Page:Ades - Josipovici - Mirbeau - Le Livre de Goha le Simple.djvu/27

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De ces nuits exaltées, il revenait la chair meurtrie, avec le sentiment qu’il portait en lui l’immensité. Mais l’éblouissement de sa foi ne l’avait jamais poussé jusqu’à Dieu, point suprême. Alors, il désespéra de l’atteindre parla voie irrégulière du mysticisme. Il fit retour aux simples pratiques religieuses et décida de suivre le prochain pèlerinage.

Aux premiers jours du mois de dzoul-kada, la caravane formée de six mille pèlerins s’ébranla dans la direction de la Mecque. Elle emportait le tapis sacré, brodé d’or et de pierreries, des brebis ornées d’un collier de fleurs, des provisions innombrables. El-Zaki s’était surtout muni de piété, ainsi que le recommande le Prophète. Chaque matin, il cherchait à l’horizon la silhouette des collines saintes. Il jeûnait un jour sur trois. Il fit ainsi jusqu’au soir où les conducteurs déclarèrent « Nous arriverons demain. »

Cette nuit-là il s’éloigna du camp et quand il fut hors de vue, il accomplit un zikr. Durant trois heures, il prononça le nom d’Allah en projetant sa tête et tout le poids de son corps successivement à droite et à gauche. Les deux syllabes sortaient de sa poitrine comme un râle, son front pâlit, ses yeux se creusèrent. Enfin, exténué, il s’affaissa sur le sable.

Le lendemain, à midi, la caravane campa devant la Mecque, éblouissante de soleil au fond de la vallée. Les pèlerins levèrent les bras au ciel. Chacun d’eux criait : « Me voici !… me voici !… » El-Zaki criait au milieu des autres : « Me voici !… me voici !… »

Pendant les semaines qui suivirent, il observa