Page:Anatole France - Les dieux ont soif.djvu/84

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.



VI

Dix heures du matin. Pas un souffle d’air, c’était le mois de juillet le plus chaud qu’on eût connu. Dans l’étroite rue de Jérusalem, une centaine de citoyens de la section faisaient la queue à la porte du boulanger, sous la surveillance de quatre gardes nationaux qui, l’arme au repos, fumaient leur pipe.

La Convention nationale avait décrété le maximum : aussitôt grains, farine avaient disparu. Comme les Israélites au désert, les Parisiens se levaient avant le jour s’ils voulaient manger. Tous ces gens, serrés les uns contre les autres, hommes, femmes, enfants, sous un ciel de plomb fondu, qui chauffait les pourritures des ruisseaux et exaltait les odeurs de