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XXXIX
INTRODUCTION

et l’on voit le P. Nouet, répondant à l’onzième Lettre des Jansénistes, se plaindre, avec une naïveté qui est la marque de sa bonne foi, qu’on ne puisse dans les Provinciales « remarquer un seul raisonnement, ni une seule pensée digne d’un Theologien[1] ».

Le progrès de la théologie morale est fait de la subtilité du raisonnement ; or, Pascal refuse de suivre ce progrès. On lui reprochera de laisser échapper tout ce que Vasquez a su mettre de finesse dans sa doctrine sur l’aumône, « Ce qui vous trompe, Monsieur, écrit le P. Nouët, ou plustost ce qui vous sert à tromper les autres, c’est la subtilité de cet Autheur, qui distingue le necessaire et le superflu en plusieurs manieres, selon lesquelles il regle l’obligation des riches. Car il y a superflu et necessaire au regard de la vie, superflu à la vie, et necessaire à l’honneur, superflu à l’honneur, et necessaire à la condition presente, superflu à la condition presente, et necessaire à celle que l’on peut acquerir par des voyes legitimes, et enfin il y a superflu, dont on n’a pas besoin mesme pour relever son estat ni celuy de ses parens[2]. »

Le P. Nouet reconnaît d’ailleurs que ces divisions ne suffisent pas pour la solution positive de tous les problèmes de la théologie morale ; mais il ajoute : « Ce sont des questions de droit, qui se sont élevées dans l’Ecole depuis plusieurs siècles, et que les Theologiens n’ont pas encore

  1. Cf. Pirot, Apologie des Casuistes, p. 124 : « Si vous aviez un véritable désir de reformer la Morale des Casuistes, vous deviez mettre en lumière les opinions contraires à celles que vous reprenez, en les appuyant de raisons invincibles, et qui n’eussent point esté refutées par vos adversaires. »
  2. Réponse à la douzième Lettre, p. 4. « Distinction trop subtile », ajoute le P. Rapin (Mémoires, édition Aubineau, T. II, p. 404).