Une Année à Florence/Florence

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Michel Lévy (p. 168-176).

FLORENCE.

Pendant l’été Florence est vide. Encaissée entre ses hautes montagnes, bâtie sur un fleuve qui pendant neuf mois ne roule que de la poussière, exposée sans que rien l’en garantisse à un soleil ardent que reflètent les dalles grisâtres de ses rues et les murailles blanchies de ses palais, Florence, moins l’aria cattiva, devient comme Rome une vaste étuve du mois d’avril au mois d’octobre ; aussi y a-t-il deux prix pour tout : prix d’été et prix d’hiver. Il va sans dire que le prix d’hiver est le double du prix d’été ; cela tient à ce qu’à la fin de l’automne une nuée d’Anglais de tout rang, de tout sexe, de tout âge, et surtout de toutes couleurs, s’abat sur la capitale de la Toscane.

Nous étions arrivés dans le commencement du mois de juin, et l’on préparait tout pour les fêtes de la Saint-Jean.

À part cette circonstance, où il est tout simple que la ville tienne à faire honneur à son patron, les fêtes sont la grande affaire de Florence. C’est toujours fête, demi-fête ou quart de fête ; dans le moins de juin, par exemple, grâce à l’heureux accouchement de la grande-duchesse, qui eut lieu le 10 ou le 12, et qui par conséquent se trouva placé entre les fêtes de la Pentecôte et de la Saint-Jean, il n’y eut que cinq jours ouvrables. Nous étions donc arrivés au bon moment pour voir les habitans, mais au mauvais pour visiter les édifices, attendu que, les jours de fête, tout se ferme à midi.

Le premier besoin de Florence, c’est le repos. Le plaisir même, je crois, ne vient qu’après, et il faut que le Florentin se fasse une certaine violence pour s’amuser. Il semble que, lassée de ses longues convulsions politiques, la ville des Médicis n’aspire plus qu’au sommeil fabuleux de la Belle au bois dormant. Il n’y a que les sonneurs de cloches qui n’ont de repos ni jour ni nuit. Je ne comprends point comment les pauvres diables ne meurent pas à la peine ; c’est un véritable métier de pendu.

Il y a à Florence non-seulement un homme politique très-fort, mais encore un homme du monde de beaucoup d’esprit, et que Napoléon appelait un géant dans un entresol : c’est M. le comte de Fossombroni, ministre des affaires étrangères et secrétaire d’État. Chaque fois qu’on le presse d’adopter quelque innovation industrielle, ou de faire quelque changement politique, il se contente de sourire et répond tranquillement : Il mondo va da se ; c’est-à-dire : Le monde va de lui-même.

Et il a bien raison pour son monde à lui, car son monde à lui, c’est la Toscane, la Toscane où le seul homme de progrès est le grand-duc. Aussi l’opposition que fait le peuple est-elle une opposition étrange par le temps qui court. Il trouve son souverain trop libéral pour lui, et il réagit toujours contre les innovations que dans sa philanthropie héréditaire il songe sans cesse à établir.

À Florence, en effet, toutes les améliorations sociales viennent du trône. Le dessèchement des maremmes, l’opération du cadastre, le nouveau système hypothécaire, les congrès scientifiques, et la réforme judiciaire, sont des idées qui émanent de lui, et que l’apathie populaire, et la routine démocratique, lui ont donné grand peine à exécuter. Dernièrement encore, il avait voulu régler les études universitaires sur le mode français, qu’il avait reconnu comme fort supérieur au mode usité en Toscane.

Les écoliers refusèrent de suivre les cours des nouveaux maîtres, et ils tirèrent si bien à eux, que l’enseignement retomba dans son ornière.

Florence est l’Eldorado de la liberté individuelle. Dans tous les pays du monde, même dans la république des États-Unis, même dans la république helvétique, même dans la république de Saint-Marin, les horloges sont soumises à une espèce de tyrannie qui les force de battre à peu près en même temps. À Florence, il n’en est pas ainsi ; elles sonnent la même heure pendant vingt minutes. Un étranger s’en plaignit à un Florentin : Eh ! lui répondit l’impassible Toscan, que diable avez-vous besoin de savoir l’heure qu’il est ?

Il résulte de cette apathie, ou plutôt de cette facilité de vivre, toute particulière à Florence, qu’excepté la fabrication des chapeaux de paille, que les jeunes filles tissent tout en marchant par les rues ou tout en voyageant par les grandes routes, l’industrie et le commerce sont à peu près nuls. Et ici ce n’est point encore la faute du grand-duc ; tout essai est encouragé par lui, soit de son argent, soit de sa faveur. À défaut de Toscans aventureux, il appelle des étrangers, et les récompense de leurs efforts industriels sans exception aucune de nationalité. M. Larderel a été nommé comte de Monte-Cerboli pour avoir établi une exploitation de produits boraciques ; M. Demidoff a été fait prince de San-Donato pour avoir fondé une manufacture de soieries. Et que l’on ne s’y trompe point, cela ne s’appelle pas vendre un titre, cela s’appelle le donner, et le donner noblement, pour le bien d’un pays tout entier.

On comprend qu’avec cette absence de fabriques indigènes, on ne trouve à peu près rien de ce dont on a besoin chez les marchands toscans ; les quelques magasins un peu comfortablement organisés de Florence sont des magasins français qui tirent tout de Paris ; encore les élégans Florentins s’habillent-ils chez Blin, Humann on Vaudeau, et les lionnes Florentines se coiffent-elles chez mademoiselle Baudran.

Aussi à Florence faut-il tout aller chercher, rien ne vient au devant de vous ; chacun reste chez soi, toute chose demeure à sa place. Un étranger qui ne resterait qu’un mois dans la capitale de la Toscane en emporterait une très-fausse idée. Au premier abord, il semble impossible de se rien procurer des choses les plus indispensables, ou celles qu’on se procure sont mauvaises ; ce n’est qu’à la longue qu’on apprend, non pas des habitans du pays, mais d’autres étrangers qui sont depuis plus longtemps que vous dans la ville, où toute chose se trouve. Au bout de six mois, on fait encore chaque jour de ces sortes de découvertes ; si bien que l’on quitte ordinairement la Toscane au moment où l’on allait s’y trouver à peu près bien. Il en résulte que chaque fois qu’on y revient on s’y trouve mieux, et qu’au bout de trois ou quatre voyages, on finit par aimer Florence comme une seconde patrie et souvent par y demeurer tout à fait.

La première chose qui frappe, quand on visite cette ancienne reine du commerce, est l’absence de cet esprit commercial qui a fait d’elle une des républiques les plus riches et les plus puissantes de la terre. On cherche, sans la pouvoir trouver, cette classe intermédiaire et industrielle qui peuple les rez-de-chaussées et les trottoirs des rues de Paris et de Londres. À Florence, il n’y a que trois classes visibles : l’aristocratie, les étrangers et le peuple. Or, au premier coup d’œil, il est presque impossible de deviner comment et de quoi vit ce peuple. En effet, à part deux ou trois maisons princières, l’aristocratie dépense peu et le peuple ne travaille pas : c’est qu’à Florence l’hiver défraie l’été. À l’automne, vers l’époque où apparaissent les oiseaux de passage, des volées d’étrangers, Anglais, Russes et Français s’abattent sur Florence. Florence connaît cette époque ; elle ouvre les portes de ses hôtels et de ses maisons garnies, elle y fait entrer pêle-mêle, Français, Russes et Anglais, et jusqu’au printemps elle les plume.

Ce que je dis est à la lettre, et le calcul est facile à faire. Du mois de novembre au mois de mars, Florence compte un surcroît de population de dix mille personnes ; or, que chacune de ces dix mille personnes dépense, toutes les 24 heures, trois piastres seulement, je cote au plus bas, trente mille piastres s’écoulent quotidiennement par la ville. Cela fait quelque chose comme cent quatre-vingt mille francs par jour ; soixante mille personnes vivent là dessus.

Aussi, c’est encore en ceci qu’éclate l’extrême sollicitude du grand-duc pour son peuple. Il a compris que l’étranger était une source de fortune pour Florence, et tout étranger est le bien venu à Florence : l’Anglais avec sa morgue, le Français avec son indiscrétion, le Russe avec sa réserve. Le premier janvier arrivé, le palais Pitti, ouvert tous les jours aux étrangers, à la curiosité desquels il offre sa magnifique galerie, s’ouvre encore une fois par semaine, le soir, pour leur donner des bals splendides. Là, tout homme que son ambassadeur juge digne de l’hospitalité souveraine est présenté, et noble ou commerçant, industriel ou artiste, est reçu avec ce bienveillant sourire qui forme le caractère particulier de la physionomie pensive du grand-duc. Une fois présenté, l’étranger est invité pour toujours, et dès lors il vient seul à ces soirées princières, et cela avec plus de liberté qu’il n’irait à un bal de la Chaussée-d’Antin ; car, comme il est d’étiquette de point adresser la parole au grand-duc qu’il ne prenne l’initiative, et que, malgré son attentive affabilité, le grand-duc ne peut causer avec tout le monde, l’invité vient, boit, mange, et s’en va, sans être forcé de parler à personne ; c’est-à-dire, moins la carte, comme il ferait dans une magnifique hôtellerie.

Florence a donc deux aspects : son aspect d’été, son aspect d’hiver. Il faut en conséquence être resté un an à Florence, ou y être passé à deux époques opposées, pour connaître la ville des fleurs sous sa double face.

L’été, Florence est triste et à peu près solitaire : de huit heures du matin à quatre heures du soir, le vingtième de sa population à peine circule sous un soleil de plomb, dans ses rues aux portes et aux fenêtres fermées ; on dirait une ville morte, et visitée par des curieux seulement, comme Herculanum et Pompeïa. À quatre heures, le soleil tourne un peu, l’ombre descend sur les dalles ardentes et le long des murailles rougies, quelques fenêtres s’entrebâillent timidement pour recueillir quelques souffles de brise. Les grandes portes s’ouvrent, les calèches découvertes en sortent toutes peuplées de femmes et d’enfans, et s’acheminent vers les Cachines. Les hommes, en général, s’y rendent à part, en tilbury, à cheval ou à pied.

Les Cachines (j’écris le mot comme il se prononce), c’est le bois de Boulogne de Florence, moins la poussière, et plus la fraîcheur. On s’y rend par la porte del Prato, en suivant une grande allée d’une demi-lieue à peu près, toute plantée de beaux arbres. Au bout de cette allée, se trouve un casino appartenant au grand-duc. Devant ce casino, une place qu’on appelle le Piazzonne ; quatre allées aboutissent à cette place, et offrent aux voitures des dégagemens parfaitement ménagés.

Les Cachines forment deux promenades : la promenade d’été, la promenade d’hiver. L’été, on se promène à l’ombre ; l’hiver au soleil ; l’été au Pré, l’hiver à Longo-l’Arno.

L’une et l’autre de ces promenades sont essentiellement aristocratiques ; le peuple n’y paraît même pas. Une des choses particulières encore aux Toscans, est cette distinction des rangs que les classes inférieures maintiennent avec soin, loin de chercher, comme en France, à les effacer éternellement.

La promenade d’été est un grand pré, d’un tiers de lieue de long à peu près et de cent pas de large, tout bordé, sur un côté, d’un rideau de grands arbres qui intercepte entièrement les rayons du soleil. Ces arbres, qui se composent de chênes verts, de pins, de hêtres garnis d’énormes lierres, sont des plus beaux que j’aie jamais vus, même dans les forêts de France et d’Allemagne ; c’est la remise d’une multitude de lièvres et de faisans qui se promènent pêle-mêle avec les promeneurs ; parmi ceux-ci on reconnaît les chasseurs : ils mettent le gibier en joue avec leurs cannes.

Au milieu de tout ce monde, et coudoyé par ceux qui ne le connaissent pas, vêtu avec une simplicité extrême, se promène le grand-duc accompagné de sa femme, de ses deux filles, de sa sœur, et de la grande-duchesse douairière. Deux ou trois autres beaux enfans qui composent le reste de sa famille bondissent joyeusement à part sous la surveillance de leurs gouvernantes.

Le grand-duc est un homme de quarante à quarante-deux ans, aux cheveux déjà blanchis par le travail ; car le grand-duc, Toscan par le cœur, mais Allemand par l’esprit, travaille huit à dix heures par jour. Il porte habituellement, un peu inclinée, sur sa poitrine, sa tête que de dix pas en dix pas il relève pour saluer ceux qui passent. À chaque salut, sa figure calme et pensive s’éclaire d’un sourire plein d’intelligente bienveillance : ce sourire lui est particulier, et je ne l’ai vu qu’à lui.

La grande-duchesse lui donne ordinairement le bras : sa mise est simple, mais toujours parfaitement élégante. C’est une princesse de Naples, gracieuse comme sont en général les princesses de la maison de Bourbon, et qui serait belle partout, car sa beauté n’a point de type particulier ; c’est quelque chose à la fois de bon et de distingué : ses épaules et ses bras surtout pourraient servir de modèle à un statuaire.

Les deux jeunes princesses viennent derrière, causant presque toujours avec la grande-duchesse douairière qui a fait leur éducation, ou avec leur tante. Elles sont filles d’un premier mariage, ce qui se voit facilement, la grande-duchesse ayant l’air de leur sœur aînée. Elles sont belles toutes deux de cette beauté allemande dont le caractère principal est la douceur. Seulement, la taille frêle de l’aînée donne quelques craintes, dit-on, à la sollicitude paternelle. Mais Florence est une bonne et douce mère, Florence la bercera si bien à son beau soleil qu’elle la guérira.

Il y a quelque chose de touchant et de patriarcal à voir une famille souveraine mêlée ainsi à son peuple, s’arrêtant de vingt pas en vingt pas, pour causer avec les pères et pour embrasser les enfans. Cette vue me reportait en souvenir à notre pauvre famille royale, enfermée dans son château des Tuileries comme dans une prison, et tremblante, chaque fois que le roi sort, à l’idée que ses six chevaux, si rapide que soit leur galop, pourraient ne ramener qu’un cadavre.

Pendant qu’on se promène, les voitures attendent dans les allées adjacentes. Vers les six heures, chacun remonte dans la sienne, et les cochers reprennent d’eux-mêmes, et sans qu’on le leur dise, le chemin du Piazzonne ; là ils s’arrêtent sans qu’on ait même besoin de leur faire signe.

C’est que le Piazzonne de Florence offre ce que n’offre peut-être aucune autre ville : une espèce de cercle en plein air, où chacun reçoit et rend ses visites ; il va sans dire que les visiteurs sont les hommes. Les femmes restent dans les voitures, les hommes vont de l’une à l’autre, causent à la portière, ceux-ci à pied, ceux-là à cheval, quelques-uns plus familiers montés sur le marchepied.

C’est là que la vie se règle, que les coups d’œil s’échangent, que les rendez-vous se donnent.

Au milieu de toutes ces voitures passent des fleuristes vous jetant des bouquets de roses et de violettes, dont elles iront le lendemain matin, au café, demander le prix aux hommes en leur présentant un œillet. Au reste, ce lendemain venu, paie qui veut, les fleurs ne sont pas cher à Florence. Florence est le pays des fleurs ; demandez plutôt à Benvenuto Cellini.

On reste là jusqu’à huit heures. À huit heures, un léger brouillard s’élève au fond du pré. Ce brouillard, c’est la source de tout mal ; il renferme la goutte, les rhumatismes, la cécité ; sans ce brouillard, les Florentins seraient immortels. C’est ainsi qu’ils ont été punis, eux, du péché de notre premier père : aussi, à la vue de ce brouillard, chaque groupe se disperse, chaque colloque s’interrompt, chaque voiture détale, il ne reste que les trois ou quatre calèches d’étrangers, qui, n’étant pas du pays, ne connaissent pas ce formidable brouillard, ou qui le connaissant n’en ont pas peur.

À neuf heures, les retardataires quittent le Piazzonne et reviennent à leur tour vers la ville. À la porte del Prato, ils trouvent un second cercle : le brouillard ne vient pas jusque là. De la porte del Prato on le brave, on le nargue ; la chaleur que le soleil a communiquée aux pierres des remparts, et qu’elle conserve une partie de la nuit, le repousse. On reste là jusqu’à dix heures et demie ; seulement à dix heures les gens économes quittent la partie : à dix heures, la herse se baisse, et il faut donner dix sous pour la faire lever.

À onze heures, presque toujours les Florentins sont rentrés chez eux, à moins qu’il n’y ait fête chez la comtesse Nencini. Les étrangers seuls restent à courir la ville au clair de lune, jusqu’à deux heures du matin.

Mais s’il y a fête chez la comtesse Nencini, tout le monde s’y porte.

La comtesse Nencini a été une des plus belles femmes de Florence, et en est restée une des plus spirituelles : c’est une Pandolfini, c’est-à-dire une des plus grandes dames de la Toscane. Le pape Jules II a fait don à un de ses aïeux d’un charmant palais bâti par Raphaël. C’est dans ce palais qu’elle habite, et dans le jardin attenant qu’elle donne ses fêtes ; elles ont lieu les quatre dimanches de juillet. Chacun sait cela, chacun les attend, chacun s’y prépare ; si bien que, bon gré mal gré, elle est forcée de les donner ; il y aurait émeute si elle ne les donnait pas.

C’est qu’aussi ces quatre fêtes de nuit sont bien les plus charmantes fêtes qui se puissent voir. Qu’on se figure un délicieux palais, ni trop grand ni trop petit, comme chacun voudrait en avoir un, qu’on soit prince ou artiste, meublé avec un goût parfait, des plus beaux meubles de caprice qu’il y ait dans tout Florence, illuminé a giorno, comme on dit en Italie, et s’ouvrant par toutes ses portes et par toutes ses fenêtres sur un jardin anglais, dont chaque arbre porte, au lieu de fruits, des centaines de lanternes de couleur. Sous tous les berceaux de ce jardin, des groupes de chanteurs ou d’instrumentistes, et dans les allées cinq cents personnes qui se promènent, et qui vont tour à tour alimenter un bal, qu’on voit bondir joyeusement de loin dans une serre pleine d’orangers et de camélias.

À part quelques concerts à la Philharmonique, quelques soirées improvisées par un anniversaire de naissance ou une fête patronale, quelques représentations extraordinaires d’opéra à la Pergola, ou de prose au Cocomero, voilà Florence l’été quant à l’aristocratie. Quant au peuple, il a les églises, les processions, les promenades au Parterre, et ses causeries dans les rues et à la porte des cafés qui ne se ferment ni jour ni nuit ; s’accrochant au reste à tout ce qui a l’apparence d’une fête, avec un laisser-aller plein de paresse et de bonhomie ; saisissant chaque plaisir qui passe sans s’inquiéter de le fixer, et le quittant comme il l’a pris pour en attendre un autre. Un soir, nous entendîmes un grand bruit ; deux ou trois musiciens de la Pergola, en sortant du théâtre, avaient eu l’idée de s’en aller chez eux en jouant une valse ; la population éparse par les rues s’était mis à les suivre en valsant. Les hommes qui n’avaient point trouvé de danseuses valsaient entre eux. Cinq ou six cents personnes prirent ainsi le plaisir du bal depuis la place du Dôme jusqu’à la porte du Prato où demeurait le dernier musicien ; le dernier musicien rentré chez lui, les valseurs revinrent bras dessus, bras dessous, en chantant l’air sur lequel ils avaient valsé.