Une Campagne de vingt-et-un ans/Chapitre V

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Librairie de l’Éducation Physique (p. 33-42).


V

LE CONGRÈS ET LES CONCOURS DE 1889


Lorsque, le 29 octobre 1888, le Comité pour la propagation des exercices physiques s’assembla à la Sorbonne sous la présidence de M. Jules Simon, il se trouva en présence d’une situation entièrement modifiée. Au milieu de l’été avaient commencé à paraître dans le Temps, une série de chroniques sur les Jeux scolaires, signées du nom de Philippe Daryl. Ces chroniques m’avaient semblé propres à être mises entre les mains de nos jeunes gens ; ignorant totalement si leur auteur comptait ou non les réunir en volume, je lui écrivis à tout hasard et voici la lettre que je reçus de lui. Elle porte l’entête du Temps et la date du 19 septembre 1888 : « Monsieur le baron, mes articles revus et considérablement augmentés doivent bien paraître chez Hetzel et je compte les compléter par des monographies plus détaillées des principaux jeux scolaires. Mais, précisément parce que je tiens à rendre ces monographies aussi claires et précises que possible, il m’est impossible de dire encore si mon livre sera prêt pour la rentrée des classes. Ce que je serais heureux de faire, si cela peut vous être agréable, ce serait de vous adresser aussitôt que possible les « bonnes feuilles » des parties que vous voudriez mettre aux mains de vos jeunes athlètes. Je m’arrangerais pour les compléter les premières si vous voulez bien me dire quelles sont celles que vous désirez. Comme vous avez pu le voir dans le Temps d’hier, c’est à mon sens le noble jeu de paume qu’il faudrait faire revivre, enseigner et faire goûter à notre jeunesse. À côté des raisons diverses qui en font le meilleur et le plus charmant de tous les exercices pour les jeunes français, il en est une autre plus importante encore et que je compte développer dans mon prochain article : c’est qu’il existe encore, à Paris et en province, d’excellents paumiers et qu’il sera, par conséquent, facile de rénover cette belle tradition nationale. Or c’est là une considération de premier ordre ; il n’y a rien de plus nécessaire qu’un bon instructeur pour arriver à bien jouer les grands jeux de force et d’adresse et rien de plus difficile à se procurer, quand il s’agit de jeux exotiques. La paume est d’ailleurs un jeu supérieur au cricket même (qui en est un dérivé plus grossier) ; elle est plus variée, plus amusante, plus facile à jouer passablement, aussi difficile à jouer supérieurement[1] et beaucoup mieux appropriée à notre milieu naturel et social. J’avais déjà l’intention de saisir Ch. Richefeu
m. ch. richefeu
Président de la Société de Longue Paume du Luxembourg
L’apôtre et le Mécène de la Paume
directement de ce projet le ministre de l’instruction publique et je n’attendais pour cela que le retour de M. A. Hébrard avec qui cette campagne du Temps a été combinée. Je n’ai pas besoin de vous dire, monsieur, combien nous serions heureux de l’appui de votre Comité s’il croyait devoir coopérer à notre démarche. Ce n’est pas d’hier que je m’occupe de cette question vitale comme vous le verrez quand je vous aurai dit que je suis l’auteur des livres signés André Laurie et que vous avez bien voulu citer dans votre brillante conférence du 15 juin. Veuillez agréer, monsieur le baron, avec tous mes remerciements, l’expression de mes sentiments les plus distingués. » Cette fort aimable lettre était signée : Paschal Grousset (Philippe Daryl). Je répondis aussitôt que notre Comité, à la rentrée, examinerait très volontiers l’opportunité d’une démarche en faveur de la paume et je n’entendis plus parler de M. Grousset dont le nom, étant donné l’âge que j’avais au moment de la Commune, n’avait éveillé en moi, tout d’abord, que des souvenirs imprécis. Il n’existe qu’un vague rapport, on l’avouera, entre le projet qui venait de m’être communiqué et celui qui se trouva réalisé tout à coup avec une ampleur et une soudaineté merveilleuses. On remarquera que M. Hébrard était membre de notre Comité auquel il est vrai de dire qu’il n’avait donné signe de vie depuis son adhésion. La Ligue dont la composition et les statuts jaillirent en travers de notre route sans que rien nous l’eût fait prévoir, reçut instantanément l’adhésion de M. le recteur Gréard et d’un grand nombre de fonctionnaires. Elle « officialisa » aussitôt la question de l’Éducation physique, la hâta et jeta les bases d’une organisation toute différente de celle que nous avions en vue, d’une organisation bruyante et ostensible avec, au sommet, ce projet de Lendit qui commença de tourner les têtes des jeunes lycéens susceptibles de s’y voir couronner. De plus, elle dériva sur elle-même, par le seul fait d’une fondation si sensationnelle, les générosités auxquelles nous nous apprêtions à faire appel ; et le projet des parcs scolaires fut emporté comme par une bourrasque.

Voilà ce qui donnait à la séance du 29 octobre un certain caractère de contrainte. M. Jules Simon n’était pas content, trouvant qu’on avait manqué d’égards envers lui ; M. Gréard affectait de se laver les mains et M. Picot prêchait la conciliation. Finalement,
Concours de longue paume
concours de longue paume au jardin du luxembourg, le 18 juin 1889
on reconnut que le Comité devait, sans s’émouvoir, poursuivre sa route et cette résolution décida du sort d’un projet mis en avant pendant l’été par M. Godart et auquel l’administration de l’Exposition de 1889 avait fait très bon accueil. Parmi les congrès internationaux organisés à l’occasion de l’Exposition, il y aurait donc un Congrès des Exercices physiques. Les membres du comité d’organisation en furent nommés par arrêté ministériel du 12 novembre (complété par d’autres arrêtés en date du 28 janvier et 1er mars 1889). Le comité dans lequel j’avais obtenu que la Ligue nouvelle dont je redoutais l’ingérence ne fut pas représentée par d’autres que par son président, l’illustre M. Berthelot (lequel d’ailleurs s’en désintéressa) s’assembla au ministère de l’instruction publique dès le 20 novembre. Il comprenait MM. Berthelot, le Dr Blatin, député, Buisson, directeur de l’enseignement primaire, le Dr Brouardel, doyen de la Faculté de médecine, Ed. Caillat, Ad. Carnot, Chaumeton, président des Étudiants, Claude Lafontaine, Féry d’Esclands, Godart, Gréard, le Dr Javal, Korlz, proviseur du lycée Janson, le Dr Lagrange, Lavisse, Hébrard de Villeneuve, Legouvé, de l’Académie française, Marey, Mérillon, député, le marquis de Mornay, Moutard, Georges Morel et son successeur à la direction de l’enseignement secondaire, E. Rahier, le Dr Rochard, Sansbœuf, président de l’Union des Sociétés de gymnastique, le général Tramond et le Dr Troisier.

Les congrès de 1889, pas très nombreux, étaient fort agréables à mettre en train. Liberté absolue, aucune centralisation et franchise postale. Par exemple, ils n’étaient pas hospitalisés. Mais l’aimable M. Collignon y pourvut en mettant à notre disposition l’École des ponts et chaussées, rue des Saints-Pères. Les cotisations fixées à 5 francs ne nous laissaient pas espérer un gros budget ; il eût suffi sans doute pour la partie technique mais je tenais absolument à une partie pratique, c’est-à-dire à des concours sportifs pour les potaches. Pour cette partie-là, nos ressources se montaient à zéro. Mais bah ! qui veut la fin trouve les moyens.

Le premier concours eut lieu le jeudi 6 juin, de 1 heure à 6 heures, au manège du Jardin d’Acclimatation. Grâce à l’obligeance de M. Geoffroy-Saint Hilaire, six cents coupons d’entrée gratuite au Jardin avaient été distribués aux concurrents et à leurs familles ainsi qu’à la presse et aux membres du congrès. Le Jury comprenait le comte de Montigny et deux officiers supérieurs désignés par le gouverneur de Paris. La présidence du concours appartenait au général de Kermartin, directeur de la cavalerie, représentant le ministre de la Guerre. Ce fut un grand succès. Cent cinquante concurrents appartenant aux lycées Janson, Lakanal, Charlemagne, Michelet, Saint-Louis, Henri iv, aux collèges Stanislas et Rollin, aux écoles Monge et Saint-Charles ainsi qu’au lycée de Versailles se présentèrent. Ils avaient été répartis en deux catégories : juniors (de 10 à 15 ans) et seniors (au-dessus de 15 ans). L’épreuve consistait en une reprise de manège avec et sans étriers de la durée d’une demi-heure. Une seconde épreuve réservée aux trente classés premiers dans la première épreuve comprenait le saut d’un obstacle ; des prix spéciaux étaient attribués à la voltige.

Le dimanche 9 juin, le lundi 10 et le mardi 11 (fêtes de la Pentecôte), furent consacrés à l’escrime. D’abord, par les soins de la Société d’Encouragement, les élèves des lycées et collèges de Paris se rencontrèrent dans la salle des fêtes du Grand-Hôtel ; brillante matinée présidée par M. Jules Simon. Puis à la caserne Bellechasse, grâce à M. Féry d’Esclands qui s’était chargé de cette seconde journée, les élèves des lycées provinciaux (Lille, Poitiers, Bayonne, Belfort, Médéah, Orléans, etc.), ferraillèrent sous le regard présidentiel du prince Bibesco et entrainés par les musiciens roumains de l’Exposition. Enfin, le dernier jour, les vainqueurs de la veille et de l’avant-veille, se disputèrent le laurier final au ministère de l’instruction publique. Qui fit les honneurs de cette fête-là ?… le ministre d’alors, lequel s’appelait tout simplement Armand Fallières : fête d’ailleurs supérieurement dirigée par l’Académie d’armes et terminée par un lunch copieux servi dans le jardin.

Le matin du 10 juin, une réunion de sports athlétiques avait attiré au Racing-Club trois cent soixante-quinze lycéens et collégiens ; il fallut tout le sang-froid et le savoir faire de M. de Saint-Clair pour se tirer d’un pareil embarras, le programme ne comportant pas moins de quinze numéros. Le lendemain, à l’heure où se terminaient les épreuves d’escrime chez M. Fallières, un rallye interscolaire auquel participaient les élèves de l’école Alsacienne, de l’école Monge, des lycées Charlemagne et Janson, était couru dans les bois de Ville-d’Avray. Enfin, le vendredi 14, avait lieu au Nouveau-Cirque une séance de gymnastique suédoise. Le comte de Löwenhaupt, ministre de Suède l’avait imposée à M. Gréard, lequel me l’avait imposée. J’avais d’abord poussé les hauts cris à cause du budget que quelques saignées faites à ma propre bourse laissaient encore assez maigrichon. Mais, la Légation de Suède ayant pris à sa charge la location de la salle, il ne nous restait à payer que l’impression des cartes. J’ai là un petit billet de Jules Simon : « La dépense montera à 35 francs que vous aurez à fournir à M. Gréard ». Va pour les 35 francs. Le plus drôle, c’est qu’ayant mis tout cela en train, le comte Löwenhaupt ne vint pas. Le bureau du congrès trôna tout seul dans la loge d’honneur. C’était là, révérence gardée, une des chinoiseries nombreuses auxquelles l’Europe s’était obligée en entourant de sympathies officieuses l’Exposition de 1889 et en affectant de l’ignorer officiellement. Avouez que la dignité monarchique n’eût pas souffert
Manège du jardin d’acclimatation
le manège du jardin d’acclimatation eut lieu, le 6 juin 1889, le concours d’équitation
grand’chose si, ce jour-là, les représentants de la Suède étaient venus entendre la Marseillaise. Les gymnastes, est-il besoin de le dire, travaillèrent superbement. Ils étaient commandés par Viktor Balck ; de là date notre fidèle amitié.

Le samedi soir 15 juin, le Congrès proprement dit s’ouvrit dans le grand amphithéâtre de l’École des Ponts et Chaussées. L’annonce partout répétée d’un discours de Jules Simon n’avait attiré cette fois qu’un auditoire restreint ; il y eut beaucoup plus de monde le mardi 18 pour la conférence du Dr Lagrange. Cela n’empêcha pas notre président de s’élever à la plus haute éloquence ; je ne me rappelle rien de plus beau que sa péroraison de ce soir-là, si ce n’est le discours de 1892 dont je parlerai plus loin. « Quand on monte sur les monts, s’écria-t-il, et qu’on voit de là l’humanité, il faut que la vie vous paraisse joyeuse et qu’on entende des cris de joie. Voilà le spectacle qu’il faut se donner. Fêtons, messieurs, dans ce congrès, le retour à la gaieté française, à la vieille gaieté gauloise, et le retour à la vaillance des corps qui est la compagne de la vaillance des esprits ». Le comité d’organisation ayant achevé son mandat, on procéda à la constitution du bureau du congrès. Furent élus : président, M. Jules Simon ; vice-présidents : MM. le général Lewal, le Dr Brouardel, le Dr Rochard, Féry d’Esclands, Ad. Carnot, Kortz. Je demandai comme secrétaire général l’aide d’un secrétaire-adjoint qui fut M. Joseph du Teil.

L’espace me manque pour entrer ici dans le détail des séances. Il y en eut cinq fort bien remplies. L’une fut consacrée à l’équitation. Presque tous les directeurs des manèges parisiens se trouvaient là. Des rapports furent présentés sur l’enseignement du tir et de la gymnastique par le général Tramond, sur la pratique de l’aviron et de la natation par M. Ed. Caillat, sur le sport pédestre, la marche et les courses à pied par M. de Saint-Clair. Je donnai moi-même connaissance des résultats de l’enquête à laquelle nous avions procédé dans les pays anglo-saxons. Les facilités qui nous étaient offertes pour l’impression et l’envoi de prospectus par l’administration de l’Exposition m’avaient inspiré l’idée d’adresser un questionnaire à tous les grands établissements d’enseignement secondaire d’Angleterre, des États-Unis et des colonies anglaises. Je voulais savoir si le « système » d’Arnold s’était étendu partout et si les principes qui en sont la base demeuraient partout en vigueur. J’avais donc rédigé une circulaire et un questionnaire en langue anglaise qui furent envoyés par l’Exposition. Les réponses affinèrent. Presque tous les grands collèges d’Angleterre, plus de quatre-vingt-dix écoles ou universités des États-Unis, l’Université du Cap et les quatre collèges qui en dépendent, les écoles de la Jamaïque et de Hong-Kong, du Canada et de Ceylan, participèrent de la sorte au congrès. Par ces réponses dont presque aucune ne nommait Arnold mais dont toutes concluaient dans le sens de ses doctrines, nous pûmes constater l’absence de fissures dans le bloc pédagogique édifié par son génie.

Les vœux présentés au congrès par MM. le Dr Lagneau, le comte de Montigny, du Teil, Hébrard de Villeneuve, le général Tramond, Mérillon, Lorenzi, délégué de l’Union des professeurs de gymnastique, A. V. Thiriet, président du cercle gymnique de France, eurent trait à l’organisation de cours scolaires d’équitation, à la création de concours régionaux pour l’escrime, à la fréquentation des stands civils par les élèves des lycées et collèges, à la distribution de prix annuels d’escrime et d’équitation, à l’édification par les municipalités de « pavillons gymniques et hydrothérapiques » à très bon marché, à la préparation des lycéens au service militaire, enfin à l’attribution de coefficients physiques aux examens de fin d’études.

Pendant la durée du congrès, les concours et les fêtes avaient continué. Le 16 juin, excursion en Marne. Lunch offert à son garage par la Société nautique de la Marne. De là on s’était rendu en bateau à vapeur à Nogent pour assister à une course à huit rameurs entre la Société d’Encouragement et la Société Nautique de la Basse-Seine. M. Jules Simon était là, infatigable malgré qu’il eût « cinq congrès à la fois ». Le concours de longue paume, organisé avec son zèle et sa munificence ordinaires par notre cher et fidèle auxiliaire, M. Ch. Richefeu, eut lieu au Luxembourg, sous la présidence de M. Ad. Carnot, l’un des vice-présidents du congrès. D’élégantes tribunes et un buffet avaient été installés par les soins du Mécène de la paume. Le jeudi 20 juin, à la piscine du boulevard de la Gare, concours de natation entre 137 concurrents appartenant aux lycées Charlemagne, Condorcet, Janson, Lakanal, Michelet, Louis-le-Grand, Henri iv, Saint-Louis, Hoche, aux écoles Alsacienne, Monge, Bossuet, Lavoisier et au collège Rollin. Les arrivées étaient pointées par M. Paul Christmann, commissaire du concours. À noter enfin la fête donnée au Bois de Boulogne par l’École Monge, le vendredi 21 juin ; match de football contre le lycée Janson ; défilé hippique et défilé nautique (ce dernier comprenant huit yoles à quatre et un outrigger à deux de pointe).

Enfin vint le grand jour de la distribution des prix. Elle eut lieu le dimanche 30 juin à 2 heures dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. « Je présume, m’écrivait M. Jules Simon deux jours avant, qu’il faut aller à la distribution en cravate blanche. M. Saussier me répond que partout où je vais, j’ai droit aux honneurs militaires (voilà un général !) et qu’il donne des ordres pour la musique ». Aux côtés de notre président avaient pris place MM. Gréard, Rabier, Kortz, Jacques, président du Conseil général de la Seine, le général Lewal, le prince Bibesco et aussi le comte Brunetta d’Usseaux qui était venu de Turin comme délégué du Rowing Club Italiano et avait, en cette qualité, suivi les travaux du Congrès. La liste des lauréats fut très longue à lire. Jules Simon prononça un discours. À quelque temps de là, comme je lui envoyais une médaille commémorative, il m’adressa ce billet : « Eh ! comment ? vous donnez des médailles ? Eh bien ! qu’est-ce que nous vous donnerons à vous qui avez été le congrès même ?… Si je vous avais su encore à Paris, je vous aurais écrit quand Fallières m’a annoncé qu’il vous avait chargé d’une mission en Amérique mais je vous croyais en Angleterre. »

Avant de raconter ce que je m’en allais faire en Amérique, je dois mentionner pour en finir avec cette première partie de Paul Christmann
m. paul christmann
Membre du Comité de permanence de l’Union des Sociétés de gymnastique de France
Commissaire du concours de natation du 20 juin 1889.
l’année 1889, deux faits : d’abord la publication (en mars) du petit Manuel des Jeux scolaires et des Exercices athlétiques, rédigé par les soins de notre comité ou plutôt d’une sous-commission émanée de lui, présidée par M. Morel, comprenant avec moi qui en étais le secrétaire, MM. Caillat, Fouret, Godart, Richefeu, Rieder et de Saint-Clair. Il condensait en 28 pages des notices précieuses sur la longue paume, le football, le tennis, la balle à la crosse (hockey), la crosse, les courses à pied, les rallyes, la natation et l’aviron. Imprimé à l’imprimerie Nationale et répandu par l’Université, il rendit d’inappréciables services dans les milieux encore mal préparés à une conception sérieuse de l’éducation physique. Je mentionnerai ensuite notre visite « apostolique » au Prytanée de la Flèche. Elle eut lieu le 19 mai. C’est M. Richefeu qui l’avait conçue et préparée. Il emmenait les meilleurs paumiers du Luxembourg afin d’implanter la paume là-bas. Les petits Brutions de leur côté montrèrent leurs talents en équitation, sauts, boxe et gymnastique aux agrès. Je leur fis une conférence dans la belle salle des Actes. Le colonel Prax se multiplia pour rendre plus agréable notre passage sous le toit hospitalier du Prytanée.

Voici maintenant quelle était, en entreprenant une excursion transatlantique, mon arrière-pensée. La Ligue de l’Éducation physique s’était posée en champion du nationalisme. M. Paschal Grousset, très habilement, l’avait établie sur ce terrain. Il affectait de ne voir en nous que des anglomanes obtus se proposant « d’importer en France les jeux scolaires du Royaume-Uni, comme on y importe des chiens d’arrêt et des chevaux de courses. » (Renaissance physique, chap. i). D’un bout à l’autre de son livre, il était revenu sur cette idée, débaptisant au passage le football pour l’appeler barette et terminant par cette adjuration solennelle : « Soyons français ! Soyons-le avec passion même dans les petites choses : soyons-le surtout dans les grandes comme l’éducation de nos fils, si nous voulons que la France survive au milieu des fauves qui rugissent autour d’elle. » (Id. chap. xix). À tant répéter en ce temps-là que la Ligue incarnait les traditions nationales en face d’un Comité qui s’humiliait devant l’Angleterre, on risquait de compromettre notre œuvre et surtout de rendre impossible cette transformation du régime général de nos lycées d’après les données arnoldiennes, transformation en laquelle j’espérais toujours fermement et dont j’attendais de si grandes choses. Je voulus donc élargir le cercle des modèles à suivre ; il y en avait aussi au-delà de l’océan et, si une crise d’anglophobie scolaire survenait en France, nous aurions du moins la jeunesse des États-Unis à donner en exemple à la nôtre. J’avais aussi quelque désir de travailler, sans savoir comment, à rapprocher de la France les universités des États-Unis et, sur ce point, mon instinct ne m’avait pas trompé puisque j’ai eu la bonne fortune de pouvoir amorcer par la suite cette œuvre-là. Qui donc, hélas ! s’en souciait chez nous, de ces belles universités ? presque personne. Un pourtant que je veux citer ; M. Jules Ferry que je ne connaissais pas, avait répondu à l’envoi un peu tardif de mon livre sur l’Angleterre, par un billet dans lequel il me disait : « L’œuvre de réforme pratique qui en est issue peut compter sur mon concours. » Cette fois, il me souhaita bon voyage et bon succès à travers cette jeune pédagogie dont il pressentait l’éclat futur et dont l’attitude à notre égard l’inquiétait ; et, faisant allusion au volume que je rapporterais de là-bas, il voulait bien ajouter : « Avec vous, on est assuré de ne voir que ce qui est et de le bien voir ». Aucune approbation ne m’a jamais causé plus de joie que celle-là.



  1. M. Paschal Grousset avait tout à fait raison de préférer la paume au cricket et il indiquait fort bien les motifs de cette préférence. Mais la paume réunissait coûteusement un petit nombre de joueurs et, au point de vue éducatif, il lui était impossible de rivaliser avec le football. Aussi m’étais-je décidé en faveur de ce dernier.