant d’abord que les corps à parties non-similaires peuvent s’accroître, parce que ce sont les corps à parties similaires qui s’accroissent ; car les premiers ne sont composés que des seconds. Il faut ensuite remarquer que, quand on parle de la chair et de l’os, et de toute autre partie analogue des corps, ceci peut se prendre en un double sens, comme pour toutes les autres choses qui ont leur espèce et leur forme dans la matière ; car la matière et la forme sont également appelées de la chair et de l’os. Dire que toute partie quelconque d’un corps s’accroît, et que quelque élément nouveau vient s’y adjoindre, c’est là une assertion qui est possible selon la forme ; mais elle ne l’est pas selon la matière. Il faut penser qu’il en est ici comme lorsqu’on mesure de l’eau avec une mesure qui reste la même ; l’eau qui survient est autre, et toujours autre. C’est également ainsi que s’accroît la matière de la chair, et il n’y a pas addition à toute partie quelconque ; mais telle partie s’écoule et telle autre s’agrège ; et l’adjonction n’a lieu qu’à toute partie quelconque de la figure et de l’espèce.

§15.[79] Mais pour les corps composés de parties non-similaires, par exemple, pour la main, il est plus évident que tout s’accroît d’une manière proportionnelle ; car, dans ce cas, la matière de l’espèce étant différente, elle est plus facile à distinguer que pour la chair et pour les corps à parties similaires. Voilà pourquoi, même sur un mort, il semble qu’on reconnaîtrait encore de la chair et des os plus aisément qu’on n’y retrouve la main et le bras. Ainsi, en un sens on peut dire que toute partie quelconque de la chair s’accroît ; et en un autre sens, on ne peut pas dire que toute partie s’accroisse. Selon la forme, il s’est joint quelque chose à toute partie quelconque, mais non pas suivant la matière. Cependant le tout est devenu plus grand, parce que quelque chose est venu s’y ajouter, qu’on appelle la nourriture et qu’on appelle aussi le contraire. Mais ce quelque chose ne fait que changer dans la même espèce ; comme par exemple, lorsque l’humide vient s’adjoindre au sec, et qu’en s’adjoignant, il change en devenant sec lui-même. En effet, il se peut tout à la fois que le semblable s’accroisse par le semblable, et, dans un autre sens, que ce soit par le dissemblable.

§ 16.[80] On pourrait encore demander ce que doit être exactement la chose qui produit l’accroissement. Il est clair que ce nouvel élément doit être le corps en puissance. Par exemple, si c’est de la chair qu’il accroît, il doit être chair en puissance, tout en étant en réalité et en entéléchie une autre chose ; et cette autre chose a dû se détruire pour devenir de la chair. Ainsi donc, elle n’est pas en soi ce qu’elle devient ; car alors il y aurait production et non pas simple accroissement. Mais la chose qui s’accroît est précisément dans celle-là. Qu’a donc éprouvé le corps par cet élément nouveau, pour qu’il se soit ainsi accru ? A-t-il subi un mélange, comme lorsqu’on verse de l’eau dans du vin, de manière à ce que le mélange entier puisse faire encore du vin ? Ou bien, de même que le feu brûle quand il touche quelque chose de combustible, de même dans le corps qui s’accroît et qui, en réalité et en entéléchie, est de la chair, la substance intérieure, qui a la force d’accroître, fait-elle de la chair réelle et en entéléchie de la chair en puissance qui s’est approchée d’elle ? Il faut donc que cet élément nouveau coexiste et soit avec l’autre ; car s’il était à part, ce serait une production réelle. C’est ainsi que l’on peut faire du feu avec du feu, qui existe préalablement, en jetant du bois dessus ; de cette façon, ce n’est bien qu’un accroissement, tandis que, quand les bois eux-mêmes viennent à brûler, il y a production véritable.

§17.[81] Mais la quantité, prise dans son sens universel, ne se produit pas plus ici que ne pourrait se produire l’animal, lequel ne serait ni homme, ni aucun animal particulier. De fait, il en est ici de la quantité, comme là il en est de l’universel. Ainsi donc, la chair et l’os nu la main, ou les nerfs et les parties similaires de ces organes, s’accroissent, parce qu’une certaine quantité de matière vient sans doute s’y ajouter, mais sans que cette matière soit une quantité appréciable de chair. En tant donc que l’élément nouveau est l’un et l’autre en puissance, et par exemple une certaine quantité de chair, en ce sens, cet élément accroit le corps ; car il faut qu’il devienne de la chair, et de la chair en une certaine quantité. Mais c’est en tant seulement qu’il est de la chair, que l’élément ajouté peut nourrir le corps. C’est par là que, rationnellement, la nourriture et l’accroissement diffèrent l’un de l’autre. Voilà aussi pourquoi le corps est nourri tout le temps qu’il vit et dure, et même qu’il dépérit ; mais il ne s’ accroît pas sans cesse. Au fond, la nutrition est identique et se confond avec l’accroissement ; mais leur être est différent. Ainsi donc, en tant que l’élément qui vient s’ajouter est en puissance, une certaine quantité de chair peut accroître la chair ; mais c’est seulement en tant qu’il est chair en puissance, qu’il peut être nourriture.

§ 18.[82] Cette forme, ou cette espèce sans matière est dans la matière, comme une puissance immatérielle ; mais s’il vient s’ajouter au corps quelque matière qui, en puissance, est immatérielle, tout en ayant aussi en puissance la quantité ces corps immatériels seront alors plus grands. Mais si cette matière ajoutée en arrive à ne pouvoir plus rien produire, et si, de même que l’eau en se mêlant de plus en plus au vin arrive à le rendre de plus en plus aqueux, et à le convertir enfin tout à fait en eau, alors elle pourra amener la destruction de la quantité ; mais la forme et l’espèce n’en demeureront pas moins.

CHAPITRE VI.

De l’action réciproque des éléments les uns sur les autres ; de leur mélange ; opinion de Diogène d’Apollonie. Pour comprendre que les éléments agissent ou souffrent les uns par les autres, il faut expliquer ce qu’on entend par leur contact : sens divers de ce mot. Différences du mouvement et de l’action ; le moteur immobile n’a pas besoin nécessairement de toucher l’objet qu’il meut ; l’objet mu peut ne rien toucher à son tour. Fin de la théorie du contact.


§ 1.[83] Comme il faut, en étudiant la matière et conséquemment les éléments, dire tout d’abord s’ils sont ou ne sont pas, si chacun d’eux est éternel ou s’ils sont créés d’une façon quelconque, et, étant créés, s’ils peuvent tous se produire mutuellement de la même manière, ou si l’un d’eux est antérieur aux autres, il s’ensuit qu’il est nécessaire de bien déterminer préalablement les choses dont on n’a parlé jusqu’à cette heure que d’une façon très vague et très insuffisante.

§ 2.[84] En effet, tous ceux qui admettent la création pour les éléments eux-mêmes, aussi bien que pour les composés qui en résultent, se bornent à tout expliquer par la réunion et la désunion, par la passivité et par l’action. Mais l’union n’est qu’un mélange ; et l’on ne nous a pas défini clairement ce que nous devons entendre par le mélange des corps. D’autre part, il n’est pas possible non plus qu’il y ait altération, ni désunion ou réunion, sans un sujet qui agisse et qui souffre ; car ceux qui admettent la pluralité des éléments, les font naître de l’action et de la souffrance réciproques des uns sur les autres.

§ 3.[85] Cependant il faut bien toujours arriver à dire que toute action vient d’un seul et unique élément ; et voilà comment Diogène avait raison en soutenant que, si tous les éléments ne venaient pas d’un seul, ils ne pourraient avoir entr’eux ni action ni souffrance réciproques, et que, par exemple, le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement. Par conséquent, concluait Diogène, dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut né cessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes. Sans doute, soutenir que toutes les choses sont dans ce même cas, ce ne serait pas exact ; et ceci ne s’observe en effet que dans les choses subordonnées les unes aux autres.

§ 4.[86] Mais si l’on veut s’expliquer nettement l’action, la souffrance et le mélange, il faut, nécessairement aussi, étudier ce que c’est que le contact des choses entr’elles. Les choses ne peuvent pas réellement agir et souffrir l’une par l’autre, quand elles ne peuvent pas se toucher mutuellement ; et si elles ne se sont pas touchées antérieurement, d’une façon quelconque, elles ne peuvent pas du tout être mêlées l’une à l’autre. Il faut donc d’abord définir ces trois phénomènes : le contact, le mélange, et l’action.

§ 5.[87] Partons de ce principe : c’est que, pour toutes les choses où il y a mélange, il faut absolument qu’elles puissent se toucher entr’elles ; et si l’une agit et que l’autre souffre, à proprement parler, il faut encore que ce contact soit possible. voilà notre motif pour parler d’abord du contact.

§6.[88] Mais, de même que la plupart des autres mots sont pris en plusieurs sens, tantôt par homonymie, et tantôt par dérivation d’autres mots qui leur sont antérieurs, de même cette diversité d’acceptions se représente pour le mot de Contact. Toutefois le contact proprement dit ne peut s’appliquer qu’aux choses qui ont une position, et il n’y a de position que pour les choses qui ont aussi un lieu ; car il faut entendre le contact et le lieu comme le font les mathématiques, soit que chacun d’eux, le lieu et le contact, soient séparés des choses, soit qu’ils existent de toute autre façon. Si donc, ainsi qu’on l’a démontré antérieurement, se toucher c’est avoir ses extrémités réunies, on peut dire que ces choses-là se touchent, qui, ayant des grandeurs et des positions déterminées, ont leurs extrémités réunies ensemble.

§ 7.[89] Mais la position appartenant aux choses qui ont aussi un lieu, et la première différence du lieu étant le haut et le bas, avec les autres oppositions de ce genre, il s’ensuit que toutes les choses qui se touchent doivent avoir pesanteur ou légèreté, ou ces deux propriétés à la fois, ou au moins l’une des deux. Or, ce sont les choses de cette espèce qui sont susceptibles d’agir et de souffrir. On doit donc évidemment en conclure que ces choses-là se touchent naturellement, qui, étant des grandeurs séparées et distinctes, auront leurs extrémités bout à bout, et pourront l’une mouvoir, et l’autre être mue, réciproquement l’une par l’autre. Mais comme le moteur ne meut pas de la même manière que meut à son tour l’objet mu, et que ce dernier ne peut mouvoir qu’autant que lui-même est mis en mouvement, tandis que l’autre peut mouvoir tout en restant lui-même immobile, il est évident que nous pourrons appliquer les mêmes distinctions au corps qui agit ; car, dans le langage commun, on dit tout aussi bien que ce qui meut agit, et que ce qui agit meut.

§ 8.[90]§ 9. Prise dans son sens le plus général, et en même temps, le plus propre. — S’applique aux corps qui ont une position, voir plus haut, § 6. — L’un des corps en contact, le texte n’est pas aussi formel. — Que celui d’action et de souffrance, le texte dit : « Dans les choses où il y a action et souffrance. »</ref> Cependant il y a ici quelque différence ; et il faut bien distinguer : c’est que tout ce qui meut ne peut pas toujours agir, comme nous le verrons en opposant ce qui agit à ce qui souffre. Un corps ne souffre que dans les cas où le mouvement est une affection ou passion ; et il n’y a passion que dans le cas où le corps est simplement altéré ; par exemple, dans le cas où il devient chaud, ou devient blanc. Mais l’idée de mouvoir a plus d’extension que celle d’agir. Donc il est évident que parfois les moteurs doivent toucher les choses qu’ils meuvent, et que parfois ils ne les touchent pas.

§ 9.[91] La définition du contact, prise dans son sens le plus général, s’applique aux corps qui ont une position, l’un des corps en contact pouvant mouvoir, et l’autre pouvant être mu, et le moteur et le mobile n’ayant d’autre rapport entr’eux que celui d’action et de souffrance.

§ 10.[92] Dans les cas les plus ordinaires, la chose qui est touchée touche la chose qui la touche ; car presque tous les objets que. nous pouvons observer sont mis en mouvement avant de mouvoir aussi à leur tour ; et dans tous ces cas, il semble qu’il y a nécessité que l’objet qui est touché touche l’objet qui le touche. Mais nous disons qu’il se peut parfois aussi que le moteur seul touche l’objet auquel il donne le mouvement, et que l’objet qui est touché ne touche pas l’autre qui le touche. Comme les corps homogènes ne meuvent que quand ils sont mus eux-mêmes, il faut, ce semble, qu’un corps qui est touché, touche aussi. Par conséquent, s’il y a quelque moteur qui, tout en étant lui-même immobile, communique le mouvement, il faudra qu’il touche l’objet qu’il meut, sans que rien le touche lui-même. C’est ainsi, en effet, que nous disons quelquefois que la personne qui nous fait de la peine, nous touche sans que nous la touchions nous-mêmes.

§ 11.[93] Voilà ce que nous avions à dire sur le contact, considéré dans les objets naturels.

CHAPITRE VII.

Théorie de l’action et de la passion ; opinions des philosophes ; Démocrite est celui qui a le mieux compris ce sujet ; cause de l’erreur des philosophes. Le semblable ne peut éprouver aucune action de la part de son semblable ; rapport nécessaire de l’agent et du patient ; leur identité et leur différence. Conciliation des deux opinions opposées, dans une distinction verbale, qu’on ne fait pas toujours. Analogie du mouvement avec les deux phénomènes de l’action et de la passion ; le premier moteur peut être immobile ; le premier agent peut également être impassible. Fin de la théorie de l’action et de la passion.


§ 1.[94] A la suite de ce qui précède, nous allons expliquer ce qu’on doit entendre par agir et souffrir. Nous avons reçu des philosophes antérieurs à nous des théories assez divergentes entr’elles sur ce sujet. Cependant ils conviennent assez unanimement que le semblable ne peut rien souffrir du semblable, parce que l’un n’est pas plus actif ni passif que l’autre ; et que les semblables ont toutes leurs qualités absolument identiques. Puis, on ajoute que ce sont naturellement les corps dissemblables et les corps différents qui ont action et passion réciproques les uns sur les autres. Par exemple, quand un feu moindre est éteint par un feu plus grand, nos philosophes prétendent que le feu qui est moindre souffre en effet par suite de l’opposition des contraires, beaucoup étant le contraire de peu.

§ 2.[95] Démocrite est le seul, à part de tous les autres, qui ait avancé en ceci une opinion particulière. Il soutient que ce qui agit et ce qui souffre est au fond identique et semblable, parce qu’il n’accorde pas que des choses différentes et tout autres puissent souffrir quoi que ce soit les unes des autres ; et si certaines choses, tout en étant différentes entr’elles, ont les unes sur les autres quelqu’action réciproque, ce phénomène, selon lui, se passe en elles non pas en tant qu’elles sont différentes, mais en tant qu’elles ont au contraire un point quelconque de ressemblance et d’identité.

§ 3.[96] Telles sont donc les opinions émises avant nous. Mais les philosophes qui les soutiennent peuvent sembler se contredire entre’ eux ; et, la cause de leurs dissentiments à cet égard, c’est que dans une question où il fallait considérer l’ensemble du sujet, ils n’en ont considéré, les uns et les autres, qu’une seule partie.

§ 4.[97] Il est bien vrai que ce qui est tout à fait semblable et ne diffère absolument d’aucune façon que ce soit, ne peut absolument rien souffrir, ni rien éprouver de la part de son semblable. Pourquoi l’un des deux objets, en effet, agirait-il plutôt que l’autre ? S’il est possible que la chose souffre en quelque manière de son semblable, alors elle pourra se faire souffrir aussi elle-même. Or, ceci étant admis, il en résulterait que rien au monde ne serait impérissable, ni immobile, si l’on suppose que le semblable, en tant que semblable, peut agir, puisqu’alors tout être quelconque pourra se donner le mouvement à lui-même, et le donner tout aussi bien à l’être qui est tout à fait différent, et qui n’a rien du tout d’identique. En effet, la blancheur ne peut subir aucune action de la part d’une ligne, ni une ligne rien éprouver de la part de la blancheur, si ce n’est peut-être par accident et indirectement : dans le cas, par exemple, où la ligne serait par hasard blanche ou noire ; car les choses ne peuvent pas modifier spontanément leur nature, quand elles ne sont pas contraires entr’elles, ou qu’elles ne viennent pas de contraires.

§ 5.[98] Mais comme agir et souffrir ne sont pas naturellement la propriété de la première chose venue et prise au hasard, et qu’ils ne se produisent que dans les choses qui sont contraires entr’elles, ou qui ont entr’elles une certaine contrariété, il en résulte nécessairement que l’agent et le patient doivent être semblables et identiques, au moins par leur genre, et qu’ils sont dissemblables et contraires par leur espèce. Ainsi, la nature veut que le corps subisse l’action du corps, que la saveur subisse l’action de la saveur, la couleur de la couleur ; en un mot, qu’un objet homogène puisse souffrir une action de la part de l’objet homogène. La cause en est que tous les contraires sont dans le même genre, et que les contraires agissent et souffrent les uns de la part des autres. Donc il faut nécessairement qu’en un sens, l’agent et le patient soient pareils ; et en même temps, il faut aussi qu’ils soient dissemblables et différents entr’eux.

§ 6.[99] Puis donc que l’agent et le patient sont les mêmes et semblables en genre et dissemblables en espèce, et que ce sont là les rapports des contraires, il s’ensuit évidemment que les contraires et les intermédiaires agissent et souffrent réciproquement, les uns à l’égard des autres. C’est en eux absolument que se passent la destruction et la production des choses. Aussi, est il tout simple que le feu échauffe et que le froid refroidisse ; en un mot, qu’une chose qui agit assimilé à elle la chose qui souffre son action ; puisque ce qui agit et ce qui souffre sont des contraires, et que la production est précisément le passage de la chose à son contraire. Il en résulte que nécessairement ce qui souffre se change en ce qui agit ; et c’est seulement ainsi qu’il y aura production aboutissant au contraire.

§ 7.[100] Voilà ce qui explique très bien comment, sans dire expressément les mêmes choses, nos philosophes peuvent cependant, des deux parts, arriver à découvrir la nature et la vérité. Ainsi, tantôt nous disons que c’est le sujet même qui souffre, quand, par exemple, nous disons que telle personne se guérit, qu’elle s’échauffe, qu’elle se refroidit, et qu’elle éprouve telles autres affections du même genre ; et tantôt aussi, nous disons que c’est le froid qui devient chaud, ou que c’est la maladie qui devient la santé ; et des deux parts, l’expression est vraie.

§ 8.[101] Il en est de même aussi en ce qui concerne l’agent ; et nous disons.parfois que c’est telle personne qui échauffe telle chose, et parfois aussi que c’est la chaleur qui échauffe ; car tantôt c’est la matière qui souffre l’action ; et tantôt aussi, c’est le contraire qui souffre. Ainsi, c’est en regardant les choses sous ce point de vue que les uns ont prétendu que l’être qui agit et celui qui souffre doivent avoir quelque chose d’identique ; et que les autres, regardant d’un côté différent, ont prétendu que c’était tout le contraire.

§ 9.[102] Mais le raisonnement qu’on peut faire, pour expliquer ce que c’est qu’agir et souffrir, est le même que celui par lequel on explique ce que c’est que mouvoir et être mu. Ainsi, l’expression de moteur se prend aussi en deux sens. D’abord, la chose où se trouve le principe du mouvement semble être le moteur, puisque le principe est la première des causes ; et c’est, en second lieu, le dernier terme relativement à l’objet qui est mu, et à la production de la chose.

§10.[103] La même observation s’applique à l’agent ; et c’est ainsi que nous disons également, et que c’est le médecin qui guérit, ou que c’est le vin qu’il ordonne au malade. Rien n’empêche donc que le premier moteur, dans le mouvement qu’il donne, ne reste lui-même immobile ; parfois même il y a nécessité qu’il le soit ; mais le dernier terme doit toujours, pour mouvoir, être d’abord mu lui-même.

§ 11.[104] Dans l’action aussi, le premier terme n’est pas affecté, et il est impassible ; mais il faut que le dernier terme, pour pouvoir agir, souffre aussi lui-même quelqu’action préalablement. Toutes les choses qui n’ont pas la même matière agissent sans souffrir elles-mêmes et en restant impassibles : par exemple, l’art de la médecine ; car tout en faisant la santé, elle n’éprouve aucune action de la part du corps qu’elle guérit. Mais la nourriture, en faisant la santé, souffre et éprouve elle-même aussi quelque affection ; car ou elle est échauffée, ou elle est refroidie, ou elle éprouve telle affection différente, en même temps qu’elle agit. C’est que d’une part, la médecine est ici, en quelque sorte, comme le principe, tandis que, d’autre part, la nourriture est le dernier terme, qui touche l’organe auquel elle s’applique. Ainsi donc, toutes les choses actives qui n’ont pas leur forme dans la matière restent impassibles ; et toutes celles qui ont leur forme dans la matière peuvent souffrir quelqu’action. Nous disons aussi que la matière indifféremment est la même, pour un quelconque des deux termes opposés, et nous la considérons comme étant pour eux leur genre commun. Mais ce qui peut devenir chaud doit nécessairement s’échauffer, quand l’objet qui échauffe est présent et tout proche de lui. Aussi voilà pourquoi, parmi les choses qui agissent, les unes, comme je viens de le dire, sont impassibles, et que les autres, au contraire, peuvent souffrir, et comment il en est pour les agents tout de même que pour le mouvement. Là, en effet, le moteur primitif est immobile ; et, ici, parmi les agents, c’est le premier acteur qui est impassible, et à l’abri de toute souffrance.

§ 12.[105] Mais si l’agent est cause, tout aussi bien que le moteur, d’où vient que le principe du mouvement, le but en vue duquel se fait tout le reste, n’exerce pas lui-même d’action ? Par exemple, la santé n’est pas un agent, et l’on ne pourrait l’appeler ainsi que par pure métaphore. Dès que l’agent existe, il s’ensuit que le patient qui souffre l’action devient quelque chose ; mais quand les qualités sont tout acquises et présentes, le sujet n’a plus à devenir ; il est déjà tout ce qu’il doit être. Les formes et les fins des choses sont, on peut dire, des qualités et des habitudes, tandis que c’est la matière qui, en tant que matière, est toute passive. Ainsi donc, le feu a sa chaleur dans la matière ; et si la chaleur était quelque chose de séparable de la matière du feu, elle ne pourrait rien éprouver ni souffrir. Mais il est impossible, sans doute, que la chaleur soit séparée du feu qui échauffe ; et s’il y a des choses qui soient séparées de cette manière, ce que nous venons de dire ne serait vrai que pour celles-là.

§ 13.[106] En résumé, nous nous bornons aux considérations précédentes pour expliquer ce que c’est qu’agir et souffrir, pour faire voir à quelles choses l’un et l’autre appartiennent, par quel moyen et comment l’action et la passion se produisent.

CHAPITRE VIII.


Réfutation de la théorie qui suppose que l’action et la passion s’exercent dans les substances matérielles par les pores. Opinion des anciens philosophes ; citation d’Empédocle ; Leucippe et Démocrite sont plus près de la vérité. L’unité de l’être est impossible, ainsi que son immobilité. Étranges aberrations des anciens philosophes. Exposé de la théorie de Leucippe ; exposé de celle d’Empédocle ; ses rapports et ses différences avec celle de Leucippe. Citation du Timée de Platon ; comparaison de Platon et de Leucippe. Quelques objections contre la théorie de Platon, contre la théorie de l’unité, et celle des atomes. Impossibilité d’admettre l’existence des atomes et de comprendre d’où leur est venu le mouvement ; la vision à travers les milieux devient inexplicable. — Fin de la réfutation de la théorie qui explique par les pores l’action et la passion dans les choses.


§1.[107] Exposons encore une fois comment les deux phénomènes de l’action et de la passion sont possibles. Parmi les philosophes, les uns pensent que, quand une chose souffre passivement un effet quelconque, c’est que l’agent qui produit l’effet en dernier ressort et principalement, pénètre dans cette chose par certains pores ou conduits. C’est ainsi, disent-ils, que nous voyons, que nous entendons, et que nous percevons toutes nos autres perceptions des sens. Si, de plus, les objets peuvent être vus au travers de l’air, de l’eau et des corps diaphanes, c’est que ces corps ont des pores qui sont invisibles, à cause de leur petitesse, mais d’ailleurs fort serrés et rangés régulièrement en ordre ; plus les corps sont diaphanes, plus ils ont de ces pores en grand nombre.

§ 2.[108] C’est ainsi que des philosophes se sont expliqué les choses, comme l’a fait, par exemple, Empédocle. Mais on n’a point borné cette théorie à l’action et à la souffrance, et l’on a même prétendu que les corps ne se mélangeaient entr’eux que quand leurs pores étaient réciproquement commensurables. Leucippe et Démocrite ont tracé ici mieux que personne le vrai chemin ; et ils ont tout expliqué d’un seul mot, en prenant le point de départ réel qu’indique la nature. En effet, quelques anciens ont cru que l’être est nécessairement un et immobile. Selon eux, le vide n’existe pas, et il ne peut pas y avoir de mouvement dans l’univers, puisqu’il n’y a pas de vide séparé des choses. Ils ajoutaient qu’il ne peut pas non plus y avoir de pluralité, du moment qu’il n’y a pas de vide qui divise et isole les choses ; que, du reste, prétendre que l’univers n’est pas continu, mais que les êtres qui le composent se touchent, tout séparés qu’ils sont, cela revient à dire que l’être est multiple et n’est pas un, et qu’il y a du vide ; que si l’être est absolument divisible en tous sens, dès-lors, il n’y a plus d’unité pour quoi que ce soit, de sorte qu’il n’y a pas davantage de pluralité, et que le tout est entièrement vide ; que si l’on suppose que l’univers soit mi-partie d’une façon et mi-partie de l’autre, cette explication, disent-ils, ressemble par trop à une hypothèse toute gratuite ; car alors, jusqu’à quel point et pourquoi telle partie de l’univers est-elle ainsi et est-elle pleine, tandis que telle autre partie est divisée ? Et de cette façon, on arrive également, selon eux, à soutenir nécessairement qu’il n’y a pas de mouvement dans l’univers.

§ 3.[109] C’est en partant de ces théories, en bravant et en dédaignant le témoignage des sens, sous prétexte qu’on doit suivre uniquement la raison, que quelques philosophes en sont venus à croire que l’univers est un, immobile et infini ; car autrement, la limite, selon eux, ne pourrait que confiner au vide.

§ 4.[110] Telles sont donc les théories de ces philosophes, et telles sont les causes qui les ont poussés à comprendre ainsi la vérité. Sans doute, si l’on s’en tient à de purs raisonnements, ceux-là semblent acceptables ; mais, si l’on veut considérer les faits, c’est presqu’une folie que de soutenir de pareilles opinions ; car, il n’y a pas de fou qui soit allé jusqu’à ce point d’aberration, de trouver que le feu et la glace sont une seule et même chose. Mais confondre les choses belles en soi avec celles qui ne nous le paraissent que par l’usage, sans trouver, d’ailleurs, aucune différence entr’elles, ce ne peut être que le résultat d’un véritable égarement d’esprit.

§ 5.[111] Quant à Leucippe, il se croyait en possession de théories qui, tout en s’accordant avec les faits attestés par les sens, ne devaient pas compromettre, selon lui, ni la production ni la destruction, ni le mouvement ni la pluralité des êtres. Mais, après cette concession faite à la réalité des phénomènes, il en fait d’autres à ceux qui admettent l’unité de l’être, sous prétexte qu’il n.’ y a pas de mouvement possible sans le vide, et il accorde que le vide est le non-être, et que le non-être n’est rien de ce qui est. Ainsi, d’après lui, l’être, proprement dit, est excessivement nombreux ; l’être, ainsi entendu, ne peut pas être un ; et, loin de là, ces éléments sont en nombre infini, et sont seulement invisibles à cause de la ténuité extrême de leur volume. Leucippe ajoute que ces particules se meuvent dans le vide, car il admet le vide, et qu’en se réunissant, elles causent la production des choses, et qu’en se dissolvant, elles en causent la destruction ; que les choses agissent ou souffrent, selon qu’elles se touchent mutuellement, et qu’ainsi, elles ne sont pas une seule et même chose ; et que, se combinant et s’entrelaçant les unes aux autres, elles produisent tout l’univers. Leucippe en conclut que jamais la pluralité ne saurait sortir de la véritable unité, pas plus que l’unité ne peut venir davantage de la vraie pluralité, et que tout cela est absolument impossible, de part et d’autre. Enfin, de même qu’Empédocle et quelques autres philosophes, qui prétendent que dans les choses l’action qu’elles souffrent et subissent s’exerce par le moyen des pores, Leucippe croit de même que toute altération et toute souffrance des choses ont lieu de cette même manière, la dissolution et la destruction se produisant par le moyen du vide, et l’accroissement se faisant, également, par le moyen des particules solides, qui entrent dans les choses.

§ 6.[112] Pour Empédocle, il doit tenir nécessairement à peu près le même langage que Leucippe ; car il dit qu’il doit y avoir des particules solides et indivisibles, si les pores ne sont pas absolument continus. Or, cette continuité des pores est impossible ; car alors, il ne pourrait y avoir rien de solide, si ce n’est les pores ; et tout, sans exception, ne serait plus que du vide. Donc, il faut, selon Empédocle, que les particules qui se touchent soient indivisibles, et que les intervalles seuls qui les séparent soient vides ; et c’est là ce qu’il appelle les pores. Or, ces opinions sont aussi celles de Leucippe sur l’action et la passion dans les choses.

§ 7.[113] Telles sont les explications qu’on a données sur la façon dont les choses sont tantôt actives et tantôt passives. Ainsi, l’on voit ce qu’il en est réellement pour ces philosophes, et comment ils s’expriment à cet égard, en soutenant des systèmes qui sont à peu près d’accord avec les faits.

§ 8.[114] Mais, dans les théories d’autres philosophes, tels qu’Empédocle, on aperçoit moins nettement comment ils conçoivent la production, la destruction, l’altération des choses, et la manière dont ces phénomènes ont lieu. Ainsi pour les uns, les éléments primitifs des corps sont indivisibles ; ils ne diffèrent entr’eux que par les formes, et c’est de ces éléments que les corps sont primitivement composés, et c’est en eux que, définitivement, ils se dissolvent. Mais, quant à Empédocle, on voit bien assez clairement qu’il pousse la production et la destruction des choses jusqu’aux éléments eux-mêmes. Du reste comment peut se produire et se détruire la grandeur compacte de ces éléments ? C’est ce qui n’est pas du tout clair dans son système ; c’est, en outre, ce qu’il ne saurait expliquer, puisqu’il nie que le feu même soit un élément, ainsi qu’il nie également l’existence de tous les autres. Platon a soutenu la même thèse dans le Timée ; car, tant s’en faut que Platon s’exprime sur ce point comme Leucippe, que l’un admet que les indivisibles sont des solides, et l’autre, qu’ils ne sont que des surfaces ; que l’un soutient que tous les solides indivisibles sont déterminés par des figures dont le nombre est infini, et l’autre, qu’ils ont des figures finies et précises. Le seul point où tous les deux s’accordent, c’est qu’ils admettent l’existence des indivisibles, et leur limitation par des figures.

§ 9[115]. Si c’est bien de là en effet que viennent les productions et les destructions des choses, il y aurait dès lors, pour Leucippe, deux manières de les concevoir, le vide et le contact. C’est ainsi, selon lui, que chaque chose serait distincte et divisible.. Mais, pour Platon au contraire, il n’y a que le contact tout seul, puisqu’il rejette l’existence du vide. Nous avons parlé, dans nos recherches antérieures, du système des surfaces indivisibles ; et quant aux solides indivisibles, ce n’est pas le lieu ici d’examiner plus longuement les conséquences de cette théorie, que nous laisserons de côté pour le moment.

§ 10.[116] Mais en nous permettant une légère digression, nous dirons que, nécessairement, dans ces systèmes, tout indivisible doit être impassible ; car il ne saurait être passif et souffrir aucune action que par le vide, qu’on n’admet pas ; et il ne peut produire non plus aucune action sur quoi que ce soit, puisqu’il ne peut être, par exemple, ni dur, ni froid. Certainement, il est absurde de se borner à accorder la chaleur uniquement à la forme sphérique ; car dès lors, il y a nécessité aussi que la qualité contraire, c’est-à-dire le froid, appartienne à quelqu’autre figure que la sphère. Mais si ces deux qualités existent dans les choses, je veux dire la chaleur et le froid, il serait absurde de croire que la légèreté et la pesanteur, la dureté et la mollesse, n’y peuvent pas être également. Je reconnais que Démocrite prétend que chaque indivisible peut être plus pesant, s’il est plus considérable, de telle sorte qu’évidemment aussi il pourra être plus chaud.

§ 11.[117] Mais il est impossible que, étant ainsi qu’on le dit, ces indivisibles ne subissent pas d’influence les uns de la part des autres, et que, par exemple, ce qui est médiocrement chaud ne subisse pas d’influence de la part de ce qui a une chaleur infiniment plus forte. Mais si le dur subit une influence, le mou doit aussi en subir une ; car on ne dit d’une chose qu’elle est molle qu’en pensant à une action qu’elle peut souffrir, puisque le corps mou est précisément celui qui cède aisément à la pression.

§ 12.[118] D’ailleurs il n’est pas moins absurde de n’admettre dans les choses absolument rien que la forme ; et, si l’on admet la forme, de n’en supposer qu’une seule, soit, par exemple, le froid, soit la chaleur ; car il ne peut pas y avoir une seule et même nature pour ces deux phénomènes opposés.

§ 13.[119] Il y a une égale impossibilité, il est vrai, à supposer que l’être, en restant un, puisse avoir plusieurs formes ; car étant indivisible, il éprouverait ses affections diverses dans le même point. Par conséquent, il aurait beau souffrir, et, par exemple, être refroidi, par cela même il produirait aussi quelqu’autre action, ou il souffrirait même quelqu’autre affection quelconque.

§ 14.[120] On pourrait faire les mêmes remarques pour toutes les autres affections ; car soit qu’on admette des solides indivisibles, soit qu’on admette des surfaces indivisibles, les conséquences sont les mêmes, puisqu’il n’est pas possible que les indivisibles soient, tantôt plus rares, et tantôt plus denses, s’il n’y a pas de vide dans les indivisibles.

§ 15.[121] Il est tout aussi absurde de supposer que de petits corps sont indivisibles, et que de grands corps ne le sont pas. Dans l’état présent des choses, la raison comprend, en effet, que les corps plus grands peuvent se broyer bien plus aisément que les petits, attendu qu’ils se dissolvent sans peine, précisément parce qu’ils sont grands, et qu’ils touchent et se heurtent à beaucoup de points. Mais pourquoi les indivisibles se trouveraient-ils absolument dans les petits corps plutôt que dans les grands ?

§ 16.[122] De plus, tous ces solides ont-ils une seule et même nature, ou bien diffèrent-ils les uns des autres, les uns étant de feu, et les autres, de terre selon leur masse ? S’il n’y a qu’une seule et même nature pour tous, quelle cause peut les avoir divisés ? Ou bien, pourquoi, en se touchant, ne se réunissent-ils pas tous, par leur contact, en une seule et même masse, comme de l’eau quand elle touche de l’eau ? La dernière eau ajoutée ne diffère en rien de celle qui la précédait. Mais si ces indivisibles sont différents les uns des autres, alors que sont-ils ? Evidemment, il faut admettre que ce sont là les principes et les causes des phénomènes, bien plutôt qu’ils n’en sont les simples formes ; et d’autre part, si l’on dit qu’ils diffèrent de nature, ils peuvent alors, en se touchant mutuellement, agir ou souffrir les uns par les autres.

§ 17.[123] Bien plus, quel sera le moteur qui les mettra en mouvement ? Si ce moteur est différent d’eux, alors l’indivisible est passif. Si chaque indivisible se meut lui-même, ou il deviendra divisible, moteur en une partie, et mobile dans une autre, ou bien les contraires coexisteront dans la chose. La matière alors sera une, non pas seulement numériquement, mais aussi en puissance.

§ 18.[124] Ceux donc qui prétendent que les modifications subies par les corps se produisent par le mouvement des pores, doivent prendre garde ; car s’ils admettent que le phénomène a lieu même quand les pores sont pleins, ils leur prêtent alors un rôle bien inutile, puisque, si le corps, en cet état, souffre de la même façon, on peut supposer que, sans avoir de pores, et étant lui-même continu, il pourrait tout aussi bien souffrir tout ce qu’il souffre.

§ 19.[125] Mais comment la vision pourrait-elle se produire de la façon dont on l’explique dans ce système ? Il n’est pas plus possible en effet qu’elle passe par les contacts au travers des objets diaphanes, qu’au travers des pores, si ces pores sont tous pleins. Où sera donc la différence d’avoir ou de ne point avoir de pores, puisque tout sera plein également ? Que si ces pores même sont supposés vides, et s’il doit y avoir des corps en eux, alors se représenteront les mêmes difficultés. Mais si l’on suppose que les pores ont de si petites dimensions qu’ils ne puissent plus recevoir un corps quelconque, c’est une opinion ridicule de s’imaginer que le petit est vide, et que le grand ne l’est pas, quelle que soit son étendue, et d’aller croire que le vide soit autre chose que la place du corps, de telle sorte qu’évidemment, il faudrait que le vide fût toujours en volume égal au corps lui-même.

§ 20.[126] En un mot, il est bien inutile de supposer des pores. Si une chose n’agit pas par son contact sur une autre, elle n’agira pas davantage parce qu’elle traversera des pores ; et si c’est par le contact qu’elle agit, alors, même sans pores, les choses agiront ou souffriront l’action toutes les fois que la nature les aura mises, l’une envers l’autre, dans une relation de ce genre.

§ 21[127]. On voit enfin, par tout ceci, qu’imaginer des pores dans le sens où quelques philosophes les ont compris, c’est une erreur complète ou une hypothèse bien vaine. Les corps étant absolument divisibles en tous sens, il est ridicule de supposer des pores, puisque, en tant que les corps sont divisibles, ils peuvent toujours se séparer.

CHAPITRE IX

Détails nouveaux sur la théorie de la production des choses et de leurs propriétés actives et passives ; actions qui se produisent au contact et à distance ; explication insuffisante de Démocrite ; transformation des corps changeant d’état sans changer de place. Fin de la théorie de l’action et de la passion.


§ 1.[128] Quant à nous, remontant au principe que nous avons si souvent énoncé, reprenons l’explication de la manière dont la production, l’action et la souffrance ont lieu dans les choses. Si, en effet, une chose a telle propriété tantôt en simple puissance, tantôt en réalité, en entéléchie, et si naturellement elle peut souffrir dans telle de ses parties, et ne pas souffrir dans, telle autre, mais que, pour sa totalité, elle souffre dans la proportion même où elle a cette propriété, il est clair qu’elle souffrira plus ou moins selon que cette propriété sera plus ou moins forte en elle. C’est en ce sens surtout qu’on pourrait plus aisément admettre l’existence des pores ; ils seraient ainsi dans les corps, comme, dans les métaux, s’étendent quelquefois des veines continues de la matière susceptible d’une certaine affection.

§ 2.[129] Ainsi tant que la chose est homogène et qu’elle est une, elle est impassible. Il en est encore de même, quand les choses ne se touchent pas entr’elles, ou n’en touchent pas d’autres qui peuvent, parleur nature, agir ou souffrir ; je veux dire, par exemple, que non seulement le feu échauffe au contact, mais qu’il échauffe aussi à distance ; car le feu échauffe l’air, et l’air échauffe le corps, parce que l’air peut, par sa nature, à la fois agir et souffrir.

§ 3.[130] Mais quand on dit qu’une chose peut souffrir dans une de ses parties et peut ne pas souffrir dans une autre, on doit expliquer ce qu’on entend par là, après la définition donnée dans le principe. Si en effet, la grandeur n’est pas absolument divisible en tous sens, mais qu’il y ait quelque chose, corps ou surface, qui soit indivisible en elle, il s’ensuivrait qu’il n’y a plus de grandeur qui puisse être totalement passive. Mais il n’y aurait plus rien non plus qui pût être continu. Or, si c’est là une erreur et que tout corps soit toujours divisible, il n’importe plus que le corps soit divisé réellement, et comme tel susceptible de contacts, ou qu’il soit simplement divisible ; car du moment qu’il peut être divisé aux points de contact, ainsi qu’on le prétend, il peut être regardé comme divisé, même avant de l’être ; et il sera divisible, puisque rien de ce qui est impossible ne se produit jamais.

§ 4.[131] Ce qui rend tout à fait absurde de soutenir que l’action et la passion ont lieu de cette manière, par la scission des corps, c’est que cette théorie supprime et détruit l’altération. Ainsi, nous voyons qu’un même corps, sans cesser d’être continu, est tantôt liquide, tantôt coagulé, sans qu’il souffre cette modification, ni par la division de ses parties, ni par leur combinaison, ni par leur déplacement, ni par leur contact, comme le prétend Démocrite. Car le corps n’a eu ni à changer de position, : ni à changer de place, ni à changer de nature, pour devenir coagulé, de liquide qu’il était. On ne voit pas non plus que les choses durcies et coagulées soient actuellement indivisibles dans leur masse ; mais le corps tout entier est également liquide, et parfois il devient tout entier dur et il se coagule.

§ 5.[132] Enfin, dans ce système, il ne saurait plus y avoir ni accroissement des choses, ni dépérissement ; car, aucun corps n’aura pu devenir plus grand s’il n’y a qu’une simple addition, et s’il ne change pas tout entier lui-même, par suite du mélange d’une chose étrangère, ou par suite de quelque changement qui se passe en lui.

§ 6.[133] Nous nous bornerons à ce que nous venons de dire, en ce qui concerne la production des choses, leur action, leur génération et leurs modifications réciproques. Ceci suffit également pour comprendre dans quel sens ces phénomènes sont possibles, et comment ils ne le sont pas, d’après les explications qui en ont été quelquefois données.


CHAPITRE X

Théorie du mélange ; Il y a des philosophes qui ont nié que les choses pussent jamais se mêler entr’elles ; réfutation de cette théorie ; idée générale des conditions du mélange. Nature diverse des corps mélangés ; différence de la juxtaposition et du mélange véritable ; pour qu’il y ait mélange entre les choses, il faut qu’il y ait homogénéité entre elles, et même une certaine proportion ; la goutte de vin dans une grande quantité d’eau ; facilité ou difficulté du mélange, selon la variété dans la nature et la forme des choses. Fin de la théorie du mélange.


§ 1.[134] Il nous reste à étudier ce que c’est que le mélange des choses, et nous suivrons ici la même méthode que précédemment ; car, c’est là le troisième des sujets que nous nous étions proposé d’examiner, au début de ces recherches. Il faut donc voir ce qu’est le mélange, ce qu’est la chose susceptible d’être mélangée, quelles sont les choses entre lesquelles le mélange peut se faire, et comment ce phénomène s’accomplit.

§ 2.[135] D’autre part, on peut même aussi se demander s’il existe bien réellement un mélange des choses, ou si ce n’est là qu’une erreur ; car, on peut croire qu’une chose ne doit jamais se mêler à une autre, ainsi que le prétendent quelques philosophes. En effet, disent-ils, quand les choses qui ont été mêlées subsistent encore et ne sont pas altérées, on ne peut pas dire qu’elles sont actuellement plus mêlées qu’elles ne l’étaient auparavant ; mais elles sont toujours au même état. Si l’une des deux choses est venue à disparaître, dans le mélange, on ne peut plus dire qu’elles sont mêlées, mais seulement que l’une existe et que l’autre n’existe plus, tandis que le mélange ne peut vraiment avoir lieu qu’entre des choses qui existent également. Enfin, ajoutent-ils, il n’y a pas non plus de mélange, et par la même raison, si les deux choses qui se réunissent viennent toutes les deux à être détruites en se mêlant ; car il est bien impossible que des choses qui ne sont plus du tout puissent être mélangées.

§ 3.[136] Cette théorie, comme on le voit, a pour but de déterminer en quoi le mélange des choses diffère de leur production et de leur destruction, et aussi en quoi la chose mélangée diffère de la chose produite, et de la chose détruite ; car, évidemment, le mélange doit différer en supposant qu’il soit réel. Une fois ces questions éclaircies, celles que nous nous étions posées se trouveront résolues.

§ 4.[137] C’est là ce qui fait aussi qu’on ne peut pas dire que la matière s’est mêlée au feu qui l’a consumée, ni même qu’elle s’y mêle pendant qu’elle brûle, de même qu’on ne pourrait pas dire qu’elle se mêle à elle-même, dans les parties du feu, pas plus qu’au feu lui-même ; mais on dit simplement que le feu s’est produit, et que la matière combustible s’est détruite. De même encore, on ne peut pas dire davantage, ou de la nourriture, que c’est en se mêlant au corps, ou de la forme du cachet, que c’est en se mêlant à la cire, qu’elles donnent une certaine figure à la masse entière. On doit reconnaître aussi que, ni le corps et la blancheur, ni, en un mot, les qualités et les affections des corps ne peuvent se mêler aux choses, puisqu’on voit, au contraire, que les deux subsistent. La blancheur et la science ne peuvent pas davantage composer réellement un mélange, non plus qu’aucune des qualités ou attributs qui ne sont pas séparables.

§ 5.[138] Aussi, est-ce se tromper que de soutenir que toutes choses ont été jadis confondues, et que tout s’est trouvé mêlé ; car tout ne peut point se mêler indifféremment à tout. Il faut toujours que chacune des deux. choses qui se mêlent puisse subsister séparément ; or, jamais les qualités des choses n’en peuvent être séparées. Mais comme parmi les choses, les unes sont en simple puissance et les autres en toute réalité, il s’ensuit que les choses qui se mêlent peuvent, en un sens, exister encore, et, en un autre sens, ne plus exister. Si, en réalité, le produit qui résulte du mélange est quelque chose de différent, il n’en est pas moins toujours, en puissance, les deux choses qui existaient avant de se mélanger et de se perdre dans le mélange. C’est là, précisément, la réponse à la question que soulevait la théorie dont nous venons de parler ; et il semble que les mélanges se forment de choses qui étaient antérieurement séparées, et qui peuvent l’être encore de nouveau. Ainsi, les choses mélangées ne subsistent pas en réalité, comme demeure et subsiste le corps et la blancheur qui le caractérise ; et elles ne sont pas non plus détruites, soit l’une des deux isolément, soit toutes deux à la fois, puisque leur puissance se conserve toujours.

§ 6.[139] Mais laissons ceci de côté, et passons à la question suivante, qui consiste à savoir si le mélange est quelque chose que puissent percevoir nos sens. Par exemple, lorsque,les choses mélangées sont divisées en parties assez petites, et qu’elles sont placées assez proche les unes des autres pour que l’une ne soit plus sensiblement distincte de l’autre, y a-t-il alors ou n’y a-t-il pas mélange ? Mais n’est-il pas possible aussi que, dans le mélange, les choses quelconques soient placées, parties par parties, les unes à côté des autres ? Car on appelle encore cela un mélange ; et c’est ainsi que l’on dit que la paille est mêlée au grain, quand, à côté de chaque grain, est placé un brin de paille.

§ 7.[140] Si un corps est divisible, et si un corps, quand il est mêlé à un autre corps, doit lui être homogène, il faudrait que toute partie quelconque du mélange s’unit à une autre partie quelconque. Mais comme le corps ne peut jamais être divisé en ses parties les plus petites, et comme la juxtaposition n’est pas du tout le mélange et est tout autre chose, évidemment on ne peut plus dire que les choses sont mélangées, quand elles se conservent ce qu’elles sont, en petites particules. Alors il y a juxtaposition ; mais il n’y a ni mixtion, ni mélange ; et la définition d’une partie du mélange ne pourra plus être la même que celle qu’on donnerait du mélange tout entier. Quant à nous, nous disons que, pour qu’il y ait un vrai mélange, il faut que la chose mélangée soit composée de parties homogènes ; et, de même qu’une partie d’eau est de l’eau, de même aussi doit être une partie quelconque du mélange. Mais si le mélange n’est qu’une juxtaposition faite de particules à particules, aucun des faits que nous venons d’analyser n’aura lieu ; et ce sera seulement pour les yeux que les deux choses paraîtront mélangées. Aussi la même chose paraîtra mélangée à tel observateur qui n’aura pas la vue bien perçante, tandis que Lyncée trouvera qu’il n’y a pas de mélange.

§ 8.[141] La division n’explique pas le mélange, non plus que ne l’explique la réunion d’une partie quelconque à une autre partie, puisque la division ne saurait avoir lieu de cette manière. Donc, ou il n’y a pas de mélange possible, ou il faut se mettre à un autre point de vue pour exposer comment ce phénomène peut avoir lieu. Rappelons d’abord que, parmi les choses, ainsi que nous l’avons dit, les unes sont actives, les autres sont passives sous l’action de celles-là. Les unes ont une influence réciproque ; ce sont celles dont la matière est la même, pouvant agir les unes sur les autres, ou souffrir les unes par les autres également. D’au très agissent, tout en restant impassibles ; ce sont celles dont la matière n’est pas la même ; et pour celles-là, il n’y a pas de mélange possible. Voilà comment la médecine ne se mêle pas aux corps pour faire la santé, et pourquoi la santé ne s’y mêle pas non plus.

§ 9.[142] Même, parmi les choses qui peuvent agir et souffrir réciproquement, toutes celles qui sont faciles à se diviser, quand elles se mêlent en grand nombre à un petit nombre d’autres choses, et en quantité considérable à une quantité peu considérable, ne produisent pas précisément un mélange, mais seulement un accroissement de l’élément qui prédomine. Alors l’une des deux choses mélangées se change en celle qui prédomine ; ainsi, une goutte de vin ne se mêle pas à une quantité d’eau qui serait de dix mille amphores ; car, dans ce cas, l’espèce est dissoute et change, en disparaissant dans la masse d’eau toute entière. Mais, lorsque les quantités sont à peu près égales, alors chacun des éléments perd de sa nature pour prendre de celle de l’élément qui est prédominant. Le mélange ne devient pas un des deux absolument ; mais il devient quelque chose d’intermédiaire et de commun.

§ 10.[143] Il est donc évident qu’il n’y a mélange que lorsque des choses qui agissent ont une certaine opposition entr’elles ; car alors, elles peuvent souffrir quelqu’effet l’une par l’autre. De petites choses, approchées de petites choses, se mélangent davantage ; car elles s’intercalent plus aisément et plus vite les unes dans les autres. Mais une grande quantité, sous l’action d’une autre quantité, grande aussi, ne produit cet effet qu’à la longue.

§ 11.[144] Ainsi, parmi les choses divisibles et passives, celles qui se délimitent aisément, peuvent se mélanger ; car ces choses se divisent sans peine en petites parties. C’est là, précisément, ce qu’on entend par se délimiter aisément ; par exemple, les liquides sont de tous les corps, ceux qui sont le plus susceptibles de mélange ; car le liquide est, parmi les choses divisibles, celle qui se détermine et se délimite le plus aisément, pourvu qu’il ne soit pas visqueux ; les corps visqueux ne font que rendre le volume total plus grand et plus considérable. Mais, lorsque l’un des deux corps qui se mêlent est seul à être passif, ou qu’il l’est beaucoup, et que l’autre l’est fort peu, le mélange, résultant des deux, ou n’est pas du tout plus considérable, ou ne l’est guère davantage. C’est ce qui arrive pour l’étain mêlé à l’airain ; car, il y a certains corps qui sont assez indécis les uns à l’égard des autres, et sont d’une nature ambiguë. On peut observer que ces corps-là ne se mêlent qu’imparfaitement et dans une certaine mesure ; on dirait que l’un est un simple réceptacle, tandis que l’autre est la forme. C’est là justement ce qui arrive pour ces deux corps qui viennent d’être nommés ; car, l’étain qui est comme une simple affection de l’airain sans matière, disparaît presque complètement et s’évanouit par le mélange, auquel il ne fait que donner une certaine couleur. Le même phénomène arrive aussi pour d’autres corps.

§ 12.[145] On voit donc, d’après tous les détails précédents, que le mélange est possible et ce qu’il est ; on voit comment il se produit, et quelles sont les choses entre lesquelles il peut avoir lieu. Ce sont celles qui peuvent souffrir facilement divisibles, comme les liquides. — Ne sont pas nécessairement détruites, parce qu’elles y restent en puissance. — Les deux corps ne sont plus perceptibles aux sens, le texte n’est pas aussi précis ; mais le sens que j’ai adopté résulte de ce qui a été dit plus haut, § 7. La paille et le grain ne sont pas mélangés, à proprement parler ; ils ne sont que juxtaposés. — On dit d’une chose qu’elle est mélangée, voilà la vraie définition du mélange, selon Aristote. — Qui lui est homonyme, il y a quelques éditeurs qui ont lu Homogène au lieu d’Homonyme, et cette leçon vaut peut-être mieux. Saint Thomas semble l’avoir adoptée. — En un mot, le texte n’est pas aussi formel.

CHAPITRE PREMIER


Théorie des éléments des corps ; leur nombre ; citation d’Empédocle. La matière n’est point séparée des corps, comme on semble le croire dans le Timée de Platon ; réfutation de cette théorie ; elle est en partie vraie, et en partie fausse. Citation de divers ouvrages antérieurs. Théorie nouvelle sur les principes élémentaires des corps, leur nature et leur nombre.


§ 1.[146] On vient de parler du mélange, du contact, de l’action et de la passion, et l’on a expliqué comment ces phénomènes se passent dans les choses qui subissent des changements naturels. On a traité, en outre, de la production et de la destruction absolues des choses ; et l’on a expliqué de quelle manière, dans quels cas, et pourquoi elles ont lieu. On a également étudié l’altération, et l’état de l’être altéré. Enfin, on a fait voir les différences de chacun de ces phénomènes. Maintenant, il nous reste à étudier ce qu’on appelle les éléments des corps ; car la production et la destruction, dans toutes les substances que compose la nature, ne peuvent se manifester sans les corps que perçoivent nos sens.

§ 2.[147] Parmi les philosophes, les uns prétendent que tous les éléments sont formés d’une seule et unique matière, et ils supposent que c’est l’air, ou le feu, ou quelque corps intermédiaire, faisant, de cette matière, un corps substantiel et tout à fait distinct et séparé. [329b] D’autres croient qu’il y a plus d’un seul élément, et ils admettent alors simultanément, ceux- ci le feu et la terre, et ceux-là, l’air en troisième lieu, avec ces deux premiers éléments. D’autres enfin, comme Empédocle, ajoutent l’eau pour quatrième élément. Dans ces divers systèmes, c’est par la réunion, la séparation, ou l’altération de ces éléments, que sont causées la production et la destruction des choses.

§ 3.[148] Accordons sans la moindre difficulté, que ces primitifs des choses peuvent très convenablement être appelés des principes et des éléments, et que c’est de leur changement, par une division ou une combinaison réciproque, ou bien de telle autre espèce de changement éprouvé par eux, que viennent la production et la destruction des choses. Mais en admettant qu’il y a une seule et même matière en dehors de tous les éléments, et en la faisant séparée et corporelle, on se trompe ; car il est impossible, que ce corps, s’il est perceptible à nos sens, puisse exister sans présenter quelques contraires ; et il faut nécessairement que cet infini, que quelques philosophes prennent pour leur principe, soit léger ou pesant, froid ou chaud.

§ 4.[149] Mais la manière dont on a parlé de ce principe, dans le Timée, n’a aucune précision ; car on n’a pas dit assez clairement, si ce réceptacle de toutes choses est distinct et séparé des éléments. Ce qui est certain, c’est que Timée n’a recours pour aucun d’eux à ce principe, bien qu’il ait dit cependant que c’est le sujet antérieur de tout ce qu’on appelle des éléments, ainsi que l’or est préalablement le sujet des ouvrages d’or. Cependant cette explication n’est pas très bonne, sous la forme où on nous la donne ; elle s’applique bien aux cas où il y a simple altération ; mais pour les cas où il y a production et destruction, il serait impossible de dénommer les choses par celles d’où elles sont venues. Timée a bien raison de dire qu’il est beaucoup plus vrai de soutenir que chaque ouvrage d’or est de l’or ; mais, quoique les éléments des choses soient solides, il en pousse l’analyse jusqu’aux surfaces. Or il est bien impossible que des surfaces soient la matière primitive dont on nous parle.

§ 5.[150] Nous aussi, nous reconnaissons bien qu’il y a une certaine matière des corps que nos sens perçoivent ; mais cette matière, d’où viennent ce qu’on appelle les éléments, n’est jamais isolée, et elle se présente toujours avec des contraires. Du reste, on a traité ce sujet ailleurs avec plus d’étendue et d’exactitude.

§ 6.[151] Néanmoins, comme les corps primitifs peuvent aussi, de cette façon, venir de la matière, il faut parler de ces corps, en admettant que la matière est bien le principe, et le premier principe des choses, mais qu’elle en est inséparable, et qu’elle est le sujet des contraires. Ainsi, le chaud, par exemple, n’est pas la matière du froid, pas plus que le froid n’est la matière du chaud ; mais la matière est le sujet de tous les deux.

§ 7.[152] Ainsi d’abord, le corps qui est perceptible en puissance à notre sensibilité, voilà le principe ; puis ensuite viennent les contraires, comme, par exemple, la chaleur et le froid, et en troisième lieu, le feu et l’eau et les autres éléments semblables. Tous ces corps se changent bien les uns dans les autres ; mais ce n’est pas de la manière dont le disent Empédocle et d’autres philosophes ; car, d’après leurs théories, il n’y aurait plus même d’altération. Ce ne sont que les oppositions des contraires qui ne changent pas les unes dans les autres. Du reste, comme ce sont là les principes des corps, il n’en faut pas moins étudier leurs qualités et leur nombre ; car les autres philosophes s’en servent bien dans leurs systèmes, après les avoir admis par hypothèse ; mais ils ne disent pas pourquoi ces contraires ont telle nature et sont dans le nombre où nous les voyons.


Chapitre II


Définition du corps tel que le sens du toucher nous le fait connaître ; énumération des principaux contraires qu’offre le corps tangible ; différences de ces contraires ; action différente du froid et du chaud, du sec et du liquide ; rapport de toutes les autres différences à ces quatre différences fondamentales.


§ 1.[153] Puisque nous cherchons quels sont les principes du corps perceptible à nos sens, c’est-à-dire, du corps que le toucher peut atteindre, et puisqu’un corps que le toucher nous fait connaître est celui dont le sens spécial est le toucher, il s’ensuit évidemment que toutes les oppositions par contraires, qu’on peut observer dans le corps, n’en constituent pas les espèces et les principes, mais que ce sont seulement ceux des contraires qui se rapportent au sens du toucher. Les corps diffèrent bien par leurs contraires, mais par leurs contraires que le toucher peut nous révéler. Voilà pourquoi ni la blancheur, ni la noirceur, ni la douceur, ni l’amertume, ni aucun des contraires sensibles ne sont un élément des corps.

§ 2.[154] Ce qui n’empêche pas que la vue ne soit un sens supérieur au toucher, et que, par conséquent, l’objet de la vue ne soit supérieur aussi. Mais la vue n’est pas une affection du corps tangible, en tant que tangible, et elle se rapporte à une toute autre chose, qui d’ailleurs peut bien être antérieure par sa nature.

§ 3.[155] Or pour les tangibles eux-mêmes, il faut étudier et distinguer les différences primitives qu’ils offrent, et leurs premières oppositions par contraires. Les oppositions et contrariétés que le toucher nous révèle sont les suivantes : le froid et le chaud, le sec et l’humide, le lourd et le léger, le dur et le moule-visqueux et le friable, l’uni et le raboteux, l’épais et le mince. Parmi ces contraires, le lourd et le léger ne sont ni actifs ni passifs ; car ce n’est pas parce qu’ils agissent l’un sur l’autre, ou parce qu’ils souffrent l’un par l’autre, qu’on leur donne le nom qu’ils portent. Cependant, il faut que les éléments puissent agir et souffrir les uns par les autres réciproquement, puisqu’ils se mêlent et se changent réciproquement, les uns dans les autres.

§ 4.[156] Mais le chaud et le froid, le sec et l’humide, sont ainsi appelés, les uns, parce qu’ils agissent, les autres, parce qu’ils souffrent. Ainsi, le chaud est ce qui réunit les substances homogènes ; car désunir, comme le fait à ce qu’on dit. le feu, c’est au fond combiner les choses de même espèce, puisqu’il arrive alors que le feu fait sortir et enlève les substances étrangères. Le froid, au contraire, réunit et combine également, et les choses qui sont de même espèce, et celles qui n’en sont pas. On appelle liquide ce qui est indéterminé dans sa propre forme, mais peut en recevoir aisément une d’ailleurs. Le sec est, au contraire, ce qui ayant une forme bien déterminée dans ses propres limites, ne peut en recevoir une nouvelle qu’avec peine.

§ 5.[157] C’est de ces différences premières que viennent le mince et l’épais, le visqueux et le friable, le dur et le mou, et les autres différences analogues. Ainsi, un corps qui a la faculté de pouvoir facilement remplir l’espace, se rattache au liquide, parce qu’il n’est pas déterminé lui-même, et qu’il obéit sans la moindre peine à l’action de l’objet qui le touche, en se laissant donner une forme par cet objet. Le mince peut également remplir l’espace,ref follow=p123>peuvent fondre et se liquéfier sous l’action du feu ; elles se comportent alors comme des liquides. — Au fond, j’ai ajouté ces mots. — Fait sortir et enlève, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Le froid au contraire réunit, et, en ce sens, le froid est aussi actif que la chaleur. — Et celles qui n’en sont pas, la glace réunissant et coagulant souvent ensemble les substances les plus disparates. — Indéterminé dans sa propre forme, le liquide n’a jamais que la forme qui lui est donnée par les contenants. Par lui-même, il n’en a pas, pris dans sa masse. — Dans ses propres limites, ou « dans son propre contour. » — Forme… limites, le texte se sert d’une même expression.</ref> parce que n’ayant que des parties légères et petites, il remplit bien et touche tout à fait, propriété qui distingue surtout le corps mince. Donc évidemment, le mince se rapproche du liquide, tandis que l’épais se rapproche du sec. D’autre part aussi, le visqueux appartient au liquide, parce que le visqueux n’est qu’une sorte de liquide, avec de certaines qualités, comme l’huile. Mais le friable se rattache au sec, parce que le friable est ce qui est complètement sec, et l’on peut croire qu’il ne s’est coagulé que par l’absence même de tout liquide. On peut dire encore que le mou fait partie du liquide, parce que le mou est ce qui cède en se repliant sur soi et sans se déplacer, comme le liquide le fait précisément aussi. Voilà pourquoi le liquide n’est pas appelé mou, tandis que le mou se rattache à la classe du liquide. Enfin le dur appartient au sec ; car le dur est quelque chose de coagulé, et le coagulé est sec.

§ 6.[158] Du reste, sec et liquide, sont des mots qui se prennent en plusieurs sens. Ainsi, le liquide et le mouillé peuvent être considérés comme les opposés du sec, de même que le sec et le coagulé sont les opposés du liquide. Toutes ces propriétés diverses se rattachent au liquide et au sec, pris au sens primitif de ces mots ; car, comme le sec est opposé au mouillé, et que le mouillé est ce qui a à sa surface un liquide étranger, tandis que l’imprégné est ce qui en a jusqu’au fond, et comme le sec est au contraire ce qui est privé de toute liqueur étrangère, il est évident que le mouillé tient du liquide, tandis que le sec, qui y est opposé, tiendra du sec primitif.

§ 7.[159] Il en est encore de même du liquide et du coagulé ; ainsi, le liquide étant ce qui a une humidité propre, et le coagulé étant ce qui en est privé, on doit conclure que, de ces deux qualités, l’une appartient à la classe du liquide, et l’autre à celle du sec.

§ 8.[160] Il est donc évident que toutes les autres différences peuvent être rapportées aux quatre premières, et que celles-là ne peuvent pas être réduites à un moindre nombre ; car le chaud n’est pas la même chose que l’humide ou le sec, pas plus que l’humide n’est ni le chaud ni le froid ; le froid et le sec ne sont pas davantage subordonné données entr’eux, pas plus qu’ils ne le sont au chaud et à l’humide. En résumé, il n’y a nécessairement que ces quatre différences principales.


Chapitre III


Combinaisons des éléments entre eux ; il n’y en a que quatre, parce que les contraires s’excluent. Théories antérieures sur le nombre des éléments : Parménide, Platon, Empédocle. Nature des divers éléments ; lieux divers qu’ils occupent dans l’espace.


§ 1.[161] Comme il y a quatre éléments, et que les combinaisons possibles, pour quatre termes, sont au nombre de six ; mais, comme aussi les contraires ne peuvent pas être accouplés entr’eux, le froid et le chaud, le sec et l’humide ne pouvant jamais se confondre en une même chose, il est évident qu’il ne restera que quatre combinaisons des éléments : d’une part chaud et sec, chaud et humide ; et d’autre part, froid et sec, froid et humide.

§ 2.[162] Ceci est une conséquence toute naturelle de l’existence des corps qui paraissent simples, le feu, l’air, l’eau et la terre. Ainsi, le feu est chaud et sec ; l’air est chaud et humide, puisque l’air est une sorte de vapeur ; l’eau est froide et liquide ; enfin, la terre est froide et sèche. Il en résulte que la répartition de ces différences entre les corps premiers se comprend très bien, et que le nombre des uns et des autres est en rapport parfait.

§ 3.[163] Tous les philosophes, en effet, reconnaissant les corps simples pour éléments, en ont admis tantôt un, tantôt deux, tantôt trois, tantôt quatre.

§ 4.[164] Ceux qui n’en admettent qu’un seul sont obligés de faire naître tous les autres de la condensation ou de la raréfaction de cet élément. Par suite, ils admettent deux principes, le rare et le dense, ou le chaud et le froid ; car, dans ce système, ce sont là les agents formateurs, et l’élément unique est soumis à leur action en tant que matière.

§ 5.[165] Les philosophes qui, comme Parménide, admettent déjà deux éléments, le feu et la terre, regardent les éléments intermédiaires, l’air et l’eau, comme des mélanges de ceux-là. Il en est de même aussi de ceux qui en admettent trois, comme le fait Platon, dans ses divisions ; car, pour lui, l’élément moyen n’est qu’un mélange. Ainsi ceux qui admettent deux éléments et ceux qui en admettent trois sont presque complètement d’accord, si ce n’est que les uns divisent l’élément moyen en deux, et que les autres lui laissent son unité.

§ 6.[166] Quelques-uns, comme Empédocle, en reconnaissent nettement quatre ; mais, lui aussi, les réduit à deux ; car il oppose au feu tous les autres éléments réunis. D’après Empédocle, le feu, non plus que l’air, ni aucun des autres éléments, n’est simple, mais mélangé. Les corps simples sont tous simples sans doute ; mais ils ne sont pas cependant identiques. Par exemple, le corps qui est pareil au feu, est de l’espèce du feu ; mais pourtant ce n’est pas précisément du feu. Le corps qui est pareil à l’air est de l’espèce de l’air, sans être de l’air ; et de même, pour tout le reste des éléments. Mais le feu est un excès de la chaleur, de même que la glace est un excès du froid ; car la congélation et l’ébullition sont des excès d’un certain genre, l’une de froid et l’autre de chaleur. Si donc la glace est une congélation de liquide et de froid, le feu sera aussi une ébullition de chaud et de sec. Voilà pourquoi rien ne peut naître ni de la glace ni du feu.

§ 7.[167] Les corps simples étant au nombre de quatre, ils appartiennent deux à deux à chacun des deux lieux de l’espace ; l’air et le feu sont du lieu qui est porté vers la limite extrême ; la terre et l’eau sont du lieu qui est vers le centre. Les éléments extrêmes et les plus purs sont le feu et la terre ; les éléments intermédiaires et les plus mélangés sont l’eau et l’air ; dans chaque série, l’un des deux est contraire à l’autre ; car l’eau est le contraire du feu, et la terre est le contraire de l’air, puisqu’ils ont dans leur composition des affections contraires.

§ 8.[168] Cependant, absolument parlant, les quatre corps simples n’appartiennent chacun qu’à une seule affection. Ainsi, la terre est plutôt du sec que du froid ; l’eau est plutôt du froid que du liquide ; l’air est plutôt du liquide que du chaud ; le feu est plutôt du chaud que du sec.


Chapitre IV


Théorie de la permutation des éléments les uns dans les autres ; les différences des éléments entre eux peuvent être plus ou moins nombreuses ; facilité et difficulté de la permutation ; exemples divers, selon la proximité ou la distance des éléments entre eux dans l’ordre où ils sont rangés, selon l’identité ou l’opposition des qualités des éléments. — Fin de la première partie de la théorie de la permutation réciproque des éléments


§ 1.[169] Après avoir montré plus haut que les corps simples se produisent les uns les autres réciproquement, et l’observation sensible pouvant en même temps nous attester qu’ils se produisent bien ainsi ; car autrement il n’y aurait pas d’altération, puisque l’altération ne s’applique qu’aux affections des choses qu’on peut toucher, il nous faut dire de quelle manière a lieu le changement des éléments les uns dans les autres, et s’il est possible que tout élément naisse de tout élément, ou si cela est possible seulement pour les uns, et impossible pour les autres.

§ 2.[170] S’il est un fait évident, c’est que tous peuvent naturellement changer les uns dans les autres ; car la production des choses va aux contraires et vient des contraires. Tous les éléments ont une opposition les uns à l’égard des autres, parce que leurs différences sont contraires ; ainsi dans quelques éléments, les deux différences sont contraires, et par exemple dans l’eau et le feu, dont l’un est sec et chaud, tandis que l’autre est liquide et froide. D’autres éléments n’ont qu’une seule des deux différences, comme l’air et l’eau, dont l’un est liquide et chaud, et l’autre est froide et liquide.

§ 3.[171] Donc il est clair qu’en général tout élément peut naturellement venir de tout élément. Il n’est pas difficile de s’en convaincre en observant comment le phénomène a lieu pour chaque élément en particulier ; car on verra que tous viendront de tous. La seule différence, c’est que le changement se produira avec plus ou moins de vitesse, avec plus ou moins de facilité. Toutes les fois que les éléments ont des points de rapport, ils se métamorphosent très vite les uns dans les autres ; ceux qui n’en ont pas se changent lentement. Cela tient à ce qu’une seule et unique chose change plus aisément que plusieurs. C’est ainsi que l’air viendra du feu par l’unique changement de l’une des deux qualités, puisque l’un est sec et chaud, et l’autre chaud et liquide. Il en résulte que si le sec est dominé par le liquide, il se produit de l’air, et qu’ensuite, de cet air il se produit de l’eau, si c’est le chaud qui est dominé par le froid ; car l’un était liquide et chaud, et l’autre était froide et liquide. Il suffira donc que la chaleur seule change pour qu’il se produise de l’eau.

§ 4.[172] C’est encore de la même façon que la terre vient de l’eau, et que le feu vient de la terre ; car ces deux éléments aussi ont, l’un à l’égard de l’autre, un point de réunion et de raccord. L’eau est liquide et froide, la terre est froide et sèche, de sorte que si c’est le liquide qui est dominé, il se produit de la terre. D’un autre côté, le feu étant sec et chaud, et la terre étant sèche et froide, si le froid est détruit, de la terre il se produira du feu. On le voit donc, la production des corps simples a lieu circulairement ; et ce mode de changement est le plus faciIe de tous, parce que les éléments qui se suivent ont toujours des points de réunion et de raccord.

§ 5.[173] L’eau peut bien aussi venir du feu, la terre venir de l’air ; et à l’inverse, l’air et le feu peuvent venir aussi de l’eau et de la terre. Mais cette transformation est plus difficile, parce qu’il y a alors plus de choses à changer. En effet, pour que le feu vienne de l’eau, il faudra que le froid et le liquide soient préalablement détruits ; pour que l’air vienne de la terre, il faudra que le froid et le sec soient détruits également. Même nécessité pour que l’eau et la terre viennent du feu et de l’air ; car il faut alors que les deux qualités subissent le changement.

§ 6.[174] Aussi la production qui a lieu de cette façon est plus lente. Mais si l’une des qualités de chacun des deux est détruite, le passage est plus facile. Seulement il ne se fait plus alors de l’un à l’autre réciproquement ; mais du feu et de l’eau viendront la terre et l’air ; et de l’air et de la terre, viendront le feu et l’eau. En effet, si le froid de l’eau et le sec du feu sont détruits, il se formera de l’air, parce qu’il ne reste plus que le chaud de l’un et le liquide de l’autre. Mais si le chaud du feu est détruit, ainsi que le liquide de l’eau, il se forme de la terre, parce qu’il ne reste alors que le sec de l’un et le froid de l’autre.

§ 7.[175] C’est de même que de l’air et de la terre, il se forme du feu et de l’eau ; car si la chaleur de l’air vient à être détruite, ainsi que le sec de la terre, il se formera de l’eau, puisqu’il restera le liquide de l’un et le froid de l’autre. Mais lorsque c’est le liquide de l’eau et le froid de la terre qui se perdent, il se forme du feu, parce qu’il reste le chaud de l’un et le sec de l’autre, qualités propres du feu.

§ 8.[176] Cette explication de la production du feu s’accorde très bien avec les faits que la sensation nous atteste ; car c’est surtout la flamme qui est du feu ; or, la flamme n’est que de la fumée brûlée, et la fumée se compose d’air et de terre.

§ 9.[177] Dans les éléments qui se suivent et se succèdent, il n’est pas possible, quand une seule des deux qualités a été détruite dans l’un ou. l’autre, qu’il y ait passage et transmutation des éléments en aucun autre corps, parce que les résidus qui subsistent dans les deux sont ou identiques, ou contraires. Alors ni des uns, ni des autres il ne peut résulter de corps : par exemple, si le du feu est détruit et si le liquide de l’air l’est également, il n’y a plus de résultat possible, puisque la chaleur est ce qui reste de part et d’autre. Et de même, si c’est la chaleur qui disparaît des deux, il ne reste plus que des contraires, à savoir le sec et le liquide. De même aussi pour tous les autres cas, puisque, dans tous les cas de ce genre, il reste toujours, tantôt la qualité identique, et tantôt la qualité contraire. Ainsi donc évidemment, pour produire les éléments passant et changeant d’un à un, il suffit qu’une seule qualité soit détruite ; mais pour les éléments qui passent de deux à un seul, ils ont besoin que plusieurs qualités soient détruites.

§ 10.[178] En résumé, on a expliqué que tout élément naît de tout élément, et l’on a montré de quelle façon la transmutation se fait des uns dans les autres.


Suite de la théorie de la permutation des éléments ; il est Impossible qu’il n’y ait qu’un seul élément d’où viendraient tous les autres ; dans cette hypothèse, il y aurait altération de l’élément unique, mais jamais production réelle des éléments divers ; citations du Timée de Platon. Exposé nouveau de la manière dont les éléments changent les uns dans les autres ; la permutation se fait d’autant plus vite qu’ils ont une qualité commune ; rapport des éléments extrêmes entre eux et des éléments moyens. Limites nécessaires de cette transformation ; on ne peut aller à l’infini dans aucun des deux sens ; démonstration littérale de ce principe.


Chapitre V


§ 1.[179] Les détails qui précèdent ne nous empêchent pas de considérer ces questions sous un autre jour. Si la matière des corps naturels est, comme le croient quelques philosophes, l’eau et l’air, ou des éléments de ce genre, il faut qu’ils soient un, deux, ou plusieurs de ces éléments. Certes, il ne se peut pas que toutes les choses ne soient qu’un seul et unique élément : par exemple, que tout ne soit que de l’air, de l’eau, du feu ou de la terre, puisque le changement se fait dans les contraires. En effet, supposons que tout est de l’air et que l’air subsiste dans tous les changements, il y aura dès lors simple altération ; il n’y aura plus de production.

§ 2.[180] Mais, dans cette hypothèse même, il ne semble pas possible que l’eau soit en même temps de l’air ou tel autre élément analogue. Il y aura toujours, entre les qualités, une opposition et une différence, où le feu n’aura qu’une des deux parties, par exemple, la chaleur. Mais le feu ne pourra jamais être simplement de l’air chaud ; car c’est là une altération, et il ne paraît pas que les choses se passent ainsi. D’autre part, si, à l’inverse, on suppose que l’air vient du feu, ce changement ne pourra avoir lieu que par le changement de la chaleur en son contraire. Cette qualité contraire sera donc dans l’air ; et alors l’air sera quelque chose de froid. Par conséquent, il est impossible que le feu soit de l’air chaud, puisqu’il en résulterait que le même élément serait chaud et froid en même temps. Il y aura donc, outre ces deux éléments, quelqu’autre chose qui restera identique ; et c’est quelqu’autre matière commune aux deux.

§ 3.[181] Le même raisonnement serait applicable pour tout autre élément que l’air, et il ne peut y en avoir un qui serait la source unique d’où tous les autres seraient sortis. Il n’y a pas non plus, outre ceux-là, quelqu’autre intermédiaire, comme serait, par exemple, un élément qui tiendrait le milieu entre l’air et l’eau, ou l’air et le feu, plus dense que l’air et le feu, et plus léger que tous les autres ; car alors cet intermédiaire serait, avec opposition des contraires, air et feu tout à la fois. Mais le second des contraires est la privation ; et par suite, il ne se peut pas que cet élément intermédiaire subsiste seul, comme quelques philosophes le disent de l’infini et du contenant. Il faut donc que chacun des éléments connus puisse être indifféremment cet intermédiaire, ou qu’aucun d’eux ne le puisse.

§ 4.[182] Mais s’il n’y a pas de corps sensibles antérieurs à ceux-là, les éléments que nous connaissons sont tous ceux qui existent. Il faut donc, ou que les éléments subsistent éternellement tels qu’ils sont, sans se changer les uns dans les autres, ou bien qu’ils changent perpétuellement. On peut admettre encore qu’ils peuvent tous changer, ou bien que les uns le peuvent et que les autres ne le peuvent pas, ainsi que l’a dit Platon dans le Timée.

Or, on a démontré plus haut, que les éléments se changent nécessairement les uns dans les autres mais on a démontré aussi qu’ils ne se changent pas également vite sous cette influence mutuelle, et que le changement a lieu plus rapidement pour ceux qui ont un point de raccord, c’est-à-dire une qualité commune, et plus lentement pour ceux qui n’en ont pas. Si donc il n’y a qu’une seule opposition de contraires, suivant laquelle les corps viennent à changer, il faut nécessairement alors qu’il y ait deux éléments ; car c’est la matière qui sert de milieu aux deux contraires, non perceptible et non séparable. [333a] Mais comme il y a visiblement davantage d’éléments, le moins qu’il puisse y avoir d’oppositions, c’est deux ; et quand il y en a deux, il ne peut pas y avoir trois termes seulement ; il en faut absolument quatre, ainsi qu’on peut le voir. C’est là le nombre des combinaisons deux à deux ; car, bien qu’il y en ait en tout six, il en est deux qui ne peuvent jamais se produire, parce qu’elles sont contraires l’une à l’autre. Du reste, on a traité antérieurement ces questions.

§ 5.[183] Mais, quoique les éléments se changent les uns dans les autres, il est impossible que le principe de la transformation se trouve ni dans l’un des extrêmes, ni au au milieu ; voici ce qui le prouve. D’abord, quant aux extrêmes, il n’est pas possible que toutes les choses soient du feu, non plus qu’elles soient toutes de la terre ; car cela reviendrait à dire que tout naît du feu, ou que tout naît de la terre. Mais on ne peut pas dire davantage, ainsi que le veulent quelques philosophes, que ce soit le milieu qui est le principe, et que l’air se change en feu et en eau, ni que l’eau se change en air et en terre ; les extrêmes, je le répète, ne pouvant jamais se changer les uns dans les autres.

§ 6.[184] Ainsi, il faut trouver un point d’arrêt, et l’on ne peut pas plus d’une part que de l’autre aller à l’infini en ligne droite ; car il y aurait alors pour un seul et unique élément des oppositions et des contraires en nombre infini. Soit en effet la terre représentée par T, l’eau représentée par E, l’air par A, et le feu par F. Si A se change en F et en E, l’opposition sera entre A et F. Supposons que ces contraires soient la blancheur et la noirceur. D’autre part, si A se change en E, ce sera une autre opposition ; car E et F ne sont pas identiques. Soit l’opposition de la liquidité et de la sécheresse, représentées, la sécheresse par S, et la liquidité par L. Si donc c’est le blanc qui demeure et subsiste, l’eau sera liquide et blanche ; et si elle n’est pas blanche, elle sera noire, puisque le changement ne se fait que dans les contraires. Il faut donc nécessairement que l’eau soit ou blanche ou noire, et l’on peut supposer que ce soit le premier cas. De la même manière aussi, S, la sécheresse, sera à F. Ainsi, F, c’est-à-dire le feu, se changera également en eau ; car ce sont là les contraires ; et le feu était noir d’abord et ensuite sec, comme l’eau était d’abord liquide et ensuite blanche.

§7.[185] Il est donc évident que tous les éléments pourront changer les uns dans les autres ; les qualités restantes se trouveront dans T, la terre, ainsi que les deux points de réunion et de raccord, le noir et le liquide, puisque ces deux qualités ne se sont pas encore combinées ensemble, de quelque façon que ce soit.

§ 8.[186] Voici bien la preuve qu’on ne peut ici aller à l’infini, principe auquel nous nous sommes référé avant d’établir la démonstration qui précède, c’est que si l’on suppose que le feu, représenté par F, se change en un autre élément, et ne revient pas en arrière, et que, par exemple il se change en R, il y aura, dès lors, pour le feu et pour R, une opposition de contraires différente de celles qu’on a dites, puisque R ne peut être identique à aucun des éléments désignés par T, E, A et F. [333b] Supposons que la qualité C est à F, et que la qualité S, soit à R. C alors sera à tous les éléments T, E, A et F ; car tous ces éléments changent les uns dans les autres. Mais, en admettant que ceci n’ait pas encore été démontré, il est évident du moins que si R se change de nouveau en un autre élément, il y aura dès lors une autre opposition de contraires ; et elle aura lieu entre R, et le feu F. Il en sera toujours de même du terme ajouté, et il fera toujours une opposition avec les termes précédents, de sorte que, si ces termes sont en nombre infini, il y aura aussi des oppositions en nombre infini pour un seul et unique élément. Or, si cela est possible, il sera dès lors impossible et de donner la définition et d’expliquer la production de quelqu’élément que ce soit, puisqu’il faudra, si l’un vient de l’autre, parcourir autant d’oppositions qu’on vient de dire et même davantage. Il s’ensuit que pour quelques-uns des éléments, il n’y aura jamais de changement possible ; par exemple, si les intermédiaires sont en nombre infini ; et il le faut, si les éléments sont infinis eux-mêmes. Ainsi par exemple, il n’y aura pas de changement d’air en feu, si les oppositions à parcourir sont infinies en nombre.

§9.[187] Enfin aussi, tous les éléments se réduisent à un seul ; car il faut que toutes ces oppositions appartiennent, soit celles d’en haut aux éléments qui sont au-dessous de F, soit celles d’en bas, à ces mêmes éléments, de telle sorte que tous se réduiront à un seul.


Chapitre VI

Réfutation de la théorie d’Empédocle, sur la comparaison des éléments entre eux, soit sous le rapport de la quantité, soit sous le rapport de l’effet et de la proportion. Dans le système d’Empédocle, l’accroissement des choses se réduit à une simple addition ; il n’explique pas non plus la production des choses, qu’il soumet à l’empire du hasard. ni la cause du mouvement originel, ni la véritable nature de l’âme. — Citations diverses des vers d’Empédocle.


§ 1.[188] Quand on voit des philosophes admettre la pluralité des éléments des corps, et nier en même temps que les éléments changent les uns dans les autres, ainsi que le fait Empédocle, on pourrait leur demander avec quelqu’étonnement comment alors ils peuvent soutenir que les éléments sont comparables les uns aux autres. C’est bien là cependant ce que prétend Empédocle quand il dit :

« car tous les éléments étaient égaux entre eux. »

Si c’est en quantité qu’ils le sont, il faut que, dans tous les objets comparables, il y ait quelque chose de commun qui puisse servir à les mesurer ; par exemple, si d’un seul cotyle d’eau on peut faire dix cotyles d’air, c’est que les deux éléments étaient, à certain égard, la même chose, puisqu’ils ont la même mesure.

§ 2.[189] Si les objets ne sont pas ainsi comparables sous le rapport de la quantité, telle quantité correspondant à telle autre, il faut du moins qu’ils le soient sous le rapport de l’effet qu’ils peuvent produire. Ainsi par exemple : si un cotyle d’eau peut produire autant de froid que dix cotyles d’air, alors les éléments sont encore comparables entre eux sous le rapport de la quantité, non pas précisément en tant qu’ils sont une quantité matérielle, mais en tant qu’ils peuvent exercer une certaine action.

§ 3.[190] On pourrait encore comparer les puissances ou les forces, non pas seulement par la mesure directe de la quantité, mais encore proportionnellement et par analogie. Ainsi, l’on peut dire que telle chose est chaude comme telle autre chose est blanche. Le mot Comme exprime le rapport de ressemblance, s’il s’agit de la qualité ; et, s’il s’agit de quantité, il exprime l’égalité. Mais il semble absurde que les corps qui ne peuvent permuter les uns dans les autres, ne soient pas comparables entre eux sous le rapport de l’analogie, et qu’ils le soient seulement par la mesure de leur puissance, et parce que telle quantité de feu, par exemple, peut être aussi chaude et produire la même chaleur que telle quantité d’air plus considérable. En effet une substance de même nature, si elle est en quantité plus grande, pourra devenir proportionnellement équivalente, parce qu’elle sera du même genre.

§ 4.[191] J’ajoute que, suivant le système d’Empédocle, il n’y aura d’accroissement possible que [334a] celui qui se fait par addition. C’est ainsi qu’il suppose que le feu s’accroît par le feu, quand il dit :

« La terre accroît la terre, et l’air même accroît l’air. »

Or ce n’est là qu’une simple addition, et il ne paraît pas que les choses qui s’accroissent puissent s’accroître ainsi.

§ 5.[192] Mais il est bien plus difficile encore pour Empédocle d’expliquer la production des êtres dans la nature ; car tous les êtres qui naissent et se produisent selon les lois naturelles, ou naissent toujours d’une certaine façon régulière, ou du moins le plus souvent de cette façon ; les êtres qui se produisent contre cet ordre éternellement ’constant, ou du moins le plus ordinaire, sont le fruit d’une cause fortuite et du hasard. Qu’est-ce qui fait donc que d’un homme naît un homme, ou toujours et suivant une règle éternelle, ou du moins le plus ordinairement, de même que du blé vient toujours du blé, et non pas un olivier ? Est-ce que les os ne se forment pas aussi de la même manière ? Mais non, les choses ne se produisent pas au hasard, et par une rencontre fortuite, comme le dit Empédocle ; elles se produisent par une certaine raison.

§ 6.[193] Quelle est donc la cause de tous ces phénomènes ? Ce n’est certes pas ni la terre ni le feu. Ce ne sont pas davantage l’Amour et la Discorde ; car l’un n’est cause que de la combinaison des choses, et l’autre de leur division. Cette cause, c’est l’essence de chaque chose ; ce n’est pas seulement comme le dit Empédocle : Mélange et désaccord des choses mélangées. »

Ce ne serait alors que ce qu’on appelle du hasard ; ce n’est plus là de la raison ; car il est bien possible qu’il y ait parfois un mélange fortuit et confus.

§ 7.[194] Ainsi ce qui est cause de chacun des êtres naturels, c’est leur organisation ; c’est la propre nature de chacun d’eux, dont Empédocle ne dit pas un seul mot. On peut affirmer qu’il ne traite pas véritablement de la nature, quoique la nature soit précisément l’ordre et le bien pour toutes choses. Mais Empédocle n’a d’éloges absolument que pour le mélange et la confusion. Cependant ce n’est pas la Discorde, c’est l’Amour qui a séparé les éléments, lesquels, selon lui, sont antérieurs à Dieu lui-même, puisque les éléments d’Empédocle sont aussi des Dieux.

§ 8.[195] Il ne parle non plus du mouvement que d’une manière toute gé nérale ; car il n’est pas suffisant de dire que ce sont la Discorde et l’Amour qui donnent le mouvement, si l’on ne précise pas que l’Amour consiste à causer telle espèce de mouvement, et la Discorde à en causer telle autre. Empédocle aurait donc bien dû ici ou définir exactement les choses, ou imaginer quelque hypothèse, ou faire quelque démonstration, d’ailleurs puissante ou faible, ou s’en tirer de toute autre manière.

§ 9.[196] Autre objection. Les corps sont tantôt mus par force, et contre nature, et tantôt ils sont animés d’un mouvement naturel ; ainsi par exemple, le feu se dirige en haut, sans que ce soit par force, et il ne va que par force en bas. Or, le mouvement naturel est contraire au mouvement forcé. Par conséquent comme il y a un mouvement forcé, il y a aussi un mouvement naturel. Est-ce donc l’Amour, ou n’est-ce pas l’Amour qui produit ce dernier mouvement ? Lorsque la terre a un mouvement qui la porte en bas, c’est un mouvement contraire à la Concorde, et qui ressemble à une séparation. Ce serait alors la Discorde plutôt que l’Amour, qui serait cause du mouvement naturel ; et par conséquent, l’Amour serait bien plutôt que la Discorde tout à fait contre nature. Or, si ce ne sont pas du tout ni la Discorde ni l’Amour qui produisent le mouvement, les corps eux-mêmes n’ont plus ni de mouvement ni de repos. Mais c’est là une conséquence qui est absurde.

§ 10.[197] Empédocle reconnaît bien que les corps sont de toute évidence en mouvement ; car c’est la Discorde qui les a séparés. L’Éther a été porté dans les hautes régions, non point par la Discorde, mais, comme le dit quelquefois Empédocle, par une sorte de hasard.

« L’air alors vole ainsi, mais souvent autrement. »

Quelquefois encore Empédocle dit que le feu dut naturellement se porter en haut, et que l’éther vint

« S’appuyer fortement aux bases de la terre. » Enfin Empédocle nous apprend que le monde est aujourd’hui dirigé par la Discorde, absolument de même qu’antérieurement il l’était par l’Amour.

§ 11.[198] Quel est donc, selon lui, le premier moteur, et la première cause du mouvement ? Ce n’est certes pas l’Amour et la Discorde, bien que cependant l’un et l’autre causent une certaine espèce de mouvement ; et s’ils sont le premier moteur qui existe, ce serait là le véritable principe des choses.

§ 12.[199] Enfin, il n’est pas moins absurde de supposer que l’âme vienne des éléments ou qu’elle soit un des éléments ; car alors comment pourront se produire les altérations propres de l’âme ? Par exemple, comment comprendre qu’elle peut avoir ou ne pas avoir le talent de la musique ? Comment comprendre la mémoire ou l’oubli ? Il est évident que si l’âme est du feu, elle aura, en tant que feu, toutes les qualités qui appartiennent au feu. Si l’âme est un mélange des éléments, elle aura les affections des corps ; mais aucune des affections de l’âme, n’est corporelle. Du reste, cette discussion appartient à une toute autre étude que celle-ci.

Suite de la réfutation d’Empédocei ; quand on nie que les éléments puissent se changer les uns dans les autres, on ne peut expliquer la formation des différentes substances organiques ; citation d’Empédocle. — La difficulté d’expliquer la formation des substances diverses n’est pas moins grande quand on admet l’unité de la matière. Indication d’une théorie nouvelle, où ce seraient les contraires qui, par leur action réciproque, formeraient toutes les substances de la nature.


Chapitre VII

§ 1.[200] J’en viens à ce qui concerne les éléments dont les corps sont composés. Tous les philosophes qui admettent un élément commun, ou qui admettent que les éléments changent les uns dans les autres, doivent nécessairement aussi reconnattre que, si l’une de ces suppositions est réelle, l’autre doit l’être également. Mais ceux qui ne veulent pas que les éléments puissent s’engendrer mutuellement, ni venir chacun de chacun, si ce n’est comme des moellons viennent d’un mur, ceux-là soutiennent une théorie absurde ; car alors, comment de ces éléments fera-t-on venir les os, les chairs ou telle autre substance analogue ?

§ 2.[201] Il est vrai que cette difficulté subsiste, et qu’à ceux qui admettent que les éléments s’engendrent mutuellement, on peut tout aussi bien demander de quelle manière les éléments en arrivent à produire quelque chose de différent d’eux-mêmes. Par exemple, si du feu vient l’eau, et si de l’eau vient le feu, c’est qu’il y a entre eux quelque sujet commun. Mais des éléments, il sort bien certainement aussi de la chair et de la moelle ; or, comment ces substances se produisent-elles ?

§ 3.[202] De quelle façon peuvent-elles se produire, d’après les théories de ceux qui suivent la doctrine d’Empédocle ? Nécessairement, il n’y a, entre ces éléments, qu’une juxtaposition comme celle des matériaux d’un mur, qui se compose de briques et de pierres ; dans un mélange de ce genre, les éléments demeurent ce qu’ils sont, et ils sont placés parties à parties les uns à côté des autres. C’est donc ainsi, d’après ces théories, que la chair et toutes les autres choses analogues se seront formées.

§ 4.[203] Mais il en résulte que le feu et l’eau ne ressortent jamais d’une des parties quelconques de la chair, de même que, dans les transformations de la cire, de telle partie peut sortir une sphère, et de telle autre, une pyramide. Tout ce qu’on voit, c’est que l’une et l’autre de ces figures peuvent tout aussi bien venir indifféremment de chacune des deux parties de la cire. C’est donc ainsi que de la chair, sortiraient les deux éléments du feu et de l’eau, et qu’ils seraient produits à la fois par une partie quelconque. Mais, avec les principes d’ Empédocle, l’explication n’est plus possible ; et il faut que chaque élément vienne d’un autre lieu, ou d’une autre partie, comme dans le mur c’est d’un lieu différent que viennent la brique et la pierre.

§5.[204] De même encore pour les philosophes qui n’admettent qu’une matière unique pour tous les éléments, il y a quelque embarras à expliquer comment une substance peut se former de deux éléments, par exemple, de chaud et de froid, ou de feu et de terre. Si la chair se compose des deux et n’est cependant ni l’un ni l’autre, ni une simple juxtaposition de ces éléments conservant leur nature spéciale, que reste-t-il donc à admettre si ce n’est que le composé qui en est ainsi formé est la pure matière ? Car la destruction de l’un des éléments produit ou l’autre élément, ou la matière.

§ 6.[205] Mais comme le chaud et le froid peuvent être plus ou moins forts, on doit dire que, quand l’un est absolument réel, en entéléchie, l’autre n’est plus qu’en puissance ; et quand le sujet n’a pas absolument l’une des deux qualités, et que le froid par exemple est à demi chaud, et le chaud à demi froid, parce que les excès dans un sens ou dans l’autre s’effacent réciproquement par le mélange, alors il n’y a pas précisément ni de pure matière, ni l’un ou l’autre de ces contraires existant absolument en réalité, en entéléchie ; il n’y a qu’un intermédiaire. Mais selon qu’en puissance l’un des deux peut être plus chaud que froid ou le contraire, dans cette même proportion le corps est en puissance deux fois plus chaud ou plus froid, ou trois fois plus, ou suivant tel autre rapport.

§ 7.[206] Ainsi, toutes les autres choses viendront du mélange des contraires ou des éléments ; les éléments eux-mêmes viendront de ces contraires qui sont, en quelque sorte, les éléments en puissance, non pas comme l’est la matière, mais plutôt de la façon qu’on vient de dire. De cette façon, le résultat qui se produit est bien un mélange, tandis que de l’autre façon c’est de la matière pure.

§ 8.[207] Du reste, les contraires aussi sont passifs, dans le sens de la définition qui en a été donnée dans nos premières recherches ; par exemple, le chaud réel est froid en puissance, et le froid en réalité est chaud en puissance également, de sorte qu’à moins d’un équilibre complet, ils changent l’un dans l’autre. De même pour tous les autres contraires qu’on voudrait citer. C’est ainsi que d’abord les éléments changent, et que d’eux ensuite viennent les chairs, les os et toutes les substances analogues, le chaud devenant froid, et le froid devenant chaud, à mesure qu’ils se rapprochent du moyen terme. Là il n’y a plus ni l’un ni l’autre des contraires ; le milieu est multiple et n’est pas indivisible. De même aussi le liquide et le sec, et les autres éléments de ce genre produisent, quand ils sont arrivés à la moyenne, la chair, les os et les autres substances analogues à celles-là.


Chapitre VIII


Composition générale des corps mixtes ; il y a dans tous de la terre et de l’eau, qui sont des éléments indispensables ; il y a aussi de l’air et du feu, contraires aux deux premières. Phénomène de la nutrition allégué à l’appui de cette théorie. Comment le feu est le seul des éléments simples qui se nourrisse.


§ 1.[208] Tous les corps mixtes qui sont répandus autour du lieu central sont composés de tous les éléments simples. Ainsi, il y a de la terre dans tous, parce que chacun de ces corps est le mieux, et le plus souvent, dans le lieu qui lui est propre. Il y a aussi de l’eau dans tous les mixtes, parce qu’il faut que les composés soient déterminés, et que l’eau est, parmi les corps simples, le seul qui se détermine aisément. D’autre part, la terre ne peut pas davantage subsister sans l’humide qui la tient réunie ; et si l’humide en était complètement retiré, elle tomberait en poussière.

§ 2.[209] Ce sont bien là les causes qui font qu’il y a de l’eau et de la terre dans tous les corps mixtes. Mais il y a aussi de l’air et du feu, parce que ces éléments sont contraires à la terre et à l’eau ; la terre est contraire à l’air, et l’eau est contraire au feu, autant qu’une substance peut être contraire à une autre substance.

§ 3.[210] Ainsi donc, puisque les productions des choses viennent des contraires, il faut nécessairement, quand les deux extrêmes des contraires se trouvent dans les choses, que l’autre aussi des deux contraires s’y retrouve également. Par conséquent, dans tout composé se retrouveront tous les corps simples.

§ 4.[211] Le phénomène de la nutrition, considéré dans chacun des êtres, semble témoigner en faveur de cette théorie. Tous les êtres se nourrissent d’éléments identiques à ceux qui les composent ; or, tous se nourrissent de plusieurs éléments, et ceux-là même qui sembleraient surtout ne se nourrir que d’un aliment unique, comme les plantes, qui se nourrissent d’eau, ne s’en nourrissent pas moins aussi de plusieurs. C’est que la terre est toujours mêlée à l’eau ; et voilà comment les cultivateurs, dans leurs irrigations laborieuses, ne font qu’un mélange d’eau et de terre.

§ 5.[212] Mais comme la nutrition appartient à la matière, et comme l’être ainsi nourri, bien que compris et enveloppé dans la matière, est la forme et l’espèce, il est tout naturel de croire que, parmi les corps simples, le feu est le seul qui se nourrisse, tous les autres ne faisant que se produire les uns les autres réciproquement, ainsi que les anciens l’ont prétendu. Car, c’est le feu seul et lui surtout qui représente la forme, puisqu’il est toujours, par sa nature propre, porté vers la limite. Or, chaque chose est naturellement portée vers la place qui lui appartient ; mais la forme et l’espèce de toutes choses se trouvent toujours dans les limites qui les déterminent.

§ 6.[213] On voit donc, par ce qui précède, que tous les corps se composent de tous les éléments simples.


Chapitre IX


La matière et la forme, premiers principes des choses ; nécessité d’un troisième principe, la cause motrice. — Réfutation de la théorie des Idées telle que Socrate l’expose dans le Phédon ; les Idées ne peuvent expliquer la production des choses ; elles ne produisent pas ; on voit une foule de choses se produire sous nos yeux par d’autres causes. — Réfutation de la théorie qui explique la production des choses par le mouvement de la matière ; la matière est passive et n’agit pas. Exemples divers tirés des procédés de l’art.


§ 1.[214] Comme il y a des choses qui sont produites et périssables, et que tout ce qui naît et se produit se trouve dans le lieu qui environne le centre, il faut d’abord parler de la production des choses, prise dans toute sa géné ralité, et dire à quel nombre et de quelle nature sont ses principes. De cette manière, nous étudierons plus facilement les faits particuliers, après avoir acquis préalablement la connaissance des faits généraux.

§ 2.[215] Ces principes sont ici en même nombre et du même genre que ceux qu’on découvre dans les êtres éternels et primitifs. L’un de ces principes est comme matière ; l’autre est comme forme. Mais il en faut en outre un troisième qui se joigne à ces deux autres ; car ces deux-là ne sont pas plus capables de produire ici quelque chose que dans les primitifs.

§ 3.[216] Ainsi donc, c’est la matière, qui, pour les êtres produits, est cause qu’ils peuvent être et ne pas être. Or, parmi les choses, il y en a qui sont de toute nécessité, par exemple, les substances éternelles ; il y en d’autres qui ne sont pas nécessairement. Pour les unes, il est impossible qu’elles ne soient pas ; et pour les autres, il est impossible qu’elles soient, parce qu’il ne se peut pas que rien soit autrement que ne l’exige la nécessité. Mais il y a d’autres choses qui peuvent également être et ne pas être ; c’est précisément tout ce qui est produit et est périssable ; car tantôt ces choses-là sont, et tantôt elles ne sont pas. Ainsi donc, la production et la destruction ne se rapportent qu’à ce qui peut être et ne pas être.

§ 4.[217] C’est bien là, en tant que matière, la cause des choses produites ; mais en tant que but final, la cause, c’est la forme et l’espèce ; et c’est là la définition de l’essence de chaque chose.

§ 5.[218] Mais à ces deux principes, il faut toujours en ajouter un troisième. Or ce principe-là, tous les philosophes semblent ne l’apercevoir que comme en rêve, et personne n’en parle avec quelque précision. Les uns ont cru, comme Socrate dans le Phédon, que la nature des Idées suffisait pour expliquer la production des choses ; car Socrate, reprochant aux autres de n’avoir rien dit à cet égard, suppose que, parmi les choses qui existent, les unes sont des Idées, et que les autres reçoivent ces Idées, auxquelles elles participent ; que l’être de chaque chose est dénommé d’après son Idée, et que les choses se produisent quand elles reçoivent cette Idée, et qu’elles périssent quand elles la perdent. Par conséquent, si tout ceci est vrai, Socrate pense que les Idées sont nécessairement la cause de la production et de la destruction des choses. D’autres, au contraire, ont cru voir cette cause dans la matière elle-même, parce que c’est d’elle que, selon eux, venait le mouvement.

§ 6.[219] Mais ni les uns ni les autres n’ont raison ; car si les Idées, en effet, sont causes, pourquoi ne produisent-elles pas toujours d’une manière continue ? Pourquoi tantôt produisent-elles et tantôt ne produisent-elles pas, quoique les Idées subsistent toujours, ainsi que les choses qui peuvent y participer ? De plus, il y a des choses pour lesquelles on voit clairement que c’est quelque autre chose que l’Idée qui en est cause. Ainsi, c’est le médecin qui fait la santé, c’est le savant qui fait la science, bien que la santé même et la science même existent, ainsi que les êtres qui peuvent y participer. Il en est de même aussi pour toutes les autres choses qui sont faites selon l’art qui peut les accomplir.

§ 7.[220] D’autre part, quand on prétend que c’est la matière qui produit les choses par le mouvement qu’elle leur donne, sans doute c’est là une opinion plus d’accord avec la nature que la théorie des Idées ; car, ce qui altère les choses et les transforme peut paraître davantage la vraie cause de leur production ; et en général, dans les produits de la nature aussi bien que dans ceux de l’art, on regarde habituellement comme faisant les choses tout ce qui leur donne le mouvement.

§ 8.[221] Toutefois ces derniers philosophes eux-mêmes n’ont pas raison ; car, être passif et être mû, ce sont bien les propriétés qui appartiennent à la matière, tandis que mouvoir et agir appartiennent à une tout autre puissance. C’est là ce qu’on peut observer également dans tout ce que fait l’art comme dans tout ce que fait la nature. Ainsi, ce n’est pas l’eau elle-même qui fait l’animal sorti de son sein (c’est la nature) ; ce n’est pas davantage le bois qui fait le lit, c’est l’art. De là, on peut conclure que ces philosophes non plus ne s’expriment pas bien, et leur erreur vient de ce qu’ils omettent la cause la plus importante de toutes, en supprimant l’essence et la forme.

§ 9.[222] Il s’ensuit, de plus, qu’ils confèrent aux corps des forces à l’aide desquelles ils les font naître un peu trop mécaniquement, en laissant de côté la cause qui tient à l’espèce. Comme d’après les lois de la nature, ainsi qu’ils le disent, le chaud désagrège et le froid coagule, et comme chacun des autres éléments agit et souffre à sa manière, cela leur suffit pour affirmer que c’est aussi de là et par là que tout le reste des choses se produit et se détruit. Le feu lui-même leur paraît subir le mouvement et souffrir.

§ 10.[223] L’erreur est à peu près la même que si l’on allait prendre la scie, et les autres instruments analogues, pour la vraie cause de tout ce qu’ils produisent, et le leur rapporter, sous prétexte que du moment qu’on scie il faut nécessairement que le bois soit tranché, et que du moment qu’on rabote, il y a nécessité égale que la planche s’aplanisse ; et ainsi de suite. En conséquence, bien que le feu soit le plus actif des éléments, et qu’il communique le mouvement le plus énergique, ils ne voient pas comment il agit, et qu’il agit plus mal que les instruments ordinaires.

§ 11.[224] Quant à nous, comme nous avons antérieurement parlé des causes en général, nous n’avons fait ici que traiter de la matière et de la forme.


Chapitre X


La production et la destruction des choses sont continues comme le mouvement, et dépendent de la translation circulaire de l’univers ; nécessité de deux mouvements ; la translation circulaire oblique répond à cette nécessité. Régularité de la production et de la destruction naturelles ; durée périodique des êtres ; action de Dieu ; lois immuables qu’il a établies dans la perpétuité des choses ; ordre admirable du monde ; c’est le changement des corps qui maintient leur durée. — Le premier moteur immobile, seul principe du mouvement universel ; la continuité du mouvement dépend de la continuité du mobile.


§ 1.[225] Il faut ajouter une autre considération : c’est que le mouvement de translation étant éternel, ainsi qu’on l’a démontré, il s’ensuit nécessairement que, dans ces conditions, la production des choses doit être également continue : car ce mouvement causera indéfiniment la production des choses, en amenant et en ramenant la cause qui peut les produire. Ceci nous prouve en même temps que ce que nous avons dit antérieurement est exact, et que nous avons eu raison de faire de la translation, et non de la production, le premier des changements. En effet, il est bien plus rationnel de faire de ce qui est la cause qui produit ce qui n’est pas, que de faire de ce qui n’est pas la cause qui produit ce qui est. Or, ce qui est soumis à la translation existe, tandis que l’être qui se produit et devient n’existe pas ; et c’est là ce qui fait précisément que la translation est antérieure à la production.

§ 2.[226] Après avoir supposé et démontré qu’il y a dans les choses une production et une destruction continuelles, et que le mouvement de translation est cause de la génération des choses, il doit nous être évident que, le mouvement de translation étant unique, il est impossible que la production et la destruction existent toutes deux simultanément, puisqu’elles sont des contraires ; car une cause qui est et subsiste toujours la même et dans les mêmes conditions, ne peut jamais faire que la même chose, selon l’ordre de la nature. Par conséquent, ou ce sera la production, ou ce sera la destruction, qui sera éternelle.

§ 3.[227] Ainsi il faut qu’il y ait plusieurs mouvements, et des mouvements contraires, soit par leur direction, soit par leur inégalité ; car les causes des contraires sont contraires aussi. Ce n’est donc pas précisément la translation première qui peut être cause de la production et de la destruction des choses ; mais c’est la translation suivant le cercle oblique. Dans cette translation, en effet, il y a à la fois la continuité d’un seul mouvement et la possibilité de deux mouvements ; car, il faut nécessairement, pour que la production et la destruction puissent être continues, que le mouvement soit perpétuel, afin que ces changements mêmes ne défaillent jamais. D’autre part, il faut que les mouvements soient au nombre de deux, pour que ce ne soit pas un de ces phénomènes qui subsiste perpétuellement tout seul.

§ 4.[228] Ainsi donc, c’est la translation de l’univers qui est cause de la perpétuité, et c’est l’inclinaison du cercle qui produit le rapprochement ou l’éloignement ; car il se peut que la cause soit tantôt loin et tantôt près. L’intervalle étant inégal, le mouvement sera inégal aussi. Par suite, si, en étant présent et en s’approchant, il cause la production des choses, en étant absent et en s’éloignant, ce même mouvement causera la destruction. De plus, s’il produit en s’approchant plusieurs fois, il détruit en s’éloignant plusieurs fois aussi ; car les causes des contraires sont contraires entre elles.

§ 5.[229] Il faut ajouter que la destruction et la production naturelles s’accomplissent en un temps égal. C’est là ce qui fait que le temps de la durée et de la vie de chaque être peut s’exprimer en nombre, et se déterminer de cette manière. En ceci, il y a un ordre régulier pour tous les êtres. La durée et la vie sont toujours mesurées par une certaine période à parcourir ; seulement cette période n’est pas la même pour tous indistinctement, et elle est plus courte pour les uns et plus longue pour les autres. La période qui mesure l’existence des êtres est pour ceux-ci d’une année ; pour ceux-là, elle est plus forte, tandis que pour d’autres encore la mesure est moindre.

§ 6.[230] Les phénomènes sensibles sont là pour attester la vérité de ce que nous disons ici. Quand le soleil se montre, il y a production ; quand il se retire, il y a destruction ; et ces deux phénomènes se passent en des temps égaux ; car le temps de la destruction naturelle est égal à celui de la production. Mais souvent il arrive que la destruction est plus rapide, à cause de l’action combinée des éléments entre eux. Quand la matière, en effet, est irrégulière et n’est pas partout la même, il faut aussi que les productions qui en sortent soient irrégulières comme elle, et que les unes soient plus rapides et les autres plus lentes ; et alors, la production des unes peut devenir une destruction pour les autres.

§ 7.[231] Néanmoins, ainsi que nous l’avons dit la production et la destruction doivent toujours être continuelles, et elles ne doivent jamais défaillir par les causes que nous avons expliquées. Ceci, du reste, se comprend très bien ; car, ainsi que nous le soutenons, la nature recherche toujours le mieux en toutes choses. Or, être vaut mieux que ne pas être ; et ailleurs nous avons énuméré les diverses acceptions de ce mot d’ Être ; mais il ne se peut pas que l’être subsiste dans toutes les choses, attendu que quelques-unes sont trop éloignées du principe. En prenant la seule voie qui restât, Dieu a complété le tout en rendant la génération continuelle et perpétuelle. L’être alors est aussi compact et continu que possible, parce qu’une production perpétuelle et un devenir constant sont le plus près possible de l’existence même. Or, ce qui est cause de cette production, comme on l’a déjà dit bien souvent, c’est la translation circulaire, parce que c’est la seule qui soit continue.

§ 8.[232] Voilà comment toutes les choses qui se changent les unes dans les autres, selon leurs propriétés passives et actives, comme les corps simples, par exemple, ne font aussi qu’imiter cette translation circulaire, qu’elles reproduisent. Quand l’air, en effet, vient de l’eau, et que le feu vient de l’air, et qu’ensuite l’eau à son tour vient du feu, la production a eu lieu circulairement, peut-on dire, puisqu’elle est revenue sur elle-même. C’est ainsi que, le mouvement de ces phénomènes se développant en ligne droite, imite le mouvement circulaire, et qu’il devient continu.

§ 9.[233] Ceci nous permet en même temps d’éclaircir une question qu’on soulève quelquefois, à savoir comment il est possible, chaque corps se portant à la place qui lui est propre, que les corps composés ne se soient pas séparés et dissous pendant la durée infinie des temps. La raison en est bien simple, c’est qu’ils se changent et se métamorphosent les uns dans les autres. Si chacun d’eux restait à sa place spéciale et qu’il ne fût pas modifié par son voisin, il y a déjà bien longtemps qu’ils se seraient séparés et isolés. Ces corps changent donc par suite d’un double mouvement de translation ; et parce qu’ils changent, il n’y en a pas un seul qui puisse demeurer jamais en un lieu immuable et déterminé.

§ 10.[234] On peut donc voir, d’après tout ce qui précède, qu’il y a bien réellement production et destruction des choses, et quelle en est la cause, de même qu’on voit ce que c’est que le créé et le destructible. Mais puisqu’il y a un mouvement, il faut qu’il y ait un moteur, ainsi qu’on l’a démontré dans d’autres ouvrages. Si le mouvement est éternel, il faut qu’il y ait quelque chose d’éternel aussi ; le mouvement étant continu, ce quelque chose qui est un, doit être éternellement le même, immobile, incréé, inaltérable. En supposant même que les mouvements circulaires pussent être plusieurs en nombre, ils pourraient bien être plusieurs, mais tous, tant qu’ils seraient, devraient nécessairement être soumis à un seul et unique principe. D’autre part, puisque le temps est continu, le mouvement doit l’être comme lui ; car il est impossible qu’il y ait du temps sans mouvement. Le temps est donc le nombre de quelque chose de continu, c’est-à-dire de la translation circulaire, ainsi que nous l’avons dit en débutant.

§ 11.[235] Mais le mouvement est-il continu parce que le mobile qui le reçoit est continu aussi ? Ou bien l’est-il à cause de la continuité du lieu où il s’accomplit, je veux dire l’espace ; ou bien à cause de la continuité de l’affection que subit la chose ? Il est clair que le mouvement est continu, parce que le mobile est continu ; car, comment l’affection d’une chose pourrait-elle être continue, si ce n’est par la continuité même de la chose dans laquelle elle se manifeste ? Si le mouvement n’est continu que par le lieu dans lequel il est, ce ne peut être alors que par l’espace, qui a seul la propriété de le contenir, parce qu’il a une certaine grandeur. Or, il n’y a de grandeur continue que celle du cercle, parce que cette grandeur est toujours continue à elle-même. Ainsi, ce qui fait la continuité du mouvement, c’est le corps qui a la translation circulaire ; et c’est le mouvement, à son tour, qui fait que le temps est continu.


Chapitre XI


Théorie de la perpétuelle et régulière succession des choses. Dans quelle mesure intervient la nécessité ; choses nécessaires et choses contingentes ; nécessité absolue, nécessité relative ; rapport du nécessaire et de l’éternel. La production des choses ne peut être perpétuelle que si elle est circulaire. — Ordre admirable des choses ; le mouvement circulaire de la sphère supérieure règle tous les mouvements inférieurs, celui du soleil, celui des saisons et tous les autres. Perpétuité des espèces ; disparition successive des individus ; éternité de certaines substances. — Fin du traité.


§ 1.[236] Comme dans toutes les choses qui se meuvent d’un mouvement continu, soit pour se produire, soit pour s’altérer, soit en un mot pour changer, nous voyons toujours un fait exister après un autre, et un phénomène se produire à la suite d’un phénomène, de manière à ce qu’il n’y ait ni lacune ni défaillance, il nous faut rechercher s’il y a quelque chose de nécessaire, ou, si rien n’étant nécessaire, il est possible de toutes choses qu’elles ne soient pas. Or, il est évident que certaines choses sont nécessaires ; et c’est là ce qui fait que dire d’une chose précisément qu’elle sera, est tout différent de dire qu’elle doit être ; car, du moment qu’il est vrai de dire d’une chose qu’elle sera, il faut aussi qu’un jour il soit vrai de dire de cette chose qu’elle est ; tandis que, quand il est vrai de dire simplement d’une chose qu’elle doit être, rien n’empêche qu’elle ne soit pas : par exemple, il se peut très bien que quelqu’un qui devait se promener ne se promène pas.

§ 2.[237] Mais comme parmi les choses qui sont, il y en a qui peuvent aussi ne pas être, il est évident qu’il en sera de même encore pour les choses qui deviennent et se produisent, et qu’il n’y a pas là non plus de nécessité. Toutes les choses qui se produisent sont-elles ou ne sont-elles pas dans ce cas ? N’y en a-t-il pas quelques-unes qui doivent nécessairement se produire ? Et n’en est-il pas pour le devenir ce qu’il en est pour l’existence ? N’y a-t-il pas là aussi des choses qui ne peuvent pas ne pas être, tandis que d’autres le peuvent ? Par exemple, il y a nécessité qu’il y ait des solstices périodiques, et il ne serait pas possible qu’ils ne fussent point.

§ 3.[238] Ce qui est vrai, c’est qu’il faut nécessairement que l’antérieur se produise pour que le postérieur se produise aussi à son tour : par exemple, pour qu’il y ait une maison, il faut d’abord qu’il y ait un fondement, et pour qu’il y ait un fondement de maison, il faut du mortier. Mais parce que la fondation a été faite, est-il nécessaire que la maison soit faite également ? Ou n’est-ce nécessaire que si la maison elle-même est nécessaire d’une manière absolue ? A ce point de vue alors, il est nécessaire en effet que, le fondement ayant été fait, la maison se fasse aussi ; car c’était là réellement la relation de l’antérieur au postérieur, que, si le postérieur doit être, il faut nécessairement aussi que l’antérieur ait été avant lui.

§ 4.[239] Si donc le postérieur est nécessaire, il faut que l’antérieur le soit de même ; et si l’antérieur est nécessaire et que le postérieur le soit comme lui, ce n’est pas à cause de lui en aucune façon ; c’est seulement parce que l’on supposait la nécessité de ce postérieur lui-même. Ainsi donc, là où le postérieur est nécessaire, il y a réciprocité ; et toujours alors quand l’antérieur s’est produit, il y a nécessité que le postérieur se produise à son tour.

§ 5.[240] Si, descendant de degrés en degrés, la succession va à l’infini, dès lors il ne sera plus nécessaire que le postérieur se produise absolument. Mais ce ne sera pas même nécessaire d’après l’hypothèse qu’on vient de poser ; car il y aura toujours une autre chose qui, nécessairement, précédera le postérieur, et cette autre chose devra se produire nécessairement aussi. Par conséquent, comme il n’y a pas de principe possible pour l’infini, il n’y aura pas non plus de premier terme qui fasse que le dernier doive se produire nécessairement.

§ 6.[241] Mais même dans les choses qui ont une limite finie, il ne sera pas vrai de dire qu’il y a nécessité que les êtres se produisent absolument : par exemple, que la maison soit produite, parce que le fondement a été produit ; car, si la maison a été produite, sans devoir être toujours nécessairement, il en résulterait que ce qui peut n’être pas toujours serait toujours. Mais une chose ne peut être toujours sous le rapport de sa production que si sa production est nécessaire ; car le nécessaire et l’éternel vont ensemble. Ce qui est nécessairement ne peut pas ne pas être ; et par suite, s’il est nécessairement, il est par cela même éternel ; et s’il est éternel, il est nécessairement. De même encore, si la production de la chose est nécessaire, cette production est éternelle aussi ; et du moment qu’elle est éternelle, elle est nécessaire également.

§ 7.[242] Si donc la production absolue de quelque chose est nécessaire, il faut nécessairement que cette production soit circulaire et revienne sur elle-même ; car il faut absolument ou que la production ait une limite ou qu’elle n’en ait pas. Si elle n’en a pas, il faut qu’elle ait lieu en ligne droite ou en cercle. Mais pour qu’elle soit éternelle, il est impossible qu’elle soit en ligne droite ; car alors elle n’aurait pas de commencement, ni en bas, comme nous le voyons, en prenant les choses qui seront, ni en haut si nous prenons celles qui ont été. Mais il faut nécessairement un commencement à la production, sans qu’elle soit limitée ; et elle doit être éternelle. Il y a donc nécessité que la production soit circulaire. C’est ainsi que la réciprocité ou le retour sera nécessaire ; et, par exemple, si telle chose est nécessairement, l’antérieur de cette chose est nécessaire aussi ; et si cet antérieur est nécessaire, il faut nécessairement aussi que le postérieur se produise. Voilà donc bien une éternelle et véritable continuité ; car il n’importe pas que cette continuité se fasse entre deux ou plusieurs intermédiaires. Ainsi la nécessité absolue ne se trouve que dans le mouvement et dans la production circulaires ; et du moment que le cercle a lieu, chaque chose se produit ou s’est produite nécessairement ; de même, que s’il y a nécessité, la production a lieu circulairement.

§8.[243] Tout cet ordre est parfaitement raisonnable ; et puisqu’il a été démontré encore ailleurs que le mouvement circulaire est éternel, ainsi que le mouvement du Ciel, il est évident que tout cela se passe et se passera nécessairement, et que tous les mouvements qui se rattachent à celui-là et que celui-là produit, sont nécessaires comme lui ; car si le corps qui reçoit éternellement le mouvement circulaire le communique à quelqu’autre corps, il s’ensuit que le mouvement de ces autres corps doit être également circulaire ; et par exemple, la translation s’accomplissant d’une certaine façon dans les sphères supérieures, il faut bien que le soleil se meuve de la même manière. Du moment qu’il en est ainsi pour le soleil, les saisons ont par cette cause un cours circulaire, et elles reviennent périodiquement ; et tous ces grands phénomènes se passant de cette façon, tous les phénomènes inférieurs se passent avec la même régularité.

§ 9.[244] Mais quoi ! Quand il y a des choses qui s’accomplissent réellement ainsi, et quand, par exemple, l’eau et l’air ont bien ce mouvement circulaire, puisque pour former le nuage il faut qu’il ait plu, et pour qu’il pleuve, il faut qu’il y ait un nuage, comment se fait-il que les hommes et les animaux ne reviennent pas également sur eux-mêmes, de façon à ce que le même individu reparaisse ? Car, de ce que votre père a été, il ne s’ensuit pas nécessairement que vous deviez être ; ce qui est seulement nécessaire, c’est que si vous êtes, il faut que votre père ait été. La cause en est que c’est là une génération qui se fait en ligne directe.

§ 10.[245] Mais le principe de la recherche que nous nous proposons ici, ce serait encore de nous demander si toutes choses reviennent également ou ne reviennent pas sur elles-mêmes, et s’il n’est pas vrai que les unes reviennent numériquement et individuellement, tandis que les autres ne reviennent qu’en espèce. Pour toutes les choses dont la substance demeure incorruptible dans le mouvement qu’elle reçoit, il est évident qu’elles restent toujours numériquement identiques, puisque le mouvement se conforme alors au mobile. Mais toutes celles, au contraire, dont la substance est corruptible, doivent nécessairement accomplir ce retour, non pas numériquement, mais uniquement sous le rapport de l’espèce. C’est ainsi que l’eau vient de l’air et que l’air vient de l’eau, le même en espèce, mais non le même numériquement. Mais s’il est des choses qui reviennent numériquement aussi les mêmes, ce ne sont jamais celles dont la substance est telle qu’elle peut ne pas être.


FIN DU TRAITÉ DE LA PRODUCTION ET DE LA DESTRUCTION DES CHOSES.
  1. Livre 1, Ch. 1. Philopon cherche à établir que ce traité se rattache étroitement à celui du Ciel ; et sa preuve principale, c’est que ce dernier traité se termine par une phrase où se trouve une particule adversative, qui n’a sa correspondante que dans le présent traité. Cette preuve n’est pas très décisive. Mais ce qui est certain, c’est que les matières de ces deux traités se tiennent assez bien, et qu’après avoir étudié le ciel et les propriétés générales des corps immuables qui le composent, Aristote a pu penser à compléter cette étude par l’étude des corps qui, dans la nature, sont soumis, d’après des lois régulières, à naître et à périr. Le lien grammatical des deux traités existe bien, comme le remarque Philopon ; mais le lien logique est encore plus réel.
  2. § 1. Naturellement, en ne s’occupant que des corps formés ou détruits par la nature. Aristote exclut tous ceux que peut former ou détruire l’industrie humaine ; ces derniers corps peuvent d’ailleurs être l’objet d’une étude spéciale. — Leurs causes et leurs rapports, le mot grec que je rends par celui de Rapports, est très vague aussi ; et Philopon, en essayant de l’expliquer, n’est pas parvenu à l’éclaircir. Le mot de Modification pourrait convenir peut-être aussi. — De l’accroissement et de l’altération, il faut voir la définition de ces mots dans la Physique, livre IV, ch. 3, § 7, et livre V, ch. 3, § 11 et passim. L’accroissement est un mouvement dans la quantité ; l’altération est un mouvement dans la qualité. — La production et l’altération, la production proprement dite est le passage du non-être à l’être ; l’altération n’est qu’un simple changement dans l’être qui existe déjà. — En réalité, j’ai ajouté ces mots pour compléter le pensée. Pour mieux faire comprendre la différence de la production et de l’altération, Philopon cite un vers d’Homère ; mais l’autorité d’Homère n’a guère de poids dans ces distinctions verbales et métaphysiques.
  3. § 2. Parmi les anciens, on va voir qu’Aristote entend désigner, en disant les anciens : Empédocle, Anaxagore, Leucippe, Démocrite, etc. — Production absolue, c’est-à-dire, le passage du néant à l’existence. — N’est qu’une altération, confondant ainsi les deux phénomènes de la production et de l’altération. — Sont des phénomènes différents, cette opinion est la seule vraie ; la production et l’altération ne peuvent se confondre. — Que l’univers est un tout uniforme, ou bien qu’il n’y a qu’un seul et unique élément, qui compose tout indistinctement. Ces philosophes tout en général, outre les Ioniens, ceux de l’École d’Elée, qui soutenait l’unité de substance et l’unité de l’être. — Car simple altération, j’ai ajouté le mot de Simple. — Ce qui naît à proprement parler, c’est ce qu’il tient d’appeler « la génération absolue, » ainsi que le remarque Philopon. — La matière se compose de plus d’un principe, ou bien : « Qu’il y a plus d’une manière. » Les partisans de la pluralité des éléments sont nommés ici ; ceux de l’unité ne le sont pas. Philopon supplée au silence d’Aristote, et il rappelle que Thalès n’admettait que l’eau pour unique élément ; Anaximène et Diogène d’Apollonie, l’air ; Anaximandre, un élément intermédiaire entre l’eau et l’air ; Héraclite enfin, le feu. Quant aux philosophes de la pluralité, Empédocle admettait les quatre éléments, comme l’a fait aussi Aristote, le feu, l’air, l’eau et la terre. Anaxagore supposait ces corps similaires, les Homoeoméries, infinis ; Démocrite et Leucippe faisaient la même supposition pour leurs atomes, infinis en nombre et par la diversité de leurs formes. Voir les paragraphes suivants.
  4. § 3. Anaxagore a méconnu l’expression propre, au temps d’Anaxagore, la langue philosophique n’était pas encore formée, comme elle le fut plus tard. — Comme d’autres philosophes, qui sont énumérés un peu plus bas. — Avec les principes moteurs, les deux principes moteurs d’Empédocle sont la Discorde et l’Amour, l’une qui divise les choses, et autre qui les rapproche. — Au nombre de six, avec les quatre éléments ordinaires de la terre, de l’eau, de l’air et du feu. Selon Empédocle, les quatre derniers étaient purement passifs ; les deux autres sont actifs et moteurs. — De parties similaires, les Homoeoméries, l’une de ces expressions n’est que la traduction de l’autre. — Dont chaque partie en synonyme du tout, ainsi une partie de l’os est encore de l’os, une partie de chair est encore de la chair, tandis que la partie de la main n’est pas une main, etc. Ainsi il y a autant d’homoeoméries que de substances différentes ; et c’est en ce sens que les éléments d’Anaxagore sont infinis en nombre.
  5. § 4. D’indivisibles ou d’atomes, l’un des mots traduit l’autre simplement ; celui d’atomes est plus habituel. Philopon essaie de démontrer ici en quoi le système d’Épicure, sur les atomes, diffère de celui de Démocrite. Épicure admet que les atomes sont infinis en nombre ; mais il n’admet pas qu’ils le soient en figures. — Que par les éléments dont ils sont formés, ou bien : « d’où ils viennent. » Voilà pour la diversité infinie de la nature des atomes. — Par la position et par l’ordre, voilà pour l’infinité des formes.
  6. § 5. Semble ici d’une opinion opposée, Philopon ne trouve pas qu’entre l’opinion d’Anaxagore et celle d’Empédocle, il y ait autant de distance qu’Aristote l’indique. — Le feu, l’eau, l’air et la terre, j’ai conservé l’ordre même dans lequel Aristote énumère ces quatre éléments. — Qu’ils sont plus simples que la chair, il semblerait résulter de la tournure de cette phrase qu’Émpédocle aurait pu connaître et critiquer le système d’Anaxagore ; mais la chronologie ne le permet pas. Il s’agit des disciples d’Empédocle, comme l’annonce l’expression grecque, plus encore que d’Empédocle lui-même. — Les germes des éléments, ces germes se rapprochent alors beaucoup des atomes, qui sont aussi répandus partout, d’après le système de Démocrite.
  7. § 6. On prétend faire sortir toutes la choses d’un élément unique, système qu’Aristote n’a jamais accepté. — Comme une simple altération, voir plus haut, § 1. — Le sujet des phénomènes, j’ai ajouté en derniers mots. — Qu’il subit une altération, il faut, en effet, un sujet permanent, pour qu’il puisse être successivement le lieu des altérations qui se produisent tour à tour, parlant du froid au chaud, du blanc au noir, etc. ; ou réciproquement. — Plusieurs espèces de substances, le texte dit précisément : « plusieurs genres. » - De la combinaison et de la séparation, sous l’influence de l’Amour et de la Discorde, comme le veut Empédocle.
  8. § 7. A l’hypothèse de ces philosophes, qui admettent la pluralité des éléments. — C’est bien aussi la manière dont ils s’expriment ou bien encore : « l’hypothèse que nous leur prêtent est bien celle qu’ils admettent. » - Sont forcés de reconnaître, il ne semble pas qu’Empédocle l’ait précisément nié ; et ceci s’adresserait plutôt à Démocrite et aux partisans de l’unité. — Qu’il y ait altération réelle, le texte est un peu moins précis. — Nous voyons qu’elle éprouve, c’est à l’observation des faits, qu’en appelle Aristote ; et pour lui, l’altération n’est pas un phénomène moins évident que l’accroissement ou la diminution, que nos sens perçoivent si aisément. La pensée de tout ce § reste embarrassée et obscure ; je n’ai pu l’éclaircir comme je l’aurais voulu, malgré les explications de Philopon, et celles d’Alexandre d’Aphrodisée, qu’il rapporte à côté des siennes. — Observer l’altération, ou un changement de qualité.
  9. § 8. Ceux qui admettent plus d’un principe, il semblerait d’après ceci que, dans le § précédent, il s’agit des philosophes qui admettent l’unité de substance ; mais le texte se se prête pas bien à cette interprétation. — Les affections, ou « modifications. » - Des différences des éléments, ou d’une manière un peu moins concise ; « des différences que présentent les éléments. » - Le chaud et le froid, d’une manière générale, toutes les oppositions par contraires, qui se succèdent et se remplacent dans un même sujet. — Il s’ensuit, ce n’est pas une conséquence qui ressorte nécessairement du système d’Empédocle. — Or, c’était là précisément ce qu’on entendait par l’altération, il ne semble pu qu’Empédocle le nie.
  10. § 9. Mais n’est-il pas évident, pour cette théorie, voir la Physique, livre 1, ch. 7, § 9 ; et les Catégories, ch. 11. — En se déplaçant dans l’espace… par accroissement… par altération, ce sont la trois espèces de mouvement admises par Aristote et étudiées dans la Physique. — Seule et même matière, le texte n’est pas tout à fait aussi explicite. — Qui changent les unes dans les autres, et qui par conséquent sont contraires. C’est le même corps, qui est tour à tour chaud ou froid, blanc ou noir, etc.
  11. § 10. Contredire les faits les plus réels, en niant l’existence de l’altération, phénomène qu’il est si facile d’observer. — Ramené à l’unité, c’est le Sphérus dans lequel l’univers est enveloppe, selon Empédocle, par l’effet de l’Amour, jusqu’à ce que la Discorde vienne le développer de nouveau par la séparation des éléments. — La Discorde exceptée, puisque c’est elle qui doit de nouveau rompre l’unité établie par l’Amour. — A l’étendre, il semblerait que ce qui soit est une citation textuelle d’Empédocle ; mais cette exposition n’est pas très nette, et elle a l’obscurité habituelle des réfutations d’Aristote. — Telle chose est devenue de l’eau, il ne semble pas que ce soit là le système exact d’Empédocle. Selon lui, les éléments sont tout formés, et ils ne changent pas. Seulement, ils se réunissent, ou ils se séparent, sous l’influence toute puissante de l’Amour et de la Discorde. — Et elles peuvent l’être, ce n’est peut-être pas là la pensée vraie d’Empédocle. — Elles sont nées à un certain moment, Empédocle, au contraire semble croire que ces différences sont éternelles. — Mais qui changent également aujourd’hui, dans le système d’Aristote, mais non dans celui d’Empédocle.
  12. § 11. Ajoutez que, dans le système d’Empédocle, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. La nouvelle objection consiste en ceci, que, dans le système d’Empédocle, il y a des principes antérieure aux éléments, et que par conséquent, ces éléments ne sont pas de vrais éléments. — La Discorde et l’Amour, principes antérieurs aux éléments qu’ils réunissent ou qu’ils séparent. — D’un seul principe, quand le Sphérus se développe de nouveau par l’effet de la Discorde. — Un seul principe ou plusieurs, il y en aurait au moins deux : la Discorde et l’Amour. — Comme matière, peut-être encore n’est-ce pas bien là la pensée d’Empédocle. La Discorde et l’Amour ne forment pas précisément les éléments ; ils agissent seulement sur eux. — Plus élémentaires, c’est le mot même du texte.
  13. § 12. A notre tour, j’ai ajouté ces mots, pour tenir lieu d’une transition qui manque ici. Après avoir exposé succinctement les opinions des autres, Aristote va expliquer la sienne ; et il traitera d’abord de la production, se réservant de parler plus tard de l’accroissement et de l’altération des choses.
  14. Ch. Il, § 1. Platon n’a donc étudié, Aristote revient à examiner les systèmes de ses prédécesseurs. — Donc, cette conjonction est dans le texte, sans qu’on voie bien ce qui la justifie. — La manière dont elles sont dans les choses, Aristote veut dire probablement que Platon n’a étudié la production que dans l’état actuel des choses, sans essayer de remonter à l’origine. Si c’est bien là sa pensée, elle ne serait peut-être pas très juste ; et on trouverait dans le Timée de quoi la contredire. — Celle des éléments, et non celle des qualités, qui se succèdent dans les éléments. — De l’altération, ni de l’accroissement, c’est-à-dire les deux autres espèces de mouvements.
  15. § 2. Si l’on en excepte Démocrite, cet éloge de Démocrite peut paraître bien grand, après la critique précédente sur Platon. — Toutes les questions, le texte n’est pu aussi précis. — Dont les choses se passent, ceci n’est pas très clair ; mais le texte est encore plus concis que ma traduction. Aristote vent dire sans doute que Démocrite est d’accord avec lui, en admettant la production des choses, mais qu’il n’est plus d’accord avec lui sur la manière dont ce phénomène a lieu. — A expliquer l’accroissement, on ne voit pas qu’Aristote lui-même ait comblé cette lacune ; voir la Physique, Livre VI, ch. 16, § 5, de ma traduction.
  16. § 3. D’ailleurs on n’a pas étudié non plus, une partie de ces questions ont été étudiées, soit dans la Physique, soit dans le quatrième livre de la Météorologie ; mais je ne sais si Aristote les a poussées beaucoup plus loin que ses devanciers.
  17. § 4. En ne s’attachant qu’aux formes des éléments, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. Ce sens est celui de Philopon. On pourrait traduire aussi : « Après avoir imaginé les formes des éléments. » - Des atomes, j’ai ajouté ces mots ; car le système de Démocrite est bien connu ; et la doctrine des atomes n’admet en effet que la division et la combinaison, l’ordre et la position, comme causes de tous les phénomènes. — Trouvent la vérité dans la simple apparence, c’est la doctrine reprise plus tard par les Sophistes, et tant combattue par Socrate ; voir le Protagoras. — Les formes des atomes, j’ai encore ajouté ces derniers mots. — Les changements de la disposition, Philopon cite le cou de la colombe, qui, selon la direction de la lumière, et la position des spectateurs, présente les couleurs les plus diverses. — D’une seule de ses parties, le texte n’est pas aussi précis. — Avec mêmes lettres, ce serait plutôt : « avec les lettres de l’alphabet. »
  18. § 5. Tout le monde, en y comprenant Anaxagore et Empédocle. — La production et l’altération des choses, il est difficile en effet de confondre ces phénomènes et de les réduire l’un à l’autre. La distinction que fait le texte est fort claire. — Il faut nous arrêter, ce sera l’objet de tout ce chapitre et des chapitres suivants. — Une foule de conséquences insoutenables, c’est bien vague.
  19. § 6. C’est de savoir, s’il y a ou s’il n’y a pas d’atomes. — Se produisent, s’altèrent et s’accroissent, ce sont les trois espèces de mouvements, dont les choses sont susceptibles. — Les phénomènes contraires à ceux-là, c’est-à-dire la destruction, l’altération en une qualité opposée, et le décroissement. — Des atomes, c’est-à-dire, j’ai ajouté ces mots. — Ce problème est de la plus haute importance, aussi Aristote y est-il revenu à plusieurs reprises. — Comme on le dit dans le Timée, voir plus haut, le Traité du ciel, livre III, ch. 7, § 14.
  20. § 7. Ailleurs, dans le Traité du Ciel, livre III, comme le dit aussi Philopon. — Jusqu’à les réduire en surfaces, cette opinion n’est pas celle de Platon dans le Timée, au point où Aristote semble le dire ici. — J’avoue du reste, l’expression du texte est moins nette. — Ainsi qu’on l’a dit, Philopon croit que termes dont se sert ici Aristote, d’après Démocrite, sont particulièrement empruntés à l’idiome d’Abdère. — Sa rotation son contact, ces expressions ne sont pas plus précises en français que les expressions correspondantes ne le sont en grec. — Ceux qui admettent la division des corps en surfaces, comme Platon, ou d’autres philosophes. — Rendre compte de la couleur, ou de toute autre qualité des corps. Le texte grec n’est pas aussi précis.
  21. § 8. Sur lesquels tout le monde est d’accord, l’expression du texte est un peu vague ; et je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi le sens. — C’est le défaut d’observation, Aristote recommande ici l’observation des faits, comme il l’a toujours recommandée ; mais nulle part, il n’a été aussi net et aussi décisif ; voir la préface à ma traduction de la Météorologie, pages et suivantes. — Qui peuvent s’étendre ensuite, ou suivant une variante indiquée par Philopon : « dans lesquels on peut ensuite comprendre un si grand nombre de faits. » La différence est insignifiante. — Se perdant dans des théories compliquées, le texte peut vouloir dire encore : « Mais ceux qui, loi n des idées vulgaires, etc. » - Plus aisément, et plus légèrement.
  22. § 9. L’étude véritable, j’ai ajouté ce dernier mot. — Ces philosophes, Platon et son école. — S’il n’y en avait pas, j’ai ajouté ces mots, qui semblent indispensables. — Le triangle même, le triangle idéal, ces derniers mots ne sont que la paraphrase des précédents. Le triangle même signifie, dans le langage du Platonisme, l’idée du triangle. — Serait multiple, c’est-à-dire divisible, ce qui est tout à fait contraire à la théorie des idées. — La suite de cette discussion fera mieux voir, Aristote sent lui-même qu’il n’en dit pas assez ici pour être parfaitement clair. Philopon défend Platon contre Aristote, qui n’a pas très bien reproduit la pensée de son maître. Il croit que cette théorie pouvait se trouver tout au plus dans les Doctrines non écrites de Platon.
  23. § 10. C’est une grande difficulté, toute la pensée de ce § est obscure. La voici réduite à son expression la plus simple : « Il est difficile de comprendre que le corps puisse être divisible à l’infini, et qu’il n’y ait plus d’atomes ; car cette division à l’infini épuisera le corps tout entier, dont il ne restera plus rien, et l’on arrivera ainsi à composer le corps de simples points, qui n’ont plus aucune dimension. » - Et qu’il est possible de réaliser cette division, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. — Qui puisse échapper à une division pareille, puisqu’elle fera évanouir définitivement tout ce qui peut composer le corps. — Il n’y aurait rien d’impossible, c’est une supposition qu’on peut toujours faire, et qui n’implique rien d’absurde. — Si l’on divise la chose par moitié, c’est-à-dire, si l’on partage toujours en deux ce qui reste de la chose, dans les divisions successives, ou si on la divise par parties inégales. De l’une et l’autre façon, on arrive à l’épuiser totalement par cette division indéfinie. — Ne puisse pousser la division jusque-là, par l’insuffisance des instruments dont l’homme dispose.
  24. § 11. Est censé doué de cette propriété, le texte n’est pas aussi précis. — Que restera-t-il ? répétition de la question posée dans le § précédent. — Après toutes ces divisions, j’ai ajouté ces mots, pour éclaircir un peu la pensée. — Une grandeur, qui serait encore divisible. — Sans aucune limite et absolument, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Sans aucune grandeur, parce que les points mathématiques sont supposés n’en point avoir.
  25. § 12. Vienne de rien, c’est-à-dire de points, qui n’ont aucune dimension. — A n’être qu’une apparence, c’était la conséquence que les Sophistes avaient tirée de la doctrine de Démocrite. — Que le corps puisse venir de points, le texte n’est pals tout à fait aussi formel. — De quantité, parce que les points ne peuvent représenter aucune quantité quelconque. — Ni plus grand ni plus petit qu’auparavant, quel qu’ait été le nombre des points de division. — Une vraie grandeur, j’ai ajouté le mot vraie.
  26. § 13. Une sorte de sciure du corps, le texte est un peu concis, et la pensée parait obscure, bien qu’au fond elle soit claire. Aristote suppose qu’on veut prouver qu’il y a des atomes et que la division du corps ne peut aller à l’infini. Si par la division poussée aussi loin que possible, on arrive à réduire le corps en poussière, comme la sciure du bois que l’on coupe, ces fragments de sciure, tout ténus qu’ils sont, n’en ont pas moins eux-mêmes une dimension ; et alors la question revient pour ces petits corps, aussi bien que pour le corps qu’ils formaient primitivement par leur union. — D’une certaine grandeur, les fragments de la sciure, quelque petits qu’on les suppose, ont cependant une grandeur appréciable. — A son tour, j’ai ajouté ces mots. — Que ce qui s’est détaché, par la division poussée à son dernier terme. — Séparable, Philopon atteste qu’il y avait ici une variante, et que certains manuscrits portaient « inséparable » au lieu de « séparable. » Le contexte semblerait prouver que c’est cette dernière version qui est la bonne. Cependant Philopon paraît approuver davantage l’idée « d’inséparable. » La forme est en effet inséparable du corps, en ce sens qu’elle périt quand le corps périt lui-même, et qu’elle ne peut être rien sans lui. J’ai conservé dans ma traduction la version la plus ordinairement reçue ; mais l’autre pourrait convenir aussi. — A des points et à des contacts, théories déjà réfutées plus haut. — Des choses qui ne sont pas des grandeurs, les points et les contacta ne pouvant avoir par hypothèse aucune dimension, en quelque sens que ce soit.
  27. § 14. Dans quel lieu, c’est-à-dire : « dans quelle partie du corps ? » - Soit qu’on les suppose, mobiles, comme le font les mathématiciens, quand ils admettent qu’en se mouvant le point engendre la ligne, comme la ligne engendre la surface, et la surface le corps. Philopon remarque qu’on peut indifféremment donner à cette phrase la forme interrogative, ou la forme affirmative. — Qu’il existe quelque chose, c’est-à-dire, les deux parties matérielle qui se touchent, ou sont divisées mutuellement en un point qui les sépare. — Si donc l’on admet, voir plus haut, § 10. Ceci est le résumé de la première partie de toute cette discussion.. Si l’on n’admet pas les atomes, et qu’on croie que tout corps est absolument divisible, voilà les conséquences insoutenables où mène cette théorie ; on en conclut avec Démocrite la vérité de la théorie des atomes. Ce résumé d’ailleurs peut sembler un peu prématuré.
  28. § 15. D’autre part, nouvel argument pour démontrer l’existence des atomes. — Toute pareille à ce qu’elle était, ceci semble en contradiction avec ce qui a été dit plus haut, § 13. — En quelque point que je coupe le bois, et le nombre des
  29. § 16. Si donc, résumé en faveur de la théorie de Démocrite. — Des corps et des grandeurs indivisibles, en d’autres termes, des atomes, comme Démocrite le soutenait. — Des atomes, j’ai ajouté ces mots, pour que la pensée fût plus claire. — Ailleurs, voir le IIIe livre du Traité du Ciel, ch. 4, § 5 ; voir aussi la Physique, dans divers passages, où le système des atomes est plutôt indirectement désigné que positivement indiqué. Philopon cite en particulier le VIIe livre de la Physique, où je ne trouve rien de pareil. Il cite également le petit traité des Lignes insécables, qu’il attribue aussi à Théophraste, au lieu d’Aristote, d’après l’opinion de quelques auteurs.
  30. § 17. A la fois divisible et indivisible, en réalité, c’est impossible ; mais il se peut que l’un soit une simple possibilité, et que l’autre soit réel. Ainsi, par la pensée, le corps est points peut être infini, puisqu’ils sont supposés n’avoir aucune dimension. — En puissance, si ce n’est en réalité, par l’insuffisance seule des instruments dont l’homme doit se servir. — En dehors et à part de la division, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — En des propriétés de ce genre, répétition de ce qui a été dit plus haut, § 13. divisible à l’infini ; mais effectivement la division s’arrête assez vite. — Divisible en simple puissance, et indivisible en réalité, le texte n’est pu tout à fait aussi précis. — Soit ensemble l’un et l’autre en puissance, c’est-à-dire à la fois divisible et indivisible en simple puissance. Malgré les explications de Philopon, et malgré tous mes efforts, ce passage présente une obscurité que je n’ai pu faire disparaître entièrement. Voici, je crois, comment on peut le comprendre. « Un corps ne peut pas être tout à la fois divisible et indivisible, même en simple puissance ; car s’il l’était en puissance il faudrait qu’il le fût en réalité ; et dans la réalité, les deux propriétés sont absolument incompatibles. Tout ce qui se peut réellement, c’est que le corps soit divisible en un point quelconque ; ce qui ne veut pas dire qu’il soit absolument divisible ; car alors il n’en resterait absolument rien après la division, et le corps s’évanouirait ainsi en quelque chose d’incorporel. » - Le corps…. incorporel, cette antithèse de mots est dans le texte. — De points, qui ne sont rien de sensible, puisqu’ils sont supposés n’avoir aucune dimension. — Absolument de rien du tout, ou peut-être : « Du néant, du rien. » - Cette reproduction du corps, le texte n’est pas tout à fait aussi précis.
  31. § 18. Se divise réellement, j’ai ajouté ce dernier mot, pour que la pensée fût plus claire. — Toujours de plus en plus petites, selon la matière que l’on divise, et selon les instruments dont on se sert. — Qui s’éloignent, c’est l’expression même du texte, qui n’est peut-être pas très-convenable. — Et qui s’isolent, après que la division a été faite. — Le morcellement, ou l’amoindrissement, la réduction successive en des parties de plus en plus ténues. — Que jusqu’à une certaine limite, dans la réalité, bien qu’en pensée elle soit indéfiniment possible.
  32. § 19. Il faut donc, en ne s’en tenant qu’aux phénomènes sensibles et observables, le système des atomes semble très vrai, parce qu’en effet la division doit s’arrêter bientôt, et qu’elle semble rencontrer un obstacle insurmontable dans des particules qu’elle ne peut plus atteindre. — Par désunion, de certains éléments irréductibles et permanents. — Par réunion, de ces mêmes éléments. — Des atomes, j’ai ajouté ces mots. Les atomes sont indivisibles, comme leur nom l’indique ; et de plus, ils sont indivisibles pour nous, à cause de leur ténuité. — Nous nous faisons fort, le texte n’est pas tout à fait aussi précis ; mais j’ai voulu rendre par cette expression la vivacité de la tournure qu’il emploie. — Que nous allons dévoiler, les développements qui suivent peuvent paraître ne pas répondre tout à fait à cette promesse.
  33. § 20. Ne tient pas au point, puisque les points sont censés n’avoir aucune dimension. — En admettant cette théorie, que le corps est absolument divisible. — En se divisant, selon les points dont on le dit composé. — Que de contacts ou de points, voir plus, haut § 16.
  34. § 21. Que le corps est absolument divisible, c’est le sens adopté par Philopon, qui trouve d’ailleurs que l’expression n’est pas assez claire. Toute cette discussion est très confuse et il est bien difficile d’y discerner la véritable pensée de l’auteur. — Il y a partout un point quelconque, c’est-à-dire que la division peut toujours se faire en quelque point que ce soit. — Il n’y en a pas plus d’un seul, en réalité, il y en a tout autant qu’on veut ; mais tous se ressemblent, et l’on n’en peut jamais prendre qu’un seul à la fois. — Par conséquent non plus, le texte n’est pas aussi précis ; mais j’ai dû le préciser davantage, afin de le mettre d’accord avec l’alternative du § précédent. — L’instant…. le point, les deux mots dont se sert le texte grec, sont plus rapprochés entre eux que les deux mots dont je suis obligé de me servir dans la traduction. — De parties, j’ai ajouté ces mots. — Bien des difficultés insolubles, dont quelques-unes ont été exposées plus haut. — Soit possible sans aucune limite, ce qui détruirait le système des atomes. Ainsi, Aristote repousse tout ensemble et admet ce système, parce qu’il trouve de part et d’autre des difficultés insurmontables. — Si le point suivait en effet le point, ceci a l’air d’une glose, qui aurait été intercalée dans le texte par quelque commentateur.
  35. § 22. La production, toute cette fin de chapitre est une digression ; où l’auteur s’éloigne de plus en plus de la pensée qu’il semblait primitivement poursuivre. — Union et désunion d’éléments, parce qu’alors les éléments sont antérieurs au composé qu’ils forment. — En venant de telle autre, l’expression n’est pas très juste ; et là non plus, il n’y aurait pas de production proprement dite.
  36. § 23. L’altération, la digression continue de plus en plus. — Considérable, j’ai ajouté ce mot. — Dans le sujet, ou dans l’objet. — A l’essence, ou à la définition et à l’idée. — Ces deux choses, j’ai ajouté
  37. § 24. En se désunissant et en s’unissant, voir plus haut la fin du § 22. — Quand les eaux se divisent, l’observation est juste, et elle a dû être faite de très bonne heure, ce phénomène se représentant d’une manière très fréquente. Voir la Météorologie, livre II, ch. 2, § 18 de ma traduction. — Elles deviennent plus vite de l’air, en d’autres termes, elles se vaporisent.
  38. § 25. Ceci du reste sera plus clair, c’est que l’auteur lui-même a senti qu’il ne l’avait pas toujours été autant qu’on peut le désirer. — Une simple combinaison, soit réunion, soit désunion ; voir plus haut, § 19.
  39. Deux ; le texte n’a qu’un pluriel. — Vraiment, j’ai ajouté ce mot.
  40. Ch. III, § I. D’une manière absolue, c’est-à-dire, sans qu’il y ait rien qui le précède et d’où il puisse sortir. — A proprement parler, c’est-à-dire, dans le sens absolu du mot. — Dans ce cas, c’est-à-dire, en supposant qu’il n’y a pas de production absolue, et que ce soit toujours d’un être antérieur que sorte l’être qui se produit. J’ai dû couper la phrase, qui est un peu trop longue dans le texte. — Du malade vient le bien portant, c’est-à-dire que l’être qui est malade redevient bien portant ; ou réciproquement, l’être qui est bien portant redevient malade. L’être alors ne se produit pas, à proprement dire ; il change seulement d’état et passe par diverses qualités ; mais préalablement il est, avant de changer. — Une production absolue, c’est-à-dire que la chose qui n’était pas antérieurement vient à être, sortant du néant, où elle était auparavant. — Du non-être, du néant, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. C’est en ce sens qu’on dit d’une chose qu’elle est plongée dans le néant, et que « le néant appartient à certains êtres, » comme le dit le texte. L’expression semble contradictoire, et cependant elle est juste. — Le blanc peut venir du non-blanc, c’est-à-dire qu’une chose qui n’est pas blanche peut devenir blanche. Ce n’est pas là une production, à proprement parler ; c’est un simple changement, une simple altération. — La production absolue doit venir de l’absolu non-être, c’est-à-dire qu’une chose est, après n’avoir pas été, sortant du néant où elle était.
  41. § 2. Or, l’Absolu en ceci exprime, ou le primitif, l’absolu ne semble pas pouvoir être employé en ce sens restreint ; mais c’est ici une simple distinction verbale, qui est tout arbitraire. — Dans chaque catégorie de l’être, c’est-à-dire dans toutes les catégories autres que celle de la substance, le primitif est le terme le plus élevé. Ainsi dans la catégorie de la qualité, ce n’est aucune des qualités particulières ; mais c’est la qualité même. — Ou l’universel, c’est-à-dire la substance, et c’est en ce sens que d’ordinaire on entend l’absolu. — Renferme et contient tout, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. Cela revient à dire qu’il faut d’abord que la chose existe, pour qu’ensuite elle puisse être douée de quelque qualité que ce soit. — Si c’est le primitif que signifie l’absolu, j’ai ajouté les trois derniers mots, pour rendre la pensée plus précise et plus claire. — Il y aura production de substance, l’expression ne paraît pas très convenable ; ce n’est pas de la substance précisément, mais plutôt une simple existence modifiée selon chaque catégorie. Une chose devient blanche, qui n’était pas blanche auparavant. — Et cætera, j’ai ajouté ce mot, pour indiquer que toutes les catégories ne sont pas énoncées ici. — Les qualités, le texte dit précisément : « les affections. » — Que signifie l’absolu, j’ai cru devoir répéter ces mots, pour compléter le texte. — La négation universelle de toutes choses, ou peut-être mieux : « la négation universelle de toutes les catégories, » y compris celle de la substance. — Ce qui mot et se produit, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  42. § 3. Ailleurs, comme le remarque Philopon, c’est dans le 1er livre de la Physique ; ch. 8, §§ 1 et suivants, page 473 de ma traduction. — Venant du néant, du non-être, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Rien ne peut jamais venir, le texte n’est pas aussi développé. — Ce qui est en simple puissance, le possible n’est pas précisément ; mais il suffit qu’il puisse être, pour qu’il ait déjà une sorte d’existence. — Des deux feront que nous venons d’indiquer, j’ai ajouté ces derniers mots. En d’autres termes, le possible est et n’est pu tout à la fois.
  43. § 4. S’il y a uniquement, j’ai ajouté ce dernier mot. — Production de la substance, on pourrait traduire encore : « Si la production appartient à la substance. » — Pour la destruction, qui est le contraire de la production. N’y a-t-il production et destruction que dans la catégorie de la substance ? Et n’y en a-t-il pas aussi dans les autres catégories ! — Réellement, j’ai ajouté ce mot. — Une certaine substance, le mot même de Substance est dans le texte ; mais il semble que la substance doit toujours être réelle et non simplement possible. — En réalité et en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  44. § 5. Qu’une des autres catégories, c’est-à-dire une des catégories autres que celle de la substance. — A cet être en puissance, le texte n’est pas aussi explicite. — De lieu, ou de toute autre catégorie. — Avoir une existence séparée, ce qui est contradictoire. — Qu’ont encore redoutée par dessus tout les philosophes, qui n’ont jamais pu admettre sous aucune forme l’idée du néant, la création e nihilo. — Du pur néant, le texte dit précisément : « du néant préexistant. » — Un être véritable, on pourrait ajouter : « et distinct. » Si le possible n’est pas une substance, dira-t-on qu’il soit une autre des catégories ? — Indiquées, un peu plus haut. — Nous l’avons déjà dit, voir plus haut, § 2.
  45. § 6. Dans la mesure qui convient, au sujet spécial qui est traité dans le présent ouvrage. — La cause qui rend la production des êtres éternelle, ce ne serait pas moins que l’intervention de Dieu, considéré comme créateur et conservateur des choses, ainsi qu’il est indiqué un peu plus bas. — Soit la production absolue, c’est-à-dire, celle qui fait sortir les choses du néant. — Soit la production partielle, c’est-à-dire, celle des qualités successives des choses. — Une seule et unique cause, c’est le moteur immobile. — Une seule et unique matière, sur laquelle agit le premier moteur. — Ce que c’est que cette cause, ici l’expression du texte laisse à désirer un peu plus de netteté ; car il s’agit de deux causes et non pas d’une seule, la cause efficiente et la cause matérielle.matière, sur laquelle agit le premier moteur. — Ce que c’est que cette cause, ici l’expression du texte laisse à désirer un peu plus de netteté ; car il s’agit de deux causes et non pas d’une seule, la cause efficiente et la cause matérielle.
  46. § 7. Dans notre Traité du mouvement, ce titre indique la Physique. — Quand nous y avons établi, voir la Physique, livre VIII, ch. 3, § 2, de ma traduction ; voir aussi le début de la Physique, et la Dissertation spéciale sur les titres divers de ce traité. — D’une philosophie différente et plus haute, c’est-à-dire, de la Métaphysique ; voir le livre XII de la traduction de M. V. Cousin. —Nous en parlerons plus tard, voir le second livre du présent traité, ch. 10. — Des phénomènes, ou des êtres. — La cause qui se présente sous forme de matière, c’est-à-dire, la cause matérielle. — Ne font jamais défaut, c’est la perpétuelle succession des êtres ; mais dans le système d’Aristote, le monde n’ayant pas commencé et ne devant pas avoir de fin, la succession des êtres doit continuer telle que nous la voyons. Cette question a été traitée aussi dans le Vlll. livre de la Physique, ch. 7, § 4, et en outre, livre III, ch. 5, § 4. — La destruction absolue, et l’absolue production, c’est-à-dire la possibilité qu’une chose vienne du néant et rentre dans le néant.
  47. § 8. Qui entretient et enchaîne, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — S’en retourne dans le néant, ou simplement : « s’en va dans le néant. » — Ni substance, ni qualité, c’est-à-dire, dans aucune des catégories. — Ni lieu, il n’y a ici que quatre catégories d’énumérées, au lieu de dix ; voilà pourquoi j’ai ajouté un et cætera. — Le monde entier, le texte dit précisément : Le tout. — Est limitée et finie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Cette perpétuelle succession, le texte n’est pas tout à fait si explicite. — Nous avons démontré, voir la Physique, Théorie de l’infini, livre Ill, ch. 5, § 4, et ch. 11, § 5. — De plus en plus faible, c’est en effet la théorie d’Aristote dans la Physique ; mais il semble qu’on peut trouver que l’accroissement des choses est infini, tout aussi bien que leur division, puisqu’il s’agit toujours, de part et d’autre, de quantités purement imaginaires. — Par cela seul que la destruction dune chose, la même supposition est faite dans la Physique, livre III, ch. 12, § 2 de ma traduction.
  48. § 9. Ici dans leur généralité, le texte n’est pas aussi formel. — D’une manière absolue, sans limitation ni modification d’aucune espèce.
  49. § 10. Cette différence d’expression, le texte dit simplement : « Cela. » — Qu’il est absolument détruit, c’est-à-dire qu’il passe de l’être au non-être d’une manière complète, et cesse absolument d’exister, après avoir existé quelque temps. — Seulement sous tel rapport, c’est-à-dire, par exemple, qu’une chose devient blanche, de noire qu’elle était ; elle ne cesse pas d’être absolument pour cela ; seulement elle cesse d’être blanche ; elle est détruite en tant que blanche, sans être réellement détruite. — De quelqu’un qui apprend, et qui par conséquent n’est pas encore savant ; il devient donc savant. Mais on ne peut pas dire d’une manière absolue qu’il devient, comme s’il naissait par exemple. — Qu’il devient et se produit, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Nous avons dit bien souvent, on peut voir les Catégories, ch. 4, § 1. — Tels noms, l’expression du texte est indéterminée. — Une substance réelle, le texte dit précisément : « telle chose. » — La destruction de quelque chose, par exemple, de la terre, c’est-à-dire que la terre doit être détruite pour devenir du feu, en admettant que cette transformation soit possible, comme le suppose Parménide. — La destruction du feu, même remarque.
  50. § 11. L’être et le non-être, dans la Physique, livre I, ch. 6, § 4, c’est le froid et le chaud, et non l’être et le non-être qui sont indiqués comme les deux éléments primitifs de Parménide. D’ailleurs, le froid et le chaud y sont identifiés aussi avec la terre et le feu. — Peu importe du reste, Aristote sent ici que la transformation de la terre en feu, ou du feu en terre, est une hypothèse bien singulière. — Et non leur sujet, c’est-à-dire le sujet dans lequel se passent les phénomènes, et qui peut être indifféremment, de la terre, du feu, on tout autre corps quelconque. La substance peut varier ; mais le phénomène est toujours le même. Aristote d’ailleurs s’en explique positivement un peu plus bas. — La nidification qui amène, le texte n’est pas aussi formel. — Soit le feu soit la terre, comme le veut Parménide. — L’une de l’être, n’est la production ou génération. — L’autre du non-être, la destruction ou corruption.
  51. § 12. Une première différence d’expression, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. — Où elles ont lieu, j’ai ajouté ces mots, pour éclaircir la pensée. — Telle ou telle réalité, le texte dit simplement : « telle chose. » — Aussi la chaleur est une certaine catégorie, l’exemple n’est peut-être pas très bien choisi ; et si le froid est la privation de la chaleur, on peut dire aussi que la chaleur est la privation du froid. Le froid et la chaleur sont également des qualités, dont l’une est le contraire de l’autre. — La terre et le feu se distinguent, voir le § précédent. D’après le commentaire de Philopon, le feu est plus substance que la terre ; il est l’affirmation ou la possession, tandis que la terre est la négation. Voir la fin du § suivant.
  52. § 13. La différence de la production et de la destruction, ma traduction est un peu plus précise que le texte. — Quand il y a changement, même observation. — Naît et se produit… meurt et se détruit, il n’y a de part et d’autre qu’un seul mot dans le texte. — Conçoivent-ils l’existence des choses, c’est-à-dire selon que les choses sont senties, et selon qu’elles ne le sont pas, ou ne peuvent pas l’être.
  53. § 14. D’après l’opinion commune, on pourrait traduire aussi : « selon la simple apparence. » — Existent moins comme corps, le texte dit précisément : « sont moins. » — Au simple témoignage des sens, attendu que l’air et le vent se sentent moins que les éléments plus grossiers de la terre et de l’eau. — En ces éléments, de l’air et du vent. — Par exemple, j’ai ajouté ces mots, qui complètent la pensée. —— Et espèce, ou forme. Le mot du texte n’est pas plus précis que celui que j’ai dû employer. — Bien plus que la terre elle-même, il aurait peut-être fallu donner la raison de cette théorie, qui, à première vue, semble paradoxale. Philopon prétend que l’air est en réalité plus substance que la terre, parce qu’il l’entoure et qu’il a en outre le caractère de la chaleur, qui le spécifie davantage.
  54. § 15. On a donc expliqué, l’explication n’a pas été aussi claire qu’on peut le désirer ; et le résumé qui est donné ici peut paraître un peu prématuré. — Qu’il y a, il semble qu’il vaudrait mieux dire : « que l’on croit qu’il y a. » Mais je n’ai pas osé risquer ce changement. — La matière, l’expression du texte est tout aussi indéterminée que celle dont je me sers dans la traduction. On peut demander : La matière de quoi ? — L’une, des deux choses, sous-entendu. — Est substance, c’est-à-dire, un objet individuel et spécial. — Est davantage, en d’autres termes : « l’une a une existence plus prononcée, et l’autre une existence moins sensible. » — Naissent et deviennent, il n’y a qu’un seul mot dans le grec. — Limitativement, ou seulement. — Dont nous l’entendons ici, en disant que la génération absolue est la destruction d’une autre chose, et que la destruction absolue est aussi une génération. — Nous n’attribuons pas dans le même sens, toutes ces restrictions sont subtiles et obscures. — Aux choses qui se changent les unes dans les autres, ce sont les différents états par lesquels passe un même corps, comme la suite semble l’indiquer. Ce n’est pas à proprement parler la destruction, ou la production, d’une qualité ; c’est une simple succession.
  55. § 16. Que nous nous posions en dernier lieu, sur les rapports véritables de la production et de la destruction absolues. — Qu’il devient savant, son ignorance se changeant en savoir, de même que son savoir peut se changer en ignorance, s’il oublie ce qu’il a appris. — Qui pousse naturellement, le mot du texte me semble avoir toute la force de l’expression dont je me sers en traduisant. — Qu’elle naît et devient, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. Les unes… l’être réel et particulier, c’est la catégorie de la substance. Le texte est un peu moins précis. — Les autres la quantité, il n’y a ici que trois catégories d’énumérées, bien qu’il y en ait dix ; voir le traité des Catégories, ch. 4, page 58 de ma traduction. — Qu’elles deviennent telle ou telle chose, c’est-à-dire, qu’elles changent de qualité on de manière d’être, la substance étant nécessairement supposée permanente, sous toutes les catégories. — Dans une des deux séries, l’une affirmative, l’autre négative. La suite d’ailleurs éclaircit cette pensée, bien que les termes pris pour exemple ne soient peut-être pas très bien choisis. — Si c’est du feu, le feu étant pris pour le terme positif, tandis que la terre est prise pour le terme négatif. — Si c’est de la terre, voir plus haut, § 14. — Si l’être devient savant, c’est le terme positif, tandis qu’Ignorant est le terme négatif ; mais dans l’un et l’autre cas, on dit aussi bien qu’on devient savant ou qu’on devient ignorant. Tout ceci est évidemment très subtil.
  56. § 17. Jusque dans les substances elles-mêmes, c’est-à-dire, quand une des choses, tout en existant, a cependant moins d’existence qu’une autre, en ce qu’elle lui est subordonnée ; voir plus haut, § 15. — Le sujet en tant que matière, le sujet subsiste ; car il est matériellement le lieu des contraires, qui se passent en lui et qui s’y succèdent. Le sujet persiste tout en changeant. — Continue et éternelle, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — La production d’un phénomène, en d’autres termes, le changement des qualités. La production du noir est la destruction du blanc ; la production du blanc est la destruction du noir ; et le sujet, qui devient tour à tour noir et blanc, n’en subsiste pas moins.
  57. § 18. C’est cette destruction éternelle des êtres, le texte n’est pas tout à fait aussi formel dans tout ce passage. — Quand elle passe à l’insensible, voir plus haut, § 13. — La chose vient toujours du néant, j’ai pris une expression aussi générale et aussi vague que celle du texte. En d’autres termes, soit qu’il y ait simple changement de qualité, le phénomène vient toujours de ce qui n’était pas. — Ni cessation ni lacune, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. C’est d’ailleurs par une subtilité, ou plutôt un abus de langage, qu’on peut parler de la production ou de la destruction du néant.
  58. § 19. Est le second des deux contraires, celui qui n’est pas réellement, mais qui pourrait être, en remplaçant le contraire qui est. — La terre et tout ce qui est lourd étant le notre, contre l’opinion vulgaire, qui accorderait plus d’être à la terre qu’à l’air et au feu, parce qu’elle est plus perceptible aux sens ; voir plus haut, § 13. — Que la terre est l’être, il semble en effet difficile de le nier. — Le non-être est la matière de la terre, il ne semble pu que le non-être puisse être la matière de quoi que ce soit, si ce n’est dans le sens purement abstrait, où on vient de le dire un peu plus haut. — Est-il impossible qu’ils viennent l’un de l’autre, c’est ce qu’il semble, à ne s’en rapporter qu’au témoignage des sens. — Ont des contraires, il serait peut-être plus exact de dire qu’ils sont contraires les uns aux autres. — Ce qui est le sujet, c’est-à-dire la matière prise au sens abstrait, mais non pas au sens réel et positif. — Le mode seul d’existence, distinction familière à Aristote, et qui souvent est très exacte. — Arrêtons-nous, il ne paraît pas cependant que le sujet soit épuisé, ni surtout qu’il soit suffisamment élucidé par les développements qui précèdent.
  59. Ch. I V, § 1. La production et l’altération, la production ou génération est le mouvement dans la substance, c’est-à-dire, le mouvement qui va de ce qui n’est pas à ce qui est, du non-être à l’être ; l’altération est le mouvement qui, dans le sujet, fait varier les qualités et succéder les contraires ; voir la Physique, l. III, ch. 3, § 8, et l. VII, ch. 4, § 3 de ma traduction, et passim. — Changement de l’un et de l’autre, le terme de changement est pris ici dans le sens de mouvement.
  60. § 2. Il y a altération, cette définition de l’altération ne s’éloigne en rien de celle qui a été donnée dans la Physique. — Et étant toujours sensible, en d’autres termes ; une réalité distincte et individuelle, que nos sens peuvent percevoir. — Ou contraires ou intermédiaires, par exemple, le corps passant du noir au blanc, ou par toutes les nuances qui peuvent être entre les deux. — Tout en restant le même, sous le rapport de la substance ; c’est la condition essentielle, et sans laquelle l’altération ne pourrait avoir lieu. — Substantiellement, j’ai ajouté ce mot, pour rendre la pensée encore plus claire.
  61. § 3. Mais lorsque l’être vient à changer, définition de la production ou du Devenir des choses. — Tout entier, c’est la condition essentielle de la génération ; autrement, il n’y aurait qu’altération. — Le sang se forme en venant de toute la semence, c’est au contraire la semence qui vient du sang, à moins que le mot de Semence n’ait ici une signification particulière. Production de l’un et destruction de l’autre, j’ai pris des expressions aussi vagues que celles du texte. — Comparativement, j’ai ajouté ce mot.
  62. § 4. Mais si dans ces choses, le commentaire des Coïmbrois trouve avec raison que la pensée de ce § est obscure, et les explications de Philopon ne l’éclaircissent pas. Il semble qu’Aristote veut répondre à quelque objection, qu’il n’exprime point précisément. « Dans la production, l’être naît tout entier, et le changement l’atteint en totalité ; dans l’altération, les qualités seules sont soumises à changer. Lors donc qu’il y a production d’un nouvel élément, on peut se demander si les qualités du premier doivent aussi disparaître complètement avec lui ». Aristote répond que non, lorsque la qualité est commune à l’être qui périt, et à celui qui naît par le changement. Ainsi l’eau, bien qu’elle vienne de l’air qui a péri, a encore les propriétés de l’air, étant diaphane et froide ainsi que lui. Telle est l’explication des commentateurs, que je reproduis ; il eût été à désirer que le texte fût plus développé. — Seulement, j’ai ajouté ce mot. — Quand il n’en est pas ainsi, c’est-à-dire, quand l’objet produit n’a pas les mêmes qualités que l’objet détruit. — Ce n’est qu’une simple altération, le texte est un peu moins précis. L’altération est un simple changement de qualité ; ce n’est pas un changement substantiel. — L’homme musicien est venu à disparaître, j’ai conservé la tournure du texte, aussi bizarre en grec que dans notre langue. — Mais l’homme, c’est-à-dire, l’être substantiel qui est tour à tour musicien et non-musicien. — Une propriété ou affection, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Que l’habileté ou l’ignorance en fait d’art musical, le texte est très concis ; et ma traduction n’a pu être aussi concise que lui. — Production… et destruction, comme pour les substances. — Des modifications, ou affections. — De l’homme, qui subsiste sous ces changements divers. — De l’homme qui est musicien, et qui n’est plus simplement homme, pris au sens absolu et substantiel.
  63. §5. D’un terme contraire à l’autre, le texte dit précisément, « de la contrariété ; » voir les Catégories, ch. 10 et 11, page 109 de ma traduction, pour la différence des opposés et des contraires. — C’est augmentation et diminution, l’être alors change de quantité. — C’est translation, l’être alors change simplement de lieu. — En propriété spéciale, ou « en affection. » - Proprement dite, j’ai ajouté ces mots, pour préciser le sens.
  64. § 6. C’est la matière, en la prenant d’une façon tout à fait indéterminée, comme dans le 1er livre de la Physique, ch. 8, page 473 de ma traduction. — Éminemment, ou « à proprement parler. » - De la production et de la destruction, selon qu’elle est ou qu’elle n’est pas. — En un certain sens, d’une manière détournée et non plus d’une manière propre. — Les autres espèces de changements, augmentation et diminution, translation, altération. Philopon remarque, avec raison, qu’Aristote ne s’est exprimé nulle part plus nettement qu’ici sur la définition de la matière, qui est toujours si difficile.
  65. Ch. V, § 1. De l’accroissement, sous-entendu : « et de la diminution, » qui est le contraire de l’accroissement, de même qu’il a parlé de la destruction après la production. Il n’y a pas de terme opposé à l’altération, parce qu’elle peut avoir lieu dans les deux sens. La fin du § prouve d’ailleurs qu’Aristote entend traiter de la diminution aussi bien que de l’accroissement.
  66. § 2. Dans le sujet auquel ils se rapportent, l’expression est un peu vague, comme celle du texte. On pourrait traduire aussi : « Dans le sujet où ils se passent. » - De la substance en simple puissance, de la substance qui n’est pas, à la substance réelle et existante actuellement, de même qu’un animal sort d’un animal qui le procrée. — Est-il une production, une génération, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Qui a lieu en grandeur, dans un sens ou dans l’autre. — Les deux derniers phénomènes, j’ai ajouté le mot de Derniers, pour que la pensée fût plus claire. — A la réalité, à l’entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte ; des deux mots que j’ai mis, l’un n’est que la traduction de l’autre. — Qui diffère, de la production et de l’altération à l’accroissement et à la diminution. — Naît et devient, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Doit en changer, en tenant plus ou moins de place, selon qu’il s’accroît ou qu’il diminue. — Qui se meut dans l’espace, ou « qui éprouve une translation. »
  67. § 3. — Tout entier de place, les commentateurs distinguent ici deux nuances : ou le corps se déplace dans sa totalité, passant d’un lieu à un autre ; ou ce sont ses parties qui changent de place, comme celles d’une sphère, qui tournerait sur elle-même, sans changer de place, ainsi qu’il est dit un peu plus bas. — Qui glisse et s’étend, il n’y a qu’un seul mot dans le texte, qui n’est pas aussi précis. — Ses parties seules, j’ai ajouté ce dernier mot. — Tournant sur elle-même, voir la Physique, Livre VIII, ch. 14, § 1, page 554 de ma traduction. — Tout entier, de la sphère, j’ai ajouté les trois derniers mots. — De plus en plus de place, sans changer précisément de lieu.
  68. § 4. Dans un objet qui naît qui s’altère,…. qui s’accroît, ce sont les trois espèces de changement possibles. — Par la manière dont le changement se fait, ainsi qu’il a été expliqué dans le § précédant. — Quant à l’objet propre, j’ai ajouté ce dernier mot. — Qu’il s’accroît, j’ai ajouté ces mots, qui m’ont paru indispensables pour compléter la pensée. Mais il faudrait peut-être ajouter encore : « Et décroît, » ainsi que l’ont fait plusieurs commentateurs. — En réalité, en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Véritable, j’ai ajouté ces mots. — Peut se prendre en un double sens, cette analyse est peut-être poussée un peu trop loin ; et elle doit sembler un peu subtile. — Isolée et séparée, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. On ne voit pas bien d’ailleurs comment la matière peut être isolée et séparée, sans former un corps. — De comprendre l’accroissement, j’ai ajouté ces mots, pour compléter la pensée. — Aucune portion de l’espace, ou « aucun lieu. » - Elle ne peut pas être, le texte n’est pas aussi formel. — Quelque sorte, même observation. — Ce qui en provient, l’expression est bien vague ; mais celle du texte ne l’est pas moins. — De telle sorte que ce corps, ou plutôt « cette matière » isolée, d’où le corps réel devra sortir. — Ou indirectement, le texte dit précisément. « Ou par accident. » Il faut toujours se rappeler qu’il s’agit ici de la matière de l’accroissement, et non de la matière en général.
  69. § 5. Dans un corps, l’expression du texte est indéterminée, et dit seulement : « dans quelque chose. » On doit sous-entendre, d’ailleurs, que la matière est dans un corps qui s’accroît, comme le prouve l’exemple qui suit, où l’air se forme en sortant de l’eau. — Parce que l’eau change, ce qui est l’explication vulgaire et toute naturelle. — Comme dans une espèce de vase, d’où elle n’a plus qu’à sortir toute faite, sans avoir à subir de modification nouvelle. — Les matières, qui peuvent produire l’accroissement. — En nombre infini, ou simplement : « infinies, » comme le dit le texte. — En réalité, et en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le grec. — Que l’air paraît venir de l’eau, c’est-à-dire, qu’il y a un changement réel de l’eau en air, et que l’air ne sort pas tout à fait de l’eau. — Que la matière, de l’accroissement, sous-entendu. — Dans tous les corps, peut-être vaudrait-il mieux restreindre la pensée et dire : « dans les deux corps dont il vient d’être question. » - Numériquement parlant… Au point de vue de la raison, distinctions habituelles dans Aristote.
  70. § 6. N’est que des points ou des lignes, ce qui la réduirait à n’avoir pas plus de réalité que les êtres mathématiques. — Les extrémités, les points étant les extrémités de la ligne, les lignes étant les extrémités des surfaces. — Sans quelque propriété, qui la rende perceptible à nos sens et en fasse un corps réel. — Ni sans forme, encore plus facile à percevoir qu’une simple propriété. — Une chose, ou « un être ». — Ainsi qu’on l’a dit ailleurs, Philopon renvoie au Ier livre de la Physique, où, selon lui, ce sujet a été traité. On peut voir, en effet, une discussion analogue dans la Physique, livre I, ch. 8, § 9, page 478 de ma traduction. — En réalité, en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — De même forme, ou « de même espèce. » - De la simple qualité de dur, le texte n’est pas aussi formel. La dureté appartient à un corps réel ; et par elle-même, elle ne peut rien produire. — Quelque chose de commun, comme les Idées Platoniciennes, qui sont communes à tous les êtres qui en participent. — A moins qu’on ne suppose, comme Aristote prétend que le fait Platon, dans sa théorie des Idées. — Les propriétés, ou affections.
  71. § 7. D’une grandeur en simple puissance, voir, plus haut, la fin du § 2. — La qualité commune, Philopon atteste qu’il y avait ici une variante, et que, par le changement d’une seule lettre, quelques manuscrits donnaient : « le vide, » au lieu de : « la qualité commune ». Philopon essaie de justifier les deux leçons ; celle que j’ai conservée me paraît bien préférable. « La qualité commune » doit s’entendre ici dans le sens d’Idées. L’autre leçon pourrait s’appuyer aussi sur la fin § suivant. — Ailleurs, Philopon indique le IVe livre de la Physique ; je n’ai pas retrouvé de passage applicable dans le IVe livre ; mais il y en a un de ce genre dans le 1er livre, ch. 5, § 12, page 460 de ma traduction. — Un changement de ce genre, c’est-à-dire, qui passerait de la puissance à l’acte, de la simple possibilité à l’existence réelle. Ce serait en effet une production et non un accroissement ; la chose naîtrait ; elle ne se développerait pas. — D’abord, j’ai ajouté ce mot, qui complète la pensée. — A l’entéléchie de la grandeur, c’est-à-dire, qui pousse la grandeur de l’objet aussi loin qu’elle peut aller, dans l’ordre naturel des choses. — Bien plutôt une production, répétition de ce qui vient d’être dit un peu plus haut.
  72. § 8. Il est donc préférable, il semble que la discussion a été assez sérieuse, jusqu’à présent, pour qu’il n’y ait pas à la recommencer, et qu’il suffise de la poursuivre. — Après avoir constaté ce qu’on entend, le texte n’est pas tout à fait aussi formel ; mais la traduction que je donne s’appuie sur le commentaire de Philopon. — Il semble donc, cette tournure confirme l’interprétation indiquée par le commentateur grec, pour le § précédent. — La partie commune, voir plus haut, § 7, et plus loin, § 9.« La partie commune » ne peut signifier ici que la matière dénuée de toute forme, et commune, par conséquent, à tous les corps ; c’est une pure abstraction. Ici encore il y a des manuscrits qui, par la modification d’une seule lettre, lisent : « le vide », au lieu de : « la partie commune ». Je me suis décidé pour cette dernière leçon, comme plus haut. Philopon essaie de les expliquer l’une et l’autre, bien que, dans le texte qu’il a sous les yeux, il semble qu’il y ait : « le vide » et non : « la partie commune ». — Ainsi qu’on vient de le dire, au § précédent. Ce détail semble confirmer l’interprétation que j’ai adoptée. — Deux corps dans un seul et même lieu, principe qu’Aristote a plusieurs fois soutenu dans sa Physique, et que la physique moderne a conservé dans sa théorie de l’impénétrabilité des corps.
  73. § 9. Que quand l’air vient de l’eau, c’est-à-dire, quand l’eau, par une cause quelconque, vient à se vaporiser et à se changer en air. Voir la Météorologie, livre 1, ch. 9, § 2, page 55 de ma traduction. — Le volume de l’air, le fait est exact ; mais il ne semble pas que les anciens eussent aucun moyen de le vérifier. — D’un corps nouveau, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. — De son contraire, l’eau étant supposée le contraire de l’air. — De ce qui est commun, ceci confirme l’interprétation que j’ai cru devoir adopter plus haut, §§ 1 et 8. — Cette partie commune…. j’ai un peu développé le texte, pour le rendre plus clair. — Mais l’eau…. ne s’est pas accrue, parce qu’en effet elle a dû disparaître, pour se transformer en air. — Et il faut qu’il y ait un corps, et c’est alors cette « partie commune », cette matière abstraite, qui n’est pas cependant un corps réel.
  74. § 10. Une impossibilité nouvelle, j’ai ajouté ce dernier mot, puisqu’il a été : déjà signalé plus haut d’autres impossibilités. — Rationnellement, le texte dit précisément : « à la raison, pour la raison. » - Les conditions indispensables, l’expression du texte n’est pas tout à fait aussi précise. — Le corps qui s’accroît, le texte dit d’une manière plus indéterminée : « ce qui s’accroît » - Il y en a trois, ces trois conditions sent très réelles, et l’on ne pourrait guère mieux dire aujourd’hui. — Et qu’il persiste, en restant ce qu’il était, sauf les dimensions qui s’accroissent, ou qui diminuent. — Se produit ou disparaît, c’est le mouvement de production et de destruction, c’est-à-dire, le passage du non-être à l’être, ou de l’être au non-être. — Demeure et subsiste, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Conserver ces conditions, la répétition n’est pas tout à fait aussi complète dans le texte.
  75. § 11. Qu’est-ce qui s’accroît précisément, il semble qu’ici il n’y a pas de doute possible, et que c’est le corps lui-même qui s’accroît par l’absorption de ce qui vient s’y joindre. — Dans le corps d’un homme, j’ai ajouté ces mots. — Ne s’accroît-il pas aussi, on pourrait ne pas donner la forme interrogative à cette partie de la phrase et dire : « tandis que ce qui fait ne s’accroît pas. » - Sont plut grands, l’expression est équivoque ; car le mélange des deux est certainement plus grand que l’un ou l’autre pris à part ; mais chacun d’eux séparément ne l’est pas, si ce n’est dans le sens détourné de l’exemple qui suit. — La quantité de l’un et de l’autre, ceci n’est pas exact ; la quantité de vin et celle de l’eau restent les mêmes ; mais c’est leur combinaison seule qui est plis considérable ; et si l’on dit qu’il y a plus d’eau ou plus de vin, c’est un simple abus de langage. C’est l’élément dominant qui donne son nom au mélange, ceci même n’est pas fort exact ; et l’on ne dit pas du mélange qu’il soit de l’eau ou du vin ; on dit plutôt qu’il est de l’eau rougie.
  76. § 12. Il en est de même aussi pour l’altération, c’est-à-dire que, dans le phénomène de l’altération, on retrouve aussi les mêmes conditions que dans le phénomène de l’accroissement. — Simplement altérée, c’est le sens véritable de l’altération ; la qualité seule a changé ; mais le corps est resté le même. — Dans sa propre substance, qui n’a pas été altérée, il y a des manuscrits qui n’ont pas cette phrase, et Philopon dans son commentaire ne l’a pas ; mais il me semble qu’on peut accepter le sens que je donne dans ma traduction. — Ce qui ou en d’autres termes un peu plus précis : « la cause de l’altération ». — Ainsi que le principe du mouvement, qui fait que la chose croît ou diminue. — Dans l’objet accru et dans l’objet altéré, c’est une conformité de plus entre l’accroissement et l’altération. — Le principe moteur, ici du mouvement, et là de l’altération. Les commentateurs grecs n’ont pas admis complètement cette théorie ; et d’après Philopon, Alexandre d’Aphrodisée contestait que le principe de l’altération, ou de l’accroissement, fût toujours dans le corps qui s’altère ou qui s’accroît ; ce principe est souvent dans le corps étranger qui apporte à l’autre l’accroissement ou l’altération. — Y devient de l’air, ceci est trop concis et reste obscur : il faudrait ajouter qu’en devenant de l’air, l’eau, par exemple, se dilate, et qu’en devenant plus grande elle cesse d’être aussi ce qu’elle était auparavant. — En souffrant cette transformation, pour que ceci fût plus clair, il aurait fallu citer un exemple spécial, qui n’aurait pas laissé le moindre doute. — Et le principe moteur n’est plus en lui, il est dans ce qui cause la transformation qu’il subit.altère,
  77. § 13. Après avoir suffisamment exposé ces difficultés, Philopon pense qu’Aristote n’a exposé jusqu’à présent que les opinions vulgaires sur les causes de l’accroissement et du décroissement, et qu’il va maintenant exposer son propre système. — Découvrir la solution de ce problème, tel qu’Aristote le comprend. — Les conditions suivantes, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. Ces conditions ont d’ailleurs été déjà énumérées un peu plus haut, § 10. - Sensible, c’est-à-dire, matériel. Philopon insiste sur l’importance de ce mot, sans lequel la pensée ne serait pas assez juste, selon lui. — Que le cops n’est pas vide, il ne paraît pas qu’il y ait ici de variantes, comme plus haut, au § 7. — Deux corps ne peuvent jamais être dans le même lieu, c’est ce que nous appelons aujourd’hui l’impénétrabilité des corps. — Par de l’incorporel, j’ai conservé la généralité de l’expression grecque, qui se comprend assez.
  78. § 14. Les corps à parties non similaires, les commentateurs grecs citent en exemples, le visage, la main, etc., qui s’accroissent, parce que la chair, le sang, les os, corps à parties similaires viennent à s’accroître, et non pas parce qu’un visage ou une main viendraient s’y joindre de toutes pièces ; voir plus bas, § 15. — Car les premiers ne sont composés que des seconds, on sait que c’est là le système d’Anaxagore sur les Homoeméries. On peut voir aussi le début de l’Histoire des animaux. Les corps à parties similaires sont ceux où les parties sont toujours les mêmes, et où elles sont identiques au tout. Ainsi, une particule de sang est toujours du sang ; une partie d’os est toujours de l’os ; mais la partie de la main n’est pas une main ; la partie du visage n’est pas un visage ; et voilà pourquoi ces corps-là sont composés de parties non-similaires. — En un double sens, qui sera expliqué plus bas. On peut entendre à la fois, et que c’est la matière qui s’accroît, ou que c’est simplement la forme. — Leur espèce et leur forme, il n’y a qu’un seul mot dans le texte grec. La matière et la forme sont également appelées, il semble que c’est plutôt la matière que la forme, qui est ainsi dénommée. — Selon la forme, il est vrai que la forme spécifique subsiste ; mais il faut aussi que la matière s’accroisse. — Selon la matière, ceci paraît plus subtil qu’exact. — Avec une mesure qui reste la même, l’eau qui passe successivement dans cette mesure peut varier ; mais la forme de la mesure ne varie pas. Ceci est vrai ; mais l’exemple n’est pas bien choisi, puisque la mesure ne peut pas s’accroître, et qu’il s’agit d’expliquer l’accroissement. — L’eau qui survient, le texte dit simplement : ce qui survient. » J’ai cru devoir préciser un peu davantage la pensée, tout en ôtant un peu de généralité à l’expression. — Que s’accroît la matière de la chair, il semble que ceci contredit ce qui vient d’être affirmé un peu plus haut, à savoir que l’accroissement ne se fait que selon la forme, et non selon la matière. — Il n’y a pas addition à toute partie quelconque, malgré ce qu’on eu croit vulgairement. — Telle partie s’écoule, les corps vivants en effet sont dans un perpétuel écoulement de particules, qu’ils perdent, et d’éléments nouveaux, qu’ils reçoivent sans cesse. — Qu’à toute partie quelconque de la figure, j’ai mis « figure » et non « forme », parce que l’expression même du texte varie aussi.
  79. § 15. Composés de parties non-similaires, l’exemple donné dans le texte est suffisamment clair. La main ne se compose pas de mains, comme le sang se compose de particules de sang. — D’une manière proportionnelle, ceci n’est pas d’une exactitude rigoureuse. — La matière de l’espèce, ou « de la forme. » La matière de la main est très complexe : peau, tendons, sang, os, ligaments, muscles, etc. — Plus facile à distinguer, le texte n’est pas aussi formel. — La main et le bras, voir un passage analogue dans le Traité de l’âme, l, II, ch. 1, § 9, page 167 de ma traduction. — La main et le bras, parce que la main et le bras sont des organes d’action, et que, du moment qu’ils n’agissent plus, ils ne sont plus, pour ainsi dire. — Mais non pas suivant la matière, par la raison qui a été donnée un peu plus haut, 4 la fin du § 14. — Le tout, composé tout à la fois de forme et de matière. — Le contraire, cette expression n’est pas très claire ; et c’est plutôt par le semblable que les choses s’accroissent, ainsi qu’il est expliqué un peu plus bas. — L’humide vient s’adjoindre au sec, par exemple, quand de l’eau tombe sur une surface sèche, et qu’elle s’y vaporise. — Que le sembable le semblable s’accroisse par le semblable, c’est presqu’un axiome dans la philosophie ancienne ; mais cette généralité est un peu vague ; et bien qu’il soit vrai que les choses s’accroissent par l’assimilation d’éléments nouveaux, ce n’est pas une explication très satisfaisante du phénomène complexe de l’accroissement.
  80. § 16. La chose, l’expression du texte est encore plus indéterminée. Ce qui fait croître le corps doit avoir certaine qualité spéciale, par laquelle il peut être assimilé au corps, et se changer en sa substance. — Ce nouvel élément, le texte n’est pas aussi précis. — Le corps en puissance, c’est-à-dire, en d’autres termes, qu’il peut devenir le corps, en s’assimilant à lui. — Si c’est de la chair qu’il accroît, comme les aliments que nous prenons qui se changent en sang et en chair, pour soutenir notre vie, et développer notre corps. — En réalité, en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Se détruire, ou « disparaître. » Ainsi, le pain que nous mangeons est, en puissance, du sang et de la chair ; mais, dans sa réalité spéciale, il n’est encore ni l’un ni l’autre. — Il y aurait production, ou « génération. » - Dans celle-là, c’est l’expression même du texte ; mais elle semble exagérée ; car on ne peut pas dire que le sang soit dans le pain, quoique, par suite de la digestion, le pain se change substantiellement et devienne du sang. J’ai d’ailleurs ajouté le mot de : « précisément. » - Par cet élément nouveau, le texte n’est pas aussi formel. — A-t-il subi un mélange, j’ai dû ici développer un peu le texte. — Puisse faire encore du vin, ceci peut être en effet, si la quantité d’eau versée est assez petite pour ne pas dénaturer sensiblement le mélange. — Ou bien, le texte dit simplement : « Et » - De même que le feu brûle, la comparaison est fort ingénieuse ; elle est même plus exacte que ne pouvait le croire Aristote, et la physiologie de nos jours a trouvé dans l’assimilation des aliments une espèce de combustion. La force vitale est une sorte de feu, qui transforme les aliments ingérés en nous. — En réalité et en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — La substance intérieure qui a la force d’accroître, les expressions du texte sont très vagues, et j’ai dû les préciser davantage dans ma traduction. — Réelle et en entéléchie, ici encore il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Cet élément nouveau, le texte n’est pas aussi précis. — Coexiste et soit avec l’autre, j’ai dû développer et presque paraphraser le texte, qui est ici d’une extrême concision. Mais je ne trouve pas que la pensée soit fort claire. « Coexister et être ensemble » peut s’entendre du lieu, mais aussi de la substance ; et dans ce dernier sens, ce serait une simple assimilation. — Une production réelle, j’ai ajouté ce dernier mot. — Avec du feu qui existe préalablement, le texte n’est pas aussi développé. — Quand les bois eux-mêmes viennent à brûler, l’expression n’est pas assez nette ; car les bois ne bullent pas tout seuls, et il faut toujours qu’on les approche du feu. — Il y a production véritable, j’ai ajouté encore ce dernier mot. Cette production est simplement celle d’un nouveau phénomène.
  81. § 17. Prise dans son sens universel, l’expression du texte est plus indéterminée, et la nuance est très difficile à rendre. On pourrait traduire aussi : « Mais ce n’est pas l’universel, qui devient ici une certaine quantité. » - L’animal, d’une manière vague et non spéciale. L’animal, compris universellement, n’existe pas ; mais il existe tel ou tel animal particulier, dans lequel se retrouve l’idée générale d’animal. — De la quantité, prise au sens universel. — De l’universel, c’est-à-dire de l’Idée ; la quantité comprise abstraitement n’existe pas plus que l’animal abstrait. — Les parties similaires, c’est-à-dire, les parties élémentaires, qui n’ont plus entr’elles aucune différence, et qui sont toutes pareilles. — Une certaine quantité de matière, toutes ces distinctions peuvent paraître bien fines et même bien subtiles ; mais elles sont exactes ; et les phénomènes sont eux-mêmes si délicats qu’il ne faut pas trop s’étonner, s’il y a tant de peine à les décrire. — Une quantité appréciable, j’ai ajouté ce dernier mot, pour éclaircir la pensée. En appliquant ceci aux aliments dont nous nous nourrissons, il est bien vrai que le pain est une quantité qui vient s’ajouter à notre chair ; mais il est également vrai qu’il n’est pas encore de la chair précisément. — L’élément nouveau, le texte n’est pas aussi précis. — L’un et l’autre en puissance, c’est-à-dire, d’après le commentaire de Philopon, de la chair en puissance d’une manière générale, et aussi une certaine quantité de chair en puissance également. En d’autres termes, il faut que l’élément nouveau puisse, à la fois, devenir de la chair, et une certaine quantité de chair, qui, en se joignant au corps, puisse lui donner l’accroissement qu’il prend. — L’élément ajouté, le texte n’est pas aussi formel. — Qu’il peut nourrir le corps, le texte dit simplement : « qu’il nourrit. » - Rationnellement, ou peut-être : « par leur définition. » - Et même qu’il dépérit, ou peut traduire aussi : « et même jusqu’à ce qu’il se détruise. » - Au fond, j’ai ajouté ces mots. — Mais leur être est différent, distinction bien connue, et souvent employée, dans le système d’Aristote. — Ainsi donc, résumé de la théorie précédente, qui peut sembler à la fois très délicate et très vraie.
  82. § 18. Tout ce paragraphe est fort obscur ; et il paraît probable que le texte est ici altéré. Il semble cependant que Philopon l’avait déjà tel que nous l’avons aujourd’hui, et qu’il n’y trouvait aucune difficulté. Aussi son commentaire ne nous donne-t-il aucune lumière spéciale. — Sans matière… dans la matière immatérielle, toutes ces répétitions sont dans l’original. — La quantité… Les points que j’ai mis ici, à l’imitation de quelques éditeurs, doivent servir à indiquer qu’il y a probablement une lacune ; mais ce n’est qu’une simple conjecture, que n’appuie aucun document. — Ces corps immatériels, le texte a un pronom démonstratif, au masculin pluriel, qui ne semble se rapporter à rien, et qui peut faire croire à la lacune que j’ai signalée. Les Coïmbrois ont supposé une variante, qui consisterait en un accent sur une voyelle ; mais cette variante ne servirait guère à éclaircir le texte. A les en croire, il s’agirait ici de l’exemple de la flûte (aûlos pour aülos), où l’on pourrait distinguer, comme dans tout autre instrument, la forme outre la matière. Cette hypothèse ne dissipe pas du tout l’obscurité de ce passage, et il faut le laisser tel qu’il est, en reconnaissant qu’on ne peut le rectifier. — Cette matière ajoutée, l’expression du texte est tout à fait indéterminée ; j’ai cru devoir être plus précis dans la traduction. — Rien produire, ici j’ai conservé au contraire l’expression du texte dans toute sa généralité ; parce que j’aurais craint de l’altérer, en essayant de la rendre moins vague. « Ne rien produire » signifie sans doute que la matière ajoutée ne peut plus être assimilée à la substance du corps auquel elle se joint. — La destruction de la quantité, il semble que ce serait plutôt « de la qualité ; » mais il n’y a pas de variante. — La forme et l’espèce, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — N’en demeureront pas moins, il semble au contraire, d’après l’exemple même qui vient d’être cité, que la forme et l’espèce disparaissent, puisque le vin se change définitivement en eau par l’addition du liquide qui y est versé.
  83. Ch. VI, § 1. Comme il faut, j’ai conservé la tournure de la phrase grecque, quoique cette phrase doive paraître un peu longue dans la traduction. — S’ils sont créés, ou « se produisent. » - Dont on n’a parlé, il est probable qu’il s’agit des philosophes antérieurs, et qu’Aristote n’entend pas parler de ses propres théories. — Très vague et très insuffisante, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  84. § 2. Qui admettent la création, le texte dit simplement : « Qui créent, » qui engendrent, qui produisent. — Se bornent à tout expliquer, le texte n’est pas aussi formel. — La passivité, pour ne pas dire : « la passion. » — N’est qu’un mélange, l’idée n’est peut être pas très juste. — L’on ne nous a pas défini clairement, le texte est un peu plus vague. — Sans un sujet qui agisse et qui souffre, ce sujet est celui qui, sans cesser d’être, peut successivement recevoir les contraires, ainsi qu’on l’explique un peu plus bas, § 3.
  85. § 3. Que toute action, l’expression est bien indéterminée ; mais j’ai dû répéter, comme le texte, ce même mot, qui a été employé un peu plus haut. — Diogène, sous-entendu : « d’Apollonie. » - Tous les éléments ne venaient pas d’un seul, le texte se sert d’un simple pronom au pluriel ; j’ai dû préciser davantage ma traduction. — Ni action ni souffrance, c’est-à-dire agir les uns sur les autres réciproquement, ceux-ci supportant l’action que ceux-là produisent. — Disait-il, j’ai ajouté ces mots, qu’autorise la tournure du texte. — La chaleur et le froid, j’aurais voulu que notre langue me permît de dire : « la froidure, » au lien de : « le froid. » - C’est le sujet, c’est-à-dire, le même corps qui est tour à tour froid ou chaud, et qui, tout en subsistant, peut changer d’état et de manière d’être. — Concluait Diogène, j’ai ajouté ces mots, par les mêmes motifs que ci-dessus. — Sujette à ces deux phénomènes, le texte n’est pas aussi développé. — Subordonnées les unes aux autres, en ce sens qu’elles peuvent agir les uns sur les autres. Peut-être pourrait-on traduire aussi : « Dans les choses où il y a réciprocité des unes aux autres. »
  86. § 4. Nettement, j’ai ajouté ce mot, qui est implicitement compris dans l’expression du texte, et qui complète la pensée. — Des choses entr’elles, j’ai ajouté ces mots. — Ces trois phénomènes, on pourrait traduire aussi : « ces trois mots. » L’expression du texte est tout à fait indéterminée.
  87. § 5. A proprement parler, ceci signifie d’après, le commentaire de Philopon, que c’est un contact purement matériel dont il s’agit ici. On dit bien qu’une calomnie touche celui qui en est l’objet ; mais ce contact est purement moral ; et ce n’est pas en ce sens qu’Aristote prend l’idée de se toucher, en l’appliquant aux choses ; voir plus bas, § 10. — Que ce contact soit possible, le texte dit simplement : « Et pour ces choses, il faut qu’il en soit de même. » J’ai cru devoir préciser davantage le traduction.
  88. § 6. Tantôt par homonymie, voir le début des Catégories, chapitre 1, § 1, page 53 de ma traduction. — Par dérivation, c’est ce que l’on appelle les paronymes ; id. ib., § 3, page 54. — Qui leur sont antérieurs, c’est-à-dire, plus simples et plus généraux. Ceci peut s’entendre également de la simple priorité dans le temps. Le radical est antérieur au dérivé qui en sort. — Cette diversité d’acceptions, le texte n’est pas aussi formel. — Comme le font les mathématiques, ceci demandait à être un peu plus développé ; et il aurait fallu dire précisément comment let mathématiques comprennent le contact et le lieu. — Le lieu et le contact, j’ai répété ces mots, pour que l’expression fût plus claire. — Soient séparés des choses, Philopon pense que c’était là la doctrine Pythagoricienne, qui aurait été adoptée par Platon, si l’on en croit les critiques d’Aristote contre la théorie des idées. — Soit qu’ils existent de toute autre façon, par exemple, dans les choses dont ils ne seraient pas séparés substantiellement. — Ainsi qu’on l’a démontré antérieurement, voir la Physique, l. V, ch. 5, § 4 et 14, pages 300 et 304 de ma traduction. — Ses extrémités réunies, le texte dit simplement : « ensemble ; » et ce mot peut s’entendre du lieu, aussi bien que du temps. — Leurs extrémités réunies ensemble, même remarque.
  89. § 7. La première différence, c’est-à-dire, la différence la plus apparente, celle qui frappe tout d’abord les sens ; voir la Physique, l. III, ch.7, § 28, page 114 de ma traduction. — Avec les autres oppositions de ce genre, c’est-à-dire, à droite et à gauche, devant et derrière, etc. — Il s’ensuit, la conséquence ne paraît pas très rigoureuse ; mais dans les théories d’Aristote, le mouvement en haut impliquant la légèreté, et le mouvement en bas impliquant la pesanteur, le corps ne peut avoir un lieu que s’il est ou pesant ou léger. — Ou ces deux propriétés à la fois, ceci ne se comprend bien que comparativement. Un corps est lourd par rapport à un certain corps, et léger par rapport à un autre. — L’une des deux, ainsi dans les théories d’Aristote, la terre n’a que la pesanteur, et le feu n’a que la légèreté. L’air et l’eau ont à la fois légèreté et pesanteur, selon qu’on les compare aux deux autres éléments extrêmes. — Bout à bout, le texte dit : « ensemble, » comme plus haut. — L’une mouvoir et l’autre être mue, l’expression du texte est tout aussi concise et n’est pas plus nette. — Tout en restant lui-même immobile, voir toute la théorie du premier moteur immobile dans la Physique, l. VIII, ch. 7 et 8, pages 507 et suivantes de ma traduction ; voir aussi la Métaphysique, l. XII, ch. 8, page 203, traduction de M. V. Cousin. — Les mêmes distinctions au corps qui agit, le texte n’est pas aussi formel. — Que ce qui agit meut, cette confusion de l’action et du mouvement ne se comprend bien que si l’on se rappelle les trois espèces de mouvement distinguées par Aristote : la translation, l’altération, l’accroissement. Il y a évidemment action dans tous les trois. D’ailleurs, au § suivant, Aristote marque une différence entre agir et mouvoir.
  90. § 8. Distinguer, ou encore « définir en distinguant ; » c’est le sens et la force de l’expression grecque. - En opposant, l’idée n’est pas ici très claire. La voici un peu plus développée et un peu plus nette : Agir et mouvoir ne sont pas deux termes équivalents et réciproques. Il faut les distinguer ; et pour bien comprendre la différence qui les sépare, il faut comparer deux autres termes, agir et souffrir. — Comme nous le verrons… Un corps ne souffre, l’expression du texte est tout à fait indéterminée ; il a fallu que la traduction fût plus précise. — Affection ou passion, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Est simplement altéré, c’est-à-dire, sans qu’il y ait ni translation ni changement de grandeur, soit en plus soit en moins. — Dans le cas où il devient chaud, le texte est moins formel. Le corps est simplement altéré, quand de froid il devient chaud, ou que de noir il devient blanc. — A plus d’extension, le mouvement peut être de translation, d’altération et d’accroissement ; l’action ne s’applique qu’à l’altération toute seule. — Donc il est évident, cette conclusion n’est pas aussi évidente que l’auteur semble le croire, et ne résulte pas très clairement de ce qui précède.
  91. § 9. Prise dans son sens le plus général, et en même temps, le plus propre. — S’applique aux corps qui ont une position, voir plus haut, § 6. — L’un des corps en contact, le texte n’est pas aussi formel. — Que celui d’action et de souffrance, le texte dit : « Dans les choses où il y a action et souffrance. »
  92. § 10. Dans les cas les plus ordinaires, il semble que tout ce § est une digression, et qu’il ne tient pas très nécessairement à ce qui précède. — Que nous pouvons observer, ou « que nous avons devant nous. » - Avant de mouvoir aussi à leur tour, le texte n’est pas aussi formel ; mais la pensée n’est pas douteuse. — Ne touche pas l’autre, moralement ceci est possible, comme le prouve l’exemple cité à la fin du § ; mais matériellement les deux choses se touchent réciproquement ; et il est impossible qu’une chose en touche une autre sans en être touchée. L’action peut ne venir que d’un seul côté et n’être pas rendue ; mais le contact, comme le mot même l’indique, est toujours réciproque. L’exemple du moteur immobile n’est pas concluant, parce que la transmission du mouvement peut avoir lieu à distance et sans contact proprement dit. — Les corps homogènes, cette expression est un peu vague. Philopon l’explique en comprenant qu’il s’agit de corps composés de la même matière, et pouvant ainsi rendre l’action qu’ils reçoivent ; voir plus loin, ch. 7, § 5. — Ce semble, peut-être l’expression aurait dû être plus affirmative. — Il faudra qu’il touche, la théorie du moteur immobile a été développée tout au long dans la Physique, livre VIII, et dans la Métaphysique, livre XII, ch. 8. Le moteur immobile, c’est-à-dire Dieu, transmet le mouvement qu’il crée, tout autrement que le mouvement n’est transmis aux objets que notre observation peut atteindre ici-bas. Il ne semble pas probable en ce sens que Dieu touche les êtres, comme les êtres se touchent entr’eux. — Nous touche, l’expression dont je suis forcé de me servir ici ne paraît pas très convenable dans notre langue ; elle l’est sans doute davantage en grec ; mais elle n’est jamais qu’une métaphore, et ce contact moral n’a rien à faire avec les contacts matériels, dont il a été question dans tout ce chapitre.
  93. § 11. Voilà ce que nous avions à dire, on peut rapprocher toute cette théorie de celles qui sont présentées aussi, mais avec moins de développements, dans la Physique, livre V, ch. 5, § 13, et livre Vl, ch. 1, § 2. De part et d’autre, la doctrine est tout à fait la même. — Dans les objets naturels, et non dans les êtres abstraits et mathématiques.
  94. Ch. VII, § 1. Par agir et souffrir, Je n’ai pu trouver dans notre langue d’expressions qui rendissent plus clairement les mots du texte. On pourrait traduire aussi : « Être actif et passif. » Agir et souffrir sont les deux dernières des dix Catégories ; voir les Catégories, ch. 4, §§ 1 et de ma traduction. — Reçu des philosophes antérieurs à nous, Philopon remarque qu’Aristote reste fidèle à sa méthode habituelle d’exposer les théories précédentes, avant d’exposer la sienne propre. — Que le semblable ne peut rien souffrir du semblable, c’est là un de ces axiomes comme on en trouve un assez grand nombre dans la philosophie, qui ne reposent pas sur des observations assez complètes, et qui sont des conclusions prématurées et purement logiques. — Les corps dissemblables et les corps différents, cette tautologie est dans le texte. — Action et passion, ou bien : « qui sont actifs et passifs. » - Quand un feu moindre, il semble qu’il n’y a pas ici une véritable différence ; en tant que feux, le feu moindre est tout à fait pareil au feu plus fort ; seulement, l’un est absorbé par l’autre. Mais il ne faut pas exiger grande exactitude de la science de ce temps. — Beaucoup étant le contraire de peu, ceci est vrai ; mais il ne s’ensuit pas qu’un petit feu soit le contraire d’un grand feu ; ce qui devrait être cependant pour qui l’exemple fût juste et vraiment applicable.
  95. § 2. Démocrite est le seul, Aristote parait, dans tous ses ouvrages, faire le plus grand cas de Démocrite et de ses théories. Ici il lui donne raison, au moins en partie, contre tous les philosophes antérieurs. — Une opinion particulière, le mot du texte n’a pas un sens aussi bien déterminé ; et peut-être signifie-t-il seulement que Démocrite a émis une opinion exacte à certains égards, qui est en opposition avec les précédentes théories. — De ressemblance et d’identité, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  96. § 3. Telles sont donc les opinions, on peut trouver que cet exposé des opinions antérieures est un peu concis ; mais nous devons, à cet égard, nous en rapporter à l’exactitude d’Aristote, qui n’a jamais cherché à rabaisser ses prédécesseurs, malgré l’accusation que Bacon a portée contre lui. — L’ensemble du sujet, le texte n’est pas aussi précis. D’ailleurs, l’idée qu’exprime Aristote est profondément juste ; et cela revient à dire qu’en général ces systèmes sont encore plutôt incomplets qu’erronés.
  97. § 4. Rien souffrir ni rien éprouver, il n’y a qu’un seul mot dans le texte ; mais comme il y a deux négations, j’ai voulu en rendre la force par ces deux verbes, quoique le sens en soit à peu près le même. — De la part de son semblable, c’est-à-dire, de ce qui est absolument et identiquement semblable à lui. — L’un des deux objets, j’ai ajouté les trois derniers mots. — Agirait-il, ou souffrirait-il. — Elle pourra se faire souffrir, c’est-à-dire, supporter quelqu’action qu’elle produirait elle-même sur elle-même. Cette théorie peut sembler bien subtile. — Ceci étant admis, en d’autres termes, si l’on suppose que le semblable puisse agir sur le semblable, et une chose agir directement sur elle-même. — Impérissable ni immobile, et Aristote a toujours soutenu qu’il y a des choses impérissables dans le monde, et que tout au moins le premier moteur est immobile. — Pourra se donner le mouvement, le texte n’est pas aussi précis ; et l’on pourrait traduire encore…. : « A lui-même, et ce qui est tout à fait différent et n’a rien d’identique avec lui, pourra se le donner également. » L’autre sens m’a paru, grammaticalement, préférable. — En effet, la liaison des idées ne semble pas très claire. — La blancheur, les exemples ne paraissent pas très bien choisis. — De la part d’une ligne, ou plutôt d’une surface, comme l’explique Philopon. — Par accident et indirectement, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — La ligne, ou la surface. — Spontanément, peut-être vaudrait-il autant de traduire : « mutuellement. »
  98. § 5. De la première chose venue, et prise au hasard, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Une certaine contrariété, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — Par leur genre… par leur espèce, cette distinction servira un peu plus bas à concilier les opinions opposées des philosophes antérieurs. — Subisse l’action, ou en d’autres termes, identiques à ceux du texte : « Souffre du corps. » Cette expression est d’ailleurs bien vague ; et il eût été bon de la préciser davantage. — Homogène, ou du même genre ; voir plus haut, ch. 6, § 10. — Donc il faut nécessairement, répétition de ce qui vient d’être dit un peu plus haut, à peu près dans les mêmes termes.
  99. § 6. Puis donc que l’agent et le patient, autre répétition, qui contribue d’ailleurs à éclaircir la pensée plus encore qu’elle ne l’allonge. — Les rapports des contraires, voir les Catégories, ch. 11, § 6, page 122 de ma traduction. — Absolument, ou « en général. » - Que le feu échauffe, l’expression est peut-être bien générale, et il aurait fallu un complément : par exemple… échauffe « le corps sur lequel il agit. » -Le froid refroidisse, cette tautologie est également dans le texte. — Assimile à elle, ici encore l’expression est bien peu précise, quoique l’idée d’ailleurs soit très juste. — Le passage de la chose à son contraire, le texte est très concis ; et j’ai dû le développer. — Ce qui souffre se change en ce qui agit, c’est peut-être trop dire ; et la chose en s’échauffant, par exemple, ne se change pas en feu. — Aboutissant au contraire, le texte se sert d’une expression qui implique une sorte de mouvement ; et c’est ce que j’ai tâché de rendre dans ma traduction.
  100. § 7. Nos philosophes, le texte est un peu moins précis. — La nature et la vérité, il n’y a qu’un seul mot dans l’original. — Que c’est le sujet, c’est-à-dire, l’être qui a la qualité destinée à changer en la qualité contraire. — C’est le froid, c’est-à-dire la qualité elle-même. La distinction n’est, peut-être, pas assez marquée dans le texte ; et comme c’est sur cette distinction que repose tout le raisonnement, il aurait fallu la rendre plus apparente. Philopon a très bien éclairci tout ce passage, bien qu’un peu longuement. — Le froid qui devient chaud, cette expression a quelque chose de singulier dans le texte, aussi bien que dans ma traduction. — Des deux parts l’expression est vraie, c’est-à-dire, soit qu’on s’adresse au sujet, soit qu’on s’adresse à la qualité même qui change.
  101. § 8. Il en est de même, c’est-à-dire qu’on peut faire la même distinction pour l’agent et le patient, qui sont identiques en genre, et qui diffèrent seulement en espèce. — Telle personne qui échauffe telle chose, le texte n’est pas aussi développé. — C’est la chaleur qui échauffe, d’une part c’est le sujet, et d’autre part c’est la qualité ; ou comme le texte le dit un peu plus bas, d’une part la matière, et d’autre part le contraire. — Sous ce point de vue, c’est à-dire, sous le point de vue de le matière, commune tout à la fois à l’agent et au patient. — D’un côté différent, c’est-à-dire, aux qualités contraires qui se changent l’une dans l’autre. — C’était tout le contraire, voir plus haut la fin du § 3, où Aristote reproche à chacune des deux théories de n’avoir considéré qu’une partie du sujet, qui était à traiter dans son ensemble.
  102. § 9. Le raisonnement qu’on peut faire, la phrase est un peu embarrassée dans ma traduction, comme elle l’est dans le texte. Mais la pensée est claire. Agir et souffrir s’expliquent comme s’expliquent aussi mouvoir et être mû. — L’expression de Moteur se prend aussi en deux sens, selon qu’il s’agit du moteur premier, du moteur initial, ou bien du moteur subordonné, qui peut être le dernier et le plus proche par rapport au mobile, à l’objet mû. — La chose, j’ai pris cette expression, qui est aussi vague que celle du texte. — Semble être le moteur ou bien : « semble mouvoir. » - Le principe est la première des causes, c’est par la définition des deux mots de Principe et de Cause que commence le Ve livre de la Métaphysique. — Le dernier terme, c’est-à-dire le moteur secondaire, qui est le plus rapproché du mobile. — De la chose, j’ai ajouté ces derniers mots. On pourrait mettre aussi : « du phénomène. »
  103. § 10. La même observation, le texte est plus vague. En d’autres termes : « Le mot d’agent peut se prendre en un double sens, tout aussi bien que celui du moteur. » - Qu’il ordonne au malade, j’ai ajouté ces mots, qui m’ont paru indispensables pour compléter la pensée. Le médecin est le premier moteur, la première cause de la guérison ; le vin qu’il a prescrit au malade est le moteur secondaire, et la cause subordonnée de la santé rétablie. — Dans de mouvement qu’il donne, il y a ici une variante sans importance, qu’ont adoptée quelques éditeurs, et qui me vaut pas celle que j’ai conservées - Le dernier terme, ou encore : « Le dernier moteur. » - Il y a nécessité, voir toute la théorie du premier moteur immobile dans la Physique, livre VIII, ch. 6, 7 et 15 de ma traduction.
  104. § 11. Dans l’action aussi, comme dans le mouvement. — Le premier terme, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. On pourrait traduire également : « La première cause. » - N’est pas affecté et il est impassible, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Pour pouvoir agir, j’ai ajouté ces mots. — Préalablement, même remarque. — Qui n’ont pas la même matière, que les choses sur lesquelles elles agissent. — Elle n’éprouve aucune action, le texte dit simplement : « Elle n’éprouve rien. » - Souffre et éprouve, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Quelqu’affection, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Échauffée… refroidie, dans le phénomène de la digestion, par lequel l’organisme se l’assimile. — Comme le principe, et en quelque sorte le moteur premier et initial. — Est le dernier terme, ici encore le texte n’est pas aussi formel. — Qui n’ont pas leur forme dans la matière, c’est-à-dire, qui n’ont pas la même matière que le patient sur lequel elles agissent. Cette formule est familière à Aristote, et elle ne peut faire ici de doute, d’après le commentaire de Philopon ; le contexte justifie l’explication du commentateur. — Peuvent souffrir quelqu’action, en même temps qu’elles en exercent une sur la chose soumise à leur influence. — Des deux termes opposés, en d’autres termes : « Pour l’agent et pour le patient. » — Leur genre commun, j’ai ajouté ce dernier mot ; voir plus haut, § 5. — L’objet qui échauffe, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Comme je viens de le dire, au commencement du § précédent. — Le moteur primitif, c’est-à-dire l cause, quelle qu’elle soit, qui, la première, détermine le mouvement. Je crois qu’il faut réserver l’expression de Premier moteur pour le principe du mouvement universel. Il ne s’agit ici que d’un mouvement particulier, auquel concourent plusieurs moteurs subordonnés les uns aux autres. — Ici, j’ai ajouté ce mot, pour que l’opposition fût plus marquée. — Impassible et à l’abri de toute souffrance, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  105. § 12. Le but en vue duquel se fait tout le reste, ou simplement : « Le pourquoi, » comme dit le texte. — La santé n’est pas un agent, parce qu’elle est le but que poursuivent le médecin et le malade. Le médecin est le premier moteur, et les remèdes qu’il ordonne agissent en sous-ordre pour atteindre le but, qui est la guérison et la santé. — Le patient qui souffre l’action, le texte n’est pas aussi formel. — Devient quelque chose, c’est-à-dire, acquiert une qualité nouvelle que l’action exercée sur lui doit lui procurer. — Tout acquises et présentes, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Tout ce qu’il doit être, j’ai ajouté ces mots pour compléter la pensée. — Les formes, ou « les espèces. » Les formes des choses sont leur nature propre et définitive. — Des qualités et des habitudes, le texte a un seul mot. Les qualités et les habitudes étant choses acquises et permanentes, elles n’ont point à changer. La chose est ce qu’elle est ; elle n’a plus à devenir une autre chose, en acquérant une nouvelle et différente qualité. — Est toute passive, attendu que c’est la matière qui reçoit successivement tous les contraires, qui se remplacent en elle tour à tour. — A sa chaleur dans la matière, l’expression est un peu obscure, malgré les développements qui précèdent. — De la nature du feu, j’ai ajouté ces mots, pour compléter la pensée. — Éprouver ni souffrir, il n’y a qu’un mot dans le texte. — Du feu qui échauffe, j’ai ajouté ces mots. -Ce que nous venons de dire, en d’autres termes : « Ces choses seraient tout à fait impassibles, et ne pourraient être soumises à l’action de quoi que ce soit. » Voir toute cette théorie de la substance et de la forme, dans la Physique, livre 1, ch. 8, page 473 et suivantes de ma traduction.
  106. § 13. En résumé, le texte n’est pas aussi formel ; mais ce § est bien en effet le résumé de tout ce qui précède. — Par quel moyen et comment, cette partie spéciale de la question sera traitée également dans le chapitre qui va suivre, et même d’une manière toute spéciale, et plus développée qu’ici.
  107. Ch. VIII, § I. Encore une fois, ou peut-être aussi : « d’un autre point de vue. » - Les deux phénomènes de l’action et de la passion, le texte n’est pas aussi développé ; j’ai cru devoir être plus précis, surtout au début d’un chapitre. — Les uns, c’est d’Empédocle qu’il s’agit, comme l’indique le § suivant. — Souffre passivement un effet quelconque, le texte est plus concis. — En dernier ressort, voir plus haut, ch. 7, §§ 10 et 11. — Et principalement, parce qu’il agit par un contact direct et immédiat. — Certains pores ou conduits, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. Conduits n’est d’ailleurs que la traduction latine du mot grec Poroi. — Percevons… Perceptions, cette répétition de mots est dans l’original. — Régulièrement en ordre, il n’y a qu’un seul mot dam le texte. — Ces corps, ou « ces éléments. » Le texte est tout à fait indéterminé.
  108. § 2. Comme l’a fait, par exemple Empédocle, à qui il faut attribue] l’opinion anonyme qui a été exposée dans le § précédent. — A l’action et à la souffrance, le texte dit précisément : « Aux agents et aux patients, » aux choses qui agissent ou qui souffrent l’action. -Réciproquement commensurables, c’est-à-dire que les deux corps peuvent entrer l’un dans l’autre, de manière à ce qu’il en résulte un véritable mélange. Philopon cite le vin et l’eau, dont les pores sont commensurables, selon lui, puisque ces deux liquides se mêlent. Au contraire, les pores du feu et ceux du bois n’étant pas commensurables, le feu détruit le bois, mais ne se mêle pas avec lui. — Mieux que personne, je tire ce sens du commentaire de Philopon. — Le point de départ réel qu’indique la nature, le texte pas tout à fait aussi précis. — Quelques anciens, il s’agit de Parménide et de l’école d’Élée, comme le dit Philopon. — Selon eux, j’ai ajouté ces mots, qui sont impliqués dans la tournure du texte. Jusqu’à la fin du §, c’est l’opinion de Parménide et de l’École d’Élée, qui, d’ailleurs, est exposée d’une manière assez embarrassée et assez obscure. Voir une discussion analogue et une réfutation de Parménide et de Mélissus dans la Physique, livre I, ch. 2 et suivants, pages 433 de ma traduction. — Il ne peut pas y avoir de mouvement, cette théorie sur les rapports du vide et du mouvement, est formellement attribuée à Mélissus, dans la Physique, livre IV, ch. 8, § 5, page 189 de ma traduction. — Séparé des choses, j’ai ajouté les deux derniers mots. — Ils ajoutaient, ces mots ne sont pas expressément dans le texte ; mais ce sens ressort de la tournure de la phrase. — Qu’il n’y a pas de vide, le texte n’est pas aussi formel. — Qui divise et isole, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — N’est pas continu, et un, comme le prétendait l’école d’Élée. — Tout séparés qu’ils sont, le texte n’est pas aussi précis. — Si l’être est absolument divisible, alors il se réduit à rien, par la division même poussée jusqu’à l’infini. — Il n’y a plus d’unité pour quoi que ce soit, en d’autres termes, l’unité des individus disparaît avec les individus eux-mêmes ; et comme il n’y a plus dès lors de pluralité possible, tout est vide. — Mi-partie d’une façon, c’est-à-dire que dans une partie du monde il y a continuité ; et vide, dans l’autre. — Disent-ils, j’ai ajouté ces mots, pour montrer que c’est la suite des objections de Parménide et de ses disciples. — Selon eux, même remarque. — Qu’il n’y a pas de mouvement dans l’univers, ce qui est le principe essentiel de l’école d’Élée : l’être est un et immobile. Voir la réfutation de cette théorie, dans la Physique, livre I, ch. 2 et suivants, page 433 de ma traduction.
  109. § 3. En bravant et en dédaignant le témoignage des sens, il faut remarquer ces fortes expressions qui recommandent si vivement la méthode d’observation contre les théories purement logiques ; voir aussi le § suivant. - Quelques philosophes, Parménide, et en général l’école d’Élée. — Autrement selon eux, j’ai ajouté ces mots, qui m’ont paru indispensables, pour éclaircir la pensée. Ce passage d’ailleurs reste obscur, et je ne vois pas que Philopon l’ait expliqué dans son commentaire, sans doute parce qu’il n’y voyait aucune difficulté.
  110. § 4. La vérité, il eût peut-être mieux valu dire : « La réalité. » - A de purs raisonnements, le texte n’est pas tout à fait aussi affirmatif. — Ceux-là semblent acceptables, ou bien encore : « les choses semblent se passer ainsi. » - Si l’on veut considérer les faits, voir, sur la méthode d’observation chez les anciens et spécialement dans Aristote, ma Préface à la Météorologie, pages XLVI et suivantes. — C’est presqu’une folie, il est difficile de blâmer avec plus d’énergie les théories purement spéculatives de l’école d’Élée. — Les choses belles en soi, ce passage, que n’a pas commenté non plus Philopon, offre de l’obscurité. Le mot du texte, que j’ai rendu par belles en soi, est un peu équivoque ; et il peut signifier tout aussi bien les choses bonnes que les choses belles. La critique serait encore plus vive, et Aristote reprocherait à l’école d’Élée de détruire toute morale, en confondant le mal et le bien. C’est là le sens qu’ont adopté quelques commentateurs modernes.
  111. § 5. Quant à Leucippe, voir, pour les opinions de Leucippe et de Démocrite sur le vide ; la Physique, livre IV, ch. 8, § § 3 et suivants, page 187 de ma traduction. D’ailleurs, Aristote semble ici faire plus de cas de Leucippe que dans la Physique, où il dit de lui et de son maître : « qu’ils n’ont pas même posé le pied sur le seuil de la question. » - Selon lui, j’ai ajouté ces mots, pour compléter la pensée. — Ni le mouvement, ni la pluralité, en un mot, tout ce que les sens nous attestent comme des réalités évidentes. — Faite à la réalité des phénomènes, le texte n’est pas aussi formel. — Le non-être n’est rien de ce qui est, il semble que c’est une pure tautologie ; mais elle est dans le texte. — D’après lui, j’ai ajouté ces mots. — Est excessivement nombreux, je crois que c’est là, la leçon véritable, et elle est d’accord avec le contexte. D’autres manuscrits portent : « excessivement plein, tout à fait plein. » Il n’y a que le changement d’une seule lettre. — Ces éléments, j’ai dû préciser ici l’expression plus que ne le fait le texte, qui a un pluriel neutre tout à fait indéterminé. — La ténuité extrême de leur volume, ce sont les atomes, admis aussi par Démocrite, maître de Leucippe. — Leucippe ajoute, le texte n’est pas aussi précis ; mais le sens que je donne résulte de la tournure même de la phrase grecque. — Une seule et même chose, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Tout l’univers, j’ai ajouté ces mots, afin de ne pas répéter ce qui est déjà dit un peu plus haut. — Leucippe en conclut, le texte n’est pas aussi formel. — Qu’elles souffrent et subissent, il n’y a qu’un mot dans le texte. - Par le moyen des pores, voir plus haut, § 1. — Par le moyen du vide, répétition de ce qui a été dit, un peu plus haut, dans le même §. Qui entrent, ou encore « qui s’insinuent. »
  112. § 6. Pour Empédocle, voir plus haut, § 2, où Empédocle parait être mis, pour cette théorie, au-dessous de Démocrite et de Leucippe. — Des particules solides et indivisibles, et en ce sens, Empédocle se rapproche du système des atomes. — Ne sont pas absolument continus, c’est-à-dire, se touchant immédiatement les uns les autres ; mais l’idée même de pores suppose nécessairement des cloisons solides, qui les séparent et les isolent les uns des autres. — Cette continuité des pores, le texte n’est pas aussi formel, et l’expression dont il se sert est indéterminée. Le sens d’ailleurs ne peut être douteux. — Si ce n’est les pores, ou peut-être mieux : « à côté des pores. » - Selon Empédocle, j’ai ajouté ces mots. — Qui se touchent, et font en quelque sorte les cloisons des pores. — Seuls, ce mot n’est pas dans le texte ; mais il m’a paru utile pour compléter la pensée. — Sont aussi celles de Leucippe, conclusion et répétition de ce qui est dit au début même du §.
  113. § 7. Tantôt actives et tantôt passives, ou bien encore : « agissent et souffrent. » Ces philosophes, ceci s’applique plus spécialement à Leucippe et à Démocrite. — A peu prés d’accord avec les faits, voir plus haut, § 4.
  114. § 8. Tels qu’Empédocle, ceci semble un peu contredire ce qui a été dit au § 6, où les opinions d’Empédocle sont présentées comme très voisines de celles de Leucippe, qu’on approuve. — Pour les uns, c’est-à-dire, pour les philosophes autres qu’Empédocle. — Sont indivisibles, ce sont les atomes. — Que les corps sont primitivement composés, répétition de ce qui précède. — La grandeur, quelle qu’elle soit ; c’est-à-dire, infiniment petite, puisqu’il s’agit des atomes. — Que le feu même soit un élément, voir plus loin livre II, ch. 3, § 6, l’opinion d’Empédocle sur le feu, qui, selon lui, est mélangé, et n’est pas, par conséquent, un élément véritable. — Platon a soutenu la même thèse, le teste est moins formel. - Dans le Timée, voir la traduction de M. V. Cousin, pages 161 et 167, et suivantes. — Que des surfaces, Platon ne le dit peut-être pas aussi expressément ; mais c’est la conséquence nécessaire de ses théories. — Finies et précises, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Le seul point où tous les deux s’accordent, le texte n’est pas aussi formel. — L’existence des indivisibles, il ne paraît pas que Platon admette le système des atomes aussi complètement qu’Aristote semble le dire ici.
  115. § 9. Les destructions, « ou séparations. » Le mot du texte n’est pas plus déterminé. — Selon lui, j’ai ajouté ces mots. — Serait distincte et divisible, j’ai mis ces deux mots pour rendre toute la force du seul que le texte emploie. — Que le contact tout seul, c’est-à-dire que les surfaces, en se touchant, finissent par composer des corps. Je ne sais si c’est bien là le sens de la théorie Platonicienne. — Dans nos recherches antérieures, voir le Traité du ciel, livre III, ch. 1, § 14, et surtout ch. 7 et 8, où la théorie de Platon est réfutée tout au long. — Des surfaces indivisibles, c’est le système Platonicien. — Aux solides indivisibles, c’est le système des atomes adopté par Leucippe et Démocrite. — Les conséquences de cette théorie… le texte n’est pas aussi développé.
  116. § 10. Dans ces systèmes, j’ai ajouté ces mots, qui m’ont paru indispensables pour compléter la pensée, et qu’autorise le commentaire de Philopon. — Qu’on n’admet pas, même observation. — Il est absurde, cette expression sévère est répétée plusieurs fois dans tout ce passage ; mais elle est aussi souvent dans le texte que dans ma traduction. — Uniquement à la forme sphérique, voir le Timée de Platon, traduction de M. V. Cousin, pages 153, 167 et suivantes. Timée n’est peut-être pas d’ailleurs aussi affirmatif que le prétend Aristote. — S’il est plus considérable, le texte est ici assez obscur à cause de sa concision. Il semble d’ailleurs que tous les atomes devraient être égaux entr’eux, et que l’un ne doit pas être plus pesant que l’autre.
  117. § 11. Ainsi qu’on le dit, le texte est moins développé. — Ne subissent pas d’influence, ou ne souffrent pas. — Ce qui est médiocrement chaud, c’est le fait bien connu de l’équilibre de température. Deux corps inégalement chauds le deviennent également, en agissant l’un sur l’autre. — Mais si le dur subit une influence, le texte n’est pas aussi développé. — Qui cède aisément à la pression, voir la Météorologie, livre IV, ch. 4, §§ 6 et suiv., p. 298 de ma traduction.
  118. § 12. Mais il n’est pas moins absurde, cette critique s’adresse sans doute plus spécialement à Platon. — La forme, cette expression est prise ici dans un sens assez remarquable, puisque, d’après le contexte, il est clair que la forme veut dire aussi la propriété. Le chaud et le froid, en effet, sont des propriétés, et ne sont pas des formes, à proprement parler. — Pour ces deux phénomènes opposés, j’ai ajouté ce dernier mot.
  119. § 13. En restant un, le texte n’est pas aussi formel. — Ses affections diverses, j’ai ajouté ce dernier mot. — Dans le même point, le texte se sert d’un mot tout à fait indéterminé : j’ai dû être plus précis. — Il produirait aussi quelqu’autre action, la pensée n’est pas très claire ; et elle aurait exigé un peu plus de développements. — Quelqu’autre affection quelconque, ici encore ma traduction est plus précise que l’original.
  120. § 14. Des solides indivisibles, c’est le système de Leucippe et de Démocrite. — Des surfaces indivisibles, c’est le système de Platon ; voir, plus haut § 9. — Que les indivisibles, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Dans les indivisibles, c’est la tournure même du texte.
  121. § 15. De petits corps, les atomes sont supposés d’une ténuité extrême, qui les soustrait à nos observations ; et l’on en conclut qu’ils sont indivisibles, parce qu’ils sont trop petits pour être divisés. — Dans l’état présent des choses, le texte dit : « maintenant ». — Se dissolvent, ce serait plutôt : « Se partagent. » - Et qu’ils touchent et se heurtent à beaucoup de points, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Absolument, il n’y a que ce seul mot dans le grec ; l’expression est trop concise, et il fallait la développer davantage pour qu’elle fût claire. Si les atomes sont indivisibles par leur nature, leur petitesse et leur grandeur n’y font rien. Soit grands, soit petits, ils restent indivisibles et tels que la nature les a faits.
  122. § 16. De plus, autre objection, après toutes les précédentes. — Tous les solides, réputés des atomes ou corpuscules indivisibles. — Les uns étant de feu, selon qu’il semble résulter spécialement des théories émises dans le Timée. — Peut les avoir divisés, ou « séparés les uns des autres. » Ici la division ou la séparation semblerait devoir se réduire aussi à une simple dissemblance. — Par leur contact, ou « après s’être touchés mutuellement. » - Une seule et même masse, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Comme de l’eau, la comparaison est très claire du moins, et l’eau se réunit à l’eau sans la moindre peine. Les atomes devraient se réunir ainsi les uns aux autres, par suite de leur identité naturelle. — La dernière eau, c’est l’expression même du texte. — Ajoutée, ce mot n’est pas dans le grec. — Alors que sont-ils ? question adressée au système de Platon et à celui de Leucippe, à qui Aristote veut sans doute reprocher de n’avoir pas assez insisté sur ce point. — Les simples formes, admises dans les théories platoniciennes, et dans celles de Démocrite et Leucippe. — Si l’on dit, le texte n’est pu aussi formel. — Agir ou souffrir, tandis que, dans les doctrines que combat Aristote, on regarde les atomes comme impassibles ; voir, plus haut, § 10.
  123. § 17. Quel sera le moteur qui les mettra en mouvement, le texte n’est pas aussi développé. — Est différent d’eux, c’est-à-dire, s’il est étranger et extérieur. — L’indivisible est passif, le texte emploie le singulier ; mais le pluriel eût peut-être valu mieux, puisqu’il s’agit des atomes. L’indivisible devient passif, en tant qu’il reçoit et subit le mouvement que lui communique le moteur. — Si chaque indivisible se meut, sans recevoir le mouvement du dehors. — Moteur en une partie, mobile en une autre, il a été démontré dans la Physique que le moteur qui se donne le mouvement spontané à lui-même, doit être conçu comme ayant deux parties, dont l’une reçoit le mouvement de l’autre qui le lui donne, tout en restant elle-même immobile ; voir la Physique, livre VIII, ch. 6, § 5, page 601 de ma traduction. — Dans la même chose, ce qui est impossible, puisque les contraires ne peuvent exister, au même instant, dans le même objet, et qu’ils doivent se succéder. — Numériquement, ou individuellement. — Mais aussi en puissance, c’est-à-dire qu’elle pourrait tout à la fois éprouver les contraires. Le terme de puissance n’a pas tout à fait ici son sens habituel.
  124. § 18. Doivent prendre garde, le texte n’est pas aussi précis ; mais j’ai cru devoir diviser la phrase et la pensée, afin de les rendre plus claires. — Même quand les pores sont pleins, ou « sont remplis, » par les matières qui peuvent les traverser, pour agir sur les corps et les modifier d’une façon quelconque. — Souffre de la même façon, et subit l’action qu’il subirait même sans avoir de pores, ou si les pores étaient vides. — Tout ce qu’il souffre, j’ai ajouté ces mots.
  125. § 19. La vision à travers des milieux, et comme il est dit plus bas, « à travers des corps diaphanes, » les quels sont supposés avoir des pores par où passe la lumière. — Par les contacts, j’ai conservé l’expression du texte, qui ne laisse pas que d’être assez obscure. Le commentaire de Philopon ne l’éclaircit pas. Il faut peut-être comprendre que la lumière ne ferait que toucher la surface des corps diaphanes, et les traverserait ainsi. — Si ces pores sont tous pleins, d’un corps que la lumière serait forcée de chasser devant elle, pour prendre sa place et traverser le corps diaphane. — D’avoir ou de ne point avoir, le texte n’a pas cette alternative, qui m’a semblé indispensable pour éclaircir la pensée. — Puisque tout sera plein également, soit par la continuité du corps lui-même, soit par la réplétion des pores. — Ces pores, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Les mêmes difficultés, qu’on vient d’exposer ; et l’on dira, pour les corpuscules renfermés dans les pores, ce qu’on disait d’abord des pores eux-mêmes. — Que le petit est vide, j’ai conservé la tournure du texte ; le petit signifie ici le corps qui a peu de développement. — Que le vide soit autre chose, la pensée est un peu obscure, et je n’ai rien trouvé dans le commentaire de Philopon qui l’éclaircit suffisamment.
  126. § 20. En un mot, c’est le résumé de la discussion précédente ; et Aristote conclut que la théorie de l’action et de la passion n’a pas besoin de l’hypothèse des pores, imaginée par quelques philosophes. — Sur une autre, j’ai ajouté ces mots. — Si c’est par le contact qu’elle agit, c’est-à-dire, en touchant directement la chose sur laquelle son action doit s’exercer. — La nature les aura mises, le texte n’est pu aussi précis.
  127. § 21. C’est une erreur, résumé de toute cette discussion. — Absolument divisibles en tous sens, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Se séparer, et se faire des pores, comme l’explique Philopon.
  128. Ch. IX, § I. Le principe que nous avons si souvent énoncé, à savoir la distinction de la distinction de la puissance et de l’acte, qui est rappelée dans les lignes suivantes. — En simple puissance, j’ai ajouté le mot Simple. — En réalité, en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. La distinction de la puissance et de l’acte est un des principes fondamentaux du péripatétisme ; mais on peut trouver que l’application n’en est pas ici très claire, ni même très utile, pour expliquer la théorie des pores. — Et si naturellement…, j’ai laissé à la phrase grecque toute sa longueur, pour ne pas changer la tournure de l’original. — Qu’on pourrait plus aisément admettre, l’expression du texte n’est pas aussi précise, bien que celle dont je me sers moi-même ne soit pu encore aussi nette que je l’aurais voulu. — Ils seraient ainsi dans les corps, à vrai dire, ce ne seraient plus des pores ; ce seraient seulement certaines parties de la matière du corps, plus susceptibles que d’autres d’éprouver telle ou telle affection. — Comme dans les métaux, l’observation d’ailleurs est vraie ; et il n’y a personne qui ne l’ait faite. — Susceptible d’une certaine affection, le texte n’est pas aussi précis.
  129. § 2. Que la chose est homogène et qu’elle est une, en d’autres termes, qu’elle n’est pas dans les conditions voulues pour subir ou produire une action, la chose ne pouvant agir sur elle-même, et le semblable ne pouvant agir sur le semblable, ni souffrir par lui. — Elle est impassible, à l’abri de toute action et de toute souffrance venant d’elle-même. — Ne se touchent pas entr’elles, immédiatement. — Ou n’en touchent pas d’autres, qui servent alors comme d’intermédiaires pour arriver jusqu’à la chose sur laquelle doit s’exercer l’action. — Agir, en transmettant au corps la chaleur qu’il a reçue. — Et souffrir, en recevant directement la chaleur du feu, qu’il doit transmettre.
  130. § 3. Quand on dit, on pourrait traduire aussi : « quand je dis. » La nuance n’est pas très bien marquée dans le texte. — Après la définition donnée dans le principe, je me suis rapproché du texte autant que je l’ai pu ; mais la pensée reste toujours obscure. Le commentaire de Philopon n’a pu me servir à l’éclaircir. — Il s’ensuivrait, le texte n’est pas aussi précis ; mais ce sens semble résulter nécessairement de ce qui suit. — Qui puisse être totalement passive, voir le § précédent. — Qui pût être continu, parce que les atomes sont isolés les uns des autres, et qu’étant ainsi séparés, ils ne peuvent plus avoir la continuité nécessaire à former un corps. — Et que tout corps soit divisible, c’est la théorie d’Aristote, exposée bien des fois dans la Physique. — Et susceptible de contacts. — Divisé… divisible, c’est l’acte et la puissance. — Aux points de contact, le texte dit simplement : « selon les contacts. » - Rien de ce qui est impossible ne se produit jamais, ce principe est de toute évidence ; mais on ne voit pas bien comment il se rattache à ce qui précède. J’ai fait tous mes efforts pour éclaircir ce § ; mais je ne me flatte pas d’y avoir réussi, et je ne trouve pas que les commentateurs, y compris saint Thomas, y aient réussi non plus. Voici une paraphrase qui aidera du moins à suivre le fil des idées : « Pour bien s’expliquer ce que c’est que l’action et la passion dans les choses, il faut admettre qu’il est impossible qu’une chose souffre telle action dans une de ses parties et ne la souffre pas dans telle autre. La chose est ou tout entière passive, ou tout entière active. Si l’on admet les atomes, alors la chose peut n’être plus passive dans sa totalité ; mais elle cesse aussi d’être continue. Or, le système des atomes est faux, et toute grandeur est toujours absolument divisible, sans qu’on puisse arriver à de particules qui ne le soient plus. Il n’importe guère que la division soit matériellement réelle, ou qu’elle soit simplement possible d’une façon toute rationnelle ; il suffit qu’elle puisse avoir lieu pour que le corps qui en résultera ait toujours son unité, et qu’il soit, par conséquent, dans sa totalité ou actif ou passif. »
  131. § 4. L’action et la passion, le texte est tout à fait indéterminé ; mais je précise le sens, en m’appuyant sur le commentaire de Philopon. — De cette manière, c’est-à-dire, par l’intermédiaire des pores, qu’ont supposés quelques philosophes. — Par la scission, j’ai conservé l’expression du texte. Les corps sont en quelque sorte fendus par les pores, qui les traversent. — Supprime et détruit, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — L’altération, c’est-à-dire, que dans ce système, on ne peut rendre compte du phénomène de l’altération. — Sans cesser d’être continu, le texte n’est pas aussi formel. — Tantôt coagulé, Philopon cite, comme exemple, le lait, qui tantôt est liquide et tantôt coagulé. On pourrait croire, comme d’autres commentateurs, qu’il s’agit aussi de l’eau, tantôt liquide et tantôt gelée. — Par leur contact, sous-entendu : « avec d’autres corps. » - Comme le prétend Démocrite, ce sont en effet toutes les propriétés que Démocrite prêtait aux atomes. — Coagulées, ou « gelées. » - Actuellement, c’est-à-dire dans l’ordre actuel de la nature. — Indivisibles dans leur masse, saint Thomas comprend qu’il n’est pas besoin, pour que les choses se coagulent ou gèlent, qu’il entre en elles des corpuscules indivisibles ; elles subissent cette modification dans leur propre substance. — Également, c’est-à-dire, dans toutes ses parties, sans que les unes subissent le changement auquel les autres résistent.
  132. § 5. Dans ce système, j’ai ajouté ces mots pour éclaircir la pensée. — Il ne saurait plus y avoir, c’est-à-dire qu’on ne peut pas expliquer ce que c’est que l’accroissement ou le dépérissement des choses. — Qu’une simple addition, les atomes venant se joindre au corps pour l’accroître et l’augmenter, ou s’en retirant, pour le diminuer ou le faire dépérir. -D’une chose étrangère, j’ai ajouté ce dernier mot. — Qui se passe en lui, le texte n’est pas tout à fait aussi précis.
  133. § 6. Nous nous bornerons, résumé assez exact de tout ce chapitre et des précédents, depuis le septième. On peut peut trouver qu’Aristote, après avoir donné une large place à l’exposition des autres systèmes, n’en a peut-être pas donné une suffisante au sien propre, qui aurait demandé plus de développements.
  134. Ch. X, § 1. Le troisième des sujets, avec la production et la destruction, et avec l’action et la passion. — Au début de ces recherches, plus haut, ch. 1, § 1, Aristote n’avait parlé que de la production, l’accroissement et l’altération. Il semblait que c’étaient là les trois sujets dont il comptait s’occuper, et je ne vois pas qu’il ait annoncé nulle part la théorie du mélange. — Ce qu’est le mélange, les questions posées ici sur le mélange sont identiques à celles qui ont été posées plus haut sur la production, ch. 1, et sur l’action, ch. 7. En ce sens, l’auteur a raison de dire qu’il reprend la méthode qu’il a déjà suivie.
  135. § 2. D’autre part, il y a des systèmes qui nient que le mélange des choses soit jamais possible ; et ce sont, à ce qu’il paraît, ces théories qu’il faut d’abord discuter, puisqu’elles vont jusqu’à nier et à supprimer la question. — Quelques philosophes, rien n’indique dans ce chapitre quels sont précisément ces philosophes. — Disent-ils, j’ai ajouté ces mots, qui ressortent du contexte, puisque ce sont les arguments contre la possibilité du mélange, qui sont énumérés plus bas. -Ajoutent-ils, même remarque.
  136. § 3. De leur production et de leur destruction, voir plus haut, chapitre i et suivants. — Ces questions éclaircies, ce sont les arguments des philosophes qui nient le mélange. — Celles que nous nous étions posées, au début même de ce chapitre.
  137. § 4. C’est là ce qui fait aussi, différence du mélange, et de la production ou de la destruction. — La matière, j’ai conservé le mot même du texte ; mais ici la matière signifie le combustible, le bois ou telle autre matière qui alimente le feu. — Qu’elle se mêle à elle-même, c’est-à-dire que le bois se mêle au bois. — Dans les parties du feu, j’ai ajouté les deux derniers mots. — Pas plus qu’au feu lui-même, j’ai évité autant que je l’ai pu la répétition qui se trouve dans le texte ; et j’ai suivi pour éclaircir tout ce passage l’explication de Philopon. — S’est produit,… s’est détruite, il y a eu production de l’un et destruction de l’autre ; mais il n’y a pas eu de mélange. — De même encore on ne peut pas dire, différence du mélange et de l’augmentation. — La forme du cachet, j’ai ajouté les deux derniers mots, que semble indiquer la suite du contexte. Les deux exemples d’ailleurs ne sont peut-être pas très bien choisis, parce que la nourriture peut être considérée comme se mêlant au corps qu’elle accroit, tandis qu’évidemment l’empreinte du cachet ne s’y mêle pas. — Ni le corps et la blancheur, j’ai conservé la concision du texte. La blancheur et le corps qui est blanc ne se mêlent pas ; mais la blancheur est dans le corps, — Les qualités et les affections, qui sont dans les choses, mais sans se mêler avec elles. — Les deux subsistent, l’expression du texte est plus vague. Par les deux il faut entendre le corps et les qualités qui le modifient. — La blancheur et la science, c’est-à-dire deux qualités, au lieu d’un corps et d’une qualité. — Qualités ou attributs, le texte est tout à fait indéterminé. — Qui ne sont pas séparables, sous-entendu : « des sujets dans lesquels ils sont. » Tout ce passage est fort obscur, et peut paraître bien subtil.
  138. § 5. Aussi est-ce se tromper, ceci est une critique d’Anaxagore, qui pensait qu’à l’origine toutes les choses étaient mêlées dans le chaos, avant que l’Intelligence ne vint ordonner le monde ; voir la Physique, livre 1, ch. 5, § 4, où la théorie d’Anaxagore est réfutée, page 455 de ma traduction. — Les qualités des choses, voir le § précédent. — En simple puissance… en toute réalité, j’ai ajouté les deux adjectifs. — Quelque chose de différent, des deux choses qui forment le mélange. — Dans le mélange, j’ai ajouté ces mots. — La réponse à la question, le texte n’est pu tout à fait aussi précis. — Dont nous venons de parler, au début même du chapitre. — Encore de nouveau, après le mélange opéré. — Qui le caractérise, j’ai ajouté ces mots. — Leur puissance, c’est-à-dire, la possibilité de redevenir ce qu’elles étaient avant le mélange.
  139. § 6. La question suivante, c’est-à-dire, qui tient à celles qui la précèdent, et qui en est la suite. — Que puissent percevoir nos sens, peut être la question n’est-elle pas très bien posée de cette façon. Le mélange est toujours perceptible à nos sens ; mais parfois, nos sens distinguent, et parfois ils ne peuvent plus distinguer, les éléments dont le mélange est formé. — Par exemple, le texte n’est pas aussi précis. — Sensiblement, ou « pour nos sens. » - Y a-t-il alors ou n’y a-t-il pas mélange, c’est la première espèce de mélange. Les sens ne peuvent plus distinguer les éléments qui le composent. — Mais n’est-il pas possible aussi, j’ai préféré donner à cette phrase la tournure interrogative pour qu’elle fût symétrique à celle qui précède. C’est la seconde explication du mélange : Les deux choses subsistent, leurs parties étant juxtaposées. — La paille est mêlée au grain, l’exemple est très clair, et ce mélange n’est plus du tout le mélange de l’eau et du vin, où l’un des liquides ne peut plus être distingué de l’autre, comme on le supposait dans la première explication.
  140. § 7. Si un corps est divisible, il semble que ce soit une réponse faite par Aristote aux deux théories précédentes ; et c’est ainsi que Philopon et Saint-Thomas entendent ce passage. Mais l’opposition n’est pas bien marquée dans le texte, qui reste assez obscur ; et malgré mes efforts, je n’ai pu rendre la traduction beaucoup plus claire. — Il faudrait, j’ai conservé la tournure du texte ; mais peut-être le présent : Il faut, serait-il préférable. — En ses parties les plus petites, c’est-à-dire que la division ne peut jamais arriver à des atomes, et qu’elle est toujours possible, comme le soutient Aristote, du moins rationnellement, si ce n’est en fait. — La juxtaposition, on pourrait traduire aussi : « la combinaison. » - En petites particules, comme le grain et la paille, dont on vient de parler. — Ni mixtion ni mélange, les deux mots du texte sont étymologiquement plus séparés que les deux mots dont j’ai dû me servir. — Un vrai mélange, j’ai ajouté le mot Vrai pour préciser davantage la pensée. — La chose mélangée, c’est-à-dire, le résultat produit par le mélange. — De particules à particules, le texte n’est pas aussi formel. — Aucun des faits que nous venons d’analyser, même remarque. — Pour les yeux, et non en réalité.
  141. § 8. La division n’explique pas le mélange, le texte est tout à fait indéterminé. J’ai adopté le sens qu’indique Philopon. — Non plus que ne l’explique, même remarque. — Puisque la division ne saurait avoir lieu, c’est-à-dire, s’arrêter à des atomes ou indivisibles, qu’Aristote n’a jamais admis. — Se mettre à un autre point de vue, le texte n’a qu’un seul mot assez vague, et j’ai cru devoir préciser le sens davantage. — Rappelons d’abord, j’ai ajouté ces mots, qui ressortent du contexte. — Ainsi que nous l’avons dit, voir plus haut, ch. 7. — La médecine, l’exemple peut sembler assez singulièrement choisi, et Philopon fait une remarque analogue.
  142. § 9. Qui sont faciles à se diviser, comme la goutte d’eau dans une pièce de vin. — Un accroissement, quelque faible qu’il soit d’ailleurs, par la proportion des choses mélangées. — De l’élément qui prédomine, dans le mélange définitif. — Le mélange ne devient pas, le texte n’est pas aussi précis. — Absolument, j’ai ajouté ce mot.
  143. § 10. Une certaine opposition, le texte dit proprement : « contrariété. » - Elles peuvent souffrir quelqu’effet, en même temps qu’elles produisent aussi quelqu’action. — Davantage, c’est-à-dire plus aisément et plus vite, comme la suite le prouve. — Ne produit cet effet, ou « le mélange. »
  144. § 11. Divisibles et passives, c’est-à-dire, qui peuvent aisément se diviser, et souffrir quelqu’action, les unes de la part des autres. Peut-être au lien de Divisibles, faudrait-il dire : Actives ; mais aucun manuscrit ne donne cette leçon. — Qui se délimitent aisément, l’exemple du liquide, cité un peu plus bas, explique bien ce qu’on doit entendre par là. — Se détermine et délimite, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Les corps visqueux, l’expression du texte est tout à fait indéterminée ; mais le sens que j’ai adopté est celui que donne Philopon. Au lieu des Corps visqueux, on pourrait comprendre qu’il s’agit des liquides en général, qui, en se mêlant, rendent la masse totale plus considérable. — Mais lorsque l’un des deux corps qui se mêlent, le texte n’est pas aussi précis. — Est seul à être passif, sous-entendu : Dans le mélange ; mais l’expression n’est pas très claire. Il faut comprendre qu’un des corps mélangés agit vivement sur l’autre, et l’absorbe de manière à le faire disparaître. — N’est pas du tout plus considérable, parce que l’un des deux disparaît à peu près complètement dans la fusion. — Assez indécis, le texte emploie ici une expression toute métaphorique, et dit : « bégayent. » Je n’ai pas pu trouver d’équivalent dans notre langue. Cette métaphore est assez hardie, et Philopon en paraît aussi un peu étonné. Du reste, l’exemple cité fait bien comprendre le sens de ce passage. — Ne se mêlent qu’imparfaitement, et ce n’est pas alors un véritable mélange, puisque l’un des deux corps disparaît presque tout à fait. — Est la forme, ou l’espèce. — Qui viennent d’être nommés, j’ai ajouté ces mots pour compléter la pensée. — Une simple affection sans matière, c’est-à-dire, la forme ou l’espèce, qui modifie le mélange sans en changer absolument la nature. Ceci doit paraître trop subtil. — Une certaine couleur, qui n’est pas celle de l’étain, et qui n’altère que légèrement celle de l’airain.
  145. § 12. On voit donc, résumé assez exact de toute cette théorie du mélange. — Que le mélange est possible, voir, plus haut, § 2. — Et ce qu’il est, d’après les théories particulières d’Aristote ; c’est l’objet de tout ce chapitre. — Facilement déterminables et facilement divisibles, comme les liquides. — Ne sont pas nécessairement détruites, parce qu’elles y restent en puissance. — Les deux corps ne sont plus perceptibles aux sens, le texte n’est pas aussi précis ; mais le sens que j’ai adopté résulte de ce qui a été dit plus haut, § 7. La paille et le grain ne sont pas mélangés, à proprement parler ; ils ne sont que juxtaposés. — On dit d’une chose qu’elle est mélangée, voilà la vraie définition du mélange, selon Aristote. — Qui lui est homonyme, il y a quelques éditeurs qui ont lu Homogène au lieu d’Homonyme, et cette leçon vaut peut-être mieux. Saint Thomas semble l’avoir adoptée. — En un mot, le texte n’est pas aussi formel.
  146. Livre II, Ch. I, § 1. On vient de parler du mélange, récapitulation de tout ce qui précède, dans le premier livre. La théorie du mélange a été exposée, livre I, ch. 10. — Du contact, ce n’est qu’incidemment qu’il a été traité du contact, et il n’y a pas eu de théorie spéciale sur ce sujet, voir livre I, ch. 6. — De l’action et de la passion, voir livre I, ch. 6, 7 et suivants. — Qui subissent des changements naturels, indépendamment de ceux que l’art ou la volonté de l’homme peuvent produire ; voir plus haut, livre I, ch. 1, § 1. — De la production et de la destruction absolues, voir plus haut, livre I, chapitres 1, 3, et suivants. — L’altération et l’état de l’être altéré, voir plus haut, livre I, ch. 4. — Les différences de chacun de ces phénomènes, dans le cours de chacune de ces théories spéciales, on a montré les différences qui séparent chacun des phénomènes successivement étudiés.
  147. § 2. Que c’est l’air, comme le croyaient Diogène d’Apollonie et Anaximène. — Ou le feu, comme le croyaient Héraclite d’Éphèse et Hippase, d’après Philopon. — Quelque corps intermédiaire, c’était le système d’Anaximandre, qui supposait un cinquième élément, tenant de la nature des quatre autres, et toutefois s’en distinguant. — Faisant de cette matière, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — Ceux-ci le feu et la terre, comme le faisait Parménide. — Ceux-là l’air en troisième lieu, c’était Ion de Chios, si l’on en croit le commentaire de Philopon. — Comme Empédocle, c’est toujours à Empédocle qu’Aristote attribue la théorie des quatre éléments ; voir aussi la Physique, livre III, ch. 7, §§ 9 et suivants de ma traduction.
  148. § 3. Les primitifs des choses, j’ai conservé le mot même du texte. — Ou bien de telle autre espèce de changement, il n’y a, par exemple, que l’altération de possible, dans les systèmes qui n’admettent qu’un seul élément ; car c’est par les modifications infinies de cet élément unique que se produisent tous les autres phénomènes. — Et corporelle, c’est la traduction exacte du mot qu’emploie le texte. — S’il est perceptible à nos sens, et il doit l’être du moment qu’il est substantiel et séparé de tous les autres. — Sans présenter quelques contraires, le texte dit simplement : « Sans contrariété. » — Cet infini, ou « cet indéterminé. »
  149. § 4. Ce réceptacle de toutes choses, voir la traduction du Timée de Platon par M. V. Cousin, p. 452. — Est distinct et séparé des éléments, la critique est exacte, si ce n’est très importante. — Préalablement, j’ai ajouté ce mot. — Le sujet des ouvrages d’or, voir le Timée, page 154 de la traduction de M. V. Cousin. — Sous la forme où on nous la donne, en effet Timée ne parle que des transformations successives du lingot d’or ; il ne parle point de sa production originelle. — De dénommer les choses, l’expression n’est pas très claire. C’est bien celle dont se sert en effet Timée dans ce passage. On peut toujours dire de l’objet qu’on forme avec le lingot d’or, que c’est de l’or ; mais, pour une chose qui est produite et qui naît de rien, on ne peut pas lui donner le nom de la chose d’où elle est venue, puisqu’elle ne vient d’aucune autre. — D’où elles sont venues, s’il s’agit de production ; et ce serait : « où elles se perdent, » s’il s’agissait de destruction. — Timée a bien raison, le texte n’est pas aussi formel. — Beaucoup plus vrai de soutenir, voir le Timée de Platon, page154 de la traduction de M. V. Cousin. — Jusqu’aux surfaces, voir dans le Traité du Ciel, livre III, ch. 7 et suivants. En résolvant les corps en surfaces, Platon leur ôte toute réalité ; et l’analyse poussée aussi loin les détruit. — Dont on nous parle, j’ai ajouté ces mots.
  150. § 5. Nous aussi, nous reconnaissons bien, le texte n’est pas tout à fait aussi précis. — D’où viennent ce qu’on appelle les éléments, cette pensée ne paraît pas très juste ; et la matière dont il est question ici, est plutôt une condition logique des corps qu’une condition réelle. Il se pourrait donc que cette phrase ne fût qu’une glose ajoutée au texte par quelque commentateur. Elle est d’ailleurs déjà dans le texte de Philopon. — N’est jamais isolée, et subsistant indépendamment des corps, comme la matière que, selon Aristote, Platon a le tort d’admettre. — Avec des contraires, la matière a toujours une certaine qualité qui la distingue, et à laquelle elle est indissolublement jointe. — Ailleurs, dans la Physique, livre I, ch. 8, spécialement § 20, page 484 de ma traduction ; et dans le Traité du ciel, livre III. — Plus d’étendue et d’exactitude, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  151. § 6. Les corps primitifs, j’ai conservé l’expression même du texte ; mais c’est des éléments qu’il s’agit. — Le sujet des contraires, voir le développement de toute cette théorie, Physique, livre I, ch. 8, p. 473 de ma traduction. — Par exemple, j’ai ajouté ces mots. — N’est pas la matière, mais c’est le contraire ; et sous les deux contraires, il y a le sujet qu’ils qualifient tour à tour.
  152. § 7. Le corps qui est perceptible, c’est la matière entendue au sens logique, sensible en puissance, mais en réalité ne l’étant que sous la forme d’un des deux contraires. — Le feu et l’eau, c’est-à-dire, les quatre éléments, avec tous les corps particuliers qu’ils composent, d’après les théories d’Aristote, qui sont aussi celles de toute l’antiquité. — De la manière dont le disent Empédocle et d’autres philosophes, la pensée n’est pas assez développée, et elle reste obscure par la concision de l’expression. Empédocle et d’autres philosophes regardent les éléments comme absolument immuables ; et dès lors, on ne peut plus comprendre, avec cette immutabilité, le phénomène de l’altération, tout incontestable qu’il est. — Mais ce ne sont que les oppositions, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — Dans leurs systèmes, j’ai ajouté ces mots.
  153. Ch. II, § 1. Du corps perceptible à nos sens, du corps matériel et sensible. — C’est-à-dire, du corps que le toucher peut atteindre, Philopon observe avec raison qu’Aristote s’occupe d’abord du sens du toucher, parce que ce sens est celui de tous qui a le plus de perceptions possibles. Des corps qui échappent à notre vue sont cependant sentis par nous ; et c’est ainsi que l’air, bien que nous ne puissions pas le voir, impressionne cependant notre sensibilité en nous touchant. — Que le toucher nous fait connaître, le texte dit simplement : « Un corps tangible. » — Qu’on peut observer dans le corps, j’ai ajouté ce développement, qui m’a paru utile pour éclaircir la pensée. — N’en constituent pas les espèces et les principes, cette prédominance accordée au sens du toucher rappelle et devance la distinction des qualités primaires et secondaires des corps, théorie admise plus tard par l’École Écossaise.— Ne sont un élément des corps, le texte dit simplement : « Ne font pas d’élément. »
  154. § 2. Que la vue ne soit un sens supérieur, voir le Traité de l’Âme, livre II, ch. 7, page 208 de ma traduction, pour la théorie de la vision. — Au toucher, id. ch. page 237. — L’objet de la vue ne soit supérieur aussi, voir le début de la Métaphysique, livre 1, ch. 1, p. 121 de la traduction de M. V. Cousin, 2a édition. Aristote y donne la supériorité à la vue, comme ici, sur tous les autres sens. — N’est pas une affection, ou « une qualité. » — A une toute autre chose, j’ai conservé l’indétermination du texte. — Antérieure par sa nature, à l’objet propre du sens du toucher.
  155. § 3. Pour les tangibles eux-mêmes, j’ai conservé le mot même du texte, qui se comprend bien après les explications précédentes. Les tangibles sont les corps que le sens seul du toucher peut nous faire connaître. — Étudier et distinguer, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Oppositions par contraires, le texte dit d’un seul mot : « Contrariétés. » — Parce qu’ils agissent l’un sur l’autre… le texte n’est pas aussi développé. — Qu’on leur donne le nom qu’ils portent, même remarque.
  156. § 4. Les uns parce qu’ils agissent, il semble que l’action du froid et du chaud est tout à fait réciproque ; et qu’ils agissent et souffrent également. Les uns, ce sont le chaud et le froid ; les autres, ce sont le sec et l’humide. Philopon cherche à expliquer tout au long pourquoi Aristote fait des éléments actifs du froid et du chaud, et des éléments passifs, du sec et de l’humide. Sur toute cette théorie, il faut voir le IVe livre de la Météorologie, chap. 1, et suivants, page 273 de ma traduction. — Est ce qui réunit, et en ce sens, le chaud agit. — Les substances homogènes, ceci s’entend surtout des substances qui
  157. § 5. C’est de ces différences premières, le texte n’est pas aussi formel. — Et les autres différences analogues, qui ne seraient que secondaires, par rapport aux différences premières du froid et du chaud, du sec et de l’humide. — Qui a la faculté de pouvoir facilement remplir l’espace, le texte n’a qu’un seul mot. On peut aussi, par l’espace, entendre les « places vides, les creux, » comme l’entend Philopon. — Se rattache au liquide, le texte dit précisément : « est du liquide, » fait partie du liquide. — Légères et petites, ceci n’est pu tout à fait exact ; et la surface a beau être mince, elle peut remplir fort mal l’espace, selon la position qu’on lui donne. — Appartient aussi au liquide, même observation qu’un peu plus haut. — Comme l’huile, on aurait pu trouver un exemple plus approprié. — De tout liquide, ou « de toute humidité. » — Et sans se déplacer, comme le fait l’eau, dont les molécules se séparent, tandis que celles du corps mou n’en restent pas moins continues, tout en cédant à la pression exercée sur elles. — Se rattache à la classe du liquide, même observation que plus haut, sur l’expression du texte. — De coagulé, c’est le terme même dont se sert l’original. Je l’ai laissé dans toute sa généralité.
  158. § 6. Sec et liquide, ou bien encore : « sec et humide. » J’ai préféré le mot Liquide, pour que l’opposition fût plus nette avec le Mouillé, dont il sera question un un peu plus bas. — Le sec et le coagulé, peut-être pourrait-on dire aussi : « le sec et le congelé. » — Toutes ces propriétés diverses, le texte n’est pas aussi précis. — Au sens primitif de ces mots, même observation. Voir plus haut, § 3. — L’imprégné, ou « le trempé. » — Tient du liquide, voir l’observation sur cette formule, au § précédent.
  159. § 7. Du liquide à la classe du liquide, il semble qu’il y a ici une véritable tautologie, une simple répétition de mots. J’ai dû suivre l’original. Philopon n’explique pas ce défaut, qu’il n’a peut-être pas remarqué.
  160. § 8. Toutes les autres différences, qu’on vient de citer, et d’expliquer après les quatre différences primaires et fondamentales. — Aux quatre premières, le froid et le chaud, le sec et l’humide. — A un moindre nombre, c’est-à-dire à deux, au lieu de quatre. — La même chose que l’humide, ou « le liquide. » — Principales, j’ai ajouté ce mot. Voir le IVe livre de la Météorologie, ch. 1.
  161. Ch. III, § 1. Comme il y a quatre éléments, c’est le mot même du texte ; mais le chaud et le froid, le sec et l’humide, sont plutôt des propriétés des éléments, que des éléments proprement dits. — Être accouplés entr’eux, parce qu’ils se détruisent l’un l’autre. — Il ne restera que quatre combinaisons, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — Humide, je prends le terme le plus habituellement employé ; mais le mot grec signifie Liquide, aussi bien qu’Humide.
  162. § 2. Qui paraissent simples, cette tournure d’expression n’implique pas le moindre doute, sur la simplicité absolue des éléments, d’après les théories d’Aristote. Paraissent simples, signifie seulement que la simplicité des éléments peut être constatée par l’observation. — L’eau est froide et liquide, j’ai dû prendre ici le mot de Liquide, au lieu de celui d’Humide, qui aurait moins convenu en parlant de l’eau.
  163. § 3. Les corps simples pour éléments, il semble résulter de ce passage qu’aucun philosophe n’a admis plus de quatre éléments ; cependant, Aristote lui-même, dans la Météorologie, semble en admettre un cinquième, l’éther ; voir la Météorologie, livre I, ch. 3, § 4, page 9 de ma traduction.
  164. § 4. De la condensation et de la raréfaction, voir la Physique, livre I, ch. 6, § 1, page 461 de ma traduction. — De cet élément, j’ai ajouté ces mots pour compléter la pensée. — Les agents formateurs, ou « fabricateurs. » — Est soumis à leur action, le texte n’est pas aussi formel. — En tant que matière, capable de recevoir successivement les contraires.
  165. § 5. Comme Parménide, dans la Physique, livre I, ch. 6, § 1, les deux principes prêtés à Parménide, sont le rare et le dense, ou le chaud et le froid ; ce ne sont pas le feu et la terre précisément, bien que le feu puisse être identifié avec le chaud, et la terre avec le froid. — Dans ses divisions, ceci semblerait indiquer le titre spécial d’un ouvrage de Platon ; mais Philopon, d’après des commentateurs antérieurs, affirme que l’ouvrage attribué à Platon, sous ce nom, était apocryphe. Alexandre d’Aphrodisée, pense qu’il s’agit ici de ces Opinions non-écrites, de Platon, qu’Aristote cite expressément dans la Physique, livre IV, ch. 4, § 4, page 150 de ma traduction. D’autres commentateurs ont cru qu’il s’agissait des Divisions indiquées dans le dialogue de Platon, intitulé le Sophiste. C’est encore la conjecture d’Alexandre qui parait la plus probable. — N’est qu’un mélange, comme pour Parménide. — Sont presque complètement d’accord, puisque de part et d’autre on reconnaît un mélange. — L’élément moyen en deux, ou peut trouver que ceci n’est pas tout à fait conforme à ce qui vient d’être dit un peu plus haut. Parménide semble reconnaître deux éléments moyens, et non un seul ; il ne peut pas confondre l’air et l’eau.
  166. § 6. Comme Empédocle, voir plus haut, ch. 1, § 2. — Tous les autres éléments réunis, le texte n’est pas aussi précis. — D’après Empédocle, j’ai ajouté ces mots, parce qu’il me semble que tout ce qui suit ne peut qu’être attribué à Empédocle. C’est aussi l’interprétation de saint Thomas et des Coïmbrois. Philopon semble croire que c’est la pensée propre d’Aristote. — Mais mélangé, de forme et de matière, dit Philopon. — Les corps simples, le texte dit d’une manière indéterminée : « les simples. » Il est possible qu’il s’agisse ici des quatre éléments spéciaux, le chaud et le froid, le sec et l’humide. Malgré mes efforts, ce passage reste embarrassé et obscur. — Le corps qui est pareil au feu, c’est la combinaison du chaud et du sec ; voir plus haut, § 2. — Mais pourtant le texte n’est pas aussi formel. — Le corps qui est pareil à l’air, c’est la combinaison du chaud et de l’humide ; voir plus haut, § 2. — La congélation et l’ébullition, il est curieux de voir ces deux phénomènes déjà opposés dans les théories de l’antiquité. Il a fallu bien des siècles pour que cette opposition portât ses conséquences pratiques, et qu’on en tirât le thermomètre, l’ingénieux instrument qui sert à déterminer la température des corps. — Voilà pourquoi rien ne peut naître, les idées ne paraissent pas très bien liées entr’elles ; et cette phrase pourrait bien n’être qu’une glose.
  167. § 7. Les corps simples, c’est l’expression même du texte. Il semble qu’ici Aristote reprend la parole pour son propre compte, et qu’il ne s’agit plus des opinions particulières d’Empédocle. — A chacun des deux lieux, le haut et le bas. — De l’espace, j’ai ajouté ces mots. — Du lieu qui est porté vers la limite extrême, les expressions du texte sont un peu indéterminées ; et tout en les précisant un peu davantage, je n’ai pas pu encore les rendre très nettes. — Qui est vers le centre, même remarque. — Les éléments extrêmes, c’est-à-dire ceux qui sont aux points les plus opposés de l’espace, au centre et à la circonférence extrême. — Les plus purs, ceci doit s’entendre du mouvement de ces éléments, bien plutôt que de leur composition. On pourrait dire : « les plus nets, » dans leur direction. — Les plus mélangés, c’est le terme même de l’original ; mais il faut entendre encore que ceci s’applique surtout au mouvement. — Est contraire à l’autre, dans l’autre série. — La terre, le contraire de l’air, l’opposition n’est pas aussi manifeste. — Des affections contraires, voir ce qui suit.
  168. § 8. Absolument parlant, j’ai ajouté ce dernier mot. — Qu’à une seule affection, l’expression du texte est tout é fait indéterminée. — Plutôt, ceci contredit un peu le terme d’Absolument, dont l’auteur vient de se servir. — Du froid que du liquide, il semble, au contraire, que l’eau est bien plutôt liquide que froide ; elle est liquide avant tout ; mais le système qui est développé ici, exige cette symétrie. La liquidité est laissée à l’air ; peut-être pourrait-on dire aussi la fluidité.
  169. Ch. IV, § 1. Après avoir montré plus haut, voir le Traité du ciel, livre III, ch. 7, § 1, page 265. Ιλ semble, d’après ce passage, que le Traité du Ciel était bien lié dans la pensée de l’auteur à celui-ci, comme le croient aussi les commentateurs en mettant ces deux traités à la suite l’un de l’autre. — L’observation sensible, le texte dit simplement : « la sensibilité. » — Car autrement il n’y aurait pas d’altération, l’argument n’est pas très évident, puisque l’altération est différente de la production, et qu’elle la suppose. Il faut que la chose existe avant d’être altérée ; mais parce que l’élément d’une chose existe, il ne s’ensuit pas qu’il vienne d’un autre élément. — Qu’on peut toucher, voir plus haut, ch. 2, § 1. — Le changement des éléments les uns dans les autres, outre le Traité du Ciel, on peut consulter aussi la Météorologie, livre 1, ch. 2 et 3 de ma traduction.
  170. § 2. C’est un fait évident, par le raisonnement, plutôt encore que par l’observation. — Va aux contraires, j’ai conservé l’expression très concise du texte, qui se comprend d’ailleurs aisément, après tous les détails qui précèdent. En se produisant, la chose va du non-être à l’être ; en se détruisant, au contraire, elle va de l’être au non-être ; elle part d’un contraire pour aller à l’autre contraire. — Ont une opposition, j’ai pris uν terme un peu plus général que celui du texte, qui dit précisément : « contrariété. » — Leurs différences sont contraires, voir plus haut, ch. 3, § 2. — Dont l’un est liquide, j’ai dû conserver le terme de Liquide, appliqué à l’air, comme il l’est aussi dans l’original.
  171. § 3. En observant, nouvelle recommandation de la méthode d’observation. — Ont des points de rapport, peut-être serait-il plus exact de dire : « de combinaison » possible. Le terme dont se sert le texte, a une nuance assez singulière, qu’il ne m’a pas été possible de rendre directement ; voir le § suivant. — Ils se métamorphosent, ou bien encore : « ils passent de l’un à l’autre. » — De l’une des deux qualités, le texte n’est pas aussi formel. — Était, j’ai conservé la tournure du texte ; et ceci se rapporte aux théories qui ont été exposées plus haut. — Sec et chaud… chaud et liquide, les deux qualités de Chaud s’accumulent, puisqu’elles sont identiques ; il ne reste à changer que le sec et le liquide. — Était liquide, même remarque qu’un peu plus haut.
  172. § 4. Un point de réunion et de raccord, j’ai traduit ici un peu plus expressément le sens du mot grec, qui est spécial aux choses dont on peut réunir les parties pour en reformer un tout, après les avoir séparées. — Qui est dominé, par l’autre qualité, qui est plus forte que celle-là. Le liquide dominé disparaît ; et il ne reste plus de part et d’autre que le froid, qualité caractéristique de la terre. — De la terre il se produira du feu, toutes ces théories peuvent nous sembler aujourd’hui bien extraordinaires ; mais il faut se reporter au temps d’Aristote ; et ces théories ont été acceptées sans contestation jusqu’au XVIe siècle. — Les éléments qui se suivent, le texte n’a qu’un terme tout à fait indéterminé. Les éléments consécutifs sont ceux qui présentent des qualités communes. — De réunion et de raccord, voir plus haut au début du §.
  173. § 5. L’eau peut bien aussi venir du feu, l’eau et le feu n’ont aucun point commun ; et pour que l’une se change dans l’autre, il faut des intermédiaires ; ici c’est l’air, qui a des points communs tout à la fois avec l’eau d’une part, et avec le feu d’autre part. — Cette transformation, l’expression du texte est beaucoup plus vague. — Le froid et le liquide, qui sont les deux qualités de l’eau. — Le froid et le sec, qualités spéciales de la terre. — Les deux qualités, le texte se sert d’un mot tout à fait indéterminé.
  174. § 6. La production, d’un élément nouveau sortant de la transformation des Autres. — Il ne se fait plus de l’un à l’autre, et alors il y a un troisième corps, formé des qualités restantes. Philopon conteste l’exactitude de cette théorie, qui, d’ailleurs et ainsi qu’il le rappelle, était acceptée par Alexandre d’Aphrodisée. — Mais du feu et de l’eau, les idées ne semblent pas se très bien suivre. — Il se forme de l’air, élément différent du feu et de l’air qui l’ont produit. — Il se forme de la terre, remarque analogue. — Le sec… et le froid, qui sont les deux qualités de la terre.
  175. § 7. Le liquide de l’un, le Liquide semble s’appliquer exclusivement à l’eau ; mais dans ces théories, il faut l’accepter aussi pour l’air, auquel le terme d’Humide paraîtrait pouvoir s’appliquer mieux dans certains cas. On pourrait employer aussi le mot de Fluide pour l’air ; mais ce dernier mot ne répondait plus assez à celui de l’original. — Qualités propres du feu, voir plus haut, ch. 3, § 2.
  176. § 8. Cette explication de la production du feu, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — S’accorde très bien avec les faits, il ne semble pas que cet accord soit aussi complet que le croit l’auteur ; mais la méthode qu’il recommande n’en est pas moins bonne ni moins vraie, bien qu’il l’applique mal. — La fumée se compose d’air et de terre, parce que, selon Aristote, la fumée est l’évaporation du bois ; voir la Météorologie, Livre IV, ch. 9, § 42, page 339 de ma traduction.
  177. § 9. Qui se suivent et se succèdent, c’est, par exemple, l’air après le feu ; l’eau après l’air ; la terre après l’eau, puisque les quatre éléments sont rangés dans cet ordre. — Passage et transmutation, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Les résidus qui subsistent dans les deux, le texte est moins formel. — De résultat possible, c’est-à-dire un troisième corps, différent des deux qui l’ont formé. — La chaleur est ce qui reste, et dans ce cas c’est tout simplement du feu. — Des contraires, qui s’excluent et ne peuvent cœxister, puisqu’ils se détruisent réciproquement. — Passant et changeant, il n’y a qu’un seul mot dans l’original. — D’un à un, l’expression n’est pu très claire ; je n’ai fait que la reproduire. — Une seule qualité, la qualité contraire. Le texte n’est pas pas aussi précis. — Que plusieurs qualités, le texte se sert d’un mot tout à fait vague.
  178. § 10. En résumé, le texte dit simplement : Donc.
  179. Ch. V, § 1. Les détails qui précèdent, le texte n’est pas aussi formel. — Sous un autre jour, le texte dit précisément : « ainsi » ; « c’est-à-dire, « de la manière suivante. » — Si la matière des corps naturels, il faut entendre ici par Corps Naturels d’abord quelques-uns des éléments, et ensuite tous les corps que les éléments primitifs forment par leurs combinaisons. — Comme le croient quelques philosophes, et spécialement ceux de l’École d’Ionie. — Un seul et unique élément, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Puisque le changement se fait dans les contraires, et que l’on admet la réalité du changement attesté par nos sens. — Dans tous les changements, j’ai ajouté ces mots pour éclaircir la pensée.
  180. § 2. Que l’eau, il y a des éditeurs qui donnent le Feu, au lieu de l’eau ; et je crois que c’est la véritable leçon, attendu qu’elle s’accorde exclusivement avec tout ce qui suit. Philopon aussi semble l’avoir eue. Je n’ai pu cependant osé changer le texte reçu, parce que ce changement ne s’appuirait sur aucun manuscrit. — Entre les qualités, j’ai ajouté ces mots qui complètent le sens. — Une des deux parties, c’est le mot mime du texte que j’ai cru devoir conserver, bien qu’il ne soit peut-être pas très bien choisi. — La chaleur, en supposant comme plus haut, § 3 et 2, que l’air est chaud et liquide. — Que les choses se passent ainsi, le texte n’est pas aussi formel. — Que l’air vient du feu, comme on a supposé tout à l’heure que c’était le feu qui venait de l’air, il faut que l’air puisse venir du feu aussi, attendu qu’on ne suppose qu’un seul et unique élément. — De la chaleur, qui est évidemment dans le feu. — En son contraire, qui est le froid. — Cette qualité contraire, le texte n’a qu’un pronom démonstratif neutre, tout à fait indéterminé. — Il y aura donc, c’est la théorie à laquelle s’arrêtera Aristote dans ce qui va suivre. — Et quelqu’autre matière commune aux deux, c’est la matière qui est en simple puissance et non en acte, et qui peut recevoir tour à tour la forure et l’espèce de chacun des contraires. Voir le Timée de Platon, traduction de M. V. Cousin, page 122.
  181. § 3. Pour tout autre élément que l’air, le texte est plus vague. — Qui serait la source unique, même observation. — Quelqu’autre intermédiaire, comme le pensait Anaximandre, selon, Philopon. — Est la privation, voir la Physique, liv. 1, ch. 8 § 10, page 480 de ma traduction. La privation est le second des contraires en ce sens que ce second contraire. n’existe qu’autant que l’autre a cessé lui-même d’exister. — Et du contenant, j’ai conservé l’expression du texte, toute vague qu’elle est. Voir sur l’infini la Physique liv. III, ch. 6, § 4, page 97 de ma traduction. Les philosophes qu’indique ici Aristote sont sans doute les Pythagoriciens, id. ibid., § 12, page 100. — Puisse être indifféremment cet intermédiaire, le texte n’est pas aussi précis ; mais c’est le sens qui ressort du commentaire de Philopon.
  182. § 4. De corps sensible, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Les éléments que nous connaissons, j’ai ajouté les trois derniers mots. — Tels qu’ils sont, même observation. — Platon dans le rimée, voir la traduction du Timée par M. V. Cousin, pages 166 et suivantes. — Plus haut voir plus haut, ch. 3 et 4. — C’est-à-dire une qualité commune, j’ai ajouté ceci en forme de glose. — Oppositions de contraires, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Aux deux contraires, j’ai ajouté ces mots pour compléter la pensée ; voir la Physique, liv. I, ch. 8, de ma traduction. — Davantage d’éléments, le texte n’est pas aussi formel. — Antérieurement, voir plus haut, ch. 3, § 1.
  183. § 5. Le principe de la transformation, le texte dit simplement : « un principe. » — Soient du feu.. de la terre, le feu et la terre étant les éléments extrêmes. — L’air se change en feu, l’air étant un élément intermédiaire. — L’eau se change en air, même remarque — Je le répète, j’ai ajouté ces mots. — Se changer les uns dans les autres, parce que les extrêmes sont des contraires qui se détruisent, mais ne se permutent pas réciproquement.
  184. § 6. Il faut trouver un point d’arrêt, ligne droite, c’est-à-dire sans revenir sur ses pas pour aller de nouveau du second extrême au premier, comme on est allé d’abord du premier au second. D’ailleurs, cette pensée n’est pas exprimée assez clairement. — Des oppositions et des contraires, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Représentés par T dans l’original les lettres sont, ainsi que Philopon le remarque, les initiales des mots qu’elles remplacent, comme dans ma traduction. D’ailleurs, cet exemple littéral n’apporte pas grand éclaircissement. — La blancheur et la noirceur, Saint Thomas remarque avec raison que ces exemples ne sont pas très bien choisis, et que ce ne sont pas là les qualités les plus ordinaires des éléments. — E et F ne sont pas identiques, ils sont même contraires d’après les idées communes, puisque ce sont l’eau et le feu. — De la liquidité, on pourrait traduire aussi « de l’humidité. » - C’est-à-dire le feu se changera également en eau, toutes ces transformations sont purement logiques, et elles ne répondent pas du tout à la réalité des faits. L’auteur n’est pas assez fidèle ici à la méthode d’observation qu’il a si souvent recommandée.
  185. § 7. Tous les éléments, il serait possible de limiter cette assertion un peu trop générale et de la restreindre aux deux éléments de la terre et du feu. — Les qualités restantes, c’est-à-dire, celles qui n’ont pas encore été combinées l’une avec l’autre. — Les deux points de réunion et de raccord, c’est-à-dire, les qualités communes aux deux éléments, et par lesquelles ils peuvent se réunir et se combiner, de manière à te changer l’un dans l’autre.
  186. § 8. Principe auquel nous nous sommes référé, voir plus haut, § 6. — La démonstration qui précède, le texte n’est pas aussi formel. — Et ne revient pas en arrière, c’est-à-dire, si le changement se poursuit en ligne droite, et si le feu ne se change pas successivement en air, eau et terre, pour qu’ensuite la terre se change en eau, air et feu. — De celles qu’on a dites, voir plus haut, ch. 5 et 6. — Ne peut être identique, c’est-à-dire que R serait supposé un cinquième élément, en dehors du feu, de l’air, de l’eau et de la terre. — La qualité C, le texte dit simplement C. — C alors sera à tous les éléments, puisqu’il est à F par R, et par F au reste des autres. — Du terme ajouté, comme on a ajouté R aux quatre autres éléments. — Si ces termes sont en nombre infini, par ces termes il faut entendre les éléments nouveaux qu’on supposerait à la suite du cinquième, comme on a supposé le cinquième à la suite des quatre premiers. — Pour un seul et unique élément, puisque tous les éléments peuvent se changer les uns dans les autres successivement. — De quelqu’élément que ce toit, le texte a une expression tout à fait indéterminée. — Qu’on vient de dire, le texte n’est pas aussi formel.—Et même davantage, ceci ne se comprend pas bien, puisqu’on a supposé que le nombre des intermédiaires est infini. — Quelques-uns des éléments, l’expression de l’original est indéterminée ; il m’a semblé que ceci se rapporte nécessairement aux éléments. — Si les intermédiaires sont en nombre infini, comme on l’a supposé plus haut. L’air et le feu sont cependant des éléments voisins l’un de l’autre, et s’ils ne peuvent se changer l’un dans l’autre réciproquement, à plus forte raison des éléments éloignés, comme le feu et la terre.
  187. § 9. Enfin, j’ai ajouté ce mot pour montrer que c’est ici le complément de tout ce qui précède. On ne voit pas bien d’ailleurs la force de cet argument, fondé sur l’hypothèse d’un cinquième élément et d’une série définie d’éléments. En supposant même qu’il n’y ait que quatre éléments, du moment qu’ils peuvent se changer les uns dans les autres, comme Aristote le soutient, il semble aussi qu’ils peuvent aussi se réduire tous à un seul. Je ne suis pas sûr d’ailleurs qu’il s’agisse ici des éléments, puisque l’expression du texte est indéterminée comme dans d’autres passages, et il est possible que ce soient tous les intermédiaires qui se réduisent à un seul. — Que tous se réduisent à un seul, j’ai conservé l’indétermination de l’original. Tout ce passage reste obscur malgré les longues explications de Philopon, qui s’appuie cependant sur Alexandre d’Aphrodisée. Ce dernier semble avoir déjà eu le texte d’Aristote, tel qu’il nous est parvenu, et il n’y a pas lieu probablement à supposer ici aucune interpolation. La pensée générale de cette argumentation est d’ailleurs assez claire, bien que les détails ne le soient pas toujours. Selon Aristote, les quatre éléments peuvent se changer les uns dans les autres ; mais ce changement ne saurait être infini ; et il faut s’en tenir aux quatre éléments que nos sens nous attestent, et aux quatre qualités qui les caractérisent et les distinguent. Saint-Thomas a commenté ce passage avec une brièveté qui ne lui est pas ordinaire, et cette concision ne contribue pas à la clarté.
  188. Ch. VI, § 1. Quand on voit, le texte n’est pas aussi formel. — En même temps, j’ai ajouté ces mots pour que l’opposition des idées fût plus manifeste. — Ainsi que le fait Empédocle, voir plus haut, ch. 3, § 6. — Sont comparables, l’expression est bien vague, et je n’ai pas dû la préciser davantage. Les exemples cités plus bas l’éclairciront en partie. — Étaient égaux, ici encore, j’ai rendu l’expression de l’original dans toute son indétermination. — Si c’est en quantité, matérielle, sous-entendu, pour l’opposer à la quantité de force dont il sera parlé plus bas. — On peut faire dix cotyles d’air, ou bien : « si un cotyle d’eau répond à dix cotyles d’air. » Ceci n’est qu’une simple hypothèse, et ne veut pas dire qu’Aristote croie en réalité que ce soit là le rapport de l’eau à l’air.
  189. § 2. Si les objets, ou si l’on veut aussi : « les éléments. » — Correspondant à, ou « venant de » — De l’effet qu’ils peuvent produire, le texte n’est pas aussi explicite. — Peut produire autant de froid, ceci aurait demandé quelques développements. — Matérielle, j’ai ajouté ce mot. — Exercer une certaine action, le texte dit précisément, « En tant qu’ils peuvent quelque chose. »
  190. § 3. Les puissances ou les forces, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Directe, j’ai ajouté ce mot, qui éclaircit la pensée. — Proportionnellement et par analogie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Le mot Comme, le texte n’est pas aussi précis. — Mais il semble absurde, l’opinion que critique ici Aristote doit être attribuée aussi à Empédocle, bien que cette indication ne soit pas formellement donnée dans le texte. — Ne soient pas comparables entre eux, il n’est pas dit dans ce qui précède que cette opinion soit celle d’Empédocle. — De l’analogie, ou « de la proportion. »--Par exemple, j’ai ajouté ces mots. Telle quantité d’air plus considérable, dans le rapport même de la chaleur de l’air à la chaleur du feu. Le principe d’ailleurs est vrai ; et deux corps doués d’une même qualité peuvent être mis en équilibre par l’accroissement du plus faible des deux.
  191. § 4. J’ajoute… il suppose, le texte n’est pas aussi explicite. — Quand il dit, j’ai ajouté ces mots. — Accroît la terre, le texte dit précisément : « Accroît sa propre espèce. » Aristote a expliqué plus haut que l’accroissement des choses ne pouvait se faire par simple addition, livre 1, ch. 5, § 8. — Il ne paraît pas, id. ibid.
  192. § 5. Pour Empédocle, j’ai ajouté ces mots, qui sont contenus implicitement dans toute la tournure de la pensée. — Dans la nature, indépendamment de ceux que peut former l’art de l’homme.— D’une cause fortuite et du hasard, cette réfutation de la théorie du hasard est tout à fait conforme, et quelquefois même jusque dans les termes, à celle qui se trouve dans la Physique, livre II, ch. 4, § 6 et 8, pages 31 et 32 de ma traduction, et aussi dans tout le chapitre 5 et dans les suivants. — Les os ne se forment pas aussi, on ne voit pas trop bien pourquoi l’exemple des os est amené ici ; Empédocle, il est vrai, s’en sert lui-même assez souvent. — Comme le dit Empédocle, voir la Physique, livre II, ch. 8, § 3, page 54 et suivantes de ma traduction. — Une certaine raison, ou « une certaine intelligence. »
  193. § 6. Ce n’est certes pas la terre ni le feu, il y a quelque ironie dans la tournure de cette phrase. — L’Amour et la Discorde, les deux grands principes d’Empédocle ; voir la Physique, livre VII, ch. 1, § 4, page 455 de ma traduction. — C’est l’essence de chaque chose, c’est-à-dire sa for-me substantielle. Mais Aristote aurait pu remonter encore plus haut, et se demander à qui devait être rapportée l’essence de chaque chose. — Ce n’est plus là de la raison, ou de la proportion et de l’ordre. Le terme dont se sert l’original est d’une signification très large. — Car il est bien possible, Philopon ne semble pas avoir connu cette petite phrase, qu’il ne commente pas. — Fortuit et confus, il n’y a qu’un seul mot dans le texte.
  194. § 7. C’est leur organisation, mot à mot : « c’est d’être, ainsi » qu’ils sont. Ceci, d’ailleurs, n’est pas très exact ; et l’un ne peut pas dire que l’organisation des êtres soit leur cause véritable. — L’ordre est le bien pour toutes choses, et en ce sens ou peut dire que c’est là leur cause finale. — Le mélange et la confusion, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — L’amour qui sépare, il ne paraît pas que ceci soit tout à fait conforme aux opinions d’Empédocle ; il est vrai que, pour réunir, il faut d’abord séparer ; mais c’est à la Discorde qu’Empédocle prête ce second rôle. — Selon lui, j’ai ajouté ces mots, pour éclaircir la pensée. — Dieu lui même, le Dieu d’Empédocle est le Sphaerus, qui renferme toutes choses, et tantôt se développe par la Discorde, et tantôt rentre en lui-même par l’Amour ; voir la Physique, livre I, ch. 5, § 4 en note, page 455 de ma traduction.
  195. § 8. Que d’une manière toute générale, et peut-être aussi, « un peu trop simple. » Le mot du texte peut avoir les deux sens. — Si l’on ne précise pas, le texte n’est pas aussi formel. — Exactement, j’ai ajouté ce mot, qui me semble compléter la pensée. — Ou s’en tirer de quelque autre manière, la tournure dont se sert l’original a quelque chose de la familiarité de celle que j’ai cru pouvoir adopter dans la traduction.
  196. § 9. Autre objection, le texte n’est pas aussi précis. — Par force et contre nature, voir la Physique, livre VIII, ch. 4, § 2, page 481 de ma traduction, et passim. — Comme il y a un mouvement forcé, sous-entendu sans doute : « d’après les théories mêmes d’Empédocle. » — Ce dernier mouvement, j’ai ajouté le mot de Dernier pour que le sens fût plus précis. — Qui la porte en bas, il y a des manuscrits, et ce sont peut-être les plus nombreux, qui ont « en haut » au lieu de « en bas. » Cette dernière leçon ne paraît plus d’accord avec le contexte. Aristote objecte que, même quand la terre est portée en bas par son mouvement naturel, ce mouvement ressemble à une séparation plutôt qu’à une réunion, puisque la terre, ou du moins une de ses parties, se porte alors au centre, où le feu doit la rejoindre par un mouvement forcé pour se réunir à elle. — C’est un mouvement contraire, le texte n’est pas aussi précis que l’est ma traduction, et tout ce passage présente quelque obscurité. — A la Concorde, j’ai ajouté ces mots. — Du mouvement naturel, qui sépare les choses au lieu de les réunir, et qui dirige le feu en haut, tandis qu’il dirige la terre en bas. — Ni la Discorde, ni l’Amour, dans le système d’Empédocle. — Une conséquence qui est absurde, Aristote admet comme un axiome indiscutable que le mouvement existe ; voir la Physique, liv. I, ch. 2, § 6, p. 436 de ma traduction.
  197. § 10. Empédocle reconnaît bien, le texte ne nomme pas ici Empédocle, et dit simplement : « Les corps paraissent en mouvement ; » mais évidemment, ceci se rapporte à Empédocle, comme le prouve tout le contexte. — L’air alors vole ainsi, le même vers est cité dans la Physique, livre II, ch. 4, § 6, p. 32 de ma traduction. — Enfin, Empédocle nous apprend, cette nuance d’ironie est aussi dans le texte.
  198. § 11. Selon lui, j’ai ajouté ces mots, parce qu’il me semble que c’est la suite de la réfutation du système d’Empédocle. — Une certaine espèce de mouvement, l’Amour réunit les éléments et la Discorde les sépare ; il y a donc là une double espèce de mouvement. — Et s’ils sont le premier moteur, le texte est équivoque et peut être compris en plusieurs sens. Philopon ne l’a pas éclairci ; saint Thomas donne à peu près le sens que j’ai adopté.
  199. § 12. Enfin, j’ai ajouté ce mot, à la fois pour montrer que c’est ici la fin des critiques adressées à la théorie d’Empédocle, et pour indiquer que ce dernier argument est d’un tout autre ordre que ceux qui précèdent. — Les altérations, ou « les affections » ; mais j’ai conservé le mot de l’original. — Propres de l’âme, c’est-à-dire toutes les Modifications morales ou intellectuelles. — Du feu…. que feu…. au feu…. Ces répétitions sont dans le texte. La première hypothèse, c’est que l’âme est un élément, le feu par exemple. La seconde hypothèse, c’est qu’elle est mélange des éléments. — A une toute autre étude, en effet cette discussion se retrouve dans le Traité de l’Âme, liv. I, ch. 2, § 6, page 112 de ma traduction. Aristote y blâme comme ici la théorie d’Empédocle, dont il cite plusieurs vers qui la contiennent.
  200. Ch. VII, § 1. Dont les corps sont composés, il s’agit donc ici non plus de la production des éléments les uns par les autres, mais de leur combinaison pour former tous les corps de la nature. — Un élément commun, c’est-à-dire la matière qui est en puissance, l’élément commun de tous les corps. — L’une de ces suppositions, c’est-à-dire que les éléments ont une matière commune, s’ils se changent les uns dans les autres ; et que s’ils changent ainsi, ils ont une matière commune. — Comme les moellons viennent d’un mur, les moellons composent le mur parce qu’ils sont juxtaposés ; ils ne sont pas combinés et fondus ensemble. De même les éléments seraient juxtaposés et ne se confondraient pas pour former les corps dans la composition desquels ils entrent. La comparaison est assez juste ; mais l’expression n’est pas assez développée ; et cet exemple, amené un peu trop brusquement a quelque chose de bizarre. — Ou telle autre substance analogue, c’est-à-dire tout à fait homogène. Dans le système qu’Aristote critique, les éléments ne peuvent être que réunis les uns aux autres ; ils ne sont pas réellement combinés.
  201. § 2. Que les éléments s’engendrent mutuellement, c’est la théorie contraire à celle d’Empédocle, qui croyait les éléments immuables. — Quelque chose de différent d’eux-mêmes, en supposant que les quatre éléments soient l’origine de tous les corps que nous observons, les corps sont fort distincts des éléments qui les forment, et c’est un problème de savoir comment ils peuvent en venir. — Si du feu vient l’eau, voir plus haut, ch. 5, § 6. — Des éléments, le texte n’a qu’une expression indéterminée.
  202. § 3. Qui suivent les doctrines d’Empédocle, et qui croient que les éléments sont immuables, sans pouvoir se changer les uns dans les autres. — Comme celle des matériaux des matériaux d’un mur, le texte est moins formel. — De briques et de pierres, les matériaux sont juxtaposés simplement et non confondus ensemble. — D’après ces théories, j’ai ajouté ces mots, pour compléter la pensée. — Toutes les autres choses analogues, c’est-à-dire toutes celles où, à cause de leur homogénéité absolue, on ne peut plus distinguer les éléments qui ont contribué à les former. On pourrait d’ailleurs donner aussi à cette phrase une tournure interrogative.
  203. § 4. Mais il en résulte, j’ai conservé l’indécision du texte. — Ne ressortent jamais, sous entendu « ensemble », c’est-à-dire que le feu et l’eau juxtaposés simplement ne sont jamais absolument confondus dans les composés qu’ils forment. — D’une des parties quelconques de la chair, où ils seraient complètement identifiés. — Dans les transformations de la cire, le texte n’est pas aussi formel. — De chacune des deux parties de la cire, même observation. — D’Empédocle, j’ai ajouté ces mots, qui me paraissent ressortir du contexte. — L’explication n’est plus possible, le texte n’est pas aussi précis. — D’un autre lieu, l’expression de Lieu revient ici à celle de Partie : et l’exemple qui suit fait bien comprendre le sens. La brique est placée à côté de la pierre ; et c’est dans un autre endroit, dans une autre place du mur.
  204. § 5. Qui n’admettent qu’une matière unique, il semble que c’est bien là la théorie particulière d’Aristote, puisqu’il admet que tous les éléments peuvent se changer les uns dans les autres ; mais il ne croit pas cette théorie même à l’abri de toute critique. — Une substance, le texte dit simplement : « quelque chose. » — Est la pure matière, j’ai ajouté le mot Pure, qui n’est pas dans l’original, mais qui me paraît ressortir de tout le contexte. La pure matière est ici la matière abstraite, la matière eu puissance. — De l’un des éléments, le texte est moins formel. — Ou la matière, sous-entendu : « en simple puissance. » Les deux éléments s’annulent dans le composé qu’ils forment, et il ne reste que la matière des deux à l’état de non-être.
  205. § 6. On doit dire, la phrase pourrait être interrogative aussi bien qu’affirmative. — Absolument réel, en entéléchie, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Par exemple, j’ai ajouté ces mots. — Dans un sens ou ou dans l’autre, le texte n’est pas aussi formel. — De pure matière, même remarque qu’au § précédent. — Qu’un intermédiaire, d’ailleurs très difficile à fixer, puisqu’il dépendrait de la sensibilité de chacun des observateurs. — L’un des deux, le texte n’est pas plus précis.
  206. § 7. Toutes les autres choses, c’est-à-dire tous les corps composés, les mixtes, tels que nous les observons dans la nature entière. — En quelque sorte les éléments, j’ai ajouté ces deux derniers mots, d’après le sens donné par le commentaire de Philopon. — Comme l’est la matière, qui n’est rien qu’en puissance et qui n’a pas de réalité, tandis que les contraires en ont une. — Qu’on vient de dire, dans le § précédent. — Est bien un mélange, de deux substances réelles qui en forment une nouvelle en se mélangeant. — De la matière pure, j’ai ajouté ce dernier mot.
  207. § 8. Dans nos premières recherches, voir plus haut, § 6. Philopon croit qu’il s’agit de la théorie de l’action et de la passion développée dans le premier livre ; voir plus haut, livre 1, ch. 7, § 5. — Le chaud réel, on pourrait encore traduire : « Le corps qui est chaud en réalité, etc. » — Le froid en réalité, ou bien « Le corps qui en réalité et actuellement est froid. » - A moins d’un équilibre complet, le texte dit simplement : « S’ils ne sont pas égaux. » — Ils changent l’un dans l’autre, c’est-à-dire que l’un peut remplacer l’autre successivement, l’un des contraires devenant actuel et réduisant l’autre à n’être qu’en puissance. — Qu’on voudrait citer, j’ai ajouté ces mots. — Changent, les uns dans les autres. — Viennent les chairs, les os, aujourd’hui, la chimie organique reconnaît également que les composés viennent de la combinaison des corps simples ; seulement les corps simples ne sont plus ceux qu’admettait l’antiquité ; et la science peut dé-montrer par des analyses exactes comment les combinaisons se for-ment. — A mesure, le texte dit simplement : u quand » etc. -- Des contraires, j’ai ajouté ces mots. — Ce milieu est multiple, voir sur cette théorie la Physique, livre VIII, ch. 12 § 9, page 532 de ma traduction, et aussi livre V, ch. 1, § 12, page 280. — Et il n’est pas indivisible, ce qui ne lui permettrait pas d’avoir successivement les qualités contraires. — De même aussi le liquide et le sec, ceci semble une répétition de ce qui vient d’être dit un peu plus haut sur tous les autres contraires.
  208. Ch. VIII, § 1. Autour du lieu central, c’est-à-dire autour de la terre, qui, dans les théories d’Aristote, est le centre du monde, vers lequel se dirigent tous les corps graves. — Il y a de la terre dans tous, parce que tous les mixtes dont il est parlé ici, ont de la pesanteur. — Est le mieux et le plus souvent, j’ai conservé l’indécision du texte. Cela revient à dire que les graves se dirigent vers la terre, et s’y arrêtent dans leur chute. — Qui lui est propre, ceci peut s’entendre à la fois de la terre et de chacun des mixtes. Saint Thomas et les Coïmbrois comprennent qu’il s’agit de la terre ; Philopon comprend au contraire qu’il s’agit des mixtes, dont le lieu propre se confond avec celui de la terre, qui est également le centre. — Soient déterminés, ou « aient une figure bien définie. » — L’humide qui la tient réunie, c’est ce que la science appelle aujourd’hui la force de cohésion. — Elle tomberait en poussière, j’ai ajouté ces deux derniers mots, pour compléter la pensée.
  209. § 2. De l’eau et de la terre dans tous les corps mixtes, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — La terre est contraire à l’air, à la fois par son poids et par ses qualités spéciales. — Autant qu’une substance, voir les Catégories, ch. 5, § 18, page 68 de ma traduction.
  210. § 3. Les productions des choses viennent des contraires, voir plus haut livre I, chapitres 3 et suivants. — Les deux extrêmes des contraires, ou plus nettement : « les deux contraires extrêmes, » c’est-à-dire la terre et l’eau. — L’autre aussi des deux contraires, l’air étant le contraire de la terre, et le feu étant le contraire de l’eau. Ce sont d’ailleurs des hypothèses purement logiques ; mais dans le § suivant, Aristote fait appel au témoignage des faits. — Par conséquent, la conclusion ne paraît pas très rigoureuse. — Tous les corps simples, c’est-à-dire les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air, et le feu, avec les quatre qualités du froid, de l’humide, du sec et du chaud.
  211. § 4. Le phénomène de la nutrition, le texte dit simplement : « la nutrition. » — Témoigner en faveur de celte théorie, le texte est un peu moins développé. — Se nourrissent d’éléments identiques, l’assertion est bien générale, sans d’ailleurs être fausse. — Se nourrissent… ne se nourrir,…. Se nourrissent d’eau ne s’en nourrissent par moins, toutes ces répétitions sont dans le texte. — Dans leurs irrigations laborieuses, j’ai ajouté ce dernier mot, qui ressort du contexte. — Qu’un mélange d’eau et de terre, le texte n’est pas aussi formel.
  212. § 5. Appartient à la matière, j’ai conservé la tournure du texte ; mais il serait plus clair de dire que la nutrition est la matière de l’être qui est nourri. — L’être nourri…. est la forme et l’espèce, en d’autres termes : « l’essence, » tandis que la nourriture qui l’entretient« n’est que la matière. » — Compris et enveloppé, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Il est tout naturel, ou « conforme à la raison. » — Parmi les corps simples, c’est-à-dire, les quatre éléments. — Le seul qui se nourrisse. Philopon rappelle que c’est là surtout une expression poétique. — Ne faisant que, le texte n’est pas aussi formel. — Les anciens, c’est aussi l’opinion d’Aristote. — Qui représente la forme, ou bien : « qui appartient à la forme. » — Vers la limite, c’est-à-dire, vers l’extrémité de la région supérieure ; et comme la limite détermine la forme et l’espèce des choses, le feu paraît ainsi se rapporter davantage à la forme. D’ailleurs, on peut trouver que toutes ces théories sont bien subtiles. — Qui les déterminent, j’ai ajouté ces mots.
  213. § 6. On voit donc, résumé du chapitre. — Par ce qui précède, j’ai ajouté ces mots. — Tous les corps, sous-entendu : « mixtes. » — De tous les éléments simples, c’est-à-dire, la terre, l’eau, l’air et le feu. Il n’est pas besoin d’insister pour montrer toute la différence de ces théories avec les théories actuellement reçues et acquises dans la science.
  214. Ch. IX, § 1. Tout ce qui naît et se produit, le texte dit d’une manière plus générale encore : « la génération. » — Se trouve dans le lieu qui environne le centre, cette expression est assez singulière ; elle signifie seulement que les corps mixtes que nous pouvons observer se trouvent à la surface de la terre, considérée comme le centre du du monde. Cette expression, d’ailleurs, ne semble offrir aucune difficulté à Philopon, qui ne croit pas devoir la commenter. — De la production des choses, même observations qu’un peu plus haut. — Les faits particuliers…. des faits généraux, ce n’est pas là d’ordinaire la méthode d’Aristote, et il va plus volontiers des faits particuliers aux faits généraux que de ces derniers aux autres. Le texte n’est pas aussi précis que ma traduction.
  215. § 2. Dans les êtres éternels et primitifs, ce sont les corps célestes regardés comme éternels et immuables, et comme les premiers de tous les corps. — Est comme matière, j’ai conservé la tournure de l’original ; mais on pourrait traduire aussi : « joue le rôle de matière…. le rôle de forme. » — Qui se joigne à ces deux autres, j’ai ajouté ces mots, pour rendre toute la force de l’expression grecque. Ce troisième principe, c’est la cause motrice, ou plutôt la cause efficiente. Il faut comparer avec ces théories celles du premier livre de la Physique, chapitre 8, page 473 de ma traduction. — Ne sont pas plus capables, la matière et la forme sont l’une et l’autre stériles sans le troisième principe, qui vient leur donner la réalité en les unissant.
  216. § 3. Est cause qu’ils peuvent être et ne pas être, on pourrait également bien renverser la phrase et dire : « La faculté d’être et de ne pas être est, comme matière, la cause des êtres produits. » — Parmi les choses, ou « parmi les substances », ou encore : « parmi les êtres. » — Les substances éternelles, c’est-à-dire, «  les corps célestes. » — Également être et ne pas être, en d’autres termes, tous les êtres contingents. — Tout ce qui est produit, ou « est créé. » — Et est périssable, comme le sont la plupart des êtres qui sont soumis à notre observation.
  217. § 4. Des choses produites, et périssables. — En tant que but final, le texte dit précisément : « en tant que pourquoi. » — C’est la forme et l’espèce, l’espèce se confond avec l’Idée, comme on le verra un peu plus bas. — La définition de l’essence, ou bien : « la raison de l’essence. »
  218. § 5. Ajouter un troisième, la cause efficiente. — Que comme en rêve, la critique est assez sévère, et dédaigneuse ; voir le premier livre de la Métaphysique, traduction de M. Cousin, chapitres 4 et 5. — Dans le Phédon, voir le Phédon de Platon, traduction de M. Cousin, page 283. — La nature des Idées, ou « des espèces » ; car le mot est le même. — De n’avoir rien dit, cette expression peut signifier également, ou que les philosophes attaqués par Socrate ont gardé le silence ; ou qu’ils n’ont rien dit de considérable. — Les unes sont des Idées…. etc., ce résumé du Phédon est assez exact. — L’être de chaque chose, c’est la tournure même du texte. — Si tout ceci est vrai, il y a dans cette restriction une sorte de négation et de critique. — D’autres, Philopon ne dit pas quels sont ces autres philosophes ; mais il est probable qu’il s’agit de Démocrite et de son école. — Selon eux, j’ai ajouté ces mots.
  219. § 6. Ni les uns ni les autres, ni Platon ni les matérialistes. — Sont causes, le texte est aussi vague. — Que l’Idée, j’ai ajouté ces mots. — Qui fait la santé, il faudrait peut-être ajouter : « dans le corps », pour rendre toute la force de l’expression grecque. — La santé même, c’est-à-dire l’idée de la santé. — La science même, observation pareille. — Ainsi que les êtres qui peuvent y participer, ainsi, outre l’idée de la santé et du malade, il faut le médecin ; outre l’idée de la science et l’élève, il faut le maître capable de transmettre ce qu’il sait. — Selon l’art qui peut les accomplir, le texte n’est pas aussi formel.
  220. § 7. D’autre part, c’est aux partisans de la matière qu’Aristote répond ici, après avoir répondu à Platon. — Que la théorie des Idées, le texte n’est pas aussi précis. — Ce qui altère les choses, peut-être faut-il prendre ici cette expression dans un sens un peu plus large que ne le fait habituellement Aristote.
  221. § 8. Être passif, ou « souffrira. » — A une tout autre puissance, c’est le terme même de l’original ; on pourrait traduire aussi : « à une tout autre force ». — Sorti de son sein, le texte n’est pas aussi précis. — (C’est la nature), j’ai mis ces mots entre parenthèses, parce qu’ils ne se trouvent que dans quelques manuscrits ; ils ne sont pas indispensables. Le commentaire de Philopon les peut faire supposer. — L’essence et la forme, peut-être faudrait-il ajouter : « l’essence permanente ».
  222. § 9. Un peu trop mécaniquement, c’est l’expression même du texte, qui n’est pas très claire ; voir le paragraphe suivant. Il semble que cette objection rentre presque tout à fait dans la précédente, ainsi que le remarquent les Coïmbrois. Philopon, d’après Alexandre d’Aphrodisée, croit que cette critique s’adresse plus spécialement à Parménide. — Le chaud désagrège, quand il fait fondre, par exemple, certaines substances. — Le froid coagule, c’est vrai dans certains cas ; mais ce ne l’est pas dans tous. — Des autres éléments, le texte n’est pas aussi précis. — Le feu lui-même, qui passe pour le plus actif des éléments, devient passif dans ce système. — Subir le mouvement, ou « être mu. »
  223. § 10. On allait prendre la scie, voir plus haut le début du § 9. Voilà les principes mécaniques auxquels les philosophes rapportaient la production des choses. — Et le leur rapporter, le texte n’est pas aussi formel. — Il y a nécessité égale, même observation. — Qu’il agit plus mal, c’est-à-dire, avec moins d’ordre. — Ordinaires, j’ai ajouté ce mot.
  224. § 11. Antérieurement, Philopon pense qu’il s’agit ici de la Physique ; mais c’est plutôt dans le premier livre de la Métaphysique qu’Aristote a traité des causes. — Nous n’avons fait ici que traiter, le texte n’est pas aussi formel.
  225. Ch. X, § 1. Il faut ajouter une autre considération, j’ai dû développer un peu le texte, afin de commencer plus convenablement ce chapitre. — Ainsi qu’on l’a démontré, dans le VIIIe livre de la Physique, ch. 10, pages 518 et suivantes de ma traduction. — La production des choses, le texte dit simplement : « la génération ». — Ce mouvement causera indéfiniment, c’est une grande idée de rattacher ainsi la production et la destruction des êtres à la cause générale qui met l’univers en mouvement. — En amenant et en ramenant, cette opposition est dans l’original. — Antérieurement, voir la Physique, liv. VIlI, ch. 10, pages 518 et suivantes. Aristote en effet a consacré de longs développements à prouver que le mouvement circulaire est le premier et le principal de tous les mouvements. — Ce qui est…. ce qui n’est pas, le texte dit : « l’être… et le non-être. » — Se produit et devient, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Est antérieure, ou supérieure.
  226. § 2. Supposé et démontré, le fait de la production et de la destruction continuelles des choses nous est attesté par les sens ; et il n’y a ni à le supposer ni à le démontrer. Mais il y avait des philosophes du temps d’Aristote qui allaient jusqu’à nier le mouvement ; voir le Ie 1er livre de la Physique, ch. 2 et suivants. — Simultanément, j’ai ajouté ce mot, pour rendre toute la force de celui dont se sert l’original. — Ou ce sera la production, ou ce sera la destruction, en d’autres termes, une des deux, mais non toutes les deux.
  227. § 3. Des mouvements contraires, voir la définition du mouvement contraire, Physique, liv. V, ch. 7, pages 320 et suivantes de ma traduction. — Suivant le cercle oblique, d’après ce qui suit et d’après le commentaire même de Philopon, il faut entendre parle cercle oblique le cercle du Zodiaque, ou de l’Écliptique. Selon que le soleil est plus ou moins près de nous, il y a production ou destruction des choses. La théorie d’Aristote peut n’être pas exacte ; mais elle est certainement ingénieuse. Le mouvement uniforme et éternellement identique reste appliqué au ciel ; mais le mouvement inégal auquel le monde terrestre est soumis, est dans le soleil et dans les planètes qu’il dirige. — La continuité d’un seul mouvement, et la possibilité de deux mouvements, et de là, les deux causes de la production et de la destruction successives et perpétuelles des choses. — Un de ces phénomènes, le texte n’est pas aussi formel.
  228. § 4. La translation de l’univers, c’est-à-dire, le mouvement de translation éternelle, qui emporte le ciel et les étoiles fixes, selon le système d’Aristote. — L’inclinaison du cercle, j’ai ajouté ces deux derniers mots. — Que la cause, l’expression du texte est tout à fait indéterminée ; j’ai dû la préciser dans ma traduction. — En étant présent et en s’approchant, ceci peut s’appliquer au soleil, qui non seulement est plus ou moins loin de la terre, selon les saisons, mais dont la lumière tantôt est présente, et tantôt disparaît avec le jour et la nuit. — En s’approchant plusieurs fois, j’ai conservé l’indécision du texte. Ceci veut dire qu’il faut que le soleil s’approche ou s’éloigne plusieurs fois de suite pour produire certains effets. — Les causes des contraires ou bien : « Les contraires sont causes des contraires. »
  229. § 5. S’accomplissent en un temps égal, il ne faut pas entendre ceci d’une façon trop stricte. Aristote veut dire que le temps durant lequel le soleil peut détruire, est égal au temps durant lequel il peut produire, la périodicité des saisons étant toujours égale. — De la vie de chaque être, la durée de la vie variant d’ailleurs pour chaque être, selon les conditions que la nature lui a a faites, comme il est dit un peu plus bas. — Un ordre régulier pour tous les êtres, on sait qu’Aristote a toujours combattu le système du hasard ; voir plus haut, ch. 6, § 5, et Physique, livre Il, chapitres 4 et suivants.
  230. § 6. Les phénomènes sensibles, ainsi Aristote recommande ici, comme partout, la méthode d’observation. — Quand le soleil se montre, ceci n’est vrai que dans une certaine mesure ; et c’est trop attribuer à l’action du soleil que de lui attribuer la production de toutes choses. — En des temps égaux, c’est-à-dire qu’au bout de l’année, le temps où le soleil x disparu est égal au temps durant le quel il a paru. — De la destruction naturelle, rapportée à la présence ou à l’absence du soleil. — La destruction est plus rapide, la même calme pourrait agir aussi sur la production. — Des éléments, le texte est moins formel, et j’ai dû rendre ma traduction plus précise.
  231. § 7. Ainsi que nous l’avons dit, soit dans ce chapitre, un peu plus haut, § 3, soit dans la Physique, livre III, ch. 5, § 4, page 94 de ma traduction. — Nous le soutenons, c’est un des principes dont Aristote a fait le plus fréquent et le plus heureux usage ; voir la Physique, livre VIII, ch. 7, § 6, page 510 de ma traduction. — Ailleurs, notamment dans les Catégories, ch. 2, § 2, page 54 de ma traduction ; dans la Physique, livre I, ch. 3, § 1, page 438 de ma traduction ; et dans la Métaphysique, livre IV, ch. 7, page 1017 a, 7, édition de Berlin. — L’être subsiste dans toutes les choses, sous-entendu l’être « éternel ; » mais j’ai dû conserver l’indécision de l’original. — Du principe, qui les a produites et qui les maintient. — En prenant la seule voie qui restât, c’est peut-être un peu trop restreindre la toute-puissance de Dieu. — Dieu a complété le tout, ce passage rappelle un peu les théories du Timée, qui l’ont peut-être inspiré. — Continuelle et perpétuelle, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Compact et continu Une production perpétuelle et un devenir constant, même remarque. — De l’existence même, sous-entendu, « éternelle. » - Comme on l’a déjà dit bien souvent, dans ce chapitre même, et aussi dans la Physique, livre Vlll, ch. 12, § 46, et ch. 13, § 5, pages 550 et 552 de ma traduction.
  232. § 8. Comme les corps simples, c’est-à-dire les éléments ordinaires, la terre, l’eau, l’air et le feu. — Ne font aussi qu’imiter, le texte n’est pas aussi formel. — Qu’elles reproduisent, j’ai ajouté ces mots. On peut trouver d’ailleurs que cette comparaison est un peu forcée, entre le changement réciproque des éléments et le mouvement éternel dont le ciel est animé. Mais il faut se rappeler le rôle considérable qui est attribué aux quatre éléments, dans les théories d’Aristote. Voir spécialement la Météorologie, livre I, chapitres 2 et 3, pages 4 et suivantes de ma traduction. — Quand l’air, en effet, vient de l’eau, selon Aristote, l’eau en se vaporisant devient de l’air. — Et qu’ensuite l’eau vient du feu, le feu se changeant en air, et l’air, à son tour, se changeant en eau. — Imite, la répétition est dans le texte.
  233. § 9. Qu’on soulève quelquefois, ou « que soulèvent quelques philosophes. » — Séparés et dissous, il n’y a qu’un seul mot dans le texte Il faut entendre qu’il s’agit d’une dissolution des corps mixtes, où chacun des éléments qui les forment o seraient portés au lieu qui lui est propre, la terre en bas, le feu en haut, l’air et l’eau dans les lieux intermédiaires. — Pendant la durée infinie des temps, ces modifications étant excessivement lentes et exigeant des temps fort longs. — C’est qu’ils changent et se métamorphosent, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Séparés et isolés, même remarque. — D’un double mouvement de translation, voir plus haut, § 4. Ce double mouvement est celui que produit l’obliquité du cercle qui tantôt éloigne et tantôt rapproche le soleil de nous. C’est aussi, d’après le commentaire de Philopon, le mouvement qui va d’orient en occident et qui revient d’occident en orient. — Et parce qu’ils changent, et se mêlent sans cesse les uns aux autres.
  234. § 10. Le créé et le destructible, j’ai conservé à dessein l’expression toute indéterminée du texte. — Dans d’autres ouvrages, les autres ouvrages sont la Physique, livre VIII, ch. 15, pages 558 et suiv. de ma traduction, et la Métaphysique, livre XII, chapitres 6 et suiv., page 192 de la traduction de M. V. Cousin, 2e édition. — Qu’il y ait quelque chose, il serait plus précis de dire quelque moteur éternel. — Plusieurs en nombre plusieurs, la répétition est dans le texte. Puisque le temps est continu, voir sur les rapports du temps et du mouvement, le IVe livre de la Physique, chapitres 14 et suiv., page 224 de ma traduction. — En débutant, Philopon croit que ceci se rapporte à la Physique, qui précède, dans l’ordre (les études, le Traité du Ciel et celui-ci. Il faut se reporter au IVe et au Vile livres de la Physique.
  235. § 11. Mais le mouvement est-il continu, cette grave question est agitée et résolue dans le VIIIe livre de la Physique, chapitres 15 et suiv., et dans le XlIe livre de la Métaphysique, chapitres 6 et suiv., un peu autrement qu’elle ne semble l’être ici. — De la continuité du lieu… de la continuité de l’affection, le texte n’est pas aussi formel. — Que subit la chose, j’ai ajouté ces mots afin de rendre la pensée plus claire. — Le mobile est continu, ceci ne se comprend pas assez bien. La continuité peut être ou celle du temps ou celle de la matière. — Que par le lieu, le texte est moins précis. — Qui a seul la propriété de le contenir, j’ai développé le texte pour le rendre plus clair. — Que celle du cercle, voir la Physique, livre VIII, ch. 12, § 41, page 547 de ma traduction et chapitre 14, § 1, page 553. — Toujours continue à elle-même, la circonférence revenant sur elle-même. — Le corps qui a la translation circulaire, et éternelle, c’est-à-dire, le ciel.
  236. Ch. XI, § 1. Ni lacune ni défaillance, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — S’il y a quelque chose de nécessaire, sur la théorie de la nécessité, voir la Physique, livre II, ch. 9, page 61 de ma traduction. — Certaines choses sont nécessaires, ce sont celles qui sont les conséquences nécessaires d’une certaine hypothèse ; mais l’hypothèse elle-même n’est pas nécessaire. — Précisément, j’ai ajouté ce mot, pour fixer davantage le sens de la pensée. — Qu’elle doit être, il y a dans le mot du texte une sorte d’éventualité qui n’est pas dans l’expression française. -Simplement, j’ai ajouté aussi ce mot. Peut être au lieu de « Doit être, » vaudrait-il mieux traduire « Peut être. » Ces nuances sont très difficiles à faire passer d’une langue dans l’autre.
  237. § 2. Qui deviennent et se produisent, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. Il faut distinguer avec attention l’être du devenir. L’un est éternel, ou du moins durable, tandis que l’autre est contingent et passager. — Pour le devenir, je hasarde cette expression, qui répond davantage à celle de l’original. — Ne peuvent pas ne pas être, c’est-à-dire, qui sont nécessaires. — Des solstices périodiques, le texte n’est pas tout à fait aussi formel.
  238. § 3. L’antérieur… le postérieur, les exemples qui suivent expliquent bien le sens de ces mots. — Une maison… un fondement, c’est le même exemple à peu près que celui qui est employé dans la Physique, livre II, ch. 9, § 2, page 62 de ma traduction, pour démontrer la même pensée. — Du mortier, le texte dit précisément « de la boue. » — Que si la maison elle-même, le texte n’est pas tout à fait aussi formel. — La maison se fasse aussi, mais uniquement parce qu’elle est elle-même nécessaire, et non pas du tout parce qu’elle doit nécessairement être la conséquence de la fondation. — Le postérieur, c’est ici la maison. — L’antérieur, c’est le fondement posé pour soutenir l’édifice ; la fondation est nécessaire à la maison ; mais la maison ne l’est pas à la fondation.
  239. § 4. Comme lui, j’ai ajouté ces mots. — A cause de lui, la maison n’est pas du tout nécessaire en vue de la fondation, tandis que la fondation l’est en vue de la maison. — L’on supposait, c’est par simple hypothèse que la maison est nécessaire ; mais elle ne l’est pas par rapport aux matériaux sur lesquels elle est fondée. — Il y a réciprocité, c’est-à-dire que le premier est nécessaire au second, autant que le second l’est au premier.
  240. § 5. Si, descendant de degrés en degrés, le texte dit simplement « vers le bas. » — La succession, l’expression grecque est tout à fait indéterminée. — Va à l’infini, les commentateurs supposent qu’il s’agit d’une génération en ligne droite, soit finie, soit infinie, au lieu d’une génération circulaire, revenant sur elle-même comme celle des éléments. — D’après l’hypothèse qu’on vient de poser, le texte n’est pas aussi précis. On pourrait traduire simplement : « Mais ce ne sera pas nécessaire, » même hypothétiquement. » — Car il y aura toujours, c’est-à-dire qu’avant le dernier terme supposé nécessaire, il y aura une série de termes antérieurs, qui, étant infinie, ne pourra jamais être épuisée. D’ailleurs tout ce passage est un peu obscur, et Philopon lui-même semble s’en plaindre. — Qui fasse que le dernier, le texte n’est pas aussi précis. Dans l’infini, il n’y a ni premier terme, ni dernier ; il n’y a pas plus d’origine qu’il n’y a de fin.
  241. § 6. Qui ont une limite finie, ou ou simplement : « une fin. » — Que les êtres, l’expression du texte est tout à fait indéterminée. — Car, si la maison a été produite, j’ai suivi exactement la tournure du texte ; mais elle n’est pas très nette, et il y a quelques idées intermédiaires qui sont supprimées, au détriment de la clarté. Voici une paraphrase qui pourra éclaircir ce passage : « Même dans les choses qui ont une fin précise, il n’est pas nécessaire toujours que le postérieur suive l’antérieur ; et par exemple, le fondement de la maison peut être fait, sans que la maison soit faite nécessairement après lui, bien que ce fondement soit nécessaire à la maison. Car si la maison est produite sans être d’ailleurs nécessaire, il en résulterait qu’une chose contingente cesserait d’être contingente pour devenir nécessaire. » — Qui peut n’être pas toujours, c’est-à-dire qui est contingente. — Le nécessaire et l’éternel vont ensemble, ou bien encore : « Le nécessaire est en même temps éternel aussi. »
  242. § 7. Soit circulaire et revienne sur elle-même, c’est un des principes les plus importants qui aient été démontres dans la Physique, livre VIII, ch. 13 et 14, pages 551 et suiv. de ma traduction. Le mouvement circulaire est le seul qui puisse être éternel. — Que la production, ou « génération. » — Ni en bas ni en haut, voir plus haut, § 5. « En bas, » indique la série descendante ; on part de ce qui est pour supposer toute la succession des êtres ; « En haut, » indique la série ascendante, puisqu’on part de ce qui est pour remonter à ce qui a été. Il n’y a alors de commencement ni dans un sens ni dans l’autre, et la série est infinie dans tous les deux, la ligne droite se prolongeant dans un développement infini. — Il faut nécessairement un commencement, ceci semble contredire les opinions bien connues d’Aristote sur l’éternité du monde. En outre, il n’y a pas dans le cercle de commencement proprement dit. — A la production… la production, le texte n’est pas aussi précis. — La réciprocité ou le retour, il n’y a qu’un seul mot dans l’original. — Une éternelle et véritable continuité, il n’y a qu’un seul mot aussi dans le texte. — Intermédiaires, l’expression grecque est tout à fait indéterminée, et j’ai dû n’être pas plus précis.
  243. § 8. Est parfaitement raisonnable, Aristote a toujours reconnu l’admirable régularité de la nature, sans y faire, d’ailleurs, intervenir assez directement Dieu et sa providence. — Encore ailleurs, c’est dans le Vllle livre de la Physique, ainsi que le dit Philopon. — Le corps qui reçoit éternellement le mouvement circulaire, c’est le premier mobile c’est-à-dire le ciel, ou la partie de l’univers qui est la plus éloignée de la terre. — D’une certaine façon, j’ai ajouté ces mots pour compléter la pensée. — Tous ces grands phénomènes, le texte n’est pas aussi précis. — Avec la même régularité, même observation.
  244. § 9. Mais quoi ! la tournure du texte n’est pas aussi emphatique. — Ont bien ce mouvement circulaire, et réciproque, de manière que l’un engendre l’autre. — Pour former le nuage il faut qu’il ait plu, voir la Météorologie, livre I, ch. 9, pages 54 et suiv. de ma traduction. — La cause en est, le texte n’est pas aussi précis. — Une génération, ou production.
  245. § 10. Le principe, il semble que ce serait plutôt le résumé et le complément, puisque cette discussion est la fin de ce traité. — Numériquement et individuellement, il n’y a qu’un seul mot dans le texte. — Ne reviennent qu’en espèce, c’est-à-dire que l’individu change comme du père au fils, et que l’espèce subsiste identique dans les deux êtres, dont l’un succède à l’autre. — Pour toutes les choses, réponse à la question qui vient d’être posée. — Numériquement identiques, c’est ainsi que le soleil est toujours le même, comme le remarque Philopon ; sa substance est incorruptible, et il ne change pas dans les mouvements dont il semble animé. — Le mouvement se conforme, le texte dit précisément : « Le mouvement suit le mobile. » Cette expression n’est pas très claire, et Philopon ne l’explique pas. Je crois qu’elle veut dire que le mouvement est éternel et incorruptible, comme le corps dans lequel il a lieu. — Non pas numériquement, c’est-à-dire l’individu subsistant tel qu’il est. — Sous le rapport de l’espèce, comme cela se passe du père au fils. Le père disparaît ; mais l’espèce demeure, transmise par lui à l’être qu’il a engendré. — Le même numériquement, et individuellement, l’air est spécifiquement pareil à l’air antérieur qui a disparu ; mais ce n’est pas identiquement le même. — Est telle qu’elle peut ne pas dire, c’est-à-dire qu’elle est contingente et non nécessaire. On remarquera, dans cette théorie de la perpétuité éternelle de certains corps et des espèces, une élévation et une grandeur dignes du Xlle livre de la Métaphysique et du VIIIe de la Physique. C’est aussi une nouvelle réfutation du système du hasard, qu’Aristote a toujours combattu ; voir la préface à la Physique d’Aristote, pages XCIII, CIII et suivantes, tome I ; et la préface au Traité du ciel, pages XCIV et suivantes.