Un capitaine de quinze ans/II/17

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Hetzel (p. 342-351).

CHAPITRE XVII

à la dérive.


C’était Hercule, méconnaissable sous son attifement de magicien, qui parlait ainsi, et c’était à Dick Sand qu’il s’adressait, — à Dick Sand, assez faible encore pour avoir besoin de s’appuyer sur le cousin Bénédict, près duquel Dingo était couché.

Mrs. Weldon, qui avait repris connaissance, ne put que prononcer ces mots :

« Toi ! Dick ! toi ! »

Le jeune novice se releva, mais déjà Mrs. Weldon le pressait dans ses bras, et Jack lui prodiguait ses caresses.

« Mon ami Dick ! mon ami Dick ! » répétait le petit garçon.

Puis, se retournant vers Hercule :

« Et moi, ajouta-t-il, qui ne t’ai pas reconnu !

— Hein ! quel déguisement ! répondit Hercule, en se frottant la poitrine pour en effacer les bigarrures qui la zébraient.

— Tu étais trop vilain ! dit le petit Jack.

— Dame ! j’étais le diable, et le diable n’est pas beau !

— Hercule ! dit Mrs. Weldon, en tendant sa main au brave noir.

— Il vous a délivrée, ajouta Dick Sand, comme il m’a sauvé, bien qu’il ne veuille pas en convenir.

— Sauvés ! sauvés ! Nous ne le sommes pas encore ! répondit Hercule ! Et, d’ailleurs, sans monsieur Bénédict qui est venu nous apprendre où vous étiez, mistress Weldon, nous n’aurions rien pu faire ! »

C’était Hercule, en effet, qui, cinq jours avant, avait bondi sur le savant, au moment où, après avoir été entraîné à deux milles de la factorerie, celui-ci courait à la poursuite de sa précieuse manticore. Sans cet incident, ni Dick Sand ni le noir n’auraient connu la retraite de Mrs. Weldon, et Hercule n’eût pu s’aventurer à Kazonndé sous la défroque d’un magicien.

Pendant que la barque dérivait avec rapidité dans cette partie resserrée de la rivière, Hercule raconta ce qui s’était passé depuis sa fuite au campement de la Coanza ; comment il avait suivi, sans se laisser voir, la kitanda où se trouvaient Mrs. Weldon et son fils ; comment il avait retrouvé Dingo blessé ; comment tous deux étaient arrivés aux environs de Kazonndé ; comment un billet d’Hercule, porté par le chien, avait appris à Dick Sand ce qu’était devenue Mrs. Weldon ; comment, après l’arrivée inattendue du cousin Bénédict, il avait essayé vainement de pénétrer dans la factorerie, plus sévèrement gardée que jamais ; comment, enfin, il avait trouvé cette occasion d’arracher sa prisonnière à cet horrible José-Antonio Alvez. Or, cette occasion s’était offerte ce jour même. Un mgannga, en tournée de sorcellerie, — ce célèbre magicien si impatiemment attendu, — vint à passer à travers cette forêt dans laquelle Hercule rôdait chaque nuit, épiant, guettant, prêt à tout. Sauter sur le mgannga, le dépouiller de son attirail et de son vêtement de magicien, l’attacher au pied d’un arbre avec des nœuds de liane que les Davenport eux-mêmes n’auraient pu défaire, se peindre le corps en prenant le sorcier pour modèle, et jouer son rôle afin de conjurer les pluies, tout cela avait été l’affaire de quelques heures, mais il avait fallu l’incroyable crédulité des indigènes pour s’y laisser prendre.

Dans ce récit, rapidement fait par Hercule, il n’avait point été question de Dick Sand.

« Et toi, Dick ? demanda Mrs. Weldon.

— Moi, mistress Weldon ! répondit le jeune novice, je ne puis rien vous dire. Ma dernière pensée avait été pour vous, pour Jack !… J’ai vainement voulu rompre les liens qui m’attachaient au poteau… L’eau a dépassé ma tête… J’ai perdu connaissance… Lorsque je suis revenu à moi, un trou perdu dans les papyrus de cette berge me servait d’abri, et Hercule, à genoux, me prodiguait ses soins !

— Dame ! puisque je suis médecin, répondit Hercule, devin, sorcier, magicien, diseur de bonne aventure !…

— Hercule, demanda Mrs. Weldon, dites-moi comment avez-vous pu sauver Dick Sand ?

— Est-ce bien moi, mistress Weldon ? répondit Hercule. Le courant n’a-t-il
« Mrs. Weldon et son petit Jack que je vous présente. » (Page 342.)

pu briser le poteau auquel était lié notre capitaine, et, au milieu de la nuit, l’entraîner sur cette poutre où je l’ai recueilli à demi mort ? D’ailleurs, était-il donc si difficile, dans ces ténèbres, de se glisser parmi les victimes qui tapissaient la fosse, d’attendre la rupture du barrage, de filer entre deux eaux, et, avec un peu de vigueur, d’arracher en un tour de main et notre capitaine et le poteau auquel ces coquins l’avaient lié ! Il n’y avait là rien de bien extraordinaire ! Le premier venu en eût fait tout autant. Tenez, monsieur Bénédict lui-même, ou Dingo ! Au fait, pourquoi ne serait-ce pas Dingo ?… »

Un jappement se fit entendre, et Jack, prenant la grosse tête du chien, lui donna de bonnes petites tapes d’amitié. Puis :

Deux heures après le barrage avait cédé. (Page 349.)

« Dingo, demanda-t-il, est-ce toi qui as sauvé notre ami Dick ? »

Et, en même temps, il fit aller la tête du chien de gauche à droite.

« Il dit non, Hercule ! reprit Jack. Tu vois bien que ce n’est pas lui.

— Dingo, est-ce Hercule qui a sauvé notre capitaine ? »

Et le petit garçon força la bonne tête de Dingo à se mouvoir cinq ou six fois de bas en haut.

« Il dit oui, Hercule ! Il dit oui ! s’écria le petit Jack. Tu vois donc bien que c’est toi !

— Ami Dingo, répondit Hercule en caressant le chien, c’est mal ! Tu m’avais promis, pourtant, de ne pas me trahir ! »

Oui ! c’était bien Hercule qui avait joué sa vie pour sauver celle de Dick Sand. Mais, il était ainsi fait, et sa modestie ne lui permettait pas d’en convenir. D’ailleurs, il trouvait la chose toute simple, et il répéta que pas un de ses compagnons n’eût hésité à agir comme il avait agi en cette circonstance.

Cela amena Mrs. Weldon à parler du vieux Tom, de son fils, d’Actéon, de Bat, ses infortunés compagnons !

Ils étaient partis pour la région des lacs. Hercule les avait vus passer avec la caravane d’esclaves. Il les avait suivis, mais aucune occasion ne s’était offerte de pouvoir communiquer avec eux. Ils étaient partis ! Ils étaient perdus !

Et au bon rire d’Hercule avaient succédé de grosses larmes qu’il ne cherchait point à retenir.

« Ne pleurez pas, mon ami, lui dit Mrs. Weldon. Qui sait si Dieu ne nous fera pas la grâce de les revoir un jour ! »

Quelques mots instruisirent alors Dick Sand de tout ce qui s’était passé pendant le séjour de Mrs. Weldon à la factorerie d’Alvez.

« Peut-être, ajouta-t-elle, eût-il mieux valu demeurer à Kazonndé…

— Maladroit que je suis ! s’écria Hercule.

— Non, Hercule, non ! répondit Dick Sand. Ces misérables auraient trouvé moyen d’attirer monsieur Weldon dans quelque piège ! Fuyons tous ensemble et sans retard ! Nous serons arrivés à la côte avant que Negoro soit de retour à Mossamédès ! Là, les autorités portugaises nous donneront aide et protection, et quand Alvez se présentera pour toucher les cent mille dollars…

— Cent mille coups de bâton sur le crâne de ce vieux coquin ! s’écria Hercule, et je me charge de lui régler son compte ! »

Cependant, c’était là une complication, bien que Mrs. Weldon, évidemment, ne pût songer à retourner à Kazonndé. Il s’agissait donc de devancer Negoro. Tous les projets ultérieurs de Dick Sand devaient tendre à ce but.

Dick Sand avait enfin mis à exécution ce plan qu’il avait depuis longtemps imaginé, de gagner le littoral en utilisant le courant d’une rivière ou d’un fleuve. Or, le cours d’eau était là, sa direction le portait au nord, et il était possible qu’il se jetât dans le Zaïre. En ce cas, au lieu d’atteindre Saint-Paul de Loanda, ce serait aux bouches de ce grand fleuve qu’arriveraient Mrs. Weldon et les siens. Peu importait, d’ailleurs, puisque les secours ne leur manqueraient pas dans ces colonies de la Guinée inférieure.

La première pensée de Dick Sand, décidé à descendre le courant de cette rivière, avait été de s’embarquer sur l’un de ces radeaux herbeux, sortes d’îlots flottants[1] qui dérivent en grand nombre à la surface des fleuves africains.

Mais Hercule, en rôdant pendant la nuit sur la berge, avait eu la chance de trouver une embarcation qui s’en allait en dérive. Dick Sand n’aurait pu en souhaiter une meilleure, et le hasard l’avait bien servi. En effet, ce n’était point une de ces étroites barques dont les indigènes font le plus ordinairement usage. La pirogue, trouvée par Hercule, était de celles dont la longueur dépasse trente pieds, la largeur quatre, et que de nombreux pagayeurs enlèvent rapidement sur les eaux des grands lacs. Mrs. Weldon et ses compagnons pourraient donc s’y installer à l’aise, et il suffirait de la maintenir dans le fil de l’eau au moyen d’une godille pour descendre le courant du fleuve.

Tout d’abord, Dick Sand, voulant passer sans être vu, avait formé le projet de ne voyager que la nuit. Mais, à ne dériver que douze heures sur vingt-quatre, c’était doubler la durée d’un trajet qui pouvait être long. Très heureusement, Dick Sand eut l’idée de faire recouvrir la pirogue d’un dôme de longues herbes que soutenait une perche, élongée de l’avant à l’arrière, et qui, pendant sur les eaux, cachaient même la longue godille. On eût dit un amas herbeux qui dérivait au fil de l’eau, au milieu des îlots mouvants. Telle était même l’ingénieuse disposition de ce chaume que les oiseaux s’y méprenaient, et, voyant là des graines à picorer, mouettes à becs rouges, « arrhinngas » noirs de plumage, alcyons gris et blancs, venaient s’y poser fréquemment.

En outre, ce toit verdoyant formait un abri contre les ardeurs du soleil. Un voyage exécuté dans ces conditions pouvait donc s’accomplir à peu près sans fatigue, mais non sans danger.

En effet, le trajet devait être long, et il serait nécessaire de se procurer la nourriture de chaque jour. De là, nécessité de chasser sur les rives, si la pêche ne suffisait pas, et Dick Sand n’avait pour toute arme à feu que le fusil emporté par Hercule, après l’attaque de la fourmilière. Mais il comptait bien ne pas perdre un seul de ses coups. Peut-être même, en passant son fusil à travers le chaume de l’embarcation, pourrait-il tirer plus sûrement, comme un huttier à travers les trous de sa hutte.

Cependant la pirogue dérivait sous l’action d’un courant que Dick Sand n’estimait pas à moins de deux milles à l’heure. Il espérait donc faire une cinquantaine de milles entre deux levers de soleil. Mais, en raison même de la rapidité de ce courant, il fallait une surveillance continuelle pour éviter les obstacles, roches, troncs d’arbres, hauts-fonds du fleuve. De plus, il y avait à craindre que ce courant ne se changeât en rapides, en cataractes, ce qui est fréquent sur les rivières africaines.

Dick Sand, auquel la joie d’avoir revu Mrs. Weldon et son enfant avait rendu ses forces, s’était posté à l’avant de la pirogue. À travers les longues herbes, son regard observait le cours en aval, et, soit de la voix, soit du geste, il indiquait à Hercule, dont la vigoureuse main tenait la godille, ce qu’il fallait faire pour se maintenir en bonne direction.

Mrs. Weldon, étendue au centre, sur une litière de feuilles sèches, s’absorbait dans ses pensées. Cousin Bénédict, taciturne, fronçant le sourcil à la vue d’Hercule, auquel il ne pardonnait pas son intervention dans l’affaire de la manticore, songeant à sa collection perdue, à ses notes d’entomologiste dont les indigènes de Kazonndé n’apprécieraient pas la valeur, était là, les jambes allongées, les bras croisés sur la poitrine, et, parfois, il faisait le geste instinctif de relever sur son front les lunettes que son nez ne supportait plus. Quant au petit Jack, il avait compris qu’il ne fallait pas faire de bruit ; mais, comme remuer n’était pas défendu, il imitait son ami Dingo et courait à quatre pattes d’un bout de l’embarcation à l’autre.

Pendant les deux premiers jours, la nourriture de Mrs. Weldon et de ses compagnons se prit sur les réserves qu’Hercule avait pu se procurer avant le départ. Dick Sand ne s’arrêta donc que pendant quelques heures de nuit, afin de se donner un peu de repos. Mais il ne débarqua pas, ne voulant le faire que lorsque la nécessité de renouveler les provisions l’y obligerait.

Nul incident ne marqua ce début du voyage sur cette rivière inconnue, qui ne mesurait pas, en moyenne, plus de cent cinquante pieds de large. Quelques îlots dérivaient à sa surface et marchaient avec la même vitesse que l’embarcation. Donc, nulle crainte de les aborder, si quelque obstacle ne les arrêtait pas.

Les rives, d’ailleurs, semblaient être désertes. Évidemment, ces portions du territoire de Kazonndé étaient peu fréquentées par les indigènes.

Sur les berges, nombre de plantes sauvages se reproduisaient à profusion et les relevaient des plus vives couleurs. Asclépias, glaïeuls, lis, clématites, balsamines, ombellifères, aloès, fougères arborescentes, arbustes odoriférants, formaient une bordure d’un incomparable éclat. Quelques forêts venaient aussi tremper leur lisière dans ces eaux rapides. Des arbres à copal, des acacias à feuilles raides, des « bauhinias » à bois de fer, dont le tronc avait revêtu une fourrure de lichens du côté exposé aux vents les plus froids, des figuiers qui s’ élevaient sur des racines disposées en forme de pilotis comme des mangliers, et autres arbres de magnifique venue, se penchaient sur la rivière. Leurs hautes cimes, se rejoignant à cent pieds au-dessus, formaient alors un berceau que les rayons solaires ne pouvaient percer. Souvent, aussi, ils jetaient un pont de lianes d’une rive à l’autre, et, dans la journée du 27, le petit Jack, non sans grande admiration, vit une bande de singes traverser une de ces passerelles végétales, en se tenant par la queue pour le cas où elle se fût rompue sous leur poids.

Ces singes, de cette espèce de petits chimpanzés qui a reçu le nom de « sokos », dans l’Afrique centrale, sont d’assez vilains échantillons de la gent simiesque, front bas, face d’un jaune clair, oreilles haut placées. Ils vivent par bandes d’une dizaine, aboient comme feraient des chiens courants, et sont redoutés des indigènes, dont ils enlèvent quelquefois les enfants pour les égratigner ou les mordre.

En passant le pont de lianes, ils ne se doutaient guère que sous cet amas d’herbes que le courant entraînait, il y avait précisément un petit garçon dont ils eussent fait leur amusement. L’appareil, imaginé par Dick Sand, était donc bien disposé, puisque ces bêtes perspicaces s’y trompaient.

Vingt milles plus loin, dans cette même journée, l’embarcation fut soudain arrêtée dans sa marche.

« Qu’y a-t-il ? demanda Hercule, toujours posté à sa godille.

— Un barrage, répondit Dick Sand, mais un barrage naturel.

— Il faut le briser, monsieur Dick !

— Oui, Hercule, et à coups de hache. Quelques îlots ont dérivé sur lui, et il a résisté !

À l’ouvrage, mon capitaine ! À l’ouvrage ! » répondit Hercule, qui vint se placer sur le devant de la pirogue.

Ce barrage était formé par l’entrelacement de cette herbe tenace à feuilles lustrées, qui se feutre d’elle-même en se pressant et devient très résistante. On l’appelle « tikatika », et elle permet de traverser des cours d’eau à pied sec, si l’on ne craint pas d’enfoncer d’une douzaine de pouces dans son tablier herbeux. De magnifiques ramifications de lotus recouvraient la surface de ce barrage.

Il faisait déjà sombre. Hercule put, sans trop d’imprudence, quitter l’embarcation, et il mania si adroitement sa hache, que, deux heures après, le barrage avait cédé, le courant repliait sur les rives ses deux moitiés rompues, et la pirogue reprenait le fil de l’eau.

Faut-il l’avouer ! Ce grand enfant de cousin Bénédict avait un instant espéré qu’on ne passerait pas. Un pareil voyage lui paraissait fastidieux. Il en était à regretter la factorerie de José-Antonio Alvez et la hutte où sa précieuse boîte d’entomologiste se trouvait encore. Son chagrin était très réel, et, au fond, le pauvre homme faisait peine à voir. Pas un insecte, non ! pas un seul à recueillir ! Quelle fut donc sa joie, quand Hercule, — « son élève » après tout, — lui rapporta une horrible petite bête qu’il venait de recueillir sur un brin de cette tikatika. Chose singulière, le brave noir semblait même un peu confus en la lui remettant.

Mais, quelles exclamations cousin Bénédict poussa, lorsque cet insecte, qu’il tenait entre l’index et le pouce, il l’eut approché le plus près possible de ses yeux de myope, auxquels ni lunette ni loupe ne pouvaient maintenant venir en aide.

« Hercule ! s’écria-t-il, Hercule ! Ah ! voilà qui te vaut ton pardon ! Cousine Weldon ! Dick ! Un hexapode unique en son genre et d’origine africaine ! Celui-là, du moins, on ne me le contestera pas, et il ne me quittera qu’avec la vie !

— C’est donc bien précieux ? demanda Mrs. Weldon.

— Si cela est précieux ! s’écria cousin Bénédict. Un insecte qui n’est ni un coléoptère, ni un névroptère, ni un hyménoptère, qui n’appartient à aucun des dix ordres reconnus par les savants, et qu’on serait tenté de ranger plutôt dans la seconde section des arachnides ! Une sorte d’araignée, qui serait araignée, si elle avait huit pattes, et qui est pourtant un hexapode, puisqu’elle n’en a que six ? Ah ! mes amis, le Ciel me devait cette joie, et j’attacherai enfin mon nom à une découverte scientifique ! Cet insecte-là, ce sera l’« Hexapodes Benedictus ! »

L’enthousiaste savant était si heureux, il oubliait tant de misères passées et à venir en chevauchant son dada favori, que ni Mrs. Weldon, ni Dick Sand ne lui épargnèrent les félicitations.

Pendant ce temps, la pirogue filait sur les eaux sombres de la rivière. Le silence de la nuit n’était troublé que par le cliquetis d’écailles des crocodiles ou le ronflement des hippopotames qui s’ébattaient sur les berges.

Puis, à travers les brindilles du chaume, la lune, apparaissant derrière les cimes d’arbres, projeta ses douces lueurs jusqu’à l’intérieur de l’embarcation.

Soudain, sur la rive droite, il se fit un lointain brouhaha, puis un bruit sourd, comme si des pompes géantes eussent fonctionné dans l’ombre.

C’étaient plusieurs centaines d’éléphants, qui, rassasiés des racines ligneuses qu’ils avaient dévorées pendant le jour, venaient se désaltérer avant l’heure du repos. On eût vraiment pu croire que toutes ces trompes, s’abaissant et se relevant par un même mouvement automatique, allaient assécher la rivière !


  1. Cameron parle souvent de ces îlots flottants.