Trente poésies russes/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


Berceuse pendant l’Orage

(D’APRÈS PLESCHTSCHEEFF )




Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu53.png




BERCEUSE PENDANT L’ORAGE



Ne fais pas tant de bruit, tempête ! Sombre orage,
Que ta méchante voix ne gronde pas si fort ;
Modère le fracas terrible de ta rage !
Mon petit enfant dort.

Il dort si doucement dans son berceau de soie,
Et, s’il rêve, son rêve est tout rose et tout bleu.
De son calme sommeil ne trouble pas la joie,
Orage du bon Dieu !

 
Éloigne-toi, nuage épais ; change de route ;
N’assombris pas encor l’éclat de son ciel pur.
Assez d’ombres viendront, hélas ! bientôt, sans doute,
En obscurcir l’azur.

Alors, adieu les doux sommeils que rien n’agite,
Adieu l’heureuse paix des beaux rêves d’enfant…
Mais à présent, mon fils, ma prière t’abrite,
Mon amour te défend.

Dors tranquille, petit ; ta mère est là qui veille,
Et l’orage déjà s’apaise dans les cieux.
Demain, quand, au lever de l’aurore vermeille,
Tu rouvriras les yeux,

Tu verras de nouveau resplendir sur la terre,
Dans toute sa beauté, le rayonnant soleil
Et, rayonnant aussi, le regard de ta mère
Sourire à ton réveil !…