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Voyages et découvertes dans la Nouvelle-Guinée

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VOYAGES ET DÉCOUVERTES
dans la nouvelle-guinée.

La Nouvelle-Guinée est une des régions les moins connues du globe ; si le centre des grands continents, tels que l’Afrique, l’Asie, l’Australie, offre de grandes lacunes géographiques, les côtes sont au moins délimitées, la configuration des terres a été déterminée. Il n’en est pas de même pour la Nouvelle-Guinée. L’accès de ce pays, vierge en grande partie du contact des Européens, a été interdit jusqu’ici par le caractère hostile des indigènes, par le manque de bons mouillages, par les récifs qui opposent une barrière le long des côtes, et par l’insalubrité d’une grande partie du littoral.

Ce grand continent insulaire de l’océan Pacifique, situé dans la Mélanésie, a une surface presque double de celle de la France, quoique le développement des côtes soit de 1 400 lieues, au lieu que celui des nôtres n’est que de 700 lieues.

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Baie Moresby (Nouvelle-Guinée), visitée pour la première fois par le Basilic. (D’après une photographie du lieutenant Mourilyan, membre de l’expédition.)

Les Hollandais ont été les pionniers de la colonisation dans ces régions sauvages ; mais aujourd’hui les conquêtes dues à la persévérance de la race anglo-saxonne s’étendent de plus en plus dans les nombreux archipels de l’Océanie. Des cotes de l’Australie, les colons anglais se sont dirigés sur la Nouvelle-Zélande, puis de là sur les Fidji, où ils plantent maintenant le coton. La faible distance qui sépare l’extrémité sud de l’Australie des côtes de la Nouvelle-Guinée, les attire vers ces lieux où ils n’ont pas à craindre de rivalité.

Depuis François Serrano qui reconnut les premières terres en 1511, les expéditions portugaises, hollandaises et anglaises laissèrent chacunes quelque fait nouveau à ajouter à la géographie du pays ; la France aussi, prit part à ces conquêtes, car les noms de nos navigateurs célèbres, appartiennent à un grand nombre de points de la carte.

Aujourd’hui les principales nations d’Europe, témoins des prodiges accomplis par la colonisation australienne, ont tourné leurs regards vers cette terre restée encore en possession des indigènes. En 1870, M. Miklucho Maclay, jeune savant russe, débarqua à la baie de l’Astrolabe ; il séjourna plusieurs mois visitant le pays, jusqu’à ce que les fièvres le contraignirent à quitter le pays. Un Italien M. O. Beccari visitait en 1871 les îles de la mer d’Arafoura et quelques points du continent Guinéen. Mais, ce sont les Australiens qui dans ces derniers temps développèrent le plus d’activité dans ces investigations géographiques. Les missions de Londres, ayant établi plusieurs stations sur la côte, où elles entretiennent des élèves missionnaires, ont prépare la voie aux futurs explorateurs. Depuis trois ou quatre ans il y a un mouvement croissant dans les tentatives privées ou collectives, vers la baie Redscar ; la recherche de l’or, ce grand magicien de la colonisation, a été le principal objectif ; ici, peut-être comme en Australie, il sera le point de départ de la conquête pacifique du travail.

Le gouvernement australien préoccupé des intérêts futurs, organisa au commencement de 1875 une campagne d’exploration vers la côte Sud-Est, totalement inconnue. Le Basilic, spécialement affecté à cette reconnaissance, aborda en premier lieu sur la côte qui s’étend au pied du mont Astrolabe, relevé par Dumont-d’Urville. On trouva une belle baie avec un mouillage abrité au milieu de hautes montagnes, à laquelle on donna le nom du capitaine Moresby. Le Basilic continua sa croisière en suivant la côte vers l’Est, sur une longueur de 140 milles. Il pénétra ainsi au milieu de ce dédale inextricable de récifs de corail, l’effroi des navigateurs.

Le 11 avril, on se trouva dans l’archipel de la Louisiade, qui n’est que la prolongation de la Nouvelle-Guinée. Les relevés hydrographiques permirent de déterminer la configuration exacte des côtes ; jusqu’ici on croyait qu’elles se prolongeaient en pointes, mais on vit que le contour était très-accidenté et qu’il affectait la forme d’une double fourche entourée de nombreux îlots.

Quand le navire venait mouiller au milieu de ces îles, sa haute mâture, la fumée, la facilité d’évolution étaient pour les naturels un grand sujet d’étonnement ; mais ils se hasardaient néanmoins à accoster le navire avec leurs pirogues chargées de fruits et de productions du pays, qu’ils offraient pour de menus objets de fabrication européenne. Les bananes, les cocos, des pierres vertes comme la malachite, des petits porcs, la racine de yam, s’échangeaient couramment contre du fer et des outils. Les relations furent amicales ; on n’eut pas à déplorer de regrettables collisions dans les rapports fréquents avec les indigènes, soit à bord, soit même à terre.

Ces insulaires ont le type bien caractérisé de la race Papoue ; de haute stature, de forme souvent athlétique, ils conservent une grande régularité dans leurs traits. Leur accoutrement dénote une tendance à la parure fantaisiste ; leurs cheveux taillés d’une façon grotesque et enduits d’une pommade pâteuse, leur poitrine bariolée de raies jaunes, leur donnent un aspect pittoresque et bizarre. Ils mâchent constamment le chunam, mélange de chaux vive et de bétel, ce qui colore leurs dents en rouge. La plupart sont cannibales.

La chasse fut très-abondante dans les îles où relâcha le Basilic, quoique les matelots aient éprouvé une difficulté insurmontable à pénétrer dans ces forêts vierges, où la nature tropicale revêt un aspect chaotique. Pour bien se le figurer, il faut mélanger par la pensée les troncs et les arbres gigantesques plusieurs fois séculaires, à une multitude de graminées et de lianes, rehaussées par l’éclat de fleurs aux riches couleurs. Il faut se représenter en outre les admirables chapiteaux formés par une multitude d’espèces de palmiers, portant leurs cimes au niveau supérieur de la forêt, tandis qu’ils sont mêlés dans le bas aux cannées, aux agaves, aux bégonias et aux riches feuillages des musacées. Pour compléter le tableau, joignez aux vastes parasols des palmiers les fougères arborescentes, les jeunes caccias aux feuilles pennées, les immenses faisceaux produits par les parasites, tombant comme des crinières gigantesques des branches qui les supportent. Tout cet ensemble se dessinant dans une obscurité où les rayons du soleil tropical, peuvent à peine pénétrer, donnera une idée de cette luxuriante nature, dont nos bois d’Europe aux essences d’arbres peu nombreuses ne peuvent se comparer.

La croisière du Basilic se termina sans accidents, malgré les difficultés d’une navigation dans des eaux aussi dangereuses. On était de retour à Sommerset le 3 mai 1873, après une fructueuse reconnaissance géographique.

J. Girard