Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/142

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CHŒUR DE VIEILLARDS.



LE CHŒUR.

Avance, Dracès ; va en avant tout doucement, quoique tes épaules souffrent un peu du poids de ce vert olivier dont elles sont chargées.


PREMIER DEMI-CHŒUR.

Ah ! dans le cours d’une longue vie, on voit bien des choses contre son attente ! Hélas ! qui se fut jamais imaginé, ô Stymmodore, devoir entendre dire que des femmes que nous avons élevées dans nos maisons, ce trop véritable fléau, se seraient emparées du temple sacré de notre citadelle et en auraient fermé toutes les issues avec des pieux et des barricades.


DEUXIÈME DEMI-CHŒUR.

Hâtons-nous, ô Philurge, d’aller au plus vite à la citadelle. Ramassons des monceaux de bois autour de toutes celles qui ont formé un pareil complot et qui l’ont exécuté; n’en formons qu’un bûcher et, guidés par le même esprit, faisons brûler toutes les femmes de nos propres mains, mais surtout la femme de Lycon. Non, j’en jure par Cérès, tant que j’aurai un souffle de vie, elles ne se joueront pas ainsi de nous. Cléomène, qui le premier s’est emparé de la citadelle[1], ne s’en est pas retiré sans dommage. Mais, malgré sa fierté lacédémonienne, il m’a remis ses armes en se retirant, et n’a conservé qu’une tunique tout étroite et tout usée ; il était sale, malpropre, mal peigné et ne s’était pas baigné depuis six ans. C’est

  1. Cet événement, raconté par Hérodote, v, 72, avait eu lieu un siècle auparavant.