Page:Aristophane - Théâtre 1889 tome 2.djvu/160

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LYSISTRATA.

Mais, ô misérable, nous supportons plus de la moitié du fardeau de la guerre, nous qui avons mis avec peine nos enfants au jour et les avons vus partir chargés d’armes[1].


LE MAGISTRAT.

Tais-toi. Ne rappelle pas nos pertes.


LYSISTRATA.

De plus, si nous voulons nous divertir et jouir de notre jeunesse, il faut que nous couchions seules, à cause de la guerre. Passons sur ce qui nous regarde, mais ces jeunes filles qui vieillissent dans leur lit, j’en pleure, quand j’y songe.


LE MAGISTRAT.

Eh quoi, les hommes ne vieillissent-ils pas aussi ?


LYSISTRATA.

Oh, certes, ce que tu dis là est bien différent. Un homme, qui a blanchi pendant une longue absence, épouse bien vite à son retour une jeune fille. Au lieu que la saison d’une femme est de courte durée ; si elle n’en profite, personne ne veut plus l’épouser, et elle n’est plus bonne qu’à dire la bonne aventure.


LE MAGISTRAT.

Mais un vieillard peut encore être en état de[2].....


LYSISTRATA.

Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne crèveras pas ? Tu es un fruit mûr pour la mort. Achète une bière. Je vais te pré-

  1. Allusion à l’expédition de Sicile, qui avait été funeste pour les Athéniens.
  2. Penem adhuc arrigere valet. Brunck.