Page:Émile Nelligan et son œuvre.djvu/104

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.
54
EMILE NELLIGAN


CHOPIN





Fais, au blanc frisson de tes doigts,
Gémir encore, ô ma maîtresse !
Cette marche dont la caresse
Jadis extasia les rois.

Sous les lustres aux prismes froids,
Donne à ce cœur sa morne ivresse,
Aux soirs de funèbre paresse
Coulés dans ton boudoir hongrois.

Que ton piano vibre et pleure,
Et que j’oublie avec toi l’heure
Dans un Eden, on ne sait où…

Oh ! Fais un peu que je comprenne
Cette âme aux sons noirs qui m’entraîne
Et m’a rendu malade et fou !