Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/162

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Au loin, les nuages se résolvent en panaches blancs, joyeux, formés de mille courants invisibles…

Ainsi la pensée, parvenue à sa maturité, éclate en lumière, et ses origines restent inconnues.

Les nuages changent comme, entre des esprits agiles et libres, les conversations.

Ils promènent l’ombre, çà et là, comme le jardinier son arrosoir, versant de la fraîcheur à droite, à gauche, où il faut…

Et tout à coup ce sont de blanches épaules satinées. Au-dessus, un frottis fait luire le ciel vide ; au-dessous, sur les collines boisées, des glacis de lumière.


Il est intéressant d’observer comment les nuages s’étendent ou se resserrent, s’éparpillent, se rassemblent. — Telles des existences humaines, des amours.

— Je connais bien ce ciel, c’est celui de Meudon. Tous les jours de calme lumière, il remplit tout l’horizon d’une splendeur égale qui ne se répète pas.

La colline charmante prend des tons d’airain : un mur d’airain, couronné.


Tout à l’heure, les nuages dessinaient dans le ciel de blanches feuilles d’acanthe, nettes comme des sculptures. Maintenant, c’est une aquarelle ; dessins à l’encre de Chine.


Ces terres heureuses, par delà la terre, dans la paix au delà de toutes les nuées.


Honorerai-je ce paysage en disant qu’il évoque en moi une impression d’Italie ?

Mais le train, sur les rails, traverse brusquement ce pays d’amour. On voit courir le dos noir du serpent. Il laisse des flocons blancs, vite effacés. Emblèmes du temps affairé. Et les valeurs énergiques du jour réapparaissent, comme si ce tumultueux épisode n’avait pas eu lieu.