Trois Troupiers/Avec la grand’garde

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Traduction par Théo Varlet.
Nelson (p. 62-91).


AVEC LA GRAND’GARDE


Le jeune uhlan
Écoute bouche bée
Breitmann qui lui raconte des histoires
De combats dans le Sud,
Et qui lui donne des préceptes moraux :
Avant que la bataille éclate,
Adresser au ciel une petite prière
Et s’adjuger un bon grand coup de schnapps.

Chansons de Hans Breitmann.


— Sainte Marie, pleine de grâce, quel diable nous a inspiré l’idée de prendre et de garder ce sinistre pays ? Je vous le demande, monsieur.

Le personnage qui parlait était Mulvaney. Cela se passait à une heure du matin, par une nuit étouffante de juin, à la porte principale du fort Amara, la forteresse de l’Inde la plus lugubre et la moins attrayante. Quant à ma présence en ce lieu et à cette heure, la question regarde seulement Mac Grath le sergent de garde et les hommes du poste.

— Dormir, dit Mulvaney, est un besoin superflu. Cette garde se passera gaiement jusqu’à la relève.

Lui-même était dénudé jusqu’à la ceinture ; sur le bat-flanc voisin, Learoyd ruisselait encore de l’outre d’eau qu’Ortheris, vêtu de son seul pantalon blanc, venait de lui verser sur les épaules ; et un quatrième simple soldat, qui dormait la bouche ouverte sous la clarté du grand falot de garde, balbutiait dans son cauchemar. Il faisait une chaleur effroyable sous la voûte de briques.

— La pire nuit dont je me souvienne, dit Mulvaney. Eah ! Est-ce que tout l’enfer est déchaîné, ce coup-ci ?

Une bouffée de vent brûlant s’engouffra, telle une vague marine, par le guichet de la porte, et Ortheris poussa un juron.

— Te sens-tu mieux, Jack ? demanda-t-il à Learoyd. Mets ta tête entre tes genoux. Ce sera passé dans une minute.

— Je m’en fiche. Ou plutôt je voudrais m’en ficher, mais mon cœur fait toc-toc contre mes côtes. Je voudrais mourir ! Oh, laissez-moi mourir ! geignait l’énorme gars du Yorkshire, que la chaleur éprouvait beaucoup, vu sa constitution charnue.

Celui qui dormait sous le falot se réveilla un instant et se souleva sur un coude.

— Meurs donc et que l’enfer te prenne ! dit-il. Je souffre l’enfer et je ne puis mourir !

Sa voix était nouvelle pour moi. Je demandai tout bas :

— Qui est-ce ?

— Un gentleman de naissance, me répondit Mulvaney. Caporal dès la première année, sergent la suivante. Il veut à toute force passer officier, mais il boit comme un poisson. Il sera claqué avant le retour de la saison froide… Comme ça !

Il sortit le pied de sa botte, et de son orteil nu effleura la gâchette de son martini. Ortheris se méprit à son geste : au même instant le fusil de l’Irlandais volait au loin, et Ortheris se dressait devant lui, le foudroyant d’un regard réprobateur.

— Toi ! fit Ortheris. Mon Dieu, toi ! Si toi tu faisais ça, qu’est-ce que nous ferions, nous ?

— Tiens-toi tranquille, mon petit homme, dit Mulvaney en le repoussant de côté, mais avec une grande douceur ; il ne s’agit pas de moi, et je ne ferai pas ça tant que Dinah Shadd sera là. Je montrais seulement quelque chose.

Learoyd, courbé en deux sur son bat-flanc, geignit et le soldat-gentleman soupira dans son sommeil. Ortheris prit la blague que lui tendait Mulvaney, et pendant un moment nous fumâmes tous les trois en silence, tandis que les lutins de la poussière menaient leur sarabande sur le glacis et balayaient la plaine surchauffée.

— Gazeuse ? fit Ortheris en s’essuyant le front.

— Ne viens pas nous tenter en parlant de boisson, grogna Mulvaney, ou je te fourre dans ta propre culasse et… je fais partir le coup.

Ortheris ricana, et allant à une niche de la véranda, en tira six bouteilles de limonade.

— Où t’es-tu procuré ça, espèce de Machiavel ? demanda Mulvaney. Ce n’est pas de la gazeuse de bazar.

— Comment est-ce que je sais, moi, ce que boivent les officiers ? répondit Ortheris. Demande plutôt à l’homme du mess.

— Un de ces jours, mon gars, tu passeras en conseil de guerre, dit Mulvaney, mais (et il déboucha une bouteille) je ne te dénoncerai pas cette fois-ci. Ce qui est dans le buffet du mess est destiné à la panse, comme on dit, en particulier quand cette nourriture est de la boisson. À notre réussite ! Une sacrée guerre, ou bien une… mais non, nous voici dans la mauvaise saison. La guerre, donc ! (et il brandit l’inoffensive limonade aux quatre points cardinaux). Une sacrée guerre ! Au nord, à l’est, au sud et à l’ouest ! Jack ! espèce de sac à foin de trembleur, viens boire !

Mais Learoyd, mi-affolé par la menace de mort renfermée dans les veines gonflées de son cou, suppliait son Créateur de le frapper de mort, et entre deux prières s’efforçait de mieux respirer. Une seconde fois Ortheris déversa de l’eau sur son corps frissonnant, et le géant se ranima :

— Et je ne me sentais plus capable de continuer à vivre, et je ne voyais plus rien qui valût la peine de vivre. Écoutez, les gars ! Je suis fatigué… fatigué ! Je n’ai plus que de l’eau dans les os. Laissez-moi mourir.

La concavité de la voûte répercuta en un grave grondement le murmure entrecoupé de Learoyd. Mulvaney me regarda d’un air découragé, mais je me souvins que la folie du désespoir s’était autrefois emparée d’Ortheris, en cette après-midi de démesurée lassitude, sur les bords de la Khemi, et qu’il avait été exorcisé par l’expert magicien Mulvaney.

— Parlez, Térence ! dis-je à celui-ci, car sans cela nous allons voir Learoyd se déchaîner, et il sera pire que ne le fut Ortheris. Parlez ! Votre voix agira sur lui.

Ortheris venait à peine de jeter subrepticement tous les fusils du poste sur le lit de Mulvaney, quand l’Irlandais éleva la voix comme s’il continuait une histoire. S’adressant à moi, il dit :

— À la caserne ou dehors, comme vous dites, monsieur, c’est le diable et son train qu’un régiment d’Irlandais. Ce n’est la place d’un jeune homme que s’il sait se servir de ses poings. Oh, c’est la fleur du discrédit qu’un régiment irlandais, et des hommes épatants pour foncer avec rage et disperser tout sur le champ de bataille ! Mon premier régiment était irlandais — tous fenians[1] et rebelles jusqu’au fond des moelles : aussi combattirent-ils pour la Veuve mieux que beaucoup, vu leur esprit contradictoire… et irlandais. C’était le Tyrone[2] noir. Vous avez entendu parler de lui, monsieur ?

Si j’en avais entendu parler ! Je connaissais le Tyrone noir pour le plus exquis ramassis de purs sacripants, voleurs de chiens, dévaliseurs de poulaillers, agresseurs de citoyens inoffensifs, et vaillants héros sur les rôles de l’armée. La moitié de l’Europe et la moitié de l’Asie avaient des raisons de connaître le Tyrone noir… bonne chance soit à son drapeau en haillons, que la gloire a toujours accompagné !

— C’était du vif-argent et du salpêtre, ces gars-là ! Dans mes années de jeunesse, j’avais entamé le crâne de l’un d’eux assez profondément avec mon ceinturon, et après quelques aventures que je passerai sous silence, j’arrivai à mon vieux régiment avec la réputation de quelqu’un qui a des poings et des pieds. Mais, comme j’allais vous le dire tout à l’heure, je rencontrai de nouveau le Tyrone noir un jour où nous avions de lui un besoin tout à fait urgent. Dis-moi, Ortheris mon gars, comment donc s’appelait cet endroit où on a envoyé une compagnie des nôtres et une du Tyrone en haut d’une montagne et de nouveau dans la vallée, pour enseigner aux Pathans quelque chose qu’ils n’avaient encore jamais appris ? Cela se passait après Ghuzni.

— Je ne sais pas comment ces sacrés Pathans appelaient l’endroit. Mais nous l’appelions le théâtre Silver. Tu le sais bien, voyons !

— Le théâtre Silver… oui, c’est ça. Un défilé entre deux montagnes, noir comme une cuve et mince comme la taille d’une fille. Il y avait beaucoup trop de Pathans à notre convenance dans cette gorge, et pardieu, ils s’appelaient soi-disant la réserve — vu leur indiscrétion naturelle ! Je pense qu’en effet nos Écossais avec des flopées de Gourkas étaient en train de rosser quelques régiments pathans. Écossais et Gourkas sont frères, vu qu’ils sont tout pareils et qu’ils s’enivrent ensemble quand il plaît à Dieu. Comme je l’ai déjà dit, on avait envoyé une compagnie de notre Ancien et une du Tyrone pour faire le tour par la montagne et nettoyer la réserve pathane. Comme les officiers étaient rares dans ce temps-là, aussi bien à cause de la dysenterie que parce qu’ils ne se ménageaient pas, on nous avait donné un seul officier pour la compagnie ; mais c’était un bougre qui avait ses jambes d’aplomb et toutes ses dents dans leurs alvéoles.

— Qui était-ce ? demandai-je.

— Le capitaine O’Neil… le vieux Croque… Cruikna-bullenn… celui dont je vous ai raconté cette histoire quand il était à Burma[3]. Ah ! c’était un bougre ! Les Tyrone n’avaient qu’un petit gamin d’officier, mais c’était un rude bout d’homme quand il commandait, comme je vais vous le montrer bientôt. Notre compagnie et la leur arrivèrent sur la crête de la montagne, une de chaque côté de la gorge, et il y avait cette indiscrète réserve qui attendait là-bas dessous comme des rats dans une fosse.

« — Halte, garçons, que dit Croque, qui prenait toujours de nous un soin maternel. Faites rouler sur eux quelques rochers en guise de cartes de visite.

« Nous n’avions pas fait rouler plus de vingt rochers, et les Pathans commençaient à jurer terriblement, quand voilà le petit gamin d’officier des Tyrone qui glapit par-dessus la vallée :

« — Que diable vous prend-il, de gâter le plaisir à mes hommes ? Vous ne voyez donc pas qu’ils vont résister ?

« — Vrai, il a du cran, celui-là ! dit Croque. Laissez les rochers, garçons. Venez donc en bas prendre le thé avec eux !

« — Il n’y a cré nom pas beaucoup de sucre dedans, dit un homme du rang derrière moi.

« Mais Croque l’entendit.

« — Vous n’avez donc pas tous pris vos cuillers ? qu’il dit en riant.

« Et nous dévalons de toute notre vitesse. Learoyd, qui était malade au dépôt, lui, comme de juste, n’était pas là.

— Tu mens ! fit Learoyd en traînant sa couchette plus près. J’ai attrapé ça là, et tu le sais bien, Mulvaney.

Il leva les bras : partant de son aisselle droite, un mince sillon blanc traversait en diagonale le bas de son thorax et se terminait près de la quatrième côte gauche.

— Je perds la mémoire, dit Mulvaney, sans se démonter. Tu étais là. À quoi pensais-je donc ? À autre chose, bien sûr. Alors, Jack, tu te rappelles donc que notre compagnie et celle des Tyrone se rencontrèrent au fond avec un vlan ! et se virent coincées au milieu des Pathans sans plus pouvoir bouger ?

— Ouf ! c’était une sale passe. On me pressait si fort que je pensais, crénom ! que j’allais bel et bien éclater, dit Ortheris, en se frottant l’estomac d’un air pensif.

— Ce n’était certes pas la place d’un petit homme ; mais c’est quand même un petit homme (et Mulvaney posa la main sur l’épaule d’Ortheris) qui m’a sauvé la vie ce jour-là. Nous restions là, car ces fichus Pathans ne reculaient pas d’un cran, et nous fichtre pas davantage, vu que notre rôle était de les déloger de là. Et le plus extraordinaire de tout c’est qu’eux et nous, nous nous étions précipités en plein dans les bras les uns des autres, et qu’on resta longtemps sans tirer. On ne se servait que du couteau et de la baïonnette quand on pouvait avoir les mains libres, et ça n’arrivait pas souvent. Nous étions corps à corps avec eux, et les Tyrone aboyaient derrière nous d’une façon dont je ne vis pas le sens tout d’abord. Mais je le compris plus tard, et les Pathans aussi.

« — Serrez les rangs ! que lance Croque avec un rire quand l’élan de notre arrivée dans la gorge se fut amorti.

« Et il secouait un grand Pathan velu ; mais aucun des deux n’était capable de rien faire à l’autre, malgré leur envie mutuelle.

« — Corps à corps ! qu’il dit, comme les Tyrone nous poussaient en avant de plus en plus.

« — Et pointez ! dit un sergent qui était derrière.

« Je vois une épée effleurer l’oreille de Croque, et le Pathan l’attrapa dans la pomme d’Adam comme un goret à la foire de Froneen.

« — Merci, confrère de la garde intérieure, que dit Croque, froid comme un concombre sans sel. J’avais justement besoin de place.

« Et il s’avança de l’épaisseur d’un corps d’homme, après avoir rabattu le Pathan sous lui. Dans son agonie l’homme mordit la botte de Croque et en emporta le talon.

« — Poussez, les gars ! que dit Croque. Poussez, bougres de soldats de papier ! qu’il dit. Faut-il que je vous tire pour vous faire avancer ?

« Nous poussâmes donc, jouant des pieds et des poings, et jurant, et comme l’herbe était glissante nos talons ne mordaient pas et Dieu aide l’homme du premier rang qui s’abattit ce jour-là !

— Vous êtes-vous déjà trouvé à la porte du parterre du théâtre Victoria, par un soir d’affluence ? interrompit Ortheris. Eh bien ! c’était pire que ça, car ils allaient dans un sens, et nous voulions les en empêcher. En tout cas je n’avais pas grand’chose à dire.

— Vrai, mon fils ; mais tu l’as dit. Aussi longtemps que je le pus, je gardai le petit homme entre mes genoux, mais il piquait çà et là avec sa baïonnette, aveuglément féroce et raide. C’est un diable d’homme, qu’Ortheris dans la mêlée… pas vrai ? lui demanda Mulvaney.

— Une baïonnette ça ne fait pas le jeu, dit le Londonien. Je savais que je ne valais rien alors, mais je leur donnai de mon bistouri du flanc gauche quand nous eûmes percé. Non ! dit-il, en abattant bruyamment sa main sur le bat-flanc, la baïonnette ne vaut rien pour un petit homme… il pourrait aussi bien, cré nom ! se munir d’une canne à pêche. Je déteste les mêlées à griffes et à crocs ; mais qu’on me donne une culotte un peu usagée et des munitions d’un an de magasin, pour que la poudre embrasse bien la balle, et qu’on me mette quelque part où ne me marchent pas dessus des grands porcs comme toi, et avec l’aide de Dieu je t’enverrai bouler plus de cinq fois sur sept à huit cents mètres. Veux-tu essayer, dis, feignant d’Irlandais ?

— Non, taquin. Je te l’ai vu faire. Mais je dis qu’il n’y a rien de tel que la baïonnette envoyée à bout de bras, avec double torsion si on peut, et ramenée lentement.

— Zut pour la baïonnette, dit Learoyd, qui avait écouté attentivement. Regardez par ici !

Il empoigna un fusil deux centimètres plus bas que la mire d’avant, en le prenant par en dessous, et s’en servit exactement comme on ferait d’un poignard.

— Voyez-vous, dit-il doucement, ça vaut mieux que n’importe quoi, car avec ça on peut aplatir la figure au type, ou bien encore lui casser le bras droit. Ça n’est pas dans les livres, comme juste. Pour moi il n’y a que la crosse.

— Chacun fait à sa mode, c’est comme pour être amoureux, dit tranquillement Mulvaney : crosse, baïonnette ou balle, selon le tempérament de chacun. Eh bien ! comme je vous disais, nous restions là, à nous souffler réciproquement dans la figure et à jurer abondamment. Ortheris maudit la mère qui l’a porté parce qu’il n’était pas de dix centimètres plus grand ; puis il dit :

« — Baisse-toi, gourde, que je puisse en attraper un par-dessus ton épaule.

— Tu vas me broyer le crâne, que je dis, en écartant mon bras ; vas-y plutôt par-dessous mon aisselle, petit sagouin sanguinaire, que je dis, mais ne m’atteins pas ou je t’arrache les oreilles.

— Qu’est-ce que tu lui as servi, au Pathan qui était en face de moi, celui qui profitait pour me taillader de ce que je ne pouvais remuer ni bras ni jambe. C’était-il froid ou chaud ?

— Froid, répondit Ortheris, en haut et au défaut des côtes. Il est tombé à plat. Ça valait mieux pour toi.

— Vrai, mon fils ! Ce coincement dont je parle dura cinq bonnes minutes, et puis nous eûmes les bras libres et nous rentrâmes dedans. Je ne me souviens plus au juste de ce que je fis, mais je ne voulais pas laisser Dinah Shadd veuve au dépôt. Alors, après avoir un peu taillé dans le tas, nous nous arrêtâmes de nouveau. Par derrière, les Tyrone nous traitaient de chiens, de capons et de toutes sortes de noms : nous leur barrions le passage.

« — Qu’est-ce qui leur prend, aux Tyrone ? que je me demande ; ils ont ici de quoi s’offrir un combat des plus honnêtes.

« Mon voisin de derrière me dit tout bas, d’un ton suppliant :

« — Laisse-moi taper sur eux ! Pour l’amour de Marie, fais-moi place à côté de toi, mon grand !

« — Qu’est-ce qui te prend que tu aies si fort envie de te faire tuer ? que je lui dis, sans tourner la tête, car les longs couteaux s’agitaient en face comme le soleil sur la baie de Donegal quand la mer est agitée.

« — Nous avons vu nos morts, qu’il dit en se pressant sur moi ; nos morts qui étaient encore des hommes il y a deux jours ! Et moi qui étais son cousin par le sang je n’ai pas pu emporter Tim Coulan ! Laisse-moi passer, qu’il dit, laisse-moi taper sur eux, ou je te passe au travers du corps !

« — Ma parole, que je me dis, si les Tyrone ont vu leurs morts aujourd’hui, que Dieu secoure les Pathans !

« Et alors je compris pourquoi les Irlandais s’enrageaient de la sorte derrière nous.

« Je fis place à l’homme : il courut en avant, sa baïonnette levée dans le geste du faucheur, enleva du sol un Pathan en attrapant l’animal par son ceinturon, et l’acier se brisa sur la boucle de fermeture.

« — Tim Coulan dormira bien cette nuit, qu’il dit avec un ricanement.

« Et à la même minute il tombait, la tête ouverte en deux, et ricanant par moitiés.

« Les Tyrone poussaient sans cesse de l’avant, et les nôtres les injuriaient, et Croque se démenait en avant de nous tous : son bras qui tenait l’épée manœuvrait comme un levier de pompe et son revolver crachait tel un chat. Mais le bizarre de la chose c’était le silence qui régnait. On eût dit un combat en rêve… excepté pour ceux qui étaient morts.

« Quand j’eus fait place à l’Irlandais, je me sentis exténué et le cœur barbouillé. C’est ma façon d’être, sauf votre respect, monsieur, dans l’action.

« — Laissez-moi aller, les gars, que je dis, en me reculant parmi eux. Je vais me trouver mal !

« Ils n’auraient pas fait place à tout l’enfer cherchant le frais au dehors, mais, parole ! ils me firent place aussitôt. Une fois dégagé je me sentis, sauf votre respect, monsieur, abominablement malade, parce que j’avais bu solidement ce jour-là.

« Bien à l’abri et loin du danger je vis un sergent du Tyrone installé sur le petit gamin d’officier qui avait empêché Croque de faire rouler les rochers. Ah ! c’était un fier petit gars, et les gros jurons noirs se déversaient de sa bouche ingénue comme la rosée matinale d’une rose.

« — Qu’est-ce que vous tenez là ? que je dis au sergent.

« — Un des petits coqs de Sa Majesté, un petit coq aux ergots dressés, qu’il dit. Il va me faire passer en conseil de guerre.

« — Laissez-moi aller ! que disait le petit gamin d’officier. Laissez-moi aller commander mes hommes !

« Il voulait dire par là les Tyrone noirs, qui étaient désormais incapables d’obéir à aucun ordre… quand bien même on eût fait le diable officier sur le champ de bataille.

« — C’est son père qui possède l’élevage de vaches de ma mère à Clonnel, que dit l’homme qui était assis sur lui. Oserais-je reparaître devant sa mère à lui pour raconter à la pauvre femme que je l’ai laissé se détruire ? Restez tranquille, petit bout de dynamite, vous me ferez passer en conseil de guerre plus tard.

« — À la bonne heure, que je dis ; c’est avec des types comme lui qu’on fait des généraux en chef, mais il nous faut d’abord le conserver. Que désirez-vous faire, monsieur ? que je dis très poliment.

« — Tuer ces bougres !… tuer ces bougres ! qu’il glapit.

« Et ses grands yeux bleus débordaient de larmes.

« — Et comment ferez-vous pour ça ? que je lui dis. Vous avez fait tout juste du bruit avec votre revolver comme un enfant qui tire des pétards ; vous ne pouvez faire aucun usage de cette belle grande épée que vous avez là ; et votre main tremble comme l’aspic sur la feuille. Restez tranquille et attendez de grandir, que je lui dis.

« — Retournez à votre compagnie, qu’il me dit, vous êtes un insolent.

« — Chaque chose en son temps, que je dis ; je vais d’abord boire un coup.

« À ce moment précis survient Croque, pâle et livide aux endroits où il n’était pas rouge.

« — De l’eau ! qu’il dit ; je suis mort de soif ! Ah ! en voilà une fameuse journée !

« Il vous boit la moitié d’une outre, et le reste il se le verse sur la poitrine : l’eau siffla positivement sur sa peau velue. Il avise le petit gamin d’officier que maintenait le sergent et demande :

« — Qu’est-ce que c’est que ça ?

« — De la mutinerie, monsieur, que répond le sergent.

« Et le petit officier commence à implorer tristement Croque de le laisser aller ; mais du diable si Croque aurait bronché.

« — Gardez-le là, qu’il dit ; ce n’est pas aujourd’hui de la besogne pour enfants. À propos, qu’il dit, je vous confisque ce joli vaporisateur nickelé que vous avez là, car le mien commence à vomir ignoblement.

« Il avait le pli du pouce tout noirci par le crachement de l’engin. Il prit donc le revolver du petit officier… Vous avez beau me regarder, monsieur, mais, ma parole, « il s’en passe beaucoup plus sur le champ de bataille qu’on n’en met dans les manuels de campagne ! »

« — En route, Mulvaney, que me dit Croque ; vous croyez-vous au conseil de guerre ?

« Tous deux nous retournâmes ensemble dans la mêlée. Les Pathans résistaient encore. Mais ils n’étaient plus par trop impertinents, car les Tyrone s’exhortaient l’un l’autre à se souvenir de Tim Coulan.

« Croque s’arrêta en dehors de la bagarre et regarda de tous côtés d’un air inquiet.

« — Qu’est-ce qu’il y a, monsieur ? que je lui dis. Vous cherchez quelque chose ?

« — Où y a-t-il un clairon ? qu’il dit.

« Je m’avançai dans la foule — les nôtres étaient en train de reprendre haleine derrière les Tyrone qui se battaient comme des damnés — et je rencontre bientôt le petit Frehen, notre jeune clairon, qui fourgonnait de son mieux dans le tas avec un fusil et une baïonnette.

« — Ça t’amuse, mon agneau ? On dirait que tu es payé pour ça ? que je lui dis, en l’attrapant par la peau du cou. Allons, laisse ça et occupe-toi de ton devoir, que je dis.

« Mais le gosse n’était pas content.

« — J’en ai attrapé un, qu’il dit, en grimaçant, un gros comme toi, Mulvaney, et bien moitié aussi laid. Laisse-moi en attraper un autre !

« Cette remarque personnelle m’avait déplu ; aussi je fourre le gosse sous mon bras et je le porte à Croque qui regardait comment allait le combat. Croque tire les oreilles au petit à le faire crier, et puis il reste un moment sans rien dire.

« Les Pathans, mal à leur aise, commencèrent à flancher, et nos hommes rugirent.

« — Déployez-vous ! Chargez ! que dit Croque. Souffle, petit, souffle pour l’honneur de l’armée britannique !

« Ce gamin-là souffla comme un ouragan, et nous nous déployâmes, les Tyrone et nous, tandis que les Pathans lâchaient pied. Mais ce qui venait de se passer n’était pour eux qu’embrassades et mamours en comparaison de ce qui les attendait. Quand les ennemis cédèrent, ils se trouvaient refoulés dans une portion élargie de la gorge, et après nous être déployés ce fut un vrai bal que de descendre la vallée en les poussant devant nous. Oh ! c’était charmant, et de tout repos ! Sur les flancs de ce qui restait de nous, les sergents maintenaient le contact et les salves couraient d’un flanc à l’autre et les Pathans tombaient. Nous nous étions déployés sur toute la largeur de la vallée, et quand elle se rétrécit nous nous refermâmes comme les branches d’un éventail de dame, et lorsque, tout au bout de la gorge, ils tentèrent de résister, nous les fauchâmes littéralement, car avec ce travail au couteau nous avions consommé fort peu de munitions.

— J’ai usé trente cartouches en descendant cette vallée, dit Ortheris, et c’était de l’ouvrage de gentleman. Ce bout-là, on aurait pu le faire avec un mouchoir blanc et des chaussettes de soie. Ça m’allait, cette partie-là.

— À un quart de lieue de distance on pouvait entendre hurler les Tyrone, reprit Mulvaney, et leurs sergents avaient toutes les peines du monde à les retenir. Ils étaient fous… mais fous… fous ! Parmi le silence qui retomba quand nous fûmes arrivés en bas de la vallée, Croque s’assied et se couvre la face de ses mains. Pour lors nous redevenions tous conformes à nos tempéraments et à nos caractères, car à ces heures-là, notez, ils ressortent à travers la peau de chacun. Croque se dit à lui-même :

« — Garçons, garçons ! je me demande si nous n’aurions pu engager le combat à longue portée et épargner des braves gens qui me valaient bien.

« Il considéra les morts et se tut.

« Un homme des Tyrone survint, la bouche plus grosse que sa mère ne l’avait jamais embrassée, et crachant le sang comme une baleine. Il s’adressa à Croque :

« — Mon bon capitaine, qu’il dit, deux ou trois gens des stalles, peut-être, ont été incommodés, mais ceux de la galerie ont eu le plaisir de voir jouer un Roscius.

« Je reconnais alors dans cet homme le rat de magasin de Dublin qu’il était… un des gars qui faisaient devenir gris avant l’âge les locataires du théâtre Silver, en arrachant les tripes des banquettes pour les lancer dans le parterre. Je laissai donc passer ce nom que je connaissais quand j’étais dans le Tyrone en garnison à Dublin.

« — Je ne sais pas qui était ton Roscius, que je lui dis tout bas, et je m’en fiche ; mais en tout cas je vais te casser la figure, Tim Kelly.

« — Eah ! qu’il dit l’homme, tu en étais aussi ? Nous appellerons cette vallée le théâtre Silver.

« La moitié des Tyrone, qui avait jadis connu l’établissement, adoptèrent le nom, et voilà comment on a appelé ça le théâtre Silver.

« Le petit gamin d’officier du Tyrone était tout en pleurs et tremblant. Il n’en tenait plus pour le conseil de guerre dont il parlait si haut tout à l’heure.

« — Vous vous en trouverez bien plus tard, que lui dit tout tranquillement Croque, de ce qu’on ne vous a pas autorisé à vous suicider par plaisir.

« — Je suis déshonoré ! que dit le petit gamin d’officier.

« Le sergent qui s’était assis sur sa tête se mit au garde-à-vous et fit le salut militaire, en disant :

« — Mettez-moi aux arrêts, monsieur, si vous voulez, mais, sur mon âme, je recommencerai plutôt que d’aller apprendre votre décès à votre mère.

« Mais l’enfant pleurait toujours, comme si son petit cœur allait éclater.

« Survient alors un autre homme du Tyrone, qui avait encore sur lui le brouillard du combat.

— Le quoi, Mulvaney ?

— Le brouillard du combat. Vous savez, monsieur, que comme d’être amoureux le combat affecte chacun différemment. Ainsi, moi, je ne peux pas m’empêcher d’être fortement malade quand je suis dans l’action. Ortheris, lui, n’arrête pas de jurer du commencement à la fin, et quant à Learoyd, le seul moment où il ouvre la bouche pour chanter c’est quand il abîme leurs têtes à d’autres types ; car c’est un sale combattant que ce Jack. Quant aux bleus, des fois ils pleurent, des fois ils ne savent plus ce qu’ils font, et des fois ils ne voient plus rien que couper des gorges et autres saletés de ce genre ; mais il y a des gens que le combat rend ivres-morts. Cet homme-là en était. Il titubait, ses yeux se fermaient à demi, et on l’entendait souffler de vingt mètres de distance. Il avise le petit gamin d’officier et il s’approche, en se parlant à lui-même d’une voix pâteuse et somnolente.

« — Saignez ce petit louveteau ! qu’il dit ; saignez ce petit louveteau !

« Et là-dessus il jette ses bras en l’air, pirouette sur lui-même et s’abat à nos pieds, mort comme un Pathan.

Il ne portait aucune trace de blessure. Il avait le cœur en mauvais état, paraît-il ; mais quand même, c’était drôle à voir.

« Puis nous nous occupons d’enterrer nos morts, car nous ne voulions pas les abandonner aux Pathans, et en marchant au milieu des païens nous faillîmes perdre ce petit officier. Il s’apprêtait à donner à boire à un de ces démons et à l’installer commodément contre un rocher.

« — Prenez garde, monsieur, que je lui dis : un Pathan blessé est pire qu’un bien portant.

« Ma parole, je n’avais pas fini ma phrase que l’homme étendu à terre ajuste le petit officier penché sur lui, et je vis voler le casque. J’abattis ma crosse sur la figure de l’homme et lui pris son pistolet. Le petit gamin d’officier devint tout pâle : il avait le poil grillé sur la moitié de la tête.

« — Je vous avais prévenu, monsieur ! que je lui dis.

« Après ça, lorsqu’il voulait en secourir un, je tenais le canon appliqué sur l’oreille du Pathan. Ceux-là n’osaient plus rien faire que maudire. Les Tyrone grognaient comme des chiens sur un os qu’on leur a retiré trop tôt, car ils avaient vu leurs morts et ils voulaient tuer tous ceux qui étaient à terre. Croque les avertit qu’il crèverait la peau à quiconque se conduirait mal ; mais étant donné que c’était la toute première fois où les Tyrone voyaient leurs morts, je ne m’étonne pas s’ils étaient à cran. C’est un spectacle ignoble. Quand je les vis pour la première fois, moi, je n’aurais pas donné un quart d’anna de n’importe quel homme au nord du Khaibar… non, pas plus que de n’importe quelle femme, car les femmes arrivaient après l’obscurité… Auggrh !

« Eh bien, en fin de compte, nous enterrâmes nos morts et emportâmes nos blessés, et en arrivant sur la crête de la montagne nous vîmes les Écossais et les Gourkhas en train de prendre le thé à pleins seaux avec les Pathans. Nous devions paraître une bande d’ignobles scélérats, car le sang formait enduit avec la poussière, et la sueur avait crevassé l’enduit, et nos baïonnettes nous pendaient entre les jambes comme des « fusils » de bouchers et nous étions pour la plupart marqués d’une façon ou d’une autre.

« Un officier d’état-major, propre comme un flingot neuf, s’amène et dit :

« — Qu’est-ce que c’est que ces n. d. D. d’épouvantails-là ?

« — Une compagnie du Tyrone noir de Sa Majesté et une du vieux régiment, que dit Croque très calme, et en narguant pour ainsi dire notre visiteur.

« — Oh ! que dit l’officier d’état-major. Et avez-vous délogé cette réserve ?

« — Non ! que dit Croque.

« Et les Tyrone de rire.

« — Alors que diable avez-vous fait ?

« — Nous l’avons anéantie, que dit Croque.

« Et il nous fit avancer ; mais auparavant Toomey, qui était du Tyrone, eut le temps de dire tout haut, d’une voix qui lui sortait quasiment du ventre :

« — Malheur ! qu’est-ce qui lui prend, à ce perroquet sans queue, de boucher le passage à ceux qui le valent bien ?

« L’officier d’état-major en devint bleu, et Toomey le fit passer au rose en prenant une voix de femme qui minaude, pour dire :

« — Viens m’embrasser, joli major, car mon mari est à la guerre et je suis toute seule au dépôt.

« L’officier d’état-major s’éloigna, et je vis au dos de Croque qu’il se tordait.

« Le caporal gronda Toomey.

« — Laisse-moi tranquille, que dit Toomey sans sourciller. J’ai été son garçon d’honneur avant son mariage, et il sait ce que je veux dire si tu ne le sais pas. Il n’y a rien de tel que de vivre dans la haute société.

« Te rappelles-tu, Ortheris ?

— Je te crois. Toomey ? il est mort à l’hôpital et même c’était la semaine d’après, parce que j’ai acheté la moitié de son fourniment, et je me rappelle qu’alors…

Relève de la garde !

C’était le moment de la relève : il était quatre heures.

— Je m’en vais attraper quatre crans à cause de vous, monsieur, dit Mulvaney, se revêtant en hâte de son équipement. Venez en haut du fort et nous poursuivrons nos investigations dans l’écurie de Mac Grath.

La garde descendante s’éloigna, contournant le bastion principal pour se rendre au bain de natation, et Learoyd devint presque causeur.

Ortheris jeta un regard dans le fossé et par delà la plaine.

— Ah ! sœur Anne, sœur Anne ! ne vois-tu rien venir ! chantonna-t-il. J’aimerais quand même tuer quelques Pathans, crénom ! avant d’avoir fini mon congé. Guerre ! sacrée guerre ! au nord, à l’est, au sud et à l’ouest.

— Amen, dit gravement Learoyd.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? dit Mulvaney en tiquant sur une chose blanche au pied de la vieille guérite.

Il se baissa pour la toucher.

— C’est Norah !… Norah Mac Taggart ! Hé bien ! Norah ma chérie, qu’est-ce que tu fais hors du lit de ta mère à cette heure ?

L’enfant de deux ans, fillette du sergent Mac Taggart, avait sans doute erré en quête d’un souffle d’air frais jusqu’au bord même du parapet du fossé du fort. Sa minuscule chemise de nuit roulée en tapon autour de son cou, elle vagissait tout en dormant.

— Voyez-la ! dit Mulvaney ; pauvre agneau ! Regardez les boutons de chaleur sur la peau de cette innocente. C’est déjà dur… rudement dur, même pour nous. Qu’est-ce que ça doit être pour ces moucherons-là ? Réveille-toi, Nonie, tu vas mettre ta mère dans tous ses états. Parbleu, elle aurait pu tomber dans le fossé, cette môme !

Il la souleva dans la lumière grandissante et la posa sur son épaule : les boucles blondes effleuraient les mèches grisonnantes de son front. Ortheris et Learoyd suivaient en claquant des doigts, et Norah leur souriait, à moitié endormie. Puis Mulvaney fit danser l’enfant sur son bras, tout en chantant, joyeux comme un rossignol :

Si un jeune homme vient à vous épouser,
Ne lui dites rien de cette escapade :
Que vous avez un jour dormi dans une guérite,
Enveloppée d’une capote de soldat.

— Quoique, ma foi, Nonie, ajouta-t-il sans rire, tu n’avais guère de capote sur toi. Sois tranquille, tu ne t’habilleras plus comme ça dans dix ans… Là, embrasse tes amis et file retrouver ta mère.

Il la déposa tout près du quartier des ménages. Avec la tacite obéissance des enfants de soldats, Nonie se soumit, et avant de trottiner sur le sentier dallé, elle tendit ses lèvres au baiser des Trois Mousquetaires. Ortheris s’essuya la bouche du revers de la main et poussa un juron sentimental ; Learoyd devint rose, et tous deux s’éloignèrent côte à côte. Le gars du Yorkshire éleva la voix et tonitrua le refrain de la Guérite, tandis qu’Ortheris l’accompagnait en sifflant.

— Crénom, vous revenez donc du caf’conc’, vous deux ? leur dit l’artilleur qui mettait sa gargousse en place pour le coup de canon du matin. Vous êtes bien gais, par ces jours maudits.

Prends soin du môme, je t’en prie, dit-il,
Car il est de noble race.


beugla Learoyd.

Les voix s’éteignirent dans la piscine de natation.

— Ah ! Térence, fis-je en interrompant les propos de Mulvaney, quand nous restâmes seuls, on peut dire que vous avez une fameuse platine !

Il me regarda d’un air morne : il avait les yeux renfoncés dans la tête et son visage était blême et tiré.

— Eah ! dit-il, je l’ai en quelque sorte baladé toute la nuit, mais ce qui secourt les autres peut-il nous secourir nous-mêmes ? Je vous le demande, monsieur !

Et par-dessus les remparts du fort Amara, le jour se leva, impitoyable.



  1. Membres du sinn-fein, association révolutionnaire.
  2. Nom d’un comté de la province d’Ulster.
  3. Or le plus grand ennemi de Boh Da Thone
    Était le capitaine O’Neil du Tyrone noir.

    La chanson de Boh Da Thone.
    (Note de l’auteur.)