Vers d’amour (Rodenbach)/00

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Vers d’amourDans les bureaux de La Jeune Belgique (p. 5-6).


DÉDICACE

À Fernand Brouez,


TOI qui vis dans les hôpitaux
À voir les défauts qu’on encoffre,
Ces anciens vers, je te les offre,
Très anciens vers sentimentaux.

Ce sont les toilettes fanées
D’un premier amour décédé
Que mon souvenir a gardé
Tristement depuis des années.

Oh ! combien de rêves pareils
Cherchant l’infini dans la femme,
Ont, dans l’hôpital de mon Âme,
Commencé d’éternels sommeils.

Combien, à la lueur jaunie
De ma jeunesse qui s’éteint,
De malades que nul ne plaint
Et ne veille en leur agonie :


Espoirs conçus, succès rêvés,
Tous mes beaux songes héroïques
Vont mourir fiévreux ou phtisiques
Ou gisent là, les yeux crevés !

Amours menteurs de la jeunesse,
Trahisons des meilleurs amis,
Côte à côte je les ai mis
Dans les lits blancs de ma tristesse.

Et pour ranimer leur langueur
Seule ton amitié m’assiste,
Sœur de charité pâle et triste
Au noir hôpital de mon cœur !