Wikisource:Extraits/2017/12

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Comtesse de Ségur, Jean qui grogne et Jean qui rit 1895



JEAN QUI GROGNE


ET


JEAN QUI RIT






I

LE DÉPART



Hélène.

Voilà ton paquet presque fini, mon petit Jean, il ne reste plus à y mettre que tes livres.


Jean.

Et ce ne sera pas lourd, maman ; les voici. »

La mère prend les livres que lui présente Jean et lit : Manuel du Chrétien ; Conseils pratiques aux enfants.


Hélène.

Il n’y en a guère, il est vrai, mon ami ; mais ils sont bons.


Jean.

Maman, quand je serai à Paris, je tâcherai de voir le bon prêtre qui a fait ces livres.


Hélène.

Et tu feras bien, mon ami ; il doit être bon, cela se voit dans ses livres. Et il aime les enfants, cela se voit bien aussi.


Jean.

Une fois arrivé à Paris et chez Simon, je n’aurai plus peur.


Hélène.

Il ne faut pas avoir peur non plus sur la route, mon ami. Qu’est-ce qui te ferait du mal ? Et pourquoi te causerait-on du chagrin ?


Jean.

C’est qu’il y a des gens qui ne sont pas bons, maman ; et il y en a d’autres qui sont même mauvais.


Hélène.

Je ne dis pas non ; mais tu ne seras pas le premier du pays qui auras été chercher ton pain et ta fortune à Paris ; il ne leur est pas arrivé malheur ; pas vrai ? Le bon Dieu et la sainte Vierge ne sont-ils pas là pour te protéger ?


Jean.

Aussi je ne dis pas que j’aie peur, allez ; je dis seulement qu’il y a des gens qui ne sont pas bons ; c’est-il pas une vérité, ça ?


Hélène.

Oui, oui, tout le monde la connaît, cette vérité. Mais tu ne veux pas pleurer en partant, tout de même ! Je ne veux pas que tu pleures.


Jean.

Soyez tranquille, mère ; je m’en irai bravement comme mon frère Simon, qui est parti sans seulement tourner la tête pour nous regarder. Voilà que j’ai bientôt quatorze ans. Je sais bien ce que c’est que le courage, allez. Je ferai comme Simon.

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