Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/155

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LE MAGISTRAT.

Dis donc vite, pour qu’il ne t’en cuise pas.


LYSISTRATA.

Écoute donc et tâche de modérer tes gestes.


LE MAGISTRAT.

Je ne puis pas. La colère où je suis m’empêche de me posséder.


UNE FEMME.

Il t’en cuira donc bien davantage.


LE MAGISTRAT.

Applique-toi ce mauvais présage[1], ma petite vieille, et toi, réponds-moi catégoriquement.


LYSISTRATA.

Soit. Auparavant, et dans tout le cours de la guerre, nous vous avons laissé, sans tracasserie et par un effet de notre douceur, faire tout ce que vous vouliez, et vous ne nous permettiez pas de souffler mot. Nous jugions cependant fort bien ce que vous faisiez, et souvent nous vous avons vus prendre dans nos maisons de mauvais partis sur des affaires importantes ; alors, rongées intérieurement de soucis, nous vous demandions cependant, le sourire aux lèvres : « Qu’avez-vous résolu aujourd’hui touchant la paix ? » Mon mari répondait aussitôt : « Qu’est-ce que cela te regarde, ne te tairas-tu pas ? » Et je me taisais.


UNE FEMME.

Ce n’est pas moi qui me serais jamais tue.

  1. Grec : Croasse cela sur ta tête, ma petite vieille... Métaphore prise du croassement des corneilles, qui était un signe de mauvais augure.