Vocabulaire de Français Régional

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher


Vocabulaire de Français Régional
1951


Le Révérend Père Henri FLEISCH, de la Compagnie de Jésus, né à Jonvelle en 1904 - Professeur à l'Université de BEYROUTH (Liban) a publié en 1951 dans La Revue des Langues Romanes (Tome LXXI) un article intitulé : Vocabulaire de Français Régional. L'auteur a bien voulu, à l'intention de ses compatriotes, que cet article soit davantage connu et divulgué.


Note de l'auteur[modifier]

Les Mots et Expressions employés se réfèrent à une situation donnée. Mes souvenirs nous rapportent à celle du pays avant la guerre de 1914. Actuellement, les choses ont changé, en particulier par suite du perfectionnement technique de la culture. Assez fréquemment, j'aurai à noter ce changement.

Ces observations sont dues en particulier à mon frère René, resté au pays. Il a vérifié sur le manuscrit l'exactitude de tous mes souvenirs, je l'en remercie beaucoup.

Le présent article a pour but de faire connaître le vocabulaire employé dans le français d'un village de Franche Comté: il s'agit de JONVELLE (Haute-Saône).

Il suffira de dire que les conditions pour la présente enquête sont très satisfaisantes - que toute la population n'emploie que le français - la jeune génération qui a une quarantaine d'années, comprend encore le patois, mais est incapable de le parler - les personnes âgées peuvent parler patois, mais ne l'emploient plus.

Les mots et expressions recueillies font partie uniquement du français actuellement parlé. Il y a quelques mots qui appartiennent au français familier, usités ailleurs, des mots bien français mais spécialisés dans un emploi technique - par ex : " LIEN ", réservé au LIEN de paille de seigle des gerbes. Des mots différant simplement par la prononciation… Un grand nombre concerne les mots spécifiquement locaux ou régionaux. La présentation aurait pu se faire par liste, à la manière d'un dictionnaire, j'ai préféré une rédaction qui avait l'avantage de faire connaître nombre de coutumes inséparables de l'emploi de beaucoup de ces mots.

Père Henri FLEISCH, de la Compagnie de Jésus


Les Conditions Atmosphériques[modifier]

Quand la pluie tombe violemment :" LA PLUIE ROUCHE ", ou bien " TOMBE A SIAUX ". Quand au contraire, il bruine : " IL BROUSSINE ", on dit aussi " IL BROUILLASSE ". - Bruiner est inconnu.

  • Le vent du Sud-Est est " LE SOLAIRE "
  • Le vent d'Ouest ;" LE DROIT-VENT "
  • Le vent du Nord-Est :" La VERNE ".

Un Proverbe les réunit : - Le Solaire : la pluie en l'air - La Verne l'amène - Le Droit-Vent la répand - La Bise à sa guise.

L'Agriculture[modifier]

Le village est de type aggloméré, pays de petite propriété. Les terres cultivées qui entourent le village jusqu'à une distance de 3 ou 4 Km sont divisées en trois cantons appelés : " PIES " ; " La PIE des BLÉS " - " La PIE des AVOINES " - " La PIE des SOMBRES ", dénommée aussi simplement " LES SOMBRES ", ce sont les Jachères. Chaque année on change de culture ; là où sont les blés on met l'année suivante les avoines puis la 3° année, ce sont " Les SOMBRES ". L'assolement est ainsi assuré : tout le monde suit le mouvement général, car chaque cultivateur possède des terres dans chaque " PIE ".

Les " GROS LÉGUMES " : les pommes de terre, appelées aussi familièrement " PATATES ", en patois " TREF "; les carottes fourragères, les betteraves sont plantées dans " Les SOMBRES ". Les Vieux appelaient les pommes de terre " POIROTTES " et les betteraves " LISETTES ". Les luzernes ou trèfles restent fixes quelle que soit " La PIE " : les luzernes, une dizaine d'années, les trèfles deux ou trois ans au plus.

Les légumes de consommation courante sont cultivés dans le jardin, derrière la maison; " Les PETITES RAVES " (les radis) y ont leur place et dans son complément " La CHÈNEVIÈRE " : c'est en effet un jardin de 3 ou 4 ares qui se trouve simplement à la sortie du village : route de CORRE et route de VILLARS le PAUTEL. Autrefois on y cultivait le chanvre d'où le nom de " CHÈNEVIÈRE " qui est resté.

La Jachère reste une terre nue que l'on travaille : un profond labour de printemps " On SOMBRE " - un labour d'été, léger " On RECASSE " - le labour d'automne pour la semaille du blé sera facile.

Au labour d'automne, d'ailleurs quelle que soit " La PIE ", on trouve dans la terre, un petit tubercule allongé à peau noire, à chair sucré blanche et ferme, c'est " Le MARCUJON " ou " MERCUJON " ; les laboureurs en ramassent dans leur poche pour les enfants qui en sont très friands. Les sangliers les estiment aussi et " FROGNENT " souvent dans les champs voisins des emblavures pour trouver cet objet de leur convoitise.

Toute la campagne porte noms de lieux-dits qui permettent à chacun de localiser ses champs : dénominations variées - on remarque ceux constitués avec le vieux mot français " VAU " (Val) " La VAU du ROI " - " La VAU du FOU " - " La VAU du CHAPELET " . Deux chemins qui servaient de défruitement portent le nom de " CHARRIÈRE " - " La Grande CHARRIÈRE " qui suit le tracé d'une ancienne voie romaine dont il reste encore quelques pavés et " La Petite CHARRIÈRE ". Actuellement on utilise une route tracée un peu plus bas passant par " Les JONVELOTTES " (lieu-dit) et là, on l'appelle " Le CHEMIN NEUF ".

L'unité de surface est " Le JOUR " (24 ares) pour la terre cultivée - " La FAUX "- même surface pour les prés - " L'OUVRÉE " (3 ares) pour la vigne. Ceci représente la surface de terre, de pré ou de vigne qu'un homme peut labourer ou faucher ou bêcher dans une journée de travail. Un cultivateur dira par exemple : " J'ai 12 JOURS de blé - 8 JOURS d'Avoine - 20 FAUX de Pré et 3 OUVRÉES de Vigne ".

Pour estimer sa récolte en foin et paille, le cultivateur parlera de " MILLE ". Il s'agira de Milliers de livres. Pour mes vaches, dira-t-il, il me faut " 15 MILLE de foin et de luzerne - je compléterai avec 4 ou 5 MILLE de paille de blé et Des LEGUMES ".

" Les LÉCHURES " sont constituées par des betteraves et des carottes passées au coupe-racine, agrémentées d'une poignée de gros son (à défaut de " La MENU - PAILLE " ou " PAILLOTTE " (balle du battage) et d'un peu de gros sel pour bestiaux. Elles sont distribuées individuellement à chaque vache laitière après qu'elle a mangé sa ration de foin et de paille.

Le gros trèfle rouge est réservé aux chevaux qui ont aussi leur part de foin et de paille et l'indispensable " AVOINE " quand ils fournissent du travail. Le trèfle blanc pousse spontanément plus ou moins dense, sans être cultivé pour lui-même, il fait partie de l'herbe que paissent les vaches, on l'appelle " TRUOT " habituellement, ou " PETIT TRUOT ". La minette cultivée mais moins que la luzerne peut prendre le nom de " TRUOT JAUNE ".

La Moisson[modifier]

On sème un peu d'orge dans " La PIE des AVOINES ". Un tout petit champ abrité qui ne sera pas foulé par les passants : hommes et bêtes, reçoit du seigle. Il montera jusqu'à hauteur d'homme. On le moissonnera soigneusement à la faucille pour ne pas maltraiter ces longues tiges qui fourniront " Les LIENS " des gerbes (Blé ou Avoine).

Le Maïs est très peu représenté, on en voyait quelques rangées dans " Les CHÈNEVIÈRES ", on l'appelle " BLÉ de TURQUIE ", mais on n'analyse plus dans ce mot la valeur des composants, on dit d'un seul mot " BLEDTURKI " ou tout simplement " Türki " et les filaments que produit la plante autour de l'épi sont " De la BARBE De Turki ".

Parmi les mauvaises herbes, la MOUTARDE des Champs (la sanve) est évidemment bien représentée, mais elle porte le nom de " SNOVRE ".

Après la moisson, les gerbes de blé ou d'avoine sont mises en tas ; les moyettes, ici " Les TRESEAUX ". Quand on les a enlevés il reste " Les ÉTROUBLES " (les éteules) où le berger peut conduire son troupeau de mouton ; s'il trouve encore quelques épis, il peut " Les CIRER " - " CIRER un Épi ", c'est le prendre dans la main gauche et de l'autre main, tirer sur la tige qui dépasse entre le pouce et l'index, pour que le grain reste dans la main gauche - opération que savent bien faire les sangliers pour recueillir le grain dans leur mufle, quand le blé est sur pied. Les gerbes rentrées sont serrées dans le grenier, rien ne reste dans les champs sous forme de meule ou autre.

Ce sera l'occupation du mois de novembre après les semailles et de décembre de les " BATTRE A LA MÉCANIQUE ". Chaque cultivateur possède cette installation actionnée par un manège. Le cultivateur fait lui-même son travail avec la main d'œuvre de la maison : sa femme ou sa fille " ENGRÈNE " et lui recueille la paille qu'il met en bottes, réutilisant " Les LIENS " qui ont servi pour les gerbes. Les deux chevaux tournent dans le manège, les yeux bouchés par des oeillères en cuir et n'ont pas besoin de surveillance. Il n'y a plus guère actuellement de ces batteuses mécaniques à chevaux, un moteur électrique a remplacé les chevaux et beaucoup de cultivateurs ont adapté un van automatique à leur ancienne batteuse, les grains est ainsi battu, et vanné en même temps. Il travaille ainsi jusqu'à midi - l'après-midi il vannera au tarare pour séparer " LA PAILLOTTE " ou " MENU - PAILLE " (La Balle du grain). Il mesurera le grain obtenu en " DOUBLE " (Double - Décalitre) qu'il portera ensuite au grenier dans un gros sac. Il aura battu de 100 à 150 gerbes, des grosses gerbes vu la longueur du " LIEN " de paille de seigle. Le lendemain, il recommencera.

La fenaison[modifier]

Le faucheur prépare sa faux à la maison, il la bat sur une petite enclume avec un marteau approprié pour lui donner du fil. Il part au pré de très bon matin pour profiter de la rosée. Il accroche à sa ceinture, derrière le dos, son " COUE " qui contient sa " REGUISETTE ". Ce " coué " est une corne de bœuf (d'où son nom) munie d'un crochet. Le faucheur y verse un peu d'eau, place la " Réguisette " qu'il empêche de ballotter par une touffe d'herbe. " Il TIRE SON ENDAIN ". Si au printemps, on n'a pas épanché les " TAUPIÈRES " (Taupinières), ces petits tas de terre desséchés compliquent le travail du faucheur et l'agacent.

Les faneurs " ÉTENDENT " les endains, le lendemain " RETOURNENT " les herbes épanchées pour sécher de l'autre côté. Quand le foin est presque sec, ils font des " REUX " au râteau c'est-à-dire des endains de foin, puis des petits tas " Les CHEVROTTES ",enfin " METTENT en TAS " : les gros tas d'où le foin sera chargé sur la voiture. Actuellement la fenaison est plus simple : les endains de la faucheuse mécanique se trouvent épanchés d'eux-mêmes -la faneuse mécanique les retourne le foin est ramassé avec le Râteau à cheval. On fait des" CHEVROTTES " que pour les regains.

Tous les transports sont effectués avec " La VOITURE ", c'est un long chariot étroit à quatre roues. Un cheval est attelé dans la limonière. Si l'on a besoin d'un second cheval, il prend place devant le premier, tirant par une chaîne accrochée à chaque bras de la limonière à son extrémité.

Pour le transport du fumier de la ferme, des légumes, une ou deux larges planches placées de chaque côté en oblique contre des montants assurent un contenant qui ne perdra pas son bien en route (le fond lui-même étant constitué par des planches " La FONDRIÈRE "). Pour les fourrages ou les céréales, on enlève les planches latérales et l'on dispose " Les ÉCHELAGES " : deux larges échelles prévues pour le cas (les échelages ont disparu et disparaissent peu à peu et sont remplacés par des plateaux dits " FOURRAGÈRES ". Les échelles sont maintenues en place par des traverses. Elles constituent " Le BERCEAU " d'abord rempli ; on surmonte ce " Berceau " de plusieurs rangs de gerbes ou de foin savamment disposés, ce qu'on appelle " FAIRE LA VOITURE ". Pour fixer le tout, on utilise une perche munie à sa plus forte extrémité d'un crochet naturel (une branche latérale coupée à 10 ou 15 cm du corps de la perche) ou artificiel (une encoche taillée dans le bois). A l'avant de la voiture, le crochet saisit une corde transversale qui a du jeu, elle s'étire en triangle. A l'autre extrémité de la perche est attaché une forte corde que l'on enroule au moyen d'un gros et solide bâton " Le TOUTIOT " sur un gros rondin écorcé et poli retenu dans une armature de fer, dans laquelle il tourne à l'extrémité de la voiture, au fond du berceau " Le VIROT ". En route, pour freiner " ON TOURNE LA MÉCANIQUE ", ce frein est un chausson d'acier ou de bois que l'on comprime contre la roue par une tige à pas de vis, d'où la nécessité de " TOURNER LA MÉCANIQUE ".

La Voiture devient une manière d'estimer les charrois : " Nous avons rentré 15 VOITURES de foin - pour le blé et l'avoine, nous en aurons bien autant, car nous y avons mis 10 VOITURES de fumier ".

La vigne[modifier]

La Vigne était autrefois assez largement cultivée sur les coteaux, mais le phylloxéra et la médiocre qualité du vin ont réduit cette culture, simplement à la consommation familiale et encore, tous les cultivateurs n'ont pas maintenant leur vigne . Il était si facile d'acheter du bon vin venu du Midi.

La culture de la Vigne conserve néanmoins son vocabulaire. Au printemps, on " SOMBRE " la vigne (bêchage à fond), 1'ouvrier utilise son " FOSSEU " et " MONTE SON ORDON ". La vigne étant sur un coteau, il commence par l'endroit le plus bas, d'où son expression " MONTER " - il bêche entre deux rangées de ceps, c'est son " ORDON " .

Quand les jeunes pousses ont grandi, on les accole, on les lie au " PESSEAU " (l'échalas) avec un petit lien constitué par quelques brins de paille de seigle de 0,25 m de longueur environ (l'accolure). Actuellement " Les PESSEAUX " ont presque disparu. On utilise des fils de fer tendus entre des poteaux.

Après la floraison, on coupe les gourmants : les pousses qui ne portent pas de raisins et consomment inutilement la sève. On connaît la pratique de la marcotte, mais on l'appelle " PINJE ".

Les vendanges[modifier]

Les vendangeurs coupent le raisin avec une serpette et remplissent leur panier ; un homme de service passe, portant une large hotte de métal " Le TENTELIN " où l'on déverse ces paniers. Il va ensuite à la voiture restée sur le chemin. Sur cette voiture, on a installé une sorte de cuveau de forme oblongue " La BALONGE " - on peut se la représenter comme un saloir aux bords plus relevés. Les raisins sont transportés à la maison dans ce récipient, broyés avec la tête d'une hache quand on n' y met pas les pieds nus, et versés au tonneau de fermentation avec la grappe. "Le TENTELIN " sert aussi à évaluer le rendement brut d'une vigne : on dit par ex, à la vendange, cette vigne a donné tant de " TENTELINS " à l'ouvrée.

Les fruits[modifier]

On récolte beaucoup de cerises (quand l'année est favorable) qui fournissent un kirsch excellent. On utilise les " CERISES NOIRES " qui n'ont pas d'autre nom - " Les FROMENTELLES ", cerise très riche en sucre, assez grosse, mais qui, à maturité reste simplement d'un rouge mât peu foncé ; toutes deux sont " DES GUIGNES ". Il y a aussi " Les CERISES des BOIS " (arbre non greffé), elles rendent bien mais elles sont tellement petites qu'elles lassent la patience des ramasseurs. Quant aux cerises " AIGRES " (grillottes), on en fait très peu de cas, sauf les pêcheurs qui y trouvent une très bonne amorce pour les " VILNETS " - " Les COEURS de BOEUF " (bigarreaux) peu répandues sont consommées sur table . La cime du cerisier s'appelle " La QUIQUELLE ".

Le cerisier est un arbre qui provoque assez facilement des accidents - une branche assez grosse peut céder sous le poids du ramasseur, s'abattre, déchirant l'écorce ou rester suspendue par un bout d'écorce, mais l'homme va par terre, " elle s'est ÉCUISSÉE ". On aime présenter un " JERGUE de Cerises ", c'est-à-dire la branchette avec ses cerises en groupe et les feuilles qui les entourent.

On distille aussi les prunes " COUÈCHES " (quetsches ) - " QUEUROTTES " (prunes de Damas), appelées aussi quelquefois des " DAMA " - mirabelles, peu répandues réservées aux tartres et aux compotes.

Dans la distillation on distingue " L'EAU VOTTE " ou " LA PETITE EAU ", le premier ou le dernier liquide qui arrive, à faible teneur d'alcool ; on le reconnaît à ceci : il ne flambe pas quand répandu sur la tête de l'alambic, on en approche un " TORTILLON de PAILLE " allumé. Ce liquide ne mérite pas " La REPASSE " (deuxième distillation qui affine le premier produit). On l'ajoute simplement à une autre " CUITE ".

Pour les autres fruits, les noms qui méritent mention sont les suivants : " Les POMMES CARRÉES " - " Les POMMES de SAIGNE EN DENT " - " Les POMMES ACIDES " c'est-à-dire " À CIDRE " peu répandues.

Pour les Prunes : " Les MADELEINES " - " Les COCOS JAUNES ". Par ailleurs " Les NEUGEOTTES ", nom familier des noisettes " Les MOURES " (les mûres de ronce) - " Les PUELLES " (Prunelles). Les petites baies de l'épine blanche s'appellent " Les SNOTTES " recherchées par les merles en hiver.

La forêt[modifier]

Le village possède plus de 120 hectares de bois communaux mais on n'emploie pas le mot " FORÊT ", il s'agit toujours de " BOIS ". La coupe est réglée par le service des Eaux et Forêts. Chaque année on coupe environ 5 hectares destinés à fournir le bois de chauffage, unique combustible des familles de cultivateurs.

Les essences dominantes sont " Le FOYARD " (Hêtre) et " Le CHARMILLE " (Charme) sauf une petite région qui est une chênaie (Le Bois des Tuileries).

La commune passe un contrat avec un bûcheron. " Les ÉTELLES " (éclats de bois lors de rabattage - mot administratif - seront ou ne seront pas la propriété du bûcheron. Maintenant on trouve difficilement un bûcheron entrepreneur de la coupe. On est réduit à diviser la surface en lots représentant " Les PORTIONS " et chaque cultivateur s'ingénie pour abattre ou faire abattre le bois qui lui revient. " Le BACU " (hutte de branches et de rondins que le bûcheron se construit sur place) lui revient de par la coutume. Le bûcheron prend des aides, divise en sections la surface à exploiter, ce sont " Les ORDONS " et chacun coupe son " ORDON ". Ils établissent un nombre de " Portions " correspondant au nombre de feux du village, numérotées et tirées au sort après paiement des redevances. Dans chaque " PORTION " on met des branches de différentes grosseurs, il ne faut pas oublier " Le MODERNE " : tronc d'arbre, habituellement un charmille de 25 à 30 cm de diamètre à la base, qui augmente le rendement en bois de chauffage. Les branchages où le propriétaire de " La PORTION " fera ses fagots accompagnent " La PORTION ", de même " La CHARBONNETTE " (les petites branches).

La hache est le grand instrument de travail, " Le MERLIN " ou " MARLIN " sert à fendre les arbres abattus et ébranchés. Émoussée, elle est dite " BOUDRE " ainsi qualifie-t-on tout instrument tranchant qui a perdu son mordant au travail, en premier lieu un couteau.

Dans le bois, on recueille des champignons " La JAUTERELLE " (Chanterelle) très recherchée - " Les LANGUES de BOEUF " - " Les CRÊTES de COQ " - " La BARBE de CAPUCIN " - " Les GOLMELLES " (Coulemelles ) - " Les AUBURONS " sont négligés - " Les VACHETTES " (Lactaires) sont tenus en suspicion et laissées généralement.

A la belle saison, on peut entendre les petits oiseaux " PIOTTER " (pépier) dans leur nid. " Le CHIENNID " ne doit pas être en retard sur les autres - c'est le dernier venu de la couvée, plus faible, moins bien nourri, mal satisfait, facilement reconnu des dénicheurs. " CHIENNID " qui devient aussi " CHIENLIT " est le surnom moqueur que l'on donne au dernier-né d'une famille.

Le long de la rivière (La Saône), " Les VERNES " (Aulnes) sont nombreux, mais leur bois n'est pas estimé ni pour le chauffage ni pour le service. Par contre " Les ACACIAS " (Robiniers) sont plantés avec soin sur le flanc des coteaux difficiles à cultiver ou impropres à la culture. Ils fournissent les poteaux destinés à clore " Les PÂTURES ". Les poteaux sont enfoncés en terre au mouton : 4 ou 5 gros fils de fer (barbelés) ce sont "Les FILS de FER RONCE ", tendus entre les poteaux à intervalle régulier et égaux, ferment la clôture et les vaches paissent sans surveillance.

Les " PÂTURES " déjà nombreuses se sont encore augmentées, autant que possible à proximité du village. Les bêtes trouvent abri contre la pluie dans " Des BARAQUES " (bâtisse simple ouverte d'un côté - trois murs recouverts d'un toit à un seul versant). Toutes " Les PÂTURES " n'ont pas cette " BARAQUE ", alors on entend " BREUILLER " (meugler) les vaches sous la pluie, quand on tarde à les rentrer à la maison.

Les insectes[modifier]

" La CANQUOILLE " est le mot local du Hanneton, ce mot appris à l'école tend à se répandre : " CANQUOILLE " devenant un mot du langage familier ou une injure.

" Le TAVIN " (Taon) harcèle les attelages en été.

" Les QUINCARNIAUX ", petits moucherons très agressifs quand le temps est à l'orage. Ils se tiennent dans la forêt et aux alentours.

Les Abeilles étaient logées dans des " PANIERS ", cloche faite de paille de seigle, surmontée d'une " CALOTTE " ou " CABOTIN " plus petit , de même fabrication, qui constitue la hausse. Ces ruches vulgaires à très faible rendement ont maintenant disparu du village. Les Abeilles ne sont connues que sous le nom de " MOUCHES A MIEL " ou simplement " MOUCHES " quand on sait par ailleurs de quoi il s'agit. Pour les paysans, toutes les opérations apicoles dont ils ont d'ailleurs une idée assez vague s'appellent " ARRANGER LES MOUCHES ". Ils distinguent simplement la récolte " COUPER LES MOUCHES " parce qu'en fait, on coupait les rayons dans les ruches vulgaires.

La rivière[modifier]

La pêche à la ligne dans la Saône a ses fervents, non seulement des enfants, mais aussi des jeunes gens et des hommes. Ils connaissent bien deux plantes aquatiques " Les CALLEBASSES " (Nénuphar) sous lesquelles le poisson en été vient s'abriter et " Les SAMES ", grandes herbes filantes qui poussent en général dans les fonds de moins de deux mètres d'eau.

" Les ROUSSES " (Gardons) les fréquentent volontiers, mais eux y accrochent facilement leur ligne. Cette ligne a un flotteur " La NAGETTE " quand elle est faite d'une plume (une plume d'oie ordinairement) - " Un BOUCHON " quand c'est un petit bouchon de liège. Ils pèchent souvent sans flotteur " A LA VOLANTE " le " VILNET ", poisson de surface, à la belle saison. " Ce VILNET " - " VINNET " est le Chevesne qui ailleurs porte d'autres noms : Chavasson - Chavanne - Cabot, etc ...

Par eau trouble seulement ils peuvent prendre au ver, un poisson allongé assez gros, aux écailles blanches qu'ils appellent " SOUFFRE " mais sa chair sent la vase, ils le rejetteraient presque volontiers à la rivière.

Péchant le goujon, ils peuvent prendre " Les MOUTELLES ", tout petit poisson allongé, barbu qui vit dans les eaux peu profondes, les gués et s'abrite sous les pierres ; il y entraîne l'appât et c'est ainsi qu'il peut causer un malheur (faire accrocher la ligne) quand on tire. Ils appellent quelquefois une ablette, un " OBLET ".

Ils estiment une calamité, un poisson qui s'est introduit dans la Saône depuis une dizaine d'années et y a fort bien prospéré : " Le HOTU ", il a belle apparence, ressemble à une chevesne vandoise, mais sa chair est médiocre et il dévore la ponte des autres poissons après le frai, dit-on.

Sous le pont du village, l'eau est très peu profonde, les enfants s'amusent à pêcher les " MOUTELLES " à " La FOURCHETTE ". Ils écartent doucement les pierres pour apercevoir leur proie et l'embrocher. Ils sont plus heureux avec ce qu'ils appellent " Les TÊTARDS ".

La maison[modifier]

Dans la Maison, il y a lieu de signaler " Le POÊLE ", chambre bien connue dans l'Est de la France.

Les Nomades qui passent dans le village avec leur roulotte bohémiens ou non, sont appelés " Les CAMPS - VOLANTS ".

La Gouttière et son chéneau sont dénommés sous le nom général de " CHÊNEAU ", l'extrémité recourbée du chéneau qui déverse l'eau est " La CHANETTE ".

L'oeil de bœuf qui donne jour au grenier est " La FOULOTTE ". Pour la cave, c'est " Le LARMIER ". L'appentis où logent un ou deux cochons destinés à la consommation de la maison est " La RAN de COCHON ".

Quand une explosion secoue la fenêtre et fait vibrer les vitres, on dit que " Les Carreaux GRILLENT ", onomatopée exprimant le bruit caractéristique " Girr Girr ".

La ménagère balaie sa cuisine, les balayures sont des " CHENIS ", mais elle peut attraper " Un CHENI " dans l'oeil en faisant cette opération. Ainsi appelle-t-on tout fétu ou autre qui pénètre sous la paupière.

Dans son ménage, elle a " Le POT de CAMP " en métal qui lui permet de porter la soupe aux travailleurs des champs. Quand elle fait frire du lard, coupé en petits morceaux, il reste " Les GRABONS de Lard ".

Le liquide très salé qui se forme dans le saloir est " La SAUMURE ", on dit aussi " SAUMOIRE ".

Elle peut faire " Des CRAPÉS " avec les pommes de terre cuites dans la soupe, broyées et mélangées à quelques œufs et de la farine ; elle les fait frire dans la poêle. Pour le Mardi-Gras, elle fait des " BEUGNETS " (Beignets).

Les cartilages qui peuvent se trouver dans la viande et qui craquent sous la dent reçoivent le nom de " CRAQUANT ".

Si elle met un bouquet de fleurs sur la table, elle évite les fleurs à parfum trop violent, car il " ENTÊTE " (fatigue la tête).

Elle a son pétrin qui date du temps où chaque famille faisait son pain, on peut l'appeler " MAIE ", ce vieux mot est compris car il se trouve dans le patois " lu mè ".

Pour elle, son petit garçon est un " GACHENET " et sa petite fille une " GACHENOTTE ". A la naissance, c'était un " Petit GACHENET " ou une " Petite GACHENOTTE ". Après le baptême, à la sortie de l'église, on a jeté des " NAILLES " (Dragées), avec quelques sous, aux enfants du village venus selon la coutume.

Elle mouche soigneusement ses enfants, elle a une grande répugnance à voir s'écouler le mucus du nez " La NAQUE ".

Si un enfant se blesse au doigt, elle lui fait un " DOYOT ", c'est-à-dire un doigtier pour le protéger.

L'enfant qui boude est dit " QUEUNER ", seul mot employé.

L'hiver, elle met un " CARRON " dans leur lit (brique chauffée au four du fourneau et entourée d'un papier).

Les bêtes de la maison[modifier]

Les chèvres sont peu répandues, ce sont " Les BIQUES ", le mot " Chèvre " est appris à l'école.

Le porc est " Le GOURI "- Cochon s'emploie aussi très fréquemment - " GOURI " tend à n'être plus qu'une injure. Porc est usité dans l'expression " Porc-frais ".

On distingue les sexes de la manière suivante :

  • Cochon : Coche
  • Godin : Génisse
  • Poulain : Pouliche
  • Coucheri : Poulette dans la Basse-cour

Une souris est " Une RATTE ", poursuivie, elle " COUINE ". Les oies sont facilement appelées " OUYOTTES ", mais avec un sens un peu péjoratif. Dans une volaille, le gésier est connu normalement sous le nom de " MARRON ".

Expressions courantes[modifier]

  • " CANNER " c'est loucher.
  • " DÉGOBILLER " c'est vomir quelle que soit la cause.
  • Un pauvre sifflet est " Un FIEUTOT " qui sert à " FIEUTER ".
  • On se met " A CREPIOTTE " ou " CROPIOTTE" pour dire " A CROUPETONS ".
  • Remuer des objets sans réflexion, sans ordre, en cherchant quelque chose, c'est " FORGNER " ou bien "REVAUILLER ".
  • Introduire une baguette dans un tronc d'arbre et l'agiter d'un mouvement circulaire c'est " GREVILLER ", mal vous en prend de " GREVILLER " dans le trou d'un nid de guêpes.
  • " TOUILLER " un champ, un pré, c'est abîmer la récolte en la traversant. On dit aussi " TOUILLER Son CAFÉ ", le remuer pour faire un mélange de diverses matières.
  • Une personne vivement distraite ou vivement absorbée par un souci ou autre, ce qui lui donne un air absent, est " ÉVALTONNÉE ".
  • " Lancer des Vions " à quelqu'un c'est lui adresser des paroles blessantes avec le rappel d'une maladresse ou d'une sottise.

Les injures[modifier]

  • " BEULME " = Imbécile
  • " GOUILLANT " pour un jeune homme, c'est-à-dire paresseux sale, mot-à-mot : celui qui est réduit à aller arracher dans les champs des Panais " GOYOTTES ", pour satisfaire sa faim.
  • " GANDION " pour une jeune fille paresseuse, sale.
  • Un enfant turbulent qui met ses vêtements en lambeaux est " Un BRISAC ".
  • Les petits enfants (3 ou 4 ans) ont une injure à laquelle ils sont particulièrement sensibles " PEU " ou " PEUTE ". C'est le dernier mot qui résume toute la colère et leur mépris. Après l'avoir proféré, le petit ou la petite s'enfuit comme après un mauvais coup et l'autre, la victime, s'effondre en larmes et il faut toute l'ingéniosité de la maman pour calmer ce gros chagrin. Tout s'arrange avec " Un POUTOU " mutuel - mot du langage enfantin pour " BAISER ".

Jeux et distractions des enfants[modifier]

  • Dans les prés, ils recherchent une herbe tendre, blanche à la base " Les BALIBOTS " (un salsifi sauvage) qu'ils mangent presque avec gourmandise.
  • Ils jouent aux " CHIQUES " (billes) avec une boule de deux façons :
    • " Au POTOT " (Petit Pot), les billes sont réunies en petit tas. Il ne faut pas faire rouler la boule, mais atteindre les billes en la portant.
    • " A LA ROULANTE " : Il faut bien " PIETER " quand on vise au but - ne pas dépasser le but avec l'extrémité du soulier : un défaut sur ce point annule le coup après réclamation des partenaires.
    • Le joueur qui gagne après avoir perdu " Se REMPICHOTTE " (garnit sa poche).
  • Ils font " TRICER de l'EAU ", d'abord en la comprimant habituellement entre les deux mains plongées dans l'eau ; mieux par " Une TRICETTE " : l'instrument est vite fait - un bout de tige de sureau fait le corps en enlevant la moelle. Une baguette garnie de fil à une extrémité fait le piston. Un bouton de culotte enfoncé à une extrémité retient l'eau à comprimer et divise le jet. La solidité n'est pas garantie, mais la réparation fait aussi partie du jeu. Le gagnant est celui qui a fait " TRICER Le Plus LOIN ". Souvent le jeu se termine en bagarre, car il y a toujours un gamin qui trouve plaisant d'arroser sournoisement un de ses voisins, d'où les protestations et les coups de poing.
  • Ils jouent aussi " A La GALINE ", sorte de quille qu'il faut renverser avec une pierre en partant du but. Un joueur la redresse, " Celui qui est PRIS ". On peut rentrer au but avec la pierre tant que " La GALINE " est renversée. Dès qu'elle est redressée " Le PRIS " peut " PRENDRE ", c'est-à-dire toucher quiconque a mis la main sur sa pierre et n'est pas rentré au but, ce joueur, évidemment s'esquive. " PRIS ", il prend la fonction de redresseur de " La GALINE ".
  • La course s'appelle " COURSETTE ", elle peut se modifier en " CHAT COUPE " c'est-à-dire à coupe-chat.


Pendant la Semaine Sainte, quand les cloches se taisent, ce sont les écoliers qui annoncent les offices. Ils se partagent le village : à tel groupe, telles rues, les rues qu'ils habitent. Ils parcourent les rues en faisant tourner leur " BRUANT " (crécelle), quelques instants - crient l'office en question et recommencent un peu plus loin. Le Samedi - Saint, après l'office du matin " Les BRUANTS " viennent " CHERCHER LEUR ROULÉE " - les enfants se présentent aux maisons des cultivateurs et reçoivent des œufs qui seront leurs œufs de Pâques, cuits durs et teints.