Wikisource:Bac à sable

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La fille câline

- Es-tu là ?

- Oui, en train de courir.

Et en courant, en courant, en fouettant les portes avec ses ailes de soie, de la coiffeuse au cabinet et de l'armoire au miroir, toujours dans la retouche de dernière minute; en cherchant l' épingle ou l'éventail que perdait sa meneuse folle, en se retournant depuis la rue pour ceindre à sa gorge le collier, en me faisant encore entrer par le mouchoir en dentelle oubliée sur la chaise, nous sortions donc toujours toutes les nuits avec une heure et demi de retard, bien qu'avec la lumière du soleil elle commençât l'archi-difficile œuvre de mettre à niveau la beauté de son visage, la délicatesse de son ornement.

Grâce à cela, il fallait donner si lorsque la première lanterne, elle, s'arrêtant, je me demandais : "Comment vais-je?", moi, je ne lui répondais pas : "Bien, très belle", avec une conviction absolue; parce que la petite fille était capable de se retourner dans une dernière instance au tribunal suprême du miroir, et alors: Au revoir, théâtre! ..., nous arrivions à la sortie. Ce qui arrivait de nombreuses fois.

Elle, très rapidement, moi à ses côtés, un peu derrière, non tout près, avec un mélange de respect galant qu'à le chevalier à la dame et du grave respect du groom pour le duchesse. Quand, au retour d'un coin ils frôlaient mon bras et ses rubans, je lui demandais pardon. Je la regardais sans le faire exprès à la lumière des vitrines, et quand une femme du village s'arrêta en la fleurissant, je lui disais : "Regarde : entends-tu ?", et elle, triomphante souriait comme une reine.

Nous ne parlions pas. Tout le temps perdu chez moi essayant, dessalant, de le gagner par le chemin. J'arrivais au théâtre sans respiration. Et là, pour la dernière fois, dans le portique vide, étant analysé rapidement dans les grands lunes du vestibule, tandis que je lui remettais les billets: - : "Suis-je bien, vraiment ?" - m'interrogeais-je pour que je répondisse indéfectiblement et avec un grand d’orgueil de sa courtoisie - : "Admirable!"

Parce que, cela oui, elle avait confiance en ma rigueur. Elle lui aurait dit la vérité, pour le moindre détail qu'elle ne jugeait pas artistiquement digne de sa figurine aristocratique, bien qu'il nous eût été difficile de renoncer à la fonction.