Trente poésies russes/8

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La Mort

(D’APRÈS MEREJKOSWKY )




Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu43.png




LA MORT



Par un beau soir d’été, quand les roses pâmées
S’effeuillent, exhalant leurs âmes parfumées ;

Quand, au ciel que blanchit le rayon incertain
De l’aube, la clarté des étoiles s’éteint ;

Quand, aux obscurités de la nuit faisant place,
Le jour, qui par degrés s’est afraibli, s’efface ;

Quand le flot de la mer sur les sables du bord
Expire languissant et brisé, c’est la mort !


Mais la mort sans effroi, sans lutte, sans secousse ;
C’est la mort, mais la mort sereine, calme, douce,

La mort offrant, après le labeur accompli,
Le bienfait du repos, le bonheur de l’oubli !…

Mère attentive et tendre, ô nature, tu donnes
Aux humains des leçons salutaires et bonnes !

Apprenons, nous aussi, mortels, à bien finir.
Quand nous verrons la mort vers nous près de venir,

Ne laissons échapper ni murmure ni plainte ;
Que, libres de remords, nos âmes soient sans crainte,

Et, levant simplement nos regards vers les cieux,
Tombons la paix au cœur et le sourire aux yeux !


Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu44.png