Variétés et nouvelles, 1830

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Variétés et Nouvelles
!I. Variétés

Lettre de M. le docteur Pariset sur l’Égypte

La lettre suivante a été adressée à M. le comte de T…, pair de France. Nous en citerons les morceaux les plus intéressans parmi ceux qui nous ont été communiqués.

Au Caire, 18 décembre 1829.

… Le Nil a été fort grand cette année. Or, lorsqu’à une forte inondation succède un hiver tiède, la peste est presque inévitable. C’est un sentiment universel en Égypte ; et par là se trouverait suffisamment réfutée, selon moi, l’opinion de ceux qui veulent que la peste soit toujours apportée de Constantinople, de Smyrne, de l’Archipel, ou de la Syrie. Si donc l’hiver est chaud, comme il sera nécessairement humide, nous aurons la peste ; et je puis vous dire que, dans le cours du mois passé ; et je puis vous dire que, dans le cours du mois passé, j’en ai vu et touché des préludes manifestes. J’ai vu des sujets attaqués de douleurs de tête, de fièvre et de bubons, tantôt aux aines et sur l’hypogastre, tantôt aux aisselles, au cou, etc ; d’autres sont pris tout à coup de douleurs de tête, de vomissemens, et meurent après huit, dix douze et quatorze heures de maladie. Un de ces derniers sujets (petite fille de sept à huit ans) a été couvert, sur le point de mourir, de taches noires, livides, violettes, sur la poitrine, sur les flancs et sur tout l’hypgastres ; et ce dernier signe est mortel<. Voilà ce que j’ai vu et touché. Dans les premiers jours de décembre, j’ai vu, à l’hôpital Abouzabel, un cas non moins significatif ; mais toutes ces ébauches de peste n’auront aucune suite, si le froid qui règne ici depuis quelques jours vient à persévérer. Il en serait autrement, s’il cesse, si des pluies tombent en janvier ; si février a des chaleurs prématurées, etc. : car, pour avoir une peste, il faut encore bien des façons. Dans les premiers jours de mars, on saura très-positivement à quoi s’en tenir. Toutefois, je puis vous dire que, même dans les années ordinaires, où il n’est pas question de peste du tout, rien de plus commun que d’en rencontrer des centaines d’exemples, dans les villages du Delta. Ces pestes sont bénignes : elles ne se communiquent pas : et cependant il est elle petite population, celle de Mit-Gamar, en particulier, où elles enlèvent jusqu’à douze et quinze personnes par jour. A quoi tient qu’elles ne prennent pas constamment le caractère contagieux ?… problème qu’on ne résoudra jamais.

Supposé que la peste se taise en 1830, c’est en avril que nous retournerons en France. Quoi qu’on s’avise de dire sur ce voyage, j’aurai la consolation de revenir avec la certitude que toutes mes conjectures sur ce pays n’étaient point chimériques. Je suis plus que jamais dans la conviction que l’ancienne pratique des embaumemens était une pratique d’hygiène. Le seul embarras est de comprendre où l’ancienne Égypte a pu cacher tans de matières animales. Mais si l’on veut bien songer à tout ce qu’en peuvent contenir plusieurs centaines de lieues carrées, prises sur le désert et dans l’intérieur des montagnes, la difficulté s’évanouira. La plaine des Momies, à Saquarals, est de quarante-neuf lieues carrées et elle toute seule, puisqu’elle a sept lieues sur chaque côte. J’ai parcouru en partie des rues de vingt pieds de large, sur trente de haut, ouvertes par le ciseau, dans le sein de la chaîne Lybique, dans une longueur de pus de six lieues, toutes remplies d’ibis et de singes ; j’ai vu dans le cœur de la chaîne Arabique, une grotte naturelle dont on ne saurait trouver la fin après quatre lignes de marche, et dont les grandes salles sont bourrées de grands crocodiles et d’une certaine pâte résineuse, où l’on a jeté pêle-mêle et à profusion des oiseaux, des grenouilles, des serpens et de petits crocodiles, à peine échos ; mélange bizarre, qui prouverait assez que ces animaux étaient traités tout autrement que ne le sont les divinités. J’en envoie un échantillon, dans deux petites boîtes, à M. Darcet. Le second point que je pense avoir vérifié est que l’Égypte est un foyer de peste spontanée, j’oserais presque dire l’unique foyer qui soit au monde. Outre les vingt-cinq lieues de sépulture habituelle que le Caire renferme dans son intérieur, il a, de plus, un quartier de deux ou trois cents maisons, lesquelles ont un, deux, trois, quatre, jusqu’à huit caveau remplis de morts, et sans cesse alimenté par les décès journaliers. Ajoutez-y une fosse comblée de plusieurs centaines de cadavres. Jamais pays ne fut naturellement plus salubre ; jamais pays n’est devenu, par la bêtise de l’homme, plus sale et plus dangereux : et je persiste toujours à croire que l’ancienne Égypte n’ayant point connu la peste, l’Égypte moderne ne la connaîtrait pas davantage, si elle reprenait les premiers usages, ou adoptait quelques usages équivalens. Un de nous est parti pour Smyrine et Constantinople. J’oserais répondre d’avance qu’il trouvera la confirmation de ce qu’on dit à Paris et ailleurs, savoir que la peste ne vient pas d’elle-même, et qu’elle y est toujours apportée par les navires ou les caravanes de l’Égypte. Toute la Syrie ne pense pas autrement par rapport à elle-même. Enfin, nous verrons. Dans tous les cas, je crois me rendre justice en soutenant que la recherche qui m’occupe est très-digne d’occuper les meilleurs esprits, et même, avant tout, la sollicitude des gouvernemens. A l’égard des chlorures, c’est une chose démontrée pour nous, qu’ils décomposent tous les virus, au moins tous les virus animaux. Je me prépare à faire, sur ce point, diverses expériences. Nous avons ici des scorpions, des cérastes, etc., etc. Tout cela sera mis au net dans le courant de janvier.

PARISET.


Un palabre (assemblée publique) chez les nègres Féloups.
(Communiqué par M. Perrottet)


… Sur la rive droite de la Cazamance, et non loin de son embouchure, sont disséminées, dans un assez grand espace, les cases du village de Hitou, appartenant aux Feloups-Yolas. Habitées par un peuple de mœurs douces et sociales, ces cases offrent entre elles, pour faciliter les relations amicales des familles voisines, des portes de communication pratiquées dans les murs qui forment l’enceinte de chaque cour. L’intérieur de la case est dévolu, sans exception aucune, à tous les membres de la famille, hommes, femmes, enfans et bestiaux de toute espèce ; tout rentre le soir, pêle-mêle dans la hutte commune, bâtie en entier de pisé (terre glaise), où la lumière et l’air ne peuvent guère pénétrer que par l’ouverture qui en forme l’entrée.

Aux environs du village, d’immenses amas de coquilles d’huîtres, accrus chaque jour par la grande consommation que les habitans font de ce mollusque, servent de dernier asile et de monument funéraire aux morts de la peuplade : étranges tombeaux, dont une religieuse vénération consacre désormais l’inviolabilité.

Dans un rayon plus étendu se déroulent les vastes rizières dont les produits forment la base de la nourriture de ces peuples simples et sauvages.

C’est au village de Hitou que M. Bl… voulait établir un dépôt de marchandises pour l’approvisionnement de la contrée. Avant déjà commercé en Cazamance, il s’était fait de nombreux amis à Hitou, et il espérait, grâce à leur influence, obtenir de la petite république l’autorisation nécessaire à son projet. Après m’avoir complaisamment conduit en bateau jusqu’à huit lieues dans l’intérieur, pour faciliter mes herborisations, il me ramena avec lui à Hitou.

J’ignore si d’autres liens que ceux d’un langage uniforme et d’une origine commune unissent entre eux les divers groupes de population distribués en villages plus ou moins considérables sur les rives de la Cazamance ; il est du moins certain qu’ils ne reconnaissent point de roi ni de chef quel qu’il soit.

Les villages conservent également, chacun en son particulier, la même indépendance, nul maître, nul officier municipal n’y exerce une autorité quelconque, une démocratie pure forme l’essence de leur gouvernement. Les affaires publiques peu nombreuses, peu importantes chez un peuple dont les besoins sont circonscrits et les habitudes tranquilles, se traitent toutes en palabre ou assemblée générale.

C’est à la décision d’une telle assemblée que M. Bl… devait soumettre son projet, de bâtir, sur le territoire de Hitou, une case provisoire pour le dépôt de ses marchandises. Se conformant à l’usage local, il fit part de son dessein aux amis qu’il avait dans le village dont il parle la langue avec une grande facilité ; ceux-ci le communiquèrent à leur tour à leurs connaissances, et de proche en proche la nouvelle en fut répandue dans toute la communauté. Un jour fut choisi pour délibérer sur la réponse à faire au négociant blanc, réponse dont, au reste, tout semblait présager le sens favorable. Suivant la coutume, on fit provision de vin de palme fermenté, et au jour indiqué, j’accompagnai M. Bl… au lieu de l’assemblée, sorte de vaste cour communale dans laquelle s’étaient réunis tous les chefs de famille.

De grands vases de terre (canaris), d’une forme ob-conique, étaient disposés en grand nombre et sans symétrie, dans le milieu de l’enceinte ; ils contenaient la liqueur enivrante extraite du palmier Elaïs, au moyen d’une incision profonde pratiquée à la naissance de la panicule florale. Ce n’est qu’après la fermentation alcoolique que les Feloups aiment à faire usage de cette boisson que les européens, au contraire, trouvent surtout agréable lorsqu’elle est fraîchement recueillie.

Des coupes grossières, formées avec le fruit mûr d’une cucurbitacée, et munies d’un long manche qui permettait de puiser jusqu’au fond du vase, plongeaient dans le liquide spiritueux, et servaient de gobelet commun aux groupes respectifs rassemblés autour des canaris.

Quand nous fûmes arrivés au milieu de la cour des délibérations, un des amis indigènes de M. Bl…, renommé dans la peuplade pour son éloquence, se chargea d’exposer et d’appuyer la demande du traitant français. Il se tint debout au centre de l’assemblée, et ses concitoyens s’accroupirent autour de lui en cercles concentriques. Leurs yeux étaient fixés sur l’orateur ; leur menton reposait sur la paume de leurs mains, tandis que leurs coudes trouvaient un appui sur leurs genoux pliés à angles presque droits. Il était curieux de voir cette réunion de sauvages nus, accordant à peine aux exigences de la pudeur un court et étroit guimbé tissu de feuilles de palmier, montrant, pour la plupart, des jambes et des cuisses d’une grosseur démesurée, résultat trop fréquent parmi eux d’un travail assidu dans des rizières malsaines. Il était curieux de voir leurs physionomies généralement bienveillantes, prêter d’avance à ce qu’ils allaient entendre une attention pleine d’intérêt, sans qu’aucun, néanmoins, oubliât de puiser par intervalles, dans le canari voisin, la liqueur favorite qu’ils semblaient humer avec délices.

L’orateur expliqua dans un long discours, fort éloquent sans doute au jugement de ses auditeurs, les projets de M. Bl…, ses motifs, les avantages que la peuplade y pourrait trouver, et lorsqu’après des torrens de paroles, il crut lire sur tous les visages que l’assemblée était dans les dispositions les plus favorables à son client, il termina par une péroraison vigoureuse ce chef-d’œuvre remarquable d’improvisation parlementaire.

Enfin, il se tût, rechercha d’un coup d’œil le canari le plus grand qui se trouvât dans le Bentang (cour), et alla s’accroupir auprès, afin d’y puiser à son tour le délicieux nectar et d’en avaler double dose, ainsi qu’il en avait acquis aux yeux de tous, par son abondant verbiage, le privilège incontestable.

La délibération commença alors, les conversations s’établirent, les rasades devinrent plus fréquentes, et tout se disposa pour achever cette journée dans une complète ivresse. Quant à nous, avertis que la décision définitive de l’assemblée ne nous serait notifiée que le lendemain à midi, nous nous retirâmes.

Sur notre passage se rencontraient quelques femmes. Elles avaient toutes la tête entièrement rasée, et les plus coquettes avaient les bras ceints jusque vers le coude, de larges bracelets de cuivre ; des plaques du même métal, échancrées en cœur, étaient suspendues à leur cou, et venaient orner leur poitrine. Par une recherche que le goût européen n’admettrait pas avec la même faveur que celui des Feloups, la plupart avaient les dents limées en pointe aiguë, ce qui leur donnait une étrange physionomie ; un jupon exigu, formé tout au plus d’une demi-pagne de guinée bleue, était le seul vêtement qui voilât leur nudité. Une dégoutante saleté régnait, du reste, sur toute leur personne.

Cependant, la nouvelle des projets de M. Bl… s’était répandue dans la contrée, et jusqu’au comptoir portugais de Zinghinchor. Une députation fut aussitôt envoyée de ce poste, pour contrecarrer les desseins du traitant français. Déjà des manœuvres de même nature et peut-être même des voies plus odieuses encore avaient été employées contre les tentatives d’établissement précédemment essayées par quelques uns de nos compatriotes. « Gardez-vous, dirent les envoyés portugais aux bons habitans de Hitou, gardez-vous de permettre à cet étranger de s’établir dans votre voisinage. S’il s’arrête parmi vous, c’en est fait à jamais de votre sécurité ; des pièces de canon lui seront envoyées par son gouvernement, pour vous chasser vous-mêmes de cette terre sur laquelle on se borne aujourd’hui à vous demander asile ». Deux messagers vinrent de la part de l’assemblée nous répéter ces insinuations hostiles d’une nation que nous eussions dû trouver amie, et ils nous avertirent que des considérations d’une nature aussi grave avaient fait juger indispensable un nouvel examen de la question. Une seconde délibération devait en conséquence avoir lieu le lendemain.

Le lendemain en effet, les nègres assemblés comme la veille, et procédant avec les mêmes formes, prirent la décision si impatiemment attendue. Deux habitans notables vinrent la notifier à M. Bl… ; voici littéralement quelle fut la teneur de leur message :

« Malgré l’opposition formelle des Portugais au sujet de l’établissement que vous désirez former chez nous, la demande que vous avez faite hier à cet égard à notre assemblée vous a été accordée d’une voix unanime ; nous nous sommes en outre chargés de vous aider, de tout notre pouvoir, dans la construction que vous avez résolue, et de vous procurer les matériaux nécessaires à cet effet. Vous n’avez donc qu’à nous marquer l’endroit que vous voulez choisir, et à nous tracer le plan de la case à construire. »

Ainsi s’exprimèrent les deux commissaires de Hitou. M. Bl… les chargea, en retour, de ses remercîmens et des témoignages de sa gratitude.

N. B. Nous devons à M. Perrottet, voyageur naturaliste du gouvernement, la communication des notes originales sur lesquelles a été rédigé cet article.


Énigmes des Nègres Ghiolofs

(Communiqué par M. le baron Roger)

Il existe au Sénégal, une espèce de jeu d’esprit assez remarquable, à laquelle se livrent souvent les Ghiolofs, et qui tient un peu de nos énigmes. Les lettrés chinois ont, dit-on, des récréations du même genre, et même chez nous, certains jeux de sociétéen rapprochent beaucoup.

Ce jeu consiste en ce que les interlocuteurs s’adressent mutuellement des questions qui contiennent une définition à l’aide de laquelle on doit deviner un mot. En voici quelques exemples :

D. Qui le premier aperçoit l’étranger et ne lui donne pas à souper ?

R. Le sommet de la case. – En effet, le sommet du toit de la maison découvre le voyageur avant aucun habitans, mais il ne lui prépare pas à souper. Cette pensée, qui est presque un sentiment, est tout-à-faut dans le caractère hospitalier des Ghiolofs.

D. Qu’est-ce que l’argent des champs.

R. La gomme. – On sait que la gomme (semblable à celle d’Arabie) est brillante comme de l’argent, et que c’est le produit le plus considérable du Sénégal.

D. Qui est-ce qui respire et ne vit pas.

R. Un soufflet.

D. Qui est-ce qui fait un creux comme un nid, et qui ne pond pas ?

R. C’est le pilon dans le mortier. – Les nègres sont dans l’usage de réduire en farine le mil qui leur sert d’aliment ordinaire, en le pilan dans des mortiers.

D. Qui a une queue et ne la remue pas ?

R. C’est une cuiller.

D. Qui est-ce quei est très-long au soleil, et qui n’a pas d’ombre.

R. C’est le chemin.

D. Qu’y a-t-il de plus pénétrant au monde ?

R. C’est l’esprit.

D. Quels sont les camarades qui passent toute la journée à se battre et qui ne se font pas de mal ?

R. La langue et les dents.

D. Qui est-ce qui a les cheveux ébouriffés et qui prie Dieu de le coiffer.

R. C’est le rônier. – On appelle rônier dans le pays, et rondier dans les livres, un très-grand palmier du genre lontarus. Au sommet d’une tige haute de 60 à 80 pieds, il porte une touffe de larges feuilles en éventails, qui lui forment comme une tête hérissée de cheveux en désordre. Cette idée des nègres offre une image originale et vraie, à laquelle sourit naturellement quiconque a vu les nombreux et beaux rôniers qui croissent au Sénégal.
§II. - Nouvelles


FRANCE. Société française de statistique universelle. — De toutes les associations formées pour accélérer la propagation des connaissances utiles, la plus impérieusement réclamée par l’état actuel de la civilisation générale était sans contredit une société de statistique universelle. L’absence de ce grand moyen d’investigation et d’expansion de tous les faits positifs qui intéressent le bien-être des peuples se faisait sentir en France plus que partout ailleurs : car il privait ce centre des lumières de la faculté de les reporter sur le reste de l’Europe, et de s’enrichir, à son tour, des progrès des peuples qui, depuis un siècle lui rendent l’hommage volontaire de l’imitation.

Il convenait à un homme qui a consacré sa vie entière à l’étude et au classement de tous les faits qui sont du domaine de la statistique, d’établir en France une institution aussi éminemment recommandable. M. C. Moreau que la Société royale de Londres s’est agrégé en récompense de ses travaux statistiques sur toutes les branches de l’organisation politique, économique, industrielle et commerciale de la Grande-Bretagne, et qui appartient à presque tous les corps savans vient, après deux années de travaux, préliminaires, de fonder à Paris, une Société de statistique, à l’instar de celle de Londres, à la création de laquelle il a également contribué.

Les statuts de cette Société, qui en déterminent l’objet, la composition et les travaux ont à peine été publiés, qu’un très-grand nombre d’hommes d’état, de publicistes, de savans français et étrangers, ont répondu à cet appel qui leur était fait au nom de la science et de l’humanité. S. A. R. Mgr. le duc d’Orléans, déjà président honoraire de la Société asiatique, et qui est toujours empressé à seconder les entreprises utiles, a consenti à placer son nom à la tête des illustres protecteurs et présidens d’honneur de la Société. Déjà elle compte parmi les membres qui ont adhéré par écrit à ses status [1] : quatre ministres (de l’intérieur, des finances, de la justice, et de l’instruction publique) ; huit ministres d’État ; douze ambassadeurs ou ministres plénipotentiaires, près S. M. T. C. ; quatre maréchaux de France ; trente-deux Pairs ; vingt-sept dignitaires de la maison du Roi et des princes ; seize membres du conseil d’état ; quarante-cinq officiers généraux ou supérieurs ; vingt-neuf députés ; dix-neuf membres de l’Institut ; soixante et un chefs supérieurs des divers ministères, préfectures, etc. ; cinquante-deux statisticiens ; hommes de lettres, etc., etc., etc.

Cette Société est instituée pour concourir aux progrès de la statistique générale, et par conséquent de toutes les branches de connaissances humaines. Elle se propose de correspondre avec les corps savans et avec ceux de leurs membres qui seront disposés à la seconder. Elle se compose de membres résidens, non résidens, correspondans et honoraires. Tous les amis des sciences, étrangers ou régnicoles, quelque éloignés qu’ils soient du siège de la Société, peuvent en devenir membres. Les hommes éclairés de tous les pays peuvent aussi sans faire partie de la Société, coopérer à ses travaux, qui n’ont pour but que de contribuer au bien-être de l’humanité, en accélérant les progrès généraux des connaissances statistiques. La Société publiera le recueil de ses recherches, les ouvrages qui auront obtenu les prix qu’elle aura proposés, et l’ensemble des documens imprimés ou manuscrits, soit en langue nationale, soit en langues étrangères qui lui auront été envoyés, ou qu’elle aura pu se procurer.

Nous mettrons sous les yeux de nos lecteurs le résumé des travaux de cette utile institution, ainsi que les communications appropriées à notre plan qu’elle nous adressera, et qui ne peuvent manquer d’intéresser vivement tous les amis des sciences et de l’humanité.


ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ
GRANDS OFFICIERS

Président d’honneur : S.A.R. Monseigneur le Duc d’Orléans, protecteur.

Présidents honoraires : L.L.S.S. le Duc de Cadore, duc de Boudeauville, comte Siméon, pairs de France ; MM. Le comte d’Hauterive et Jomard, de l’Institut.

Officiers en 1830

Président : M. le comte A. de Laborde ; Vice présidens : S.S. le comte Noë, MM. Le baron Juchereau de St. Denis, le baron de Mortemart-Boisse Secrétaire : M. de Montvéran Secrétaire-adjoint : M. Jullien Bibliothécaire : M. T. Dehay Scrutateurs : M. le baron de Galbois ; M. Rodet

Bureau d’administration

Directeur-Président : M. César Moreau Secrétaire : M. Sarrans jeune Archiviste-adjoint : M. Isidor Simard Bibliothécaire-adjoint : M. J. Leivsey Trésorier adjoint : M. F. Cavailler.

Membres du conseil

MM. Bailly de Merlieux, Donndorf, E. de Girardin, Hotton, Mauroy, Rifaut, baron Roger, Sicard.


PARIS - Extrait de la notice annuelle des travaux de la Société de géographie, lue dans sa séance publique, le 11 décembre 1829, par M. De Larenaudière, secrétaire général de la commission centrale.

Messieurs,

« Pendant l’année qui vient de s’écouler, votre histoire s’est encore mêlée à celle de la science ; vous vous êtes associés par de nobles encouragemens à de grands travaux géographiques. Le prix fondé pour la découverte la plus importante est échu à l’une des plus utiles et des plus heureuses entreprises des temps modernes. Deux jalons avaient été posés par Hearne et Mackenzie sur les rivages hyperboréens de l’Amérique ; le capitaine Parry avait reconnu de son côté les anciennes découvertes de Bylot, et Baffin, de Middleton et de Fox, ainsi qu’une partie de la presqu’île Melville. Mais d’immenses lacunes restaient à remplir ; le capitaine Franklin et le docteur Richardson les ont en grande partie comblées ; grâces à leur zèle et à leurs talens, le tracé des côtes-nord du nouveau monde depuis la pointe Becchey jusqu’au cap Turnagain a été inscrit sur nos cartes. En accordant au premier la médaille d’or, et au second la mention la plus honorable, vous avez dignement apprécié l’importance de tels résultats rehaussés par de nombreuses observations scientifiques. Votre suffrage s’est réuni à celui des deux mondes.

« De plus modestes travaux sont venus se présenter à votre examen. Trois mémoires sur le nivellement d’une partie hydrographique de la France ont été soumis au concours. L’un d’eux, le n° 1, ayant pour auteur M. Lepeudry et pour sujet le nivellement de la rivière de l’Aisne entre Evergnicourt et l’Oise, a mérité vos suffrages.

« Aux différens prix que vous aviez déjà proposés et qui sont restés sur votre programme, vous en avez ajouté un d’une haute importance géographique. Il est destiné au premier voyageur qui sera parvenu jusqu’au lieu désigné sur nos cartes sous le nom de Marawi. On demande à ce voyageur de nombreux renseignemens et des observations précises. Là sont de grands périls à affronter et de grandes conquêtes à faire. Ne désespérons pas qu’un de nos compatriotes n’accomplisse cette tâche difficile. La France est en veine de bonheur. Quand on a pénétré dans Temboctou on ne compte plus avec les obstacles, et les points les moins accessibles de l’Afrique semblent appartenir à la courageuse persévérance.

« A ce nom de Temboctou qui s’associe intimement avec celui de M. Caillié, s’éveille votre impatiente curiosité. Le récit de ce courageux explorateur est sur le point de paraître ; encore quelques jours et vous pourrez traverser l’Afrique avec lui et le suivre sur un sol que le pied de l’Européen n’a point encore foulé. Terres et peuples, mœurs et langages, beaucoup de choses seront nouvelles dans ce voyage qui réunit l’attrait du merveilleux à l’intérêt de la science. Cette dernière n’est pas oubliée. Le récit de M. Cailllié est accompagné de notes qui servent à éclaircit plus d’une difficulté Elles sont dues à M. Jomard, qui fait de l’Afrique l’objet d’une étude spéciale.

« D’autres contrées musulmanes d’un accès plus facile ont été explorées par plusieurs de nos collègues. La Turquie, l’Égypte et la Nubie, ont été long-temps habitées et parcourues par M. Rifaud dans un but scientifique. Là semblent inépuisables les richesses de la nature et les débris d’une civilisation qui touche aux premiers âges. Aussi les abondantes récoltes faites par d’habiles voyageurs, et surtout par cette immortelle expédition d’Égypte, l’honneur de la France, n’ont pas empêché M. Rifaud de réunir les matériaux d’un grand ouvrage. Ses dessins sont nombreux ; beaucoup d’entre eux ont le mérite de faire connaître des choses nouvelles. Les antiquités, l’histoire naturelle auront à gagner par la publication de ses travaux.

« Ceux de M. Fontainer doivent vous intéresser à plus d’un titre. Ils sont spécialement géographiques et répondent souvent aux questions dont vous lui avez remis la solution. »

M. le secrétaire général s’occupe successivement des voyages ou excursions dans quelques contrées de l’Orient, de MM. Vidal, Guys et Jouannin, et arrive à une exploration d’une haute importance, celle de l’Astrolabe.

« La société de géographie, dit-il, s’est trop souvent associée à celle mémorable campagne pour n’en pas rappeler les résultats dans une de ses réunions solennelles. M. D’Urville, digne successeur de MM. De Freycinet et Duperrey, s’est attaché surtout à reprendre la suite des opérations de M. d’Entrecastaux. Les siennes ont commencé sur les côtes de la Nouvelle Zélande, dont un développement de 400 lieues a été tracé. Des baies, des îles, des canaux qui n’avaient pas été indiqués, sont venus se placer sur les cartes de l’Astrolabe ; elles constatent encore comme un fait nouveau que l’île nord de la Nouvelle Zélande est presque difisée en deux par un isthme très étroit. Dans cette expédition, la reconnaissance des îles Fidgi, qui reçurent le nom national de Viti, présentent un fil d’opérations habilement liées entre elles, et dont le résultat détermine la position et les contours de cintèvingt îles ou îlots dont quelques-uns étaient inconnus. Les îles les plus méridionales de l’archipel du Saint-Esprit sont observées. On fait la géographie des îles Loyalty, et le travail du navigateur français remplit cette lacune que les Anglais avaient laissé subsister dans l’hydrographie de cet archipel. Parmi les reconnaissances complètes ou détaillées, il faut citer celles des îles Langhlan, de la partie orientale des îles Dublon, des îles Elivi, de la côte méridionale de la Nouvelle Bretagne, et de cette longue suite de rivages entre le détroit de Dampier et la baie de Geelwink, qui bordent la Nouvelle Giunée dans la partie du nord.

« En masse, l’expédition de l’Astrolabe procure à la géographie et à l’hydrographie la reconnaissance détaillée de près de 1000 lieues de côtes les moins connues du globe, et offre la position de près de 200 îles ou îlots, dont 70 à 80 n’avaient encore figuré sur aucune carte.

« Les résultats de ce voyage sous les rapports géologiques et de l’histoire naturelle intéressent aussi la géographie physique à laquelle ils se rattachent. MM. Quoy et Gaimard, naturalistes de l’expédition, ont exécuté ces travaux avec le zèle et le talent dont ils avaient déjà donné des preuves. Les collections qu’ils ont faites, les espèces nouvelles qu’ils ont recueillies, sont considérables ; elles surpassent celles de leurs prédécesseurs : eux-mêmes qui avaient donné le droit d’être exigeans à leur égard, se sont surpassés.

« Si comme navigateurs, la science doit féliciter le capitaine d’Urville et les habiles officiers de l’Astrolabe, la France, comme citoyens, a des éloges à leur offrir. Ils ont eu le bonheur d’acquitter sa dette envers une grande infortune. Ils ont reconnu les tristes parages où disparurent les bâtimens de Lapérouse : ils ont vu à travers les eaux transparentes les restes disséminés de cette expédition. Maïs si des débris inanimés ont révélé le lieu du naufrage, pas un débris vivant n’est venu consoler leurs regards, pas une voix française n’a répondu à la leur. Instruits par un silence de mort, ils ont payé aux mânes de nos malheureux compatriotes le tribut de leur douleur et de nos regrets, et Vanikoro a vu les hommes de la France de Charles X élever sur son rivage un monument de deuil aux hommes de la France de Louis XVI. Un cénotaphe placé sur un point au milieu du grand Océan est donc aujourd’hui le seul résultat de quarante années de recherches. »

M. le secrétaire passe.successivement en revue les actes de la Société, les communications qui lui ont été faites et les principaux travaux géographiques de ses membres.

En parlant de la statistique, il a signalé comme des modèles a suivre, les grands travaux de M. le comte de Chabrol et de M. Balbi, et a fait voir l’utile influence que de telles compositions exerçaient sur les progrès de cette branche de la science qui prend tous les jours un caractère plus élevé et plus philosophique…

Interprète des regrets de la société, M. le secrétaire termine son rapport en payant à la mémoire de MM. Pacho et de Rossel un tribut d’éloges bien légitime. V

« M. de Rossel, dit M. Larenaudière, entré dans la marine au sortir de l’enfance, se fit un nom militaire dans les combats des années 1781. et 1782. Une autre gloire lui était réservée, celle de la, science ; gloire pure de tout souvenir amer, et chère à l’humanité. Apprécié par le général d’Entrecastaux, il fit avec lui cette grande campagne à la recherche de Lapérouse, ordonnée par Louis XVI. Gardien des matériaux réunis pendant cette longue et savante exploration, il eut le bonheur de les conserver sur une terre ennemie et de les rendre à la France, enrichis du fruit de ses observations et de ses propres recherches. De la publication de ce voyage et du bel atlas qui l’accompagne, date le nouvel essor de l’hydrographie parmi nous ; ses brillans progrès sont attestés par les grands monumens publiés dans le cours des dernières années.

« L’entrée de M. de Rossel au dépôt de la marine fut une conquête du talent, et cependant ce savant navigateur se crut obligé de justifier un tel choix comme s’il eût manqué de titres. On sait avec quel zèle, quel dévouement, il a contribué au développement et à l’éclat de ce bel établissement où ses efforts étaient partagés par des collaborateurs ses anciens camarades, ses émules, ses amis, en tout dignes de lui.

« L’académie des sciences et•le bureau des longitudes garderont long-temps le souvenir de son utile coopération. Ils consigneront dans leur histoire l’influence de ses écrits sur les progrès de l’art de la navigation et de l’astronomie nautique.

« M. de Rossel vit dans la Société de géographie un établissement éminemment utile ; il fut un de ses fondateurs. Il est resté constamment attaché à la sagesse de ses institutions primitives, à la pensée qui l’avait crée ; il s’est fait un devoir de la rappeler toujours à sa véritable destination.

« M. de Rossel vivait uniquement pour la science ; peut-être, et c’est un regret de plus, son dévouement qui ne connaissait pas de bornes a-t-il contribué à sa mort prématurée.

« Un esprit juste présidait à ses travaux. Les mers lui étaient familières, et peu d’hommes connaissaient mieux que lui le sillage des différens bâtimens de découvertes, depuis Colomb jusqu’à nous. Élève, ami, admirateur de Fleurieu et de Borda, il avait appris d’eux cette critique hydrographique qui permet de restituer à chacun ce qui lui appartient, et de signaler les lacunes de la science ou ses véritables conquêtes. Ses connaissances, fruit de l’expérience et de l’étude, le rendaient indispensable lorsqu’il s’agissait de tracer le plan d’une expédition de découvertes, et le mérite de ses instructions fut toujours apprécié par les officiers chargés de les exécuter…

« Dans ces ouvrages élémentaires, les méthodes et les formules les plus simples sont toujours préférées, comme si M. De Rossel avait à cœur d’initier le vulgaire à de tels secrets, et de se mettre à la portée de toutes les intelligences ; c’est un titre de plus dans un siècle éclairé… »



SMYRNE. — Première distribution des prix du collège des Francs. – La distribution des prix de ce collège établi depuis peu sous la direction de MM. Calderbanck et Sacchetti, a eu lieu le 23 décembre 1829 dans la salle du casin (cercle des négocians européens). C’était pour la première fois) Smyrne que ces récompenses publiques allaient être offertes à la jeunesse studieuse ; aussi cette intéressante cérémonie avait-elle attiré, indépendamment des parens des élèves, un nombre considérable de spectateurs. Les membres les plus distingués de la société européenne s’étaient rendus à l’invitation des Directeurs, jaloux d’encourager par leur présence des efforts aussi dignes d’éloges. S. Em. Mgr. L’archevêque Cardelli et MM. Les consuls avaient bien voulu accepter la présidence de la fête. S. Em. A couronné l’élève qui a remporté le premier prix de bonne conduite ; MM. Le consul de France et le consul d’Angleterre, les élèves qui ont obtenu le prix de composition française et anglaise. Le premier, M. Adrien Dupré, a doublé la récompense pour le prix français, en donnant lui-même au vainqueur un très bel ouvrage de sa bibliothèque. La vaste et brillante salle du casin ajoutait un coup d’œil charmant qu’offrait la réunion dont un nombre considérable de dames faisait partie, et les commissaires de cet établissement, en accordant ce beau local, par une faveur que la nature des lieux rend nécessairement difficile à obtenir, se sont noblement associés aux encouragemens prodigués par la ville entière aux chefs du collège.

La distribution des couronnes à fait naître au milieu de la nombreuse assemblée les plus vives émotions ; elle applaudissait avec transport, et nous avons surpris dans lk’œil de plus d’un spectateur ces larmes généreuses et douces qu’on accorde si volontiers aux souvenirs de sa jeunesse.

A l’ouverture de la séance, M. Sacchetti, l’un des directeurs, a prononcé un discours remarquable, pour l’élévation des idées et des sentimens, et dont voici quelques passages :

« °Les habitans de Mytilène ayant soumis quelques-uns de leurs alliés qui s’étaient séparés d’eux, leur défendirent de donner la moindre instruction à leurs enfans. Ils ne trouvèrent pas de meilleur moyen pour les tenir dans l’asservissement que de les tenir dans l’ignorance.

« Ainsi dans ces temps antiques l’éducation de la jeunesse était considérée comme l’honneur et la force de la société, la privation de ce bienfait comme un gage d’avilissement et de faiblesse…

…« La méthode de l’enseignement mutuel dont les avantages long-temps contestés par des intérêts aveugles, sont aujourd’hui à peu près sans contradicteurs, est celle que nous avons adoptée ; c’est à elle que nous devons les progrès rapides que vous avez, messieurs, reconnus dans nos élèves. Et non-seulement elle produit cet heureux effet d’une instruction plus prompte et gravée plus profondément dans l’esprit ; mais elle renferme en elle quelque chose de moral qui tempère l’apprentissage autrefois si aride des premiers élémens par ces jouissances de l’ame auxquelles le travail doit ses plus belles productions. L’enfant qui en instruit un autre recueille sur l’heure le fruit e ce qu’il a appris lui-même ; il jouit de son ouvrage et s’associe au progrès de son condisciple. Tous, dans cet échange continuel, de services prêtés et rendus, sont tour-à-tour protégés et protecteurs ; tous contractent ces habitudes de bienveillance et d’appui du plus fort envers le plus faible, qu’ils doivent un jour reporter au sein de la société. Quel est l’homme, ami de l’humanité, qui peut demeurer insensible à ce consolant spectacle ? Pour moi, messieurs, je l’avoue naïvement, j’y trouve chaque jour un nouveau plaisir… ;

« Dans un siècle et surtout dans un pays où la tolérance religieuse est un bienfait public, pouvions-nous négliger de nous approprier ces heureuses conséquences ? Au milieu du jeune troupeau confié à nos soins, toutes les religions sont également admises et respectées : ces croyans divers qui remplissent tous avec une même fidélité leurs devoirs religieux, confondent les sentimens de leur conscience dans une pensée de paix et d’union ; et apprennent de bonne heure, par l’expérience la plus utile, que tous les hommes sont frères…

« Nous éprouvons, messieurs, une sorte d’orgueil, que vous trouverez sans doute bien légitime, à rouvrir après plus de vingt siècle la carrière de l’éducation et des sciences, dans cette ville immortalisée par le génie d’Homère. Cette noble arène, où s’exercèrent Quintus et tant d’autres moins célèbres, ne sera plus sans athlètes, et la terre classique qu’arrose encore le Mélès, retrouvera, sa fécondité. Qui sait si ces couronnes que nous allons distribuer ne sont pas des germes d’une Illustration digne d’être reconnus pour le glorieux rejeton de l’illustration antique ?…

C’est à vous, jeunes élèves, à vous dont les travaux vont recevoir leur première récompense, que je confie l’accomplissement de cette prédiction. »


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ALEXANDRIE. — Fête de la circoncision d’un fils d’Ibrahim. – Des réjouissances publiques qui viennent d’avoir lieu dans cette ville, à l’occasion de la circoncision de trois jeunes princes, dont deux enfans du pacha et un autre de son fils Ibrahim. Les fêtes se sont prolongées pendant sept jours, et chacun d’eux a été marqué par de brillantes illuminations. Un dîner splendide a été donné par M. Boghos à tous les grands du pays ; deux personnes étrangères ont seules été mêlées aux convives musulmans ; M. le consul-général de Suède et M. Briggs, négociant anglais. Les Francs ont pris part aux réjouissances et ont fait les frais de quelques feux d’artifice ; il y en a eu de très bien exécutés par les Turcs devant le palais du vice-roi, et vis-à-vis le sérail où étaient les jeunes princes. En l’absence de S. A., c’est Ibrahim pacha qui a présidé à cette cérémonie. L’affluence au palais était considérable ; tout le monde y avait accès, jusqu’aux dames européennes, la plupart déguisées sous des vêtemens d’hommes.

Chaque jour, il a été fait une distribution de vivres à tous les pauvres. Le septième, celui où la cérémonie devait avoir lieu, les trois princes ont été promenés en grande pompe depuis la maison du gouverneur, hors de la ville, jusqu’au palais, en traversant le quartier franc. Ce cortège dont toutes les autorités faisaient partie, était précédé des régimens formant la garnison de la ville. Le même jour, au moment où venait de se terminer la circoncision, un courrier arrive du Delta et présente à Ibrahim, de la part de son père, l’ordre de mettre en liberté tous les condamnés. Le prince a voulu aller lui-même annoncer aux malheureux graciés cette nouvelle inattendue et peut-être inouïe dans l’empire ottoman. Et qu’on ne pense pas que ces détenus sont, comme ceux des bagnes : d’Europe des misérables couverts de crimes et repoussés par la société ; ce sont, pour la plupart, des hommes qui n’ont pas pu acquitter leurs impositions ou qui ont manqué à quelque règle de police. Tous les moyens sont bons pour la réglementation d’un peuple : mais la liberté est le premier bien d’où découlent tous les autres, et ce premier acte d’humanité, qui annonce la direction nouvelle des pensées du vice-roi, conduira sans doute à d’autres plus importans.

Pendant toute la durée des fêtes, le meilleur ordre et une tranquillité parfaite ont régné ; ils sont dus à l’excellente police du gouvernement



LE CAIRE. — Organisation du premier divan représentatif. – École d’administration pratique. – Le nouveau divan s’est assemblé dans le palais d’Ibrahim-pacha, à Casr-el-aïn : on y a délibéré sur les affaires de l’intérieur de l’Égypte. Ibrahim a déclaré que l’intention de S.A. le vice-roi son père, était de maintenir la paix et la prospérité de son pays. Il a prononcé un long discours à ce sujet (ce discours est imprimé dans le nouveau journal du Caire).

Cette réunion se composait, 1° des ministres, des ulémas, des directeurs de différentes fabriques et de quelques fonctionnaires distingués, en tout trente-huit personnes, au nombre desquelles se trouvaient Abbas-pacha, petit-fils de S.A. Ahmed-pacha, fils de Taher-pacha, Mohammed-bey, gendre du vice roi ; 2° des memours (autrement les préfets et sous-préfets, autrefois les cachefs) au nombre de vingt-huit ; 3° les cheyks-el-beled ou chefs de villages, en qualité de députés des départements, au nombre de quatre-vingt treize, dont la plus grande partie était de la Basse-Égypte, en tout (159 personnes).

24 Rabi-el-gouel – On a imprimé les discours prononcés dans cette assemblée dans deux ou trois séances, en désignant les personnes qui les avaient débités ; on a trouvé ensuite que cette publication était trop volumineuse et l’on a décidé que l’on se bornerait dorénavant à publier un extrait des discours.

24 Safars – La poudrière que l’on a construite près de Cudamnébée est terminée. Elle a coûté environ 300,000 fr. Elle peut contenir 20,000 quintaux de poudre : une garnison composée d’une centainre d’hommes est proposée à la garde de cet établissement.

17 Gemadi-el-aouet. – Avant la séance, il a été donné une décoration à chaque cheïkh des départemens. La proposition a été faite de donner cette même décoration aux cheïkhs du vieux Caire ; en vertu d’une délibération de l’assemblée, cette distinction leur a été accordée.

24 Safar. – L’ancien gouverneur de la Mecque, Ahmed-pacha, a obtenu, pour ses longs et loyaux services, la faculté de rentrer en Égypte. Il a été remplacé dans ses fonctions par Selym-Bey, colonel du 12e régiment.

On a établi à Alexandre, sous la direction de M. Cerisi, ingénieur français, un nouvel arsenal pour la construction des vaisseaux et des frégates. Le nombre des ouvriers employés dans cet arsenal est de 890 charpentiers, 460 ouvriers de divers états, 95 forgerons et 143 cordiers, 1697 en tout, les chefs compris. Tous ces ouvriers sont enregistrés. On paie journellement dans cet établissement 567 employés, y compris les européens.

17 Rabi-el-uhkre. – D’après les renseignemens pris l’année dernière sur la consommation intérieure, le conseil juge que la quantité de 338,000 ( ?) de toute espèce de denrées, suffisait pour l’entretien des habitans du Caire, il a été décidé que le surplus serait envoyé à Alexandrie pour être exporté. Dans ces denrées ne sont pas compris les vivres des troupes et les récoltes que font les Multérimes pour leur consommation.

Un autre numéro de la Gazette de Boulaq fait connaître qu’il a été créé dans cette ville une école d’administration partique, d’où seront tirés tous les memours (préfets) et moayyns (sous-préfets). ( ??) de cette école est un directeur chargé d’enseigner l’administration provinciale, et un cheyk el beled (c’est-à-dire chef ou maire de village) qui a mission d’enseigner l’agriculture pratique et la statistique agricole des provinces

(Extrait de plusieurs numéros de la nouvelle Gazette de Boulaq, port du Caire).



NOUVELLES-GALLES DU SUD. — Premier conseil législatif. – Le lieutenant général Ralph Darling, capitaine général et gouverneur en chef de la colonie et de ses dépendances, a institué, le 13 juillet 1829, le premier conseil législatif de la Nouvelle-Galles du Sud. Ce conseil se compose du gouverneur, du premier juge, de l’archidiacre, du secrétaire colonial, de l’avocat général, du collecteur des douanes, de l’auditeur général des comptes, du lieutenant-colonel du 39e régiment d’infanterie, de six habitans de la colonie et d’un capitaine de marine.



BALTIMORE. — Premier Concile catholique aux États-Unis. – Il a été tenu à Baltimore un concile du clergé catholique, au mois d’octobre dernier. L’archevêque de Baltimore et les évêques de Bardstown, Charleston, Philadelphie, Cincinnati, Saint-Louis, Boston, New-York, Mobile et la Nouvelle-Orléans, composent la hiérarchie catholique de l’Union. Le siège de ce dernier diocèse, vacant par la mort de M. Dubourg, est gouverné par l’évêque de Saint-Louis. Celui de Philadephie est administré par un vicaire apostolique, les evêques de New-York et de Mobile étaient en Europe. L’évêque de Bardstown est assisté d’un coadujteur, qui est prélat in partibus de Mauricastro. Ce concile s’occupa, dit-on, d’objets fort importans pour l’église, et résolut de se réunir régulièrement tous les trois ans. Suivant un rapport présenté à l’assemblée, il paraîtrait que le nombre des catholiques aux États-Unis, s’élève à environ 500,000. Avant de se séparer, les membres du concile prirent la résolution d’aller présenter, en corps, l’hommage de leur respect, au vénérable Charles Carroll, de Charleston, le seul signataire vivant de la charte des libertés américaines et un des plus trictes observateurs de la religion romaine.



POSSESSIONS DANOISES. — Bibliothèque des îles Faerer, de l’Islande et du Groenland. – On s’occupe depuis quelque temps de l’établissement de bibliothèque en Groenland et dans les îles Faerer. Celle que le professeur Rafn a formée à Godthaab, en Groenland, a reçu du roi un présent de 55 volumes, de sorte qu’en en compte déjà 82. La bibliothèque du chapitre de Reikiavig, en Islande, a reçu l’année passée un surcroît considérable, elle s’élève déjà à 5,129 volumes. Celle du bailliage de Thorshavn, dans l’île de Faerer, contient 1,678 volumes, et celle d’Oljord, dans la partie septentrionale de l’Islande, 858. C’est avec plaisir qu’on voit que la littérature, et avec elle un plus haut degré de civilisation se répandent dans les pays les plus éloignés du centre de l’Europe.



SAINT-PETERSBOURG. — Création d’un institut oriental. – On organise à présent dans cette ville un institut oriental, sur un plan très vaste. Il sera placé sous la direction du conseiller d’état M. Froehn qui l’a projeté, et que le gouvernement a chargé de l’établir. Cet institut est une espèce d’académie pour l’instruction des professeurs russes, ainsi que pour les interprêtes et les agens diplomatiques. A et établissement seront attachés onze professeurs pour l’enseignement théorique, et environ ving-quatre pour les cours pratiques des langues de l’Asie. Les membres de l’institut rédigeront un Journal Asiatique, pour lequel 10,000 roubles par an sont déjà assignés. Les langues qui feront l’objet de l’enseignement sont l’arabe, le persan, le turc, le tartare, le chinois, le mantchou, le sanscrit, le tibétain, le mogol, le kalmouk, le géorgien et l’arménien. Il y aura également des cours sur l’histoire et la littérature des peuples qui parlent ces idiomes. Les élève pourront en outre apparendre l’anglais, le grec moderne, le français et l’italien.

Après cinq années, les étudians, dont le nombre est fixé à quarante, seront envoyés dans différens pays de l’Orient, en Chine, en perse, etc., dans le but de se perfectionner et de recueillir des notions nouvelles sur l’état de ces contrées. Cet institu formera une branche de l’université de Saint-Pétersbourg. Il aura une typographie orientale, une bibliothèque et un musée. On ne doute pas que cet établissement ne soit d’une immense utilité pour la Russie, dont les plans gigantesques relatifs à l’Asie, prennent de jour en jour plus de consistance. On croit qu’un des principaux buts du gouvernement est de se concilier l’amitié des différentes peuplades et principautés qui séparent ses frontières asiatiques de celles de la compagnie des Indes. On parle aussi de plusieurs étrangers chargés par le gouvernement d’aller explorer les parties méridionales de l’Asie. Ils doivent voyager sous le titre modeste d’antiquaires ou de philologues, pour ne pas exciter les soupçons d’une puissance qui ne voit qu’avec inquiétude l’extension des conquêtes de la Russie dans l’Orient. Ainsi s’accomplissent peu à peu les projets de Pierre-le-Grand.



AUSTRALIE. — Volcan dans la Nouvelle-Hollande. – Ce volcan dont l’existence a été constatée par M. Mackie de Cockle-bay, est situé tout près des rives du Kag’s-River : il ne se distingue que lorsqu’on en est à un quart de mille. Dans le jour, et si le soleil luit, un gros volume de flammes frappe soudainement les yeux : il est le plus souvent mêlé de fumée, surtout quand le temps est gris et d’une teinte rougeâtre terne. Pendant la nuit on peut voir distinctement la flamme s’élevant en une colonne sulfureuse bleuâtre et se déployans dans l’atmosphère. La bouche du volcan est située entre les pieds de deux montagnes que les indigènes nomment Ouingen ; le cratère a douze pieds de largeur, sur une longueur de trente ; le terrain, à une très grande distance à l’entour, est noir, bitumineux et privé d’humidité. M. Mackie est allé visiter ce volcan, et il raconte que l’on n’a pu rencontrer d’eau le long des flancs escarpés et peu solides des montagnes, entre les cimes desquelles se trouve le Cratère. Le terrain manquait de consistance ; il était brûlé, et dans un espace d’environ un mille et demi, en descendant, il n’y avait pas, à l’exception de quelques souches carbonisées, la moindre apparence de végétation. Tout, depuis la bouche du cratère jusqu’à un mille et demi au-dessous, est un désert raboteux, stérile et aride ; il semblerait qu’à chaque moment le cratère étend ses dimensions. Pendant sa visite au volcan la combustion fit des progrès rapides : le terrain, à une certaine distance du cratère, s’éboulant et se fendant sans cesse, de temps en temps on voyait des masses de terre se séparer et tomber dans le volcan dont la flamme, un instant étouffée, semblait s’augmenter par ce nouvel aliment. Un jour qu’il donnait à ses compagnons des instrumens pour creuser dans un endroit, afin de reconnaître l’état du sol, M. Makie marcha sur un point où le terrain, était rompu et y enfonça. Il fallut. Faire beaucoup defforts pour le sauver de ce danger ; mais heureusement une application émoliante de résine contribua singulièrement à diminuer les douleurs de ses brûlures et de ses meurtrissures.

Il ne paraît pas qu’aucune éruption ait encore eu lieu, et M. Mackie a remarqué qu’il n’y avait pas le moindre vestige de lave à la base ou le long des flancs de la montagne entre lesquelles le volcan est placé. Il est évident toutefois qu’une veine de bitume entretient le feu souterrain.


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CAP DE BONNE-ESPÉRANCE. — Mort du roi des Caffres - Ghika, le roides Caffres est mort le 13 novembre 1829, d’une longue et douloureuse maladie, pendant laquelle plusieurs vieilles femmes qu’on soupçonnait d’avoir ensorcelé ce chef, sont tombées victimes de sa superstition. On ne sait pas encore lequel de ses nombreux descendans lui doit succéder.



MADAGASCAR. — Expédition française contre les Ovas. — Les divers points que la France possède depuis près de 200 ans sur la côte orientale de l’île de Madagascar ayant été. Envahi par la tribu des Ovas qui tenait sous la plus violente oppression des peuples de cette côte, depuis long-temps nos ficèles alliés, le roi, sur un rapport de M. le baron Hyde de Neuville, en date du 29 janvier 1829, a ordonné qu’une expédition serait dirigée sur Madagascar, à l’effet de faire reconnaître par les Ovas, soit en employant la voie des négociations, soit en recourant, s’il y avait lieu, à la force, les droits de la France à la possession des points envahis.

L’expédition est partie de Bourbon au mois de juin dernier, sous le commandement de M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre : elle se composait de la frégate la Terpsichore, de la gabarre l’Infatigable det du transport le Madagascar. Plus tard, ces bâtimens ont été rejoints par l’aviso le Colibri, par la corvette de charge la Nièvreedt par les gabarres la Chevrette et la Zélée.

Conformément à ses instructions, le premier soin du commandant de l’expédition a été d’informer la reine des Ovas, qui réside à Emirne, de l’objet de sa mission et des intentions pacifiques de la France. Cette communication indiquait toutefois un délai au-delà duquel le silence du gouvernement des Ovas serait considéré comme un refus de reconnaître nos droits, et le signal des hostilités.

En attendant la réponse de la reine et l’ouverture des négociations qu’il présumait devoir en être la suite, le commandant de l’expédition fit prendre possession de Teintingue qui se trouve placé presque vis-à-vis de l’île de Sainte-Marie, que nous n’avons pas cessé d’occuper. Teintingue était depuis long-temps abandonné par les Ovas.

Un fort a été élevé. Le pavillon blanc y a été aboré le 18 septembre, et c’est avec le plus vif enthousiasme que nos soldats ont juré de le défendre.

Pendant que le commandant de l’expédition pourvoyait à l’établissement du fort de Teintingue, il apprit que les Ovas avaient interdit, sous peine de mort, aux Malgaches, d’y apporter des vivres ; que partout les Français étaient l’objet de leurs insultes, et que même un traitant de Bourbon tombé entre leurs mains avait été fait esclave et vendu par un chef Ova ; traitement jusqu’alors sans exemple de la part de ces peuples barbares.

Le délai accordé au gouvernement d’Emirne pour faire connaître sa détermination étant expiré sans qu’aucune réponse fût parvenue, M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre quitta Teintingue dans les premiers jours d’octobre et se porta avec la Terpsichore, la Nièvre et la Chevrette sur Tamatave, où les Ovas avaient un établissement assez important.

Le 10 octobre, l’expédition arriva devant Tamatave. M. Gourbeyre rend comte, dans les termes suivans, de ses opérations : « Pendant que les bâtimens s’embossaient à 300 toises du fort, un officier fut envoyé à terre pour annoncer que je venais recevoir la réponse du gouvernement Ova, dont je voulais connaître les dernières résolutions. Le général qui commandait à Tamatave me fit dire qu’il n’avait pas de lettre pour moi, et qu’il ignorait les intentions de la reine.

« Le lendemain, toutes les dispositions étant faites pour le combat, un des officiers de la Terpsichore se rendit au fort pour demander au général s’il avait des pouvoirs pour traiter ; et, sur sa réponse négative, il lui remit une déclaration de guerre au gouvernement Ova ; il lui remit également une lettre où je lui annonçais que les hostilités allaient immédiatement commencer.

« A 8 heures et demi, quand cet officier me rendit compte de sa mission. Je fis aussitôt commencer le feu, et quelques instants après, le fort de Tamatave n'existait plus. Les boulets et la mitraille couvraient la plage et traversaient le fort : quelques boulets bien dirigés causèrent l'explosion du magasin à poudre ; il n'y avait pas un quart-d'heure que l'action était commencée, et déjà tous les bâtimens et les bagages étaient devenus la proie des flammes. Le général, les principaux officiers, entraînés par leurs soldats épouvantés, fuyaient dans toutes les directions ; ils croyaient échapper à la mort que plusieurs trouvèrent sous leur pas ; car nos boulets les atteignaient dans leur retraite.

«Pour compléter notre succès, j'expédiai, dès 8 heures et quart, les troupes de débarquement sous les ordres de M. Fénix, capitaine au 16e régiment d'infanterie légère. Ces troupes se composaient de 58 marins des 9e et 32e équipages de ligne, de 140 soldats du 16e léger, et de 40 soldats africains de la garnison de Sainte-Marie : en tout 338 hommes.

« Un détachement d'Ovas voulut s'opposer au débarquement ; mais deux coups de caronade,, tirés par la chaloupe de la Terpsichosre, les dispersèrent, et la colonne, éclairée par deux détachemens de tirailleurs, se mit en marche pour poursuivre l'ennemi.

« A 8 heures et demie, nos troupes approchant du fort, je fis cesser le fis cesser le feu des bâtimens. Les Ovas voulurent alors mettre un peu d’ordre dans leur retraite ; ils essayèrent même de présenter la bataille, mais ils ne tinrent pas long-temps devant les soldats français ; bientôt ils furent dans une déroute complète, beaucoup laissèrent leurs armes sur le champ de bataille ; une vingtaine tombèrent sous les coups de nos tirailleurs.

« Dès neuf heures du matin, le pavillon du roi flottait sur les ruines du fort. Nos soldats et matelots campèrent sur le champ de bataille. Les Ovas se réfugièrent dans les montagnes d’Ivondrou, à 4 lieues de Tamatave.

« Nous avons trouvé dans le fort :

« Vingt-trois canons ou caronades,

« Un pierrier ;

« Deux cent douze fusils.

« Nous n’avons pas eu que deux blessés : ce sont deux tirailleurs du 16e léger.

« J’ai été on ne peut plus satisfait de la conduite des officiers, sous-officiers et soldats de l’expédition. A terre comme à bord, nos conscrits se sont montrés dignes de marcher à côté de nos vieux soldats ; quelques-uns figuraient parmi nos chefs de pièce.

« La leçon a été forte ; j’espère qu’elle sera efficace.

« J’ai offert au général Ova les secours de nos chirurgiens pour ses blessés ; j’attends sa réponse.

« Les Ovas, retirés au-delà de la rivière d’Ivondrou, se croyaient en sûreté derrière leurs remparts ; ils appelaient près d’eux les Betrionzaracs, leur défendaient, sous peine de mort, de nous porter des vivres, et leur persuadaient que les soldats français, loin de leurs vaisseaux, étaient sans courage, et n’osaient jamais s’éloigner du rivage hors de la portée de leurs canons. Il me parut nécessaire de donner à ces peuples une haute opinion de notre supériorité. Malgré les difficultés qu’opposait la nature des localités, je fis attaquer les Ovas par un détachement commandé par le capitaine d’artillerie de marine Shoeel. Le parapet construit par eux fut emporté à la bayonnette. Alors la déroute devint générale : fuyant dans deux directions différentes, une partie des Ovas se jetèrent dans les montagnes, où ils ne purent être poursuivis ; les autres gagnèrent la rivière, sur les bords de laquelle, atteints par quelques voltigeurs et un détachement de noirs Yoloffs, ils trouvèrent la mort. Ces derniers ont fait prenve de beaucoup d’intrépidité ; ils se sont montrés dignes de combattre dans nos rangs. Nous n’avons eu dans cette affaire que deux soldats blessés. Tout le monde a fait son devoir. »

La correspondance de M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre s’arrête au 16 octobre, le jour même où a eu lieu l’affaire d’Ivondrou. Il est permis d’espérer que nos succès ayant répandu l’effroi parmi les Ovas, des propositions pacifiques n’auront pas tardé à être faites. S’il en était autrement, toutes les mesures sont prises pour repousser l’ennemi, dans le cas où il oserait nous attaquer, et pour assurer la conservation des avantages que nous avons obtenus.

M. le capitaine de vaisseau Gourbeyre a déployé dans cette circonstance beaucoup d’activité et une grande énergie.


AMERIQUE DU SUD. — Voyage en Patagonie, de M. Dessalines d’Orbigny. - Le voyage de M. Dessalines d’Orbigny, fait espérer de précieux résultats pour la science. Le muséum royal d’histoire naturelle, recevra bientôt de ce savant explorateur, plusieurs magnifiques collections qui contribueront à l’enrichir. Après un séjour de huit mois, dans une contrée à peine connue, au milieu de fatigues et de privations sans nombre, M. d’Orbigny est retourné à Buenos-Ayres, d’où il a adressé à sa famille les détails suivans sur sa longue et périlleuse entreprise.

Buenos-Ayres, le 18 novembre 1829.

« Après un voyage par mer de quinze jours, je viens de débarquer à Buenos-Ayres, ou, du moins, je puis vivre en sûreté et oublier ce que j’ai souffert pendant huit mois de séjour dans la Patagonie, et au milieu d’Indiens qui ne m’ont pas laissé un instant de repos.

« Je vous parlais dans ma dernière lettre d’un voyage dans le nord du village del Carmen sur le Rio-Negro, dont j’avais été obligé de revenir à la hâte pour me sauver de la fureur des Indiens. Les deux premiers mois qui suivirent cette époque, il ne me fut pas possible de voyager sans m’exposer, si ce n’est pendant les nouvelles lunes, le temps des pleines lunes étant signalé tous les mois par des incursions de ces barbares. Je fus vers le sud, où je vis des déserts affreux auxquels ceux de l’Afrique peuvent seuls être comparés. Lorsque je trouvais des hommes assez braves pour vouloir me guider, j’en réunissais trois ou quatre, et tous bien armés nous voyagions emmenant avec nous quinze ou vingt chevaux : les uns portaient les armes et bagages ; les autres nous aidaient à supporter les fatigues du voyage. Nous faisions, sans nous arrêter, vingt à vingt-cinq lieues, et cela dans de vastes déserts où rien ne peut fixer pour la route à suivre. Une uniformité fatigante et un horizon immense se montrent de tous côté. Le sol de ces tristes lieux, où pas même le chant d’un oiseau ne vient troubler un affreux silence, ne fut peut-être jamais foulé par un Européen avant moi : aussi les peines et les fatigues que j’ai éprouvées ne peuvent se décrire. Ces voyages ne sont pas d’une longue durée ; cependant j’y ai tué des lions marins, une foule d’animaux intéressans, et ce fameux condor qui, d’après les relations exagérées des premiers Espagnols, donna lieu à des fables dont on fit le Roc des Mille et une nuits.

« A la fin d’avril, les Patagons et quelques peuples vinrent nous attaquer en forces, et nous ne leur résistâmes qu’avec la plus grande difficulté. Ils enlevèrent les troupeaux de la colonie, attaquèrent le fort, et ne consentirent à une trève qu’à des conditions onéreuses. Lorsque je quittai le pays, ses habitans paraissaient menacés d’une nouvelle invasion et d’une perte inévitable.

« Je fus assez heureux dans mon excursion pour ne pas rencontrer de naturels ; mais j’eus à souffrir d’une autre manière. C’était dans le fort de l’hiver ; il fallait coucher à la belle étoile, et, pour comble de malheure, le pauvre naturaliste accablé par des pluies continuelles et par les rigueurs du froid, n’avait d’autre abri que des buissons, et d’autre lit que de misérables cuirs glacés.

« Laissons les sujets qui me regardent pour parler des mœurs des Indens. Dans cette langue de terre qui forme l’Amérique méridionale, depuis Buenos-Ayres jusqu’au détroit de Magellan, il y a seulement trois races d’Indiens : les Araucanos, qui sont les plus guerriers, les plus nombreux et les plus à craindre ; les Puetches, qui ont été presque détruits par leurs guerres avec lesz Araucanos, et les Patagons, qui habitent les terres plus au sud jusqu’au Rio-Negro. J’ai étudié tous ces Indiens avec soin ; j’ai des vocabulaires de leur langue ; mais les Patagons, par leur bizarrerie, m’ont le plus fourni d’observations intéressantes. Ils ne sont pas des géans, mais seulement de très beaux hommes, vigoureusement constitués. Les hommes et les femmes se peignent la figure de rouge, le dessous des yeux de bleu, et lors des combats, ils se mettent au-dessus des sourcils de grandes taches blanches. Les femmes sont couvertes d’une mante attachée en avant par une épinglette d’argent large de six pouces ; leurs cheveux sont disposés en deux tresses qui tombent sur leurs épaules, et auxquelles elles attachent des grelots ou des morceaux de cuivre. Leurs oreilles sont ornées de bouches d’argent carrées, de trois pouces de diamètre ; elles ont des bracelets aux bras et aux mains ; et lorsqu’elles vont à cheval, un chapeau paré de plaques de cuivre, ressemblant à un plat qu’on renverserait, couvre leur tête. Les hommes, pendant la guerre, sont affublés d’une cuirasse de peau, d’un chapeau de cuir, et armés d’arcs, de frondes, ainsi que de redoutables boules qui, dans leurs mains, font trembler les plus hardis.

« Leurs mœurs sont très singulières. Comme les autres Indiens du sud, ils vivent dans de petites tentes de cuir, qu’ils transportent avec eux lorsqu’ils voyagent. Ils adorent le génie du mal, qu’il appellent Gualechu. Ce génie est aussi quelquefois le dieu du bien ; mais leur culte est plutôt dû à la crainte qu’à la reconnaissance. Ils se livrent dans les divers actes de leur vie, et particulièrement à l’occasion de leur mariage, à des cérémonies qui sont extrêmement bizarres, et qui déplairaient assez à nos jeunes dames qui, en effet, se soucieraient fort peu d’être plongées à diverses reprises dans de l’eau souvent très froide, lorsqu’elles passeraient de l’état nubile à celui de femme. Un sort affligeant semble toujours, dans ce pays, réservé aux femmes lorsqu’elles deviennent veuves ; elles sont aussitôt dépossédées de tous les biens qui appartenaient à leur mari, et elles sont livrées pendant le reste de leur vie à des chagrins et à une misère déplorable. Les animaux appartenant au défunt sont détruits ; les bijoux eux-mêmes sont enfouis avec lui.

« Mes voyages m’ont tellement vieilli, que j’ai presque tous les cheveux blancs, et que vous aurez de la peine à me reconnaître lors de mon retour en France, etc. »

D’Orbigny.



PARAGUAY. — Délivrance de M. Bompland. – L’Universel de Montevideo, du 13 novembre dernier, annonce que le célèbre naturaliste Bompland, détenu depuis si long-temps au Paraguay par le dictateur Francia, venait enfin de recouvrer sa liberté. A cette époque, M. Bompland était en route pour Buenos-Ayres. De plus, deux voyageurs assuraient l’avoir rencontré à Jtaqua, où il se préparait à descendre le Parana jusqu’à Corrientès. Puisse cette heureuse nouvelle se confirmer ! Puissions-nous revoir bientôt l’ami et le compagnon de M. De Humboldt !

PÔLE ARCTIQUE. — Expédition du capitaine Ross. – Le capitaine Ross, dont les journaux ont annoncé le nouveau voyage au Pôle Arctique, est parvenu sans aucun accident au 67e degré de latitude. Son bateau à vapeur a parfaitement supporté l’épreuve d’une mer extrêmement rude. Toutefois, une rafale, qui l’a assailli, a brisé son principal mât, et l’équipage aurait été fort en peine de le remplacer dans un pays où l’on ne trouverait pas de quoi faire le manche d’une pioche, si par un bonheur inoui, il n’eût rencontré un navire anglais qui, ayant été pris par les glaces, avait été abandonné. Après en avoir tiré un mât et des vivres, on en a fait une conserve du bateau à vapeur.


PÔLE ANTARCTIQUE. — Expédition de M. Palmer. – Les brigs l’Annawan et le Scraph ont dû partir de New-York à la fin d’octobre dernier, pour entreprendre un voyage de commerce et de découvertes qui doit durer trois années. Ils exploreront les régions du pôle austral : leur équipement est parfaitement calculé pour résister aux périls de cette navigation ; l’équipage de chaque navire se compose de cinquante hommes, jeunes et robustes. Entre autres objets qu’ils emportent, on remarque des pirogues faites en os de baleine qui se transforment à volonté en de commodes traîneaux pour passer les montages de glaces.

M. Palmer a été nommé capitaine de cette expédition. Il est déjà connu par la découverte d’un grand groupe d’îles près du pôle antactique. Le cap. Pendleton commande le Scarph. Le docteur James Eights d’Albani, savant naturaliste, et M. Reynolds, habile négociant, font partie de cet intéressant voyage dont on espère beaucoup pour l’avantage des sciences, quoique ce ne soit qu’une entreprise particulière. Des concitoyens de ces courageux voyageurs leur ont fait généreusement don d’une bibliothèque de quelques centaines de volumes choisis et de beaucoup d’instrumens nautiques propres à un voyage de long cours.



JAPON. — Nouvelles de M. Sielold. On nous écrit de Hollande : la mère du docteur Siebold, retenu par le gouvernement japonais pour avoir voulu exporter de ce pays des cartes géographiques très détaillées, vient de recevoir l’assurance du ministère hollandais des colonies, que rien de fâcheux n’est arrivé à son fils, et que le gouvernement des Pays-Bas mettra tout en œuvre pour sa prompte délivrance.



PERSE. — Assassinat de M. Schultz. – Des lettres de Tiflis, donnent la triste nouvelle de la mort affreuse de M. Schultz. Ce jeune savant de la plus haute espérance voyageait, depuis plusieurs années, dans l’Orient, aux frais et par les ordres du roi. Il était principalement chargé d’entreprendre des recherches sur les antiquités de la Perse. Une partie des observations et des découvertes qu’il avait fait parvenir au gouvernement, ont été indiquées et consignées dans le journal asiatique de Paris, ou dans le journal des savans. On avait lieu d’espérer que le séjour de M. Schultz en Perse nous donnerait une ample moisson d’observations de la plus haute importance. Le ciel en a ordonné autrement ; cet intrépide et intéressant voyageur vient d’être massacré dans le Kourdistan, aux frontières de Imal-Hucrilé, entre les villages de Bach-Kullah et de Perinhain-Hichin. L’envoyé anglais de Tauris, M. Le colonel Macdonald, s’est empressé d’envoyer sur les lieux un homme de confiance pour recueillir, s’il était possible, les effets et les papiers de M. Schultz. On assure aussi que l’envoyé de Russie a également pris le plus vif intérêt au sort de l’infortuné voyageur.


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AFRIQUE. — Colonie de Liberia, Mort d’Abduhl-Rahaman. – Cette colonie, formée par les soins de la compagnie de colonisation américaine, compte à peine huit ou neuf ans d’existence, et déjà elle renferme près de deux mille noirs libres qu’on y a transportés des États-Unis. Les premiers colons y arrivèrent au mois de décembre 1821, et y fondèrent l’établissement de Monrovia, près de l’embouchure du fleuve Muserado et du cap du même nom. Assaillis à plusieurs reprises par des peuplades voisines, ils eurent d’abord beaucoup de peine à se maintenir ; mais renforcés depuis par l’arrivée d’autres émigrans, et assurés de la protection de Boatswain, roi du Condoes, ils se sont étendus par degrés dans le pays et y possèdent maintenant plusieurs établissemens.

Le but de la société est de transporter sur la côte d’Afrique tous les noirs libres qui veulent s’y rendre, pour diminuer les gens de couleur des états méridionaus de l’Union où leur nombre, toujours croissant, ne laisse pas que d’inspirer des craintes sérieuses. La société a jusqu’ici dépensé 70,000 dollars qu’elle a employés à maintenir son agent, et à acheter un territoire de cent-cinquante milles le long des côtes et dont l’étendue intérieure est illimitée sur plusieurs points. La société a donné à la colonie une constitution et des lois (22 octobre 1828), qui garantissent aux habitans à peu près les mêmes droits et privilèges que ceux dont jouissent les citoyens des États-Unis. Leurs exportations, en 1828, ont été de plus de 68,000 dollars, et la valeur de leurs propriétés, à la même époque, pouvait être de 140,000.

Les pays voisins sont actuellement gouvernés par des princes amis, qui ont déjà fait eux-mêmes des progrès dans les arts de la civilisation. Les directeurs espéraient tirer le plus grand avantage de l’influence d’un ancien roi de cette partie de l’Afrique, conduit en esclavage aux États-Unis, et que la Société avait racheté pour l’envoyer à Libéria. Toutefois, les dernières nouvelles de la colonie nous apprennent qu’il y est mort, le 6 juillet dernier, peu de jours après son arrivée. Ce prince nommé Abduhl Rahaman, était né à Temboctou dont son grand-père était roi. Etant entré dans l’armée de Foutah-Jallo [2] qui dépendait alors de Temboctou, il fut chargé du commandement d’une expédition contre les Hebohs, fut fait prisonnier avec presque tous les siens, et mis à bord d’un bâtiment négrier, destiné pour les Antilles. Là, il fut vendu comme esclave, et ayant été ensuite envoyé à Natchez, il y vécut long-temps dans cette condition. Quelques années auparavant, le docteur Cox, chirurgien à bord d’un navire qui faisait le commerce sur la côte d’Afrique, ayant pénétré dans le pays, s’y égara, et fut abandonné. Après avoir erré quelque temps, il arriva à la capital du Foutah-Jallo, où blessé et malade, il fut accueilli par Abduhl qui lui donna l’hospitalité durant six mois. Le docteur Cox, de retour aux États-Unis, ayant eu occasion de visiter Natchez, seize ans après, fut reconnu par le prince noir. M. Cox pénétré de reconnaissance et touché de compassion pour le sort de cet infortuné, lui procura la liberté, et le recommanda au gouverneur qui lui accorda un passage pour son pays natal. Sa mort est d’autant plus déplorable pour la colonie, qu’il était allié à plusieurs chefs puissans des pays situés entre Timbou et Temboctou, et que son frère Abduhl Kadre occupe le trône du Foutah-Jallo, royaume à peine éloigné de 200 milles de Libéria. Comme il écrivait l’arabe avec facilité et parlait plusieurs langues de l’Afrique, la Société espérait, par son intermédiaire, établir des relations importantes avec l’intérieur. Peut-être y parviendra-t-elle encore à l’aide de ses enfans, pour la rançon desquels des citoyens des États-Unis ont déjà souscrit quatre mille dollars.

L’institut théologique de Basle, en Suisse, vient d’envoyer à New-York, quatre missionnaires qui doivent s’y embarquer pour Liberia. Une branche de la Société de colonisation a tenue une assemblée dans cette ville, au mois de novembre dernier et le rapport qui lui a été lu sur l’état de la colonie, en donner une idée des plus favorables :

« Les profits immenses, y est-il, que les capteurs des prisonniers africains retirent de leur vente aux négriers le long des côtes, sont une causes principales de la continuation de cet abominable trafic de chair humaine. La Société cherche au commerce de l’ivoire, de la gomme, du café, des teintures et des drogues qui abondent dans leur pays, et pour lesquels les États-Unis leur enverraient en échange des étoffes de coton et de laine, des objets de quincaillerie, de la fayence, etc. Ce résultat, elle espère l’obtenir à l’aide des lumière du christianisme et de la civilisation, et alors quel service n’aura-t-elle pas rendu à sa patrie et à l’humanité en général ?…


  1. Nous nommerons ici : LL. SS. Le marquis d’Angosse, prince P. d’Aremberg, duc d’Aumont ; baron de Barante ; comte aug. Beilliard ; vicomte Raymon de Bérenger ; vicombe de Bonald ; duc de Broglie ; duc de Cadore ; comte de Chastellux ; duc de Choiseuil ; comte Daru ; duc de Doudeauville ; comte Jourdan ; comte Lanjuinais ; comte de Laroche-Aymon ; duc de Larochefoucauld ; comte Lermercier ; comte Mailly ; marquis Maison ; comte Molé ; duc de Montmorency ; duc de Montmorency-Laval ; comte Noë ; marquis d’Osmound ; baron Portal, vicomte de Saint-Priest ; duc de Raguse ; duc de Reggion ; comte Saint-Roman ; comte Siméon ; comte Sussy ; comte Verhuell ; baron de Vitrolles ; etc… pairs de France.
  2. Foutah-Dialon.