Vie de Napoléon/47

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Texte établi par Henri Martineau, Le Livre du divan (Napoléon. Tome Ip. 175-177).


CHAPITRE XLVII


Quel était donc le mérite de cette administration impériale si regrettée en France, et par la Belgique, le Piémont, les États de Rome et de Florence ?

C’étaient des règles générales et des décrets organiques dictés par la plus saine raison. C’était l’entière extirpation de tous les abus accumulés dans l’administration de chaque pays par deux ou trois siècles d’aristocratie et de pouvoir astucieux. Les règles générales de l’administration française ne protégeaient que deux choses : le travail et la propriété. Cela a suffi pour faire adorer ce régime. D’ailleurs, la décision ministérielle qui arrivait de Paris après six mois, si elle était souvent ridicule par l’ignorance des données, était toujours impartiale. Et il y a tel pays que je ne nommerai pas, où le moindre juge de paix ne peut pas envoyer une citation sans commettre une criante injustice au profit du riche contre le pauvre[1]. Ce régime n’a été interrompu que pendant l’apparition du gouvernement fronçais. Tout homme qui voulait travailler était sûr de faire fortune. Il se présentait en foule des acheteurs pour tous les objets. La justice et le travail, mis en honneur, faisaient pardonner la conscription et les droits réunis.

Le Conseil d’État de l’empereur sentait bien que le seul système raisonnable était que chaque département payât son préfet, son clergé, ses juges, ses routes départementales et communales et qu’on n’envoyât à Paris que ce qu’il fallait pour le souverain, les armées, les ministres, et enfin les dépenses générales[2].

Ce système si simple était la bête noire des ministres. L’empereur n’aurait plus pu voler les communes et c’est là, en France le grand plaisir des souverains[3]. Lorsque la nation ne sera plus dupe des phrases[4], on y viendra, et même le roi ne choisira les préfets et les maires des grandes villes que parmi un certain nombre de candidats nommés par ces grandes villes[5], et les petites nommeront directement leurs maires et pour un an. Jusque-là, point de véritable liberté, et point de véritable école pour les membres du Parlement. Tout ce qu’il y a eu de bon dans nos assemblées législatives avait été administrateur de département nommé par le peuple. Au lieu de faire digérer les affaires par les commis, on les fera digérer par de riches citoyens, payés en vanité, comme les administrateurs des hôpitaux. Mais tout cela contrarie l’administration phrasière et les fortunes de bureau, en un mot : la fatale influence de l’égoïste Paris[6].



  1. Consultations de M. Dalpozzo, Italie, 1817.
  2. Serviles ajoutés au Conseil d’État : Chauvelin, Fréville de Néville.
  3. On s’étonnait de voir le duc de Choiseul tenir ainsi longtemps contre Mme Dubarry. Au moment ou il paraissait le plus chanceler, il se procurait un travail avec Louis XV, et il lui demandait ses ordres relativement à cinq ou six millions d’économie qu’il avait faits dans le département de la guerre, observant qu’il n’était pas convenable de les envoyer dans le trésor royal, le roi entendait ce que cela voulait dire et lui répondait : « Parlez à Bertin, donnez-lui trois millions en tels effets, je vous fais présent du reste. » Le roi n’était pas sûr que le successeur lui offrît les mêmes facilités.
  4. C’est-à-dire lorsqu’elle aura la liberté de la presse.
  5. Par les gens payant cent francs d’impôt.
  6. Tous les petits gens de lettres qui avilissent la littérature et servent au parti vainqueur à injurier le parti vaincu et à exalter sa propre insolence, vivent par un bureau. Voir les biographies Michaud {Villemain, Auger, Roger).