Page:Ades - Josipovici - Mirbeau - Le Livre de Goha le Simple.djvu/24

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que les autres, ils atteignirent la demeure du cheik qui s’élevait massive et nue. Orientée du côté de la Mecque, elle s’avançait en promontoire sur le désert.

— Tu es le bienvenu chez moi, dit le maître.

Il s’arrêta sur le seuil de la porte et montrant à Alyçum une maison presque adossée à la sienne :

— C’est l’habitation de Goha, dit-il.

— La vie se plaît à ces contrastes ! s’exclama Waddah-Alyçum. Le plus grand cheik de l’Islam et l’homme le plus fou du monde devaient vivre côte à côte.

Les deux hommes rirent aux éclats, non sans une certaine affectation.

Ils pénétrèrent dans un jardin que baignaient les vapeurs chaudes des orangers et que voûtaient de grands sycomores aux écorces noueuses ; au loin, une petite construction blanche, en forme de cube et surmontée d’une coupole, recelait à l’ombre des figuiers de banians centenaires, les restes d’un aïeul. Les récits de sa vertu édifiaient encore les vivants et l’on voyait parfois un homme se glisser sous la porte basse du mausolée pour prier sur les cendres sacrées.

Le jardinier salua humblement au passage les deux hommes et Ibrahim, l’eunuque, un vieillard à la voix fine et à la peau noire, se hâta de les devancer, pour avertir les femmes, en battant des mains, de l’arrivée du maître avec un étranger.

— Je vous dérange ? demanda Alyçum en entrant dans la bibliothèque.