Visites aux villes d’art septentrionales. — La peinture à Bruges

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Visites aux villes d’art septentrionales. — La peinture à Bruges
Revue des Deux Mondes6e période, tome 11 (p. 594-633).




VISITES AUX VILLES D’ART SEPTENTRIONALES

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LA PEINTURE À BRUGES


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L’extérieur des retables flamands relève presque toujours d’une esthétique sculpturale. L’oraison finie, l’œuvre se faisait en quelque sorte de pierre. Point de luxe inutile ; des figures en grisaille d’une plasticité toute décorative. Fermé, le « taveliau » s’incorporait au cadre d’architecture. La prière seule dévoilait les trésors cachés sous les volets. Ouvrait-on ceux-ci, les scènes pieuses s’offraient dans cette harmonie de tons purs qui fut le secret des Flamands du xve siècle ; et l’esprit du fidèle s’abimait dans un flot de lumières colorées et de grâces irradiantes. Telle était la vertu de cette peinture mystique.

Bruges est un retable de pierre qu’il faut contempler au soir tombant. A l’extrémité du Lac d’Amour, une grosse tour séculaire garde un pont qu’on dirait hors d’usage. Ne craignons pas de nous y engager et retournons-nous vers la ville. La flèche de Notre-Dame, comme suspendue sur les arbres et les toits, se réfléchit dans le visage immuable de l’étang. Divin prestige de l’illusion ! Parce qu’un paysage doux et harmonieux résume la beauté de la cité, nous croyons mieux connaître les œuvres de génie éparpillées dans les églises et les musées ! Et si la brise nocturne promène quelques rides sur le Minnewater, jadis bassin maritime, notre perception d’autrefois s’aiguise et s’affine. Bruges n’est-elle pas fille de la mer ? A quelle cause la peinture Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/599 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/600 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/601 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/602 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/603 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/604 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/605 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/606 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/607 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/608 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/609 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/610 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/611 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/612 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/613 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/614 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/615 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/616 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/617 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/618 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/619 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/620 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/621 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/622 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/623 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/624 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/625 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/626 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/627 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/628 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/629 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/630 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/631 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/632 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/633 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/634 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/635 Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 11.djvu/636 plan est un mannequin d’atelier davidien. Au musée des Hospices est un Christ mort de Suvée, pénible étude d’amphithéâtre. Le panégyrique de ce parfait pédagogue tient en ces deux lignes d’un biographe ironique : « Il était passionné pour Rubens qui se trouvait, relativement à lui, aux extrémités opposées de l’art. »

Nous avons souvent brusqué notre pèlerinage en désignant avec une brièveté hâtive les autels les plus justement fleuris. Mais que désirons-nous, sinon raviver des émotions chez ceux qui ont vu Bruges ou éveiller chez les autres le désir de connaître la ville et ses peintres ? L’intelligence complète de Memlinc ne s’acquiert que par la vue de la mystique cité flamande. Mais van Eyck, van der Goes, Gérard David, Blondeel, Fourbus s’incorporent tous à cette cité où le disparate des édifices, la grâce des pignons en deuil, l’élan sans repos des tours et des clochers, l’adorable chaos des toits vermillon, les nappes dormantes des canaux, les murailles et les dômes de verdure se confondent et s’accordent en une vision idéale. Le temps a écrit ici, dans le « grand catéchisme du silence, » une inoubliable leçon d’éclectisme, d’un éclectisme qui s’épure et s’unifie dans le charme d’une beauté conforme aux êtres et à leurs penchans intimes. Le génie des maîtres palpite dans l’air brugeois. Et c’est pourquoi il faut rêver devant le pieux retable du Minnewater au soir tombant…

Fierens-Gevaert.