Vue de ville (Grégoire Le Roy)

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Parnasse de la Jeune BelgiqueLéon Vanier, éditeur (p. 187-188).


Vue de Ville


Roucoulements très doux, très lents,
Et plaintes de moutons bêlants,
Et chants de coq et cris de poule,
Et voix de peuple qui se saoule.

Au haut des toits des paons chantant ;
Des pleurs d’enfants que l’on entend,
Et cris de mère qui les gronde,
Là-bas, dans une cour immonde.


Voix de bêtes et voix de gens,
Et de vendeurs et d’indigents ;
Et quelquefois, d’une gouttière,
De l’eau qui tombe en la rivière,

Rivière où se mirent très peu
Les maisons au toit rouge ou bleu ;
Et les fenêtres sont fleuries
De fleurs malades et flétries.

Et des bruits, du matin au soir,
De choses que l’on ne peut voir,
Et des appels de voix sonores
Meurent dans les eaux incolores,
 
Dans les eaux sales, dans les eaux
Tristes, stagnantes, sans échos,
Où pleurent des maisons croûlantes,
Des eaux invisibles, très lentes.

Jamais de barques ; des pontons
Vermoulus rivés aux maisons ;
C’est un quai de l’ancienne ville,
Ayant cent ans, peut-être mille.