Trente poésies russes/24

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Printemps, Jeunesse

(D’APRÈS LE COMTE ALEXIS TOLSTOÏ )




Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu15.png




PRINTEMPS, JEUNESSE



C’était dans la splendeur d’un clair matin de Mai ;
La jeunesse des fleurs nouvellement ouvertes
Épanchait dans les airs un souffle parfumé ;
Le ciel tout bleu riait aux plaines toutes vertes.

Sous le profond abri des ombrages discrets
Pénétrait la fraîcheur d’une brise légère,
Dont le soupir, flottant aux cimes des forêts,
Faisait autour de nous frissonner la fougère.


Tout se taisait hormis — la chanson des oiseaux
Folâtres, dans leurs nids cachés sous la ramure,
Ou de la source vive, à travers les roseaux
Promenant la gaité de son joli murmure.

Souriante et songeuse, assise auprès de moi,
Oui, tout près ! — tu tenais tes paupières baissées,
Pendant que j’essayais, le cœur rempli d’émoi,
De te dire tout bas mes plus chères pensées.

Ô jeunesse ! ô printemps ! ô soleil radieux !
Ô rayonnant espoir ! délicieuse ivresse !...
En te voyant si belle et pure, de mes yeux,
Malgré moi, s’échappaient des larmes... Ô jeunesse !

Ô printemps ! ô matin ! Aurore des beaux jours !
Promesse d’avenir ! mystères ! rêves ! charmes !
Premier enchantement des naissantes amours !
Ô bienheureuse joie !... Ô bienheureuses larmes !...