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LES DIEUX ONT SOIF

que les hommes étaient naturellement honnêtes. Mon malheur fut d’avoir rencontré un amant qui n’était pas formé à l’école de la nature et de la morale, et que les préjugés sociaux, l’ambition, l’amour-propre, un faux point d’honneur avaient fait égoïste et perfide.

Ces paroles calculées produisirent l’effet voulu. Les yeux de Gamelin s’adoucirent. Il demanda :

— Qui était votre séducteur ? Est-ce que je le connais ?

— Vous ne le connaissez pas.

— Nommez-le-moi.

Elle avait prévu cette demande et était résolue à ne pas le satisfaire.

Elle donna ses raisons.

— Épargnez-moi, je vous prie. Pour vous comme pour moi, j’en ai déjà trop dit.

Et, comme il insistait :

— Dans l’intérêt sacré de notre amour, je ne vous dirai rien qui précise à votre esprit cet… étranger. Je ne veux pas jeter un spectre à votre jalousie ; je ne veux pas mettre une ombre importune entre vous et moi. Ce n’est pas quand j’ai oublié cet homme que je vous le ferai connaître.

Gamelin la pressa de lui livrer le nom du séducteur : c’est le terme qu’il employait