Page:Œuvres de Spinoza, trad. Saisset, 1861, tome III.djvu/37

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ni avant, ni après, ni rien de semblable, il suit de là que Dieu, en vertu de sa perfection même, ne peut et n’a jamais pu former d’autres décrets que ceux qu’il a formés ; en d’autres termes, que Dieu n’a pas existé avant ses décrets, et ne peut exister sans eux. On dira qu’il est très-permis de supposer que Dieu eût fait une autre nature des choses, ou formé de toute éternité d’autres décrets sur l’univers, sans qu’il en résulte pour lui aucune imperfection. Mais ceux qui parlent ainsi sont au moins tenus de soutenir en même temps que Dieu peut changer ses décrets. Car si, touchant la nature et l’univers, Dieu avait formé d’autres décrets, c’est-à-dire s’il avait voulu et pensé autrement qu’il n’a fait, il aurait eu nécessairement un autre entendement que celui qu’il a, et une autre volonté. Et du moment qu’on peut attribuer à Dieu un autre entendement et une autre volonté, sans que son essence et sa perfection en soient altérées, je demande pourquoi Dieu ne pourrait pas changer encore ses décrets sur les choses créées, tout en restant également parfait ? Car, peu importe, dans cette doctrine, pour l’essence et la perfection de Dieu, que l’on conçoive de telle ou telle façon l’entendement et la volonté de Dieu relativement à la nature et à l’ordre des choses créées Ajoutez à cela que je ne connais pas un seul philosophe qui ne tombe d’accord qu’en Dieu l’entendement n’est jamais en puissance, mais toujours en acte ; et comme on s’accorde aussi à ne pas séparer l’entendement et la volonté de Dieu d’avec son essence, il faut conclure que, si Dieu avait eu un autre entendement en acte et une autre volonté, il aurait eu nécessairement une autre essence ; et par suite (comme je l’ai posé en commençant) si les choses avaient été produites par Dieu autrement qu’elles ne sont, il faudrait attribuer à Dieu un autre entendement, une autre volonté, et j’ai le droit d’ajouter une autre essence, ce qui est absurde.

Puisqu’il est établi maintenant que les choses que Dieu a produites n’ont pu l’être d’une autre façon, ni dans un