Page:Anatole France - Les Opinions de Jérôme Coignard.djvu/32

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bienveillance qui le poussait à humilier ses semblables dans leurs sentiments, leur savoir, leur philosophie et leurs institutions. Il avait à cœur de leur montrer que leur imbécile nature n’a rien imaginé ni construit qui vaille la peine d’être attaqué ni défendu bien vivement, et que, s’ils connaissaient la rudesse fragile de leurs plus grands ouvrages, tels que les lois et les empires, ils s’y battraient seulement en jouant, et pour le plaisir, comme les enfants qui élèvent des châteaux de sable au bord de la mer.

Aussi ne faut-il ni s’étonner ni se scandaliser de ce qu’il abaissât toutes ces idées par lesquelles l’homme érige sa gloire et ses honneurs aux dépens de son repos. La majesté des lois n’imposait pas à son âme clairvoyante et il déplorait que des malheureux fussent soumis à tant d’obligations dont on ne peut, le plus souvent, découvrir l’origine et le sens. Tous les principes lui semblaient également contestables. Il