Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/334

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connoissance avec une meilleure espèce d’hommes que les dannibales.

Cependant l’horreur qui me resta de leur brutale coutume, me jeta dans une espèce de mélancolie, qui me tint pendant deux ans renfermé dans mes propres domaines, j’entends par là mon château, ma maison de campagne, & mon nouvel enclos dans les bois ; je n’allois dans ce dernier lieu, qui étoit la demeure de mes chèvres, que quand il le falloit absolument ; car la nature m’inspiroit une si grande aversion pour ces abominables sauvages, que j’avois aussi peur de les voir que de voir le diable en personne. Je n’avois garde non plus d’aller examiner l’état de ma chaloupe, & je résolus plutôt d’en construire une autre ; car de faire le tour de l’île avec la vieille, afin de l’approcher de mon habitation, il n’y falloit pas songer ; c’étoit le vrai moyen de les rencontrer en mer, & de tomber entre leurs mains.

Le tems & la certitude où j’étois que je ne courois aucun risque d’être déterré, me remirent peu-à-peu dans ma manière de vivre ordinaire, excepté que j’avois l’œil plus alerte qu’auparavant, & que je ne tirois plus mon fusil, de peur d’exciter la curiosité des sauvages, si par hasard ils se trouvoient dans l’isle. C’étoit par conséquent un grand bonheur pour moi de