Page:Œuvres de Spinoza, trad. Saisset, 1861, tome III.djvu/38

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


autre ordre, et cela par une suite nécessaire de la souveraine perfection de Dieu, nous n’avons plus aucune raison de croire que Dieu n’ait pas voulu créer toutes les choses qu’il pense, avec la même perfection qu’elles ont dans sa pensée. On dira qu’il n’y a dans les choses aucune perfection, ni aucune imperfection qui leur soit propre, qu’elles tiennent de la seule volonté de Dieu tout ce qui les fait appeler parfaites ou imparfaites, bonnes ou mauvaises, de façon que, si Dieu l’avait voulu, il aurait pu faire que ce qui est en elles une perfection fût l’imperfection suprême, et réciproquement. Mais cela ne revient-il pas ouvertement à dire que Dieu, qui apparemment pense ce qu’il veut, peut, en vertu de sa volonté, penser les choses autrement qu’il ne les pense, ce qui est (Je l’ai déjà fait voir) une grossière absurdité ? Je puis donc retourner l’argument contre mes adversaires, et leur dire :

Toutes choses dépendent de la volonté de Dieu. Par conséquent, pour que les choses fussent autres qu’elles ne sont, il faudrait que la volonté de Dieu fût autre qu’elle n’est. Or, la volonté de Dieu ne peut être autre qu’elle n’est (c’est une suite très évidente de la perfection divine). Donc, les choses ne peuvent être autres qu’elles ne sont. Je l’avouerai, cette opinion qui soumet toutes choses à une certaine volonté indifférente, et les fait dépendre du bon plaisir de Dieu, s’éloigne moins du vrai, à mon avis, que celle qui fait agir Dieu en toutes choses par la raison du bien. Les philosophes qui pensent de la sorte semblent en effet poser hors de Dieu quelque chose qui ne dépend pas de Dieu, espèce de modèle que Dieu contemple dans ses opérations, ou de terme auquel il s’efforce péniblement d’aboutir. Or, ce n’est là rien autre chose que soumettre Dieu à la fatalité, doctrine absurde, s’il en fut jamais, puisque nous avons montré que Dieu est la cause première, la cause libre et unique, non seulement de l’existence, mais même de l’essence de toutes choses.


Proposition 34

La puissance de Dieu est l’essence même de Dieu.

Démonstration :