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LES DIEUX ONT SOIF


— Se peut-il, Élodie, que je ne vous sois pas indifférent ? Puis-je croire ?…

Il s’arrêta, de peur d’en trop dire et d’abuser par là d’une amitié si confiante.

Elle lui tendit une petite main honnête, qui sortait à demi des longues manches étroites garnies de dentelle. Son sein se soulevait en longs soupirs.

— Attribuez-moi, Évariste, tous les sentiments que vous voulez que j’aie pour vous, et vous ne vous tromperez pas sur les dispositions de mon cœur.

— Élodie, Élodie, ce que vous dites là, le répéterez-vous encore quand vous saurez…

Il hésita.

Elle baissa les yeux.

Il acheva plus bas :

— … que je vous aime ?

En entendant ces derniers mots, elle rougit : c’était de plaisir. Et, tandis que ses yeux exprimaient une tendre volupté, malgré elle, un sourire comique soulevait un coin de ses lèvres. Elle songeait :

« Et il croit s’être déclaré le premier !… et il craint peut-être de me fâcher !… »

Et elle lui dit avec bonté :

— Vous ne l’aviez donc pas vu, mon ami, que je vous aimais ?