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SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1879.


Présidence de M. Aymard.


M. le docteur Langlois lit une intéressante communication sur des expériences qu’il a faites, dans le cours de cette année, sur la bruche[1].

M. Lascombe prie notre confrère, en sa qualité de président du Comité départemental de vigilance, de nous renseigner sur la situation de la question phylloxérique dans notre pays. M. Langlois annonce que les ravages de l’insecte destructeur de la vigne se sont produits dans un nouveau vignoble des environs du Puy, à Ceyssac, et qu’il s’est empressé de prendre les mesures nécessaires pour combattre le fléau sur ce point comme sur les autres déjà atteints, tels que Polignac, Aurec, Langeac, etc.

M. le Président exprime la satisfaction de la Société à l’occasion de la nomination récente, à titre de boursier de l’école nationale d’agriculture de Montpellier, d’un élève de la Ferme-Ecole de Nolhac, si bien dirigée par notre confrère M. Nicolas.

Il est donné lecture, par M. Bellon, du rapport suivant sur les viandes de boucherie consommées au Puy, en 1879, au point de vue de la prétendue introduction dans le pays de bestiaux de provenance étrangère :


RAPPORT SUR LA VIANDE DE BOUCHERIE
Réponse aux questions suivantes.

Y a-t-il baisse sur le prix de viandes de boucherie ?

En indiquer la cause ?

Provient-elle de l’introduction des viandes étrangères ?

Leur qualité est-elle supérieure ou inférieure à la nôtre ?

Pour l’intelligence des observations qui suivent, il est utile de former deux catégories.

La première qui comprend les animaux de boucherie proprement dite, tels que bœufs, vaches, veaux, moutons ; la deuxième qui comprend les porcs.

La base des prix porte sur les premières qualités, seules admises dans les statistiques.

Une baisse s’est produite en 1879, surtout dans ces derniers temps, sur les prix des animaux compris dans la première catégorie.

Ainsi, le prix moyen des bœufs, veaux et moutons variait entre 85 et 90 fr. les 100 kilogrammes ; il est descendu à 80 fr. pour les bœufs et les moutons, et à 75 et même 70 fr. pour les veaux.

Le prix moyen des porcs achetés sur pied était, en 1876 et 1877, de 56 fr. pour la graisse moyenne et de 64 fr. pour la première graisse, tandis que, en 1878 et 1879, le prix a été abaissé à 42 et 48 fr.

Le bruit s’est répandu, dans ces derniers temps, que cette baisse provenait d’introduction d’animaux étrangers vivants ou dépecés, et que quelques bouchers du Puy vendaient du bœuf d’Amérique.

Le fait est exact pour la viande de porc ; les introductions de viande salée de ces animaux ont réellement causé la baisse dans les prix ; mais des renseignements pris, rien ne vient confirmer l’exactitude de fait d’introduction de bœufs ou vaches amenés vivants ou de viande dépecée de ces animaux venant directement de départements voisins, encore moins d’Amérique.

Il importe de faire connaître un fait qui, peut-être, a donné naissance à ces bruits.

À l’époque de la maladie, dite cachexie aqueuse, qui sévissait sur la race ovine de notre région, une hausse s’était produite ; et, pour y parer dans une certaine mesure, quelques bouchers du Puy firent venir des moutons et brebis d’Italie. Je me suis trouvé deux fois au moment de leur débarquement. J’ai pu en apprécier la valeur par les observations des bouchers eux-mêmes.

Comme structure, cette race n’était pas inférieure à la nôtre, mais ces animaux étaient dans le plus mauvais état d’entretien. Ils portaient des blessures à la tête, aux jambes et sur le corps ; leur laine quoique tondue depuis peu de temps, s’échappait par flocon ; les mâles n’étaient pas châtrés ; et les bouchers eux-mêmes reconnaissaient l’infériorité de la viande sur la nôtre. Il y a eu, en tout, quatre arrivages de quatre-vingt-dix à cent moutons chaque fois.

Les causes de baisse sont trop multiples et échappent à mon appréciation ; mais ce que je tenais à constater, c’est que cette baisse n’avait pas pour cause l’introduction d’animaux étrangers, en ce qui concerne ceux qui sont compris dans la première catégorie.

Toutefois, qu’il me soit permis de présenter quelques observations à ce sujet et qui sont bien connues des éleveurs.

Il y a hausse après les années de sécheresse, lorsque l’année qui suit est abondante en foins et fourrages de toutes espèces, parce qu’alors l’éleveur peut entretenir une plus grande quantité de bestiaux qu’il a été obligé d’acheter à un prix plus élevé pour consommer tous ses fourrages.

Il y a baisse, lorsque la sécheresse commençant au printemps et se continuant en été, est la cause d’une récolte moins abondante qui oblige les agriculteurs à se défaire, à tous prix, du bétail qu’ils ne peuvent entretenir.

Mais, si l’on remarque que les cinq années qui viennent de s’écouler ont été humides, pluvieuses et très abondantes en fourrages, il n’est pas difficile de comprendre qu’aucune alternance de température ne s’étant produite, la production a été plus considérable non seulement dans notre région, mais même dans les régions du midi, et que, par suite, l’écoulement de cette nature de marchandise se soit ralenti et que la baisse se soit accentuée.


Une trouvaille de monnaies romaines en or a eu lieu, dans le courant de cette année, à Malrevers, canton du Puy. Elle est signalée en ces termes par M. Lascombe :


Au mois de juin dernier, M. Pierre Hostein, propriétaire à Malrevers, trouva, en labourant un champ situé au terroir des Trons, commune de Malrevers, deux pièces d’or absolument identiques, très bien conservées et frappées au type de Valentinien III, empereur romain d’Occident. Ce souverain, fils de Constance III et de Placidie, né à Ravenne en 419 de J.-C., déclaré César à Thessalonique en 424, nommé Auguste à Rome, l’année suivante, fut vaincu par Théodoric, roi des Goths, et donna, pendant son règne, dit Henry Cohen[2] auquel nous empruntons ces détails, le honteux spectacle de la mollesse, de la lâcheté et de la barbarie. Il fit assassiner Aétius et fut poignardé lui-même dans le Champ-de-Mars, en 455, par le sénateur Pétrone Maxime dont il avait violé la femme.

Il eût été important de savoir si le champ des Trons ne contenait pas des vestiges antiques tels que poteries, tuiles à rebords, fragments de sculptures, en un mot, des débris révélant l’existence antérieure d’une villa, d’un édicule ou d’une tombe. Malheureusement, il nous fut impossible de nous renseigner à cet égard.

Au point de vue numismatique, la découverte de M. Hostein n’a pas une grande valeur, car les monnaies d’or de Valentinien III sont assez communes ; mais l’état de conservation de ces pièces, leur présence dans une localité rapprochée du Puy, offrent un certain intérêt pour notre Société, dont le but principal est de recueillir et de sauvegarder les monuments antiques exhumés de notre sol.

Voici la description des pièces de Malrevers :


Dominus noster Placidius Valentinianus pius felix Augustus.

buste diadémé à droite, avec le paludament et la cuirasse.

Au revers :
Victoria Augustorum.

Valentinien debout de face, écrasant du pied droit la tête d’un dragon et tenant une longue croix et un globe surmonté d’une Victoire. Dans le champ, R. V. ; à l’exergue, Comob.


Une communication est faite par M. Lascombe, au sujet du cartulaire de Pébrac, publié par M. l’abbé Payrard et d’un compte-rendu de cet ouvrage, inséré dans la bibliothèque de l’École des chartes[3].

M. Moullade, pharmacien, a découvert, cette année, un certain nombre de plantes qui n’ont pas été indiquées dans les flores locales de MM. Arnaud et Latourette.

Il signale :

1o Orchis montana (dans la région du Mezenc) ;
2o Orchis albida ;
3o Orchis odoratissima (sur les bords du Lignon, non loin de sa source, près d’un petit bois). Boreau indique l’orchis odoratissima comme se trouvant dans la Haute-Loire, ainsi que Lamothe dans son catalogue des plantes vasculaires du plateau central ;
4o Nigritella nigra (dans les pâturages de toute la région du Mezenc, au mois de mai). Cette belle orchidée y est très abondante et c’est elle, probablement, que Arnaud et Latourette ont prise pour l’Orchis globosa. M. du Villard, seul, d’après Lamothe, l’aurait reconnue ;
5o Orchis coriophora (au mois de juillet, à Monistrol, entre l’Allier et la montagne de la Madeleine) ;
6o Pyrola chlorantha (ne se trouve, d’après M. Lamothe, sur tout le plateau central, que dans un bois de pins près Costaros ; M. Moullade l’a retrouvée sur ce point et en d’autres lieux, notamment au bois de Taulhac) ;
7o Moneses grandiflora (aux bois de Taulhac et de Costaros).


M. le Président annonce l’acquisition, par l’entremise de M. Émile Giraud, conservateur des galeries de peinture, de quatre tableaux pour le Musée du Puy. Trois de ces toiles sont dues au pinceau de Guichard, Appian et Joseph Vernet. La quatrième est attribuée à Louis Tocqué.

Au nom de l’Assemblée, M. le Président exprime les regrets qu’a causés dans son sein la mort subite de notre honorable collègue M. Paul Joyeux, l’un des membres fondateurs de notre Société.

L’ordre du jour appelle la discussion des candidatures de MM. Louis Chaleyer, propriétaire à Firminy, Repiquet, médecin-vétérinaire de la même ville, Tollain, ancien magistrat, Louis Maliat, directeur des contributions directes, et Sagebien, conseiller de préfecture au Puy. À l’unanimité, ces candidats sont élus, les deux premiers membres non résidants, et les trois autres membres résidants.

A. Lascombe.

  1. V. IIe vol., Mémoires, p. 250.
  2. Description historique des monnaies frappées sous l’empire romain. T. VI, p. 502.
  3. V. IIe vol., Mémoires, p. 222.