Vie de Napoléon/50

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Texte établi par Henri Martineau, Le Livre du divan (Napoléon. Tome Ip. 186-187).


CHAPITRE L


Comment donc la France marchait-t-elle avec des ministres qui suivaient une route si absurde ? La France marchait par l’extrême émulation que Napoléon avait inspirée à tous les rangs de la société. La gloire était la vraie législation des Français. Partout où il se montrait, et il parcourait sans cesse son vaste empire, si le vrai mérite pouvait percer le rempart de ses ministres et de ses chambellans, il était sûr d’une immense récompense. Le moindre garçon pharmacien travaillant dans l’arrière-boutique de son maître, était agité de l’idée que s’il faisait une grande découverte, il aurait la croix et serait fait comte.

Les règlements de la Légion d’Honneur étaient la seule religion des Français ; ils étaient respectés également par le souverain comme par les sujets. Jamais, depuis les couronnes de chêne des anciens Romains, une récompense publique n’avait été distribuée avec autant de sagacité et n’avait compté parmi ses membres une aussi grande proportion de gens de mérite. Tous les hommes qui s’étaient rendus utiles à la patrie avaient la croix. Dans les commencements, elle avait été un peu prodiguée, mais, par la suite, à peine cet ordre comptait-il parmi ses membres un dixième de gens sans mérite[1].



  1. C’est le contraire aujourd’hui. Si l’on veut avoir la liste de ce qu’il y a de plus innocent, de plus sot et de plus plat en France, il faut prendre celle des gens qui ont eu la Légion d’Honneur depuis trois ans.