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Vingt ans après/Chapitre 15

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J.-B. Fellens et L.-P. Dufour (p. 89-94).

CHAPITRE XV.

DEUX TÊTES D’ANGES.


lettrine Il s’agissait d’une longue route ; mais d’Artagnan ne s’en inquiétait point : il savait que ses chevaux s’étaient rafraîchis aux plantureux râteliers du seigneur de Bracieux. Il se lança donc avec confiance dans les quatre ou cinq journées de marche qu’il avait à faire, suivi du fidèle Planchet.

Comme nous l’avons déjà dit, ces deux hommes, pour combattre les ennuis de la route, cheminaient côte à côte et causaient toujours ensemble. D’Artagnan avait peu à peu dépouillé le maître, et Planchet avait quitté tout à fait la peau du laquais. C’était un profond matois, qui, depuis sa bourgeoisie improvisée, avait regretté souvent les franches lippées du grand chemin ainsi que la conversation et la compagnie brillante des gentilshommes, et qui, se sentant une certaine valeur personnelle, souffrait de se voir démonétiser par le contact perpétuel des gens à idées plates.

Il s’éleva donc bientôt avec celui qu’il appelait encore son maître au rang de confident. D’Artagnan depuis de longues années n’avait pas ouvert son cœur. Il arriva que ces deux hommes, en se retrouvant, s’agencèrent admirablement.

D’ailleurs, Planchet n’était pas un compagnon d’aventures tout à fait vulgaire ; il était homme de bon conseil ; sans chercher le danger, il ne reculait pas aux coups, comme d’Artagnan avait eu plusieurs fois l’occasion de s’en apercevoir ; enfin, il avait été soldat, et les armes ennoblissaient ; et puis, plus que tout cela, si Planchet avait besoin de lui, Planchet ne lui était pas non plus inutile. Ce fut donc presque sur le pied de deux bons amis que d’Artagnan et Planchet arrivèrent dans le Blaisois.

Chemin faisant, d’Artagnan disait en secouant la tête et en revenant à cette idée qui l’obsédait sans cesse :

— Je sais bien que ma démarche près d’Athos est inutile et absurde, mais je dois ce procédé à mon ancien ami, homme qui avait l’étoffe en lui du plus noble et du plus généreux de tous les hommes.

— Oh ! M. Athos était un fier gentilhomme, dit Planchet.

— N’est-ce pas ? reprit d’Artagnan.

— Semant l’argent comme le ciel fait de la grêle, continua Planchet, mettant l’épée à la main avec un air royal. Vous souvient-il, monsieur, du duel avec les Anglais dans l’enclos des Carmes ? Ah ! que M. Athos était beau et magnifique ce jour-là, lorsqu’il dit à son adversaire : « Vous avez exigé que je vous disse mon nom, monsieur ; tant pis pour vous, car je vais être forcé de vous tuer ! » J’étais près de lui et je l’ai entendu. Ce sont mot à mot ses propres paroles. Et ce coup d’œil, monsieur, lorsqu’il toucha son adversaire comme il l’avait dit, et que son adversaire tomba, sans seulement dire ouf. Ah ! monsieur, je le répète, c’était un fier gentilhomme.

— Oui, dit d’Artagnan, tout cela est vrai comme l’Évangile, mais il aura perdu toutes ces qualités avec un seul défaut.

— Je m’en souviens, dit Planchet, il aimait à boire, ou plutôt il buvait. Mais il ne buvait pas comme les autres. Ses yeux ne disaient rien quand il portait le verre à ses lèvres. En vérité, jamais silence n’a été si parlant. Quant à moi, il me semble que je l’entendais murmurer : « Entre, liqueur, et chasse mes chagrins. » Et comme il vous brisait le pied d’un verre ou le cou d’une bouteille ! il n’y avait que lui pour cela.

— Eh bien ! aujourd’hui, continua d’Artagnan, voici le triste spectacle qui nous attend. Ce noble gentilhomme à l’œil fier, ce beau cavalier si brillant sous les armes que l’on s’étonnait toujours qu’il tînt une simple épée à la main au lieu d’un bâton de commandement, eh bien, il se sera transformé en un vieillard courbé, au nez rouge, aux yeux pleurants. Nous allons le trouver couché sur quelque gazon, d’où il nous regardera d’un œil terne, et qui peut-être ne nous reconnaîtra pas. Dieu m’est témoin, Planchet, continua d’Artagnan, que je fuirais ce triste spectacle si je ne tenais à prouver mon respect à cette ombre illustre du glorieux comte de La Fère, que nous avons tant aimé.

Planchet hocha la tête et ne dit mot : on voyait facilement qu’il partageait les craintes de son maître.

— Et puis, reprit d’Artagnan, cette décrépitude, car Athos est vieux maintenant, la misère peut-être, car il aura négligé le peu de bien qu’il avait, et le sale Grimaud, plus muet que jamais et plus ivrogne que son maître… tiens, Planchet, tout cela me fend le cœur.

— Il me semble que j’y suis et que je le vois là, bégayant et chancelant, dit Planchet d’un ton piteux.

— Ma seule crainte, je l’avoue, reprit d’Artagnan, c’est qu’Athos n’accepte mes propositions dans un moment d’ivresse guerrière. Ce serait pour Porthos et moi un grand malheur et surtout un véritable embarras ; mais, pendant sa première orgie, nous le quitterons, voilà tout. En revenant à lui, il comprendra.

— En tout cas, monsieur, dit Planchet, nous ne tarderons pas à être éclairés, car je crois que ces murs si hauts, qui rougissent au soleil couchant, sont les murs de Blois.

— C’est probable, répondit d’Artagnan, et ces clochetons aigus et sculptés que nous entrevoyons là-bas à gauche dans les bois ressemblent à ce que j’ai entendu dire de Chambord.

— Entrerons-nous en ville ? demanda Planchet.

— Sans doute, pour nous renseigner.

— Monsieur, je vous conseille, si nous y entrons, de goûter à certains petits pots de crème dont j’ai fort entendu parler, mais qu’on ne peut malheureusement faire venir à Paris et qu’il faut manger sur place.

— Eh bien ! nous en mangerons, sois tranquille, dit d’Artagnan.

En ce moment un de ces lourds chariots, attelés de bœufs, qui portent le bois coupé dans les belles forêts du pays jusqu’aux ports de la Loire, déboucha par un sentier plein d’ornières sur la route que suivaient les deux cavaliers. Un homme l’accompagnait, portant une longue gaule armée d’un clou avec laquelle il aiguillonnait son lent attelage.

— Hé, l’ami ! cria Planchet au bouvier.

— Qu’y a-t-il pour votre service, Messieurs ? dit le paysan avec cette pureté de langage particulière aux gens de ce pays et qui ferait honte aux citadins puristes de la place de la Sorbonne et de la rue de l’Université.

— Nous cherchons la maison de M. le comte de La Fère, dit d’Artagnan ; connaissez-vous ce nom-là parmi ceux des seigneurs des environs ?

Le paysan ôta son chapeau en entendant ce nom et répondit :

— Messieurs, ce bois que je charrie est à lui ; je l’ai coupé dans sa futaie et je le conduis au château.

D’Artagnan ne voulut pas questionner cet homme ; il lui répugnait d’entendre dire par un autre peut-être ce qu’il avait dit lui-même à Planchet.

— Le château ! se dit-il à lui-même, le château ! Ah ! je comprends ! Athos n’est pas endurant ; il aura forcé, comme Porthos, ses paysans à l’appeler monseigneur et à nommer château sa bicoque ; il avait la main lourde, ce cher Athos, surtout quand il avait bu.

Les bœufs avançaient lentement. D’Artagnan et Planchet marchaient derrière la voiture ; cette allure les impatienta.

— Le chemin est donc celui-ci ? demanda d’Artagnan au bouvier, et nous pouvons le suivre sans crainte de nous égarer ?

— Oh ! mon Dieu, oui, monsieur, dit l’homme, et vous pouvez le prendre au lieu de vous ennuyer à escorter des bêtes si lentes. Vous n’avez qu’une demi-lieue à faire et vous apercevrez un château sur la droite ; on ne le voit pas encore d’ici, à cause d’un rideau de peupliers qui le cache. Ce château n’est point Bragelonne, c’est La Vallière ; vous passerez outre ; mais à trois portées de mousquet plus loin, une grande maison blanche, à toits en ardoises, bâtie sur un tertre ombragé de sycomores énormes, c’est le château de M. le comte de La Fère.

— Et cette demi-lieue est-elle longue ? demanda d’Artagnan, car il y a lieue et lieue dans notre beau pays de France.

— Dix minutes de chemin, monsieur, pour les jambes fines de votre cheval.

D’Artagnan remercia le bouvier et piqua aussitôt ; puis, troublé malgré lui à l’idée de revoir cet homme singulier qu’il avait tant aimé, qui avait tant contribué par ses conseils et par son exemple à son éducation de gentilhomme, il ralentit peu à peu le pas de son cheval et continua d’avancer la tête basse comme un rêveur.

Planchet aussi avait trouvé dans la rencontre et l’attitude de ce paysan matière à de graves réflexions. Jamais, ni en Normandie, ni en Franche-Comté, ni en Artois, ni en Picardie, pays qu’il avait particulièrement habités, il n’avait rencontré chez les villageois cette allure facile, cet air poli, ce langage épuré. Il était tenté de croire qu’il avait rencontré quelque gentilhomme, frondeur comme lui, qui, pour cause politique, avait été forcé comme lui de se déguiser.

Bientôt, au détour du chemin, le château de La Vallière, comme l’avait dit le bouvier, apparut aux yeux des voyageurs ; puis à un quart de lieue plus loin environ, la maison blanche encadrée dans ses sycomores, se dessina sur le fond d’un massif d’arbres épais que le printemps poudrait d’une neige de fleurs.

À cette vue, d’Artagnan, qui d’ordinaire s’émotionnait peu, sentit un trouble étrange pénétrer jusqu’au fond de son cœur ; tant sont puissants pendant tout le cours de la vie ces souvenirs de jeunesse. Planchet, qui n’avait pas les mêmes motifs d’impression, interdit de voir son maître si agité, regardait alternativement d’Artagnan et la maison.

Le mousquetaire fit encore quelques pas en avant et se trouva en face d’une grille travaillée avec le goût qui distingue les fontes de cette époque.

On voyait, par cette grille, des potagers tenus avec soin, une cour assez spacieuse, dans laquelle piétinaient plusieurs chevaux de main, tenus par des valets en livrées différentes, et un carrosse attelé de deux chevaux du pays.

— Nous nous trompons, ou cet homme nous a trompés, dit d’Artagnan, ce ne peut être là que demeure Athos. Mon Dieu ! serait-il mort, et cette propriété appartiendrait-elle à quelqu’un de son nom ? Mets pied à terre, Planchet, et va t’informer ; j’avoue que pour moi je n’en ai pas le courage.

Planchet mit pied à terre.

— Tu ajouteras, dit d’Artagnan, qu’un gentilhomme qui passe désire avoir l’honneur de saluer M. le comte de La Fère, et si tu es content des renseignements, eh bien, alors nomme-moi.

Planchet, traînant son cheval par la bride, s’approcha de la porte, fit retentir la cloche de la grille, et aussitôt un homme de service, aux cheveux blanchis, à la taille droite malgré son âge, vint se présenter et reçut Planchet.

— C’est ici que demeure M. le comte de La Fère ? demanda Planchet.

— Oui, Monsieur, c’est ici, répondit le serviteur à Planchet, qui ne portait pas de livrée.

— Un seigneur retiré du service, n’est-ce pas ?

— C’est cela même.

— Et qui avait un laquais nommé Grimaud, reprit Planchet, qui, avec sa prudence habituelle, ne croyait pas pouvoir s’entourer de trop de renseignements.

— M. Grimaud est absent du château pour le moment, dit le serviteur, commençant à regarder Planchet des pieds à la tête, peu accoutumé qu’il était à de pareilles interrogations.

— Alors, s’écria Planchet radieux, je vois bien que c’est bien le même comte de La Fère que nous cherchons. Veuillez m’ouvrir alors, car je désirerais annoncer à M. le comte que mon maître, un gentilhomme de ses amis, est là qui voudrait le saluer.

— Que ne disiez-vous cela plus tôt ! dit le serviteur en ouvrant la grille. Mais votre maître, où est-il ?

— Derrière moi, il me suit.

Le serviteur ouvrit la grille et précéda Planchet, lequel fit signe à d’Artagnan qui, le cœur plus palpitant que jamais, entra à cheval dans la cour.

Lorsque Planchet fut sur le perron, il entendit une voix sortant d’une salle basse et qui disait :

— Eh bien ! où est-il, ce gentilhomme, et pourquoi ne pas le conduire ici ?

Cette voix, qui parvint jusqu’à d’Artagnan, réveilla dans son cœur mille sentiments, mille souvenirs qu’il avait oubliés. Il sauta précipitamment en bas de son cheval, tandis que Planchet, le sourire sur les lèvres, s’avançait vers le maître du logis.

— Mais je connais ce garçon-là, dit Athos en apparaissant sur le seuil.

— Oh ! oui, monsieur le comte, vous me connaissez, et moi aussi je vous connais bien. Je suis Planchet, Monsieur le comte, Planchet, vous savez bien.

Mais l’honnête serviteur ne put en dire davantage, tant l’aspect inattendu du gentilhomme l’avait saisi.

— Quoi ! Planchet ! s’écria Athos. M. d’Artagnan serait-il donc ici ?

— Me voici, ami, me voici, cher Athos ! dit d’Artagnan en balbutiant et presque chancelant.

À ces mots, une émotion visible se peignit à son tour sur le beau visage et les traits calmes d’Athos. Il fit deux pas rapides vers d’Artagnan sans le perdre du regard et le serra tendrement dans ses bras. D’Artagnan, remis de son trouble, l’étreignit à son tour avec une cordialité qui brillait en larmes dans ses yeux.

Athos le prit alors par la main qu’il serrait dans les siennes, et le mena au salon, où plusieurs personnes étaient réunies. Tout le monde se leva.

— Je vous présente, dit Athos, M. le chevalier d’Artagnan, lieutenant aux mousquetaires de Sa Majesté, un ami bien dévoué, et l’un des plus braves et des plus aimables gentilshommes que j’aie jamais connus.

D’Artagnan, selon l’usage, reçut les compliments des assistants, les rendit de son mieux, prit place au cercle, et tandis que la conversation interrompue un moment redevenait générale, il se mit à examiner Athos.

Chose étrange ! Athos avait vieilli à peine. Ses beaux yeux, dégagés de ce cercle de bistre que dessinent les veilles et l’orgie, semblaient plus grands et d’un fluide plus pur que jamais ; son visage un peu allongé avait gagné en majesté ce qu’il avait perdu d’agitation fébrile ; sa main, toujours admirablement belle et nerveuse, malgré la souplesse des chairs, resplendissait sous une manchette de dentelle comme certaines mains de Titien et de Van Dick ; il était plus svelte qu’autrefois ; ses épaules bien effacées et larges annonçaient une vigueur peu commune ; ses longs cheveux noirs, parsemés à peine de quelques cheveux gris, tombaient élégants sur ses épaules et ondulés comme par un pli naturel ; sa voix était toujours fraîche comme s’il n’eût eu que vingt-cinq ans, et ses dents magnifiques, qu’il avait conservées blanches et intactes, donnaient un charme inexprimable à son sourire.

Cependant les hôtes du comte, qui s’aperçurent, à la froideur imperceptible de l’entretien, que les deux amis brûlaient du désir de se trouver seuls, commencèrent à préparer, avec tout cet art et cette politesse d’autrefois, leur départ, cette grave affaire des gens du grand monde, quand il y avait des gens du grand monde ; mais alors un grand bruit de chiens aboyants retentit dans la cour, et plusieurs personnes dirent en même temps :

— Ah ! c’est Raoul qui revient.

Athos, à ce nom de Raoul, regarda d’Artagnan et sembla épier la curiosité que ce nom devait faire naître sur son visage. Mais d’Artagnan ne comprenait encore rien ; il était mal revenu de son éblouissement. Ce fut donc presque machinalement qu’il se retourna lorsqu’un beau jeune homme de quinze ans, vêtu simplement, mais avec un goût parfait, entra dans le salon en levant gracieusement son feutre orné de longues plumes rouges.

Cependant ce nouveau personnage tout à fait inattendu le frappa. Tout un monde d’idées nouvelles se présenta à son esprit, lui expliquant par toutes les sources de son intelligence le changement d’Athos, qui jusque-là lui avait paru inexplicable. Une ressemblance singulière entre le gentilhomme et l’enfant lui expliquait le mystère de cette vie régénérée. Il attendit, regardant et écoutant.

— Vous voici de retour, Raoul ? dit le comte.

— Oui, monsieur, répondit le jeune homme avec respect, et je me suis acquitté de la commission que vous m’aviez donnée.

— Mais qu’avez-vous, Raoul ? dit Athos avec sollicitude ; vous êtes pâle et vous paraissez agité.

— C’est qu’il vient, monsieur, répondit le jeune homme, d’arriver un malheur à notre petite voisine.

— À Mlle de La Vallière ? dit vivement Athos.

— Quoi donc ? demandèrent quelques voix.

— Elle se promenait avec sa bonne Marceline dans l’enclos où les bûcherons équarrissent leurs arbres, lorsqu’en passant à cheval je l’ai aperçue et me suis arrêté. Elle m’a aperçu à son tour, et en voulant sauter du haut d’une pile de bois où elle était montée, le pied de la pauvre enfant est tombé à faux et elle n’a pu se relever. Elle s’est, je crois, foulé la cheville.

— Oh mon Dieu ! dit Athos ; et Mme de Saint-Remy, sa mère, est-elle prévenue ?

— Non, monsieur. Mme de Saint-Remy est à Blois, près de madame la duchesse d’Orléans. J’ai eu peur que les premiers secours fussent inhabilement appliqués, et j’accourais, Monsieur, vous demander des conseils.

— Envoyez vite à Blois, Raoul, ou plutôt prenez votre cheval et courez-y vous-même.

Raoul s’inclina.

— Mais où est Louise ? continua le comte.

— Je l’ai apportée jusqu’ici, Monsieur, et l’ai déposée chez la femme de Charlot, qui, en attendant, lui a fait mettre le pied dans de l’eau glacée.

Après cette explication, qui avait fourni un prétexte pour se lever, les hôtes d’Athos prirent congé de lui ; le vieux duc de Barbé seul, qui agissait familièrement en vertu d’une amitié de vingt ans avec la maison de La Vallière, alla voir la petite Louise qui pleurait et qui, en apercevant Raoul, essuya ses beaux yeux et sourit aussitôt. Alors il proposa d’emmener la petite Louise à Blois dans son carosse.

— Vous avez raison, Monsieur, dit Athos, elle sera plus tôt près de sa mère ; quant à vous, Raoul, je suis sûr que vous avez agi étourdiment et qu’il y a de votre faute.

— Oh ! non, non, monsieur, je vous le jure ! s’écria la jeune fille tandis que le jeune homme pâlissait à l’idée qu’il était peut-être la cause de cet accident.

— Oh ! monsieur, je vous assure… murmura Raoul.

— Vous n’en irez pas moins à Blois, continua le comte avec bonté, et vous ferez vos excuses et les miennes à Mme de Saint-Remy, puis vous reviendrez.

Les couleurs reparurent sur les joues du jeune homme ; après avoir consulté des yeux le comte, il reprit dans ses bras déjà vigoureux la petite fille, dont la jolie tête endolorie et souriante à la fois posait sur son épaule, et il l’installa doucement dans le carosse ; puis, sautant sur son cheval avec l’élégance et l’agilité d’un écuyer consommé, après avoir salué Athos et d’Artagnan, il s’éloigna rapidement, accompagnant la portière du carosse, vers l’intérieur duquel ses yeux restèrent constamment fixés.


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