Page:Anatole France - Les Opinions de Jérôme Coignard.djvu/17

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


L’ABBÉ JÉRÔME COIGNARD. 5

pris soin de le faire imprimer. Pourtant il pouvait l’éditer lui-même, étant devenu libraire, rue Saint-Jacques, à l’Image Sainte-Catherine, où il succéda à M. Blaizot. Peut-être, vivant dans les livres, craignit-il d’ajouter seulement quelques feuillets à cet amas horrible de papier noirci qui moisit obscurément chez les bouquinistes. Nous partageons ses dégoûts en passant sur les quais devant la boîte à deux sous où le soleil et la pluie dévorent lentement des pages écrites pour l’immortalité. Comme ces têtes de mort assez touchantes, que Bossuet envoyait à l’abbé de la Trappe pour le divertissement d’un solitaire, ce sont là des sujets de réflexions propres à faire concevoir à un homme de lettres la vanité d’écrire. J’ose dire que, pour ma part, entre le Pont-Royal et le Pont-Neuf, j’ai éprouvé cette vanité tout entière. Je serais tenté de croire que l’élève de M. l’abbé Coignard ne fit point imprimer son ouvrage parce que, formé par un si bon maître, il jugeait sainement de la

�� �