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Tribus mauresques du Sénégal

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DOCUMENS
SUR
QUELQUES TRIBUS MAURESQUES
DES BORDS DU SÉNÉGAL.

À M. le directeur général du Journal des Voyages.
Paris, le 15 mars 1830.

« Voici, Monsieur, quelques renseignemens intéressans sur les tribus mauresques les plus voisines de notre colonie du Sénégal ; je les dois à l’obligeance de M. Charles Berton, directeur de l’établissement de Richard-Tol, que sa position met à portée de recueillir le plus de détails positifs sur ces peuples. Je vous envoie ces fragmens tels que je les ai reçus : ils servent de réponse à quelques questions sur diverses positions géographiques du Saharâ, sur le schyaysme des Maures riverains du Sénégal, et sur les généalogies de leurs tribus. J’aurais pu rétablir l’orthographe mauresque d’une partie des noms compris dans la liste de celles-ci ; mais j’espère vous transmettre plus tard, à ce sujet, un travail plus complet, que le zèle complaisant de M. Berton m’autorise à attendre de lui.

» Agréez, etc.,
d’Avezac. »


Extrait d’une lettre de M. Berton à M. d’Avezac.


Richard-Tol, le 3 novembre 1829.

« Je m’empresse de placer sous vos yeux deux tableaux ethniques, dont j’ai l’honneur de vous garantir l’exactitude. Ils comprennent le dénombrement, par tribu et par classe, des Maures Trarzas et Braknas. Je ne sais encore rien de positif sur les Dowiches ; nation puissante qui habite au-delà de Bakel ; j’ai pris cependant des mesures certaines pour être bientôt éclairé.

» Schems-el-din, émir et marabou suprême des Darmankours, m’affirme de nouveau que la distance d’Araouân à Touât n’est que de douze journées de chameau, en caravane.

» Je crois connaître assez bien le littoral de notre grand fleuve, depuis Saint-Louis jusqu’au poste de Bakel, et il n’est plus douteux pour moi que les Islamites riverains ne soient de la secte d’Aly ; voici ma preuve : les Maures sont réservés, mystérieux même, et lorsque je demandais à leurs marabous les plus renommés : « À quelle secte appartenez-vous ? — Nous sommes dans la voie droite était leur constante réponse ; mais si j’ajoutais : « Croyez-vous à la venue d’un Mâdhy (lisez Mahdy ) ? tous se hâtaient de me dire : « Il est écrit qu’un Mâdhy viendra nous juger et nous purifier »

» L’inflexion actuelle des populations noires gagnées à l’islamisme, les pousse à renverser leurs monarchies absolues et guerrières, pour y substituer des gouvernemens théocratiques sous forme d’oligarchies. Ce grand mouvement s’opère autour de nous : Mohammed-ould’-amar est l’un des chefs visibles de cette conjuration religieuse…

» Je répondrai prochainement, je l’espère, à vos questions sur les distances respectives des deux Oualâtha, de Theeshît, et du puits de Thieât. J’aurai aussi des documens neufs à vous offrir sur la position de quelques points fameux et hantés dans le désert, à deux et trois journées de distance, etc., et sur le prolongement d’une normale à la courbe, décrite par le bras principal du fleuve, depuis l’île de Saint-Louis jusqu’au marigot (ruisseau) de Gaïé, limite du territoire des Maures Trarzas…

» Agréez, etc.

Ch. Berton.

P. S. « J’ai traduit littéralement une fiction qui s’était répandue autour de nous, il y a quelques mois, et qui me semble une esquisse assez fidèle du caractère et du goût général de nos Maures riverains : « Un saint marabou du grand désert accompagnait son troisième sahlam (lisez ssalah, prière), quand il aperçut tout à coup devant lui une femme d’une stature extraordinaire. Un croissant de feu brillait sur son front ; sa longue chevelure lui servait de vêtement ; la partie gauche de son corps était noire, suivant l’axe de sa taille, et la partie droite était colorée d’une teinte rouge-brun ; des ailes de sauterelle s’échappaient de ses épaules ; enfin une de ses jambes était terminée par un pied d’outarde. – Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Que me veux-tu ? sécrie avec effroi le grave personnage. – J’ai été détachée de la droite du vrai Dieu pour faire périr les troupeaux des infidèles du Schamâmhan (le pays de Walo), et je viens achever ma mission dans le Sajell (lisez Sahhel, c’est-à-dire la côte), en frappant de mort les enfans nouveau-nés. » Cette fable est ingénieuse pour le pays, et rappelle allégoriquement les fléaux de l’année écoulée : sécheresse, épizootie, disette, et mortalité sur l’une et l’autre rive du Sénégal. »

Dénombrement par tribu des Maures Trarzas et Braknas, adressé par M. Berton à M. d’Avezac.

« Les lignes extrêmes du territoire des Maures Trarzas s’étendent, sur la rive droite du Sénégal, en regard du royaume de Walo, depuis la mer jusqu’au marigot de Gaïé, où commence le pays de Fouta ; et la limite du territoire des Maures Braknas court, sur la même rive adossée au grand désert, depuis ce point jusqu’au royaume de Galam.

» L’escale, ou marché de gomme des Darmankours, est située à trente lieues de la ville de Saint-Louis, en face du village walo de Khor. L’escale des Trarzas tient à Gaïé, à quarante-deux llieues ; et enfin l’escale des Braknas s’ouvre à Donaïe, près de Podor, à soixante-cinq lieues du chef-lieu de la colonie française.

maures trarzas.

Mohammed-el-habibh-ould’-amar-ould’-el-moktar, roi (émir).


Tribus de princes.

Oulad-ahmet-mind’-aman (la couronne appartient à cette tribu).

Oulad sassy.

Les Atames. Les Aboley.

Les Lago-moktar.

Les Elleup.


Guerriers non tributaires.

Les Mousshatt.

Oulad Azouna. Oulad Baniouck.
Oulad Kouroul-moushatt.
Les Akouâkatt.

Oulad Ackshar.


Guerriers tributaires des princes.

Oulad Abdoul-ouâb.

Oulad Rakmonn.

Les Rakakelei.

Les Boydatt.

Les Runbathinn.

Les Loumaghi.

Les Rouïzath.

Les Idovoizi.

Les Takaraguiantt.

Les Maradinn.

Les Braieckatt.

Les Méghett.

Les Touâbas.

Oulad-el-Fâhre.

Les Iderick.

Les Dagbadié.

Les Dagboûdhie.

les Anâtré.

Les Baphor.

Oulad Tatêba.

Oulad Aïtt.

Captifs de la couronne.

Les Zombottis : (ce sont les gardes du Roi.)


Tribus religieuses.

Les Darmankours : Schems-el-din (soleil de la religion), émir.

Les Tiâbe, princes marabous.

Oulad-Yman, grands marabous.

Oulad Bazêie.

Les Tashelbitt.

Les Kumleïle.

Les Tendokas.

El-Guedaubak.

El-Arckackena.

Les Toukaris.

Les Scherfô.

Les Douâli.

Oulad Bierri.

Les Teffêrrilé.

Les Diachmadhieck.

Les Deïhôpp.

Les Tagounantt.

Les Deï-Bousshatt.

Oulad-Barick-Allah.


maures braknas.

Hamédou-ould’-Sidy-Elye-ould’-Agarîche, roi.


Tribus de princes.

Oulad Siêis, tribu royale.

Oulad Nogmasche.

Oulad Mansor.

Oulad Elye.

Oulad Backar.

Oulad Ahmet.


Guerriers non tributaires.

Les Sakerè.

Les Tannack.


Guerriers tributaires des princes.

Les Arâly.

Les Bazinn.

Les Slochas.

Les Thouâbirs.

Oulad Aïtt-scherghieâ.

Les Teybath.

Les Ghidala.

Les Mouzasga.

Les Drakêla.

Les Loklaïschatt.

. . . . . . .


Captifs de la couronne.

Les Arâtinn-Tannach.


Tribus religieuses.

Oulad Dakthêra, grands marabous.

Les Taguenitt, princes marabous.

Les Guiêba, tribu dans laquelle {{M.{Caillié}} a résidé.

Oulad Banamar.

Oulad Beïery.

Oulad Amar-Gadasche.

Les Idoïche-Schokôra.

Les Dogoïtchalla.

Les Daraouâtt.

Oulad el-maoûlou.

Les Lemtoûna.

Les Deïlouck.

Les Dabilhassa.

. . . . . . .


» Les tribus des Braknas, dont le territoire fournit de meilleurs pâturages, sont plus compactes que celles des Trarzas.

» Beaucoup de ces tribus principales, chez les Trarzas et les Braknas, se subdivisent en différentes branches ; ce sont communément de grandes familles qui se séparent, avec leur chef dont elles prennent le nom, leurs esclaves et leurs troupeaux, du corps de la nation. Des convenances de territoire, d’intérêt, de subsistance, etc. ; des rivalités, des querelles, des nuances de doctrine, décident alors de ces coupures.

» Ces peuplades partielles gardent toujours la tradition de leur origine ; mais l’on conçoit tout ce qu’une pareille nomenclature offrirait de difficultés. C’est ce qui rend également incertaine l’évaluation numérique de la nation en masse, à part les préjugés religieux contre les dénombremens.

» La même observation est probablement applicable à tous les Maures nomades de l’intérieur de l’Afrique.

Ch. Berton,
Directeur de l’établissement de Richard-Tol. »