Page:Apoukhtine - La Vie ambiguë.djvu/49

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reviendrait plus. Cette pensée me sembla si outrageante qu’aussitôt après le dîner je lui écrivis, lui demandant de venir pour une explication décisive ; mais on ne le trouva nulle part et le billet revint chez moi à neuf heures. Je devais aller chez la princesse Krivobokaia, mais je n’ai pas eu la force de m’habiller et je suis restée toute la soirée dans le petit salon, en proie à un cruel abattement. Toute ma fureur, tous mes plans décisifs s’en allaient en fumée, je n’avais qu’un seul désir : le voir pour une seconde, voir que nous ne sommes plus en querelle. Enfin, à minuit, j’entendis un fort coup de sonnette : ce ne pouvait être que lui ou Hippolyte Nicolaievitch qui, quelquefois, me fait de ces surprises et rentre du club avant deux heures. J’étais haletante d’anxiété ; mais qu’ai-je éprouvé quand j’entendis le pas de Kostia dans le salon, quand je vis ce beau visage souriant d’un sourire coupable…

Tu sais, Kitie, pour de tels moments, on peut beaucoup souffrir et tout pardonner. Ne me gronde pas, mais plains.

Ta pauvre MARY.


P.-S. — Pétersbourg est vide, presque tout le monde est parti. Après-demain, nous par-