Page:Œuvres de Descartes, éd. Cousin, tome I.djvu/63
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, nn nnscsnrss. 65 dans ces climats où le genre humain est encore igno- rant et avili; peut·être il fera le tour de l’univem. On a vu dans quel état étoient les sciences au moment où Descartes parut; comment l’autorité enchninoit la raison; comment l’être qui pense avoit renoncé au droit de penser. Il en est des es- prits comme de la nature physique : l’engour- (lissement en est la mort; il faut de l’a.gitation et des secousses; il vaut mieux que les vents ébran- lent l'air par des orages, que si tout demeuroit dans un éternel repos. Descartes donna l’impulsion à ' cette masse immobile. Quel fut l’étonnement de l'Eu1·0pe, lorsqu'on vit paroitre tout·à-coup cette philosophie si hardie et si nouvelle! Peignez-vous des esclaves qui marchent courbés sous le poids de leurs fers: si tout-à-coup un d’entre eux brise sa chaine. et fait retentir à leurs oreilles le nom de liberté, ils s’agitent, ils frémisseut, et des débris de leurs chaînes rompues accablent leurs tyrans. Tel est le mouvement qui se lit dans les esprits d'un bout de l'Europe à l’autre. Cette masse nou- velle de oonnoissances que Descartes y avoit jetée se joignit à la fermentation de son esprit. Réveille par de si grandes idées et par un si grand exemple, ` chacun s'inteI1·0ge et juge ses pensées , chacun dis- _ cute ses opinions. La raison de l’univers n'est plus celle d’un homme qui existoit il y a quinze siècles; elle est dans l’âme de chacun elle est dans l’évi- 1. 5