Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/63

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INTRODUCTION XLV

profane, l’autorité à la raison et qui menace d’y briser l’effort progressif des générations, qui, en matière sacrée, a substitué la raison à l’autorité, qui menace d’étouffer sous des nouveautés téméraires ce qui est de l’ordre de l’éternité 1 .

Or, de cette double corruption l’origine n’est-elle pas dans le crédit que la théologie scolastique a fait à la philosophie païenne ? Sans doute, d’accord avec Arnauld et Nicole (que plus d’un Port-Royaliste jugeait d’ailleurs trop indulgents à la scolastique 2 ), avec Jansénius lui-même, Pascal admettra que le contenu du thomisme originel n’est nullement en contradiction avec la conception religieuse de saint Paul et de saint Augustin. Traduisant en formules adaptées aux exigences de l’enseignement les vérités du Christianisme, saint Thomas a su maintenir le juste équilibre de l’esprit et de la lettre. Seulement, et par le fait même que cet enseignement s’est perpétué dans l’École, l’équilibre inévitablement s’est rompu au profit de la lettre. De là les abus dont souffrait l’Église au XVIIe siècle, et dont la démonstration est l’un des objets principaux des Provinciales.

Mais, supposant qu’il en soit ainsi, les adversaires de Pascal ne sont-ils pas fondés à se plaindre qu’il ait prétendu établir sa démonstration au moyen et au détriment unique des Jésuites ? Ceux-ci ne pourront-ils protester que, si la scolastique chrétienne a dégénéré, ils ne sont suivant le mot du P. Daniel « ni les seuls ni les premiers » 3 coupables de cette dégénérescence. Le P. Pirot allait même jusqu’à prétendre que la casuistique s’était faite plus sévère

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1. Vide supra T. II, p. 133.

2. Vide infra T. X, p. 63.

3. Cinquième Entretien.